LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN
garnitures des vêtements du beau sexe 1 . Les habits faits de tissus d'or et d'argent, si fréquents dans les temps modernes, paraissent n'avoir été que d'un usage extrêmement rare dans l'antiquité. Le manteau tissu d'or, sans l'adjonction d'aucune autre matière, que l'impératrice Agrippine portait à la naumachie du lac Fucin, était une curiosité de parade comme on n'en avait jamais vu, et que non-seulement Pline l'Ancien, mais aussi Dion Gassius et Tacite mentionnent comme telle*. Or, on nousapprendque, vers la fin du moyen âge, Charles le Téméraire, par exemple, n'avait pas emporté moins de 400 caisses de tissus d'or et d'argent, comprenant 100 habits tout couverts de broderies d'or, pour son usage personnel, à la bataille de Granson 3 . Les fourrures étaient bien aussi employées en Italie, depuis un temps immémorial, à des usages particuliers dans l'habillement*; mais elles n'y étaient jamais entrées dans le costume ordinaire, avant l'irruption des peuples germaniques dans le midi de l'Europe, et rien absolument ne témoigne de l'existence d'un luxe de pelleteries dans l'antiquité. On n'y avait pas non plus la manie de prodiguer les étoffes, pour donner aux vêtements une ampleur démesurée, en les taillant plus longs ou plus larges que le corps, et l'on ne connaissait pas toutes ces déformations, de pure fantaisie, auxquelles la mode s'est si
1 Marquardt, Manuel, 98, 108 à il 1, 144, 157, etc.
3 Voir à ce sujet le tome I, p. 374 de cette traduction, ainsi qoue, pur d'autres exemples, Marquardt, Manuel, 144, etc. ; puis dans V Histoire Auguste, la Vie d'Élagabale, 24, où l'on dit de cet empereur : Usus est aurea omni tunica, usus et purpurea, usus et de gemmis Persica.
3 Falke, Costumes et modes de l'Allemagne (1858), I, 262 (en alleui.), et pour l'usage des étoffes d'or et d'argent au commencement du sci • zième siècle, II, 76, etc.
4 Marquardt, Manuel, 189, etc.
souvent complu dans la coupe, tant au moyen âge que dans les temps modernes, et qui étaient en partie si dispendieuses, comme les souliers à la poulaine, les pantalons à gros plis, les vertugadins, lès corps de jupe à baleines, les crinolines, les robes à queue et les perruques longues 1 . Or les costumes des anciens n'étaient pas seulement plus conformes h la nature et de meilleur goût, mais aussi, bien que la mode fût très-sujette à varier, même dans l'antiquité, beaucoup plus stables que ceux des modernes. Chez ceux-ci, les variations que Tony remarque, d'une génération à l'autre, sont parfois plus grandes qu'elles ne paraissent avoir été, chez ceux-là, d'un siècle à l'autre % . Il en résulte que, le luxe étant en grande partie déterminé par ces variations continuelles, il y eut certainement, dans l'antiquité, beaucoup moins de luxe d'habits qu'au moyen âge et dans les temps modernes. Enfin, le costume antique était d'une bien plus grande simplicité que le moderne, en ce qu'il ne comprenait pas autant de pièces d'habillement. On connaissait le luxe des gants tout aussi peu que celui des chapeaux et de la coiffure, laquelle, par exemple, forme de nos jours encore annuellement, en Perse, un article de dépense de près de 60 ducats (705 fr.), par suite de la nécessité de la renouveler trois ou quatre fois par an 8 . Il s'en faut beaucoup aussi que les change-
1 Voir, sur l'ampleur des pantalons, Falke, II, 47, et, sur celle des perruques, le même* II, 233, etc.
Même en Allemagne, on portait des perruques longues coûtant plus de 1,000 thalers (3,750 francs) et la perruque ordinaire d'un homme de qualité revenait à 50 thalers (137 fr. 50 c).
3 Voir ce que dit Falke de l'extrême variabilité des caprices de la mode vers le milieu du quatorzième siècle (l, 192, etc.) et de ses inconstances au seizième, même en Allemagne (II, 1 1 5).
4 Potack, la Perse, I, 151 (en allemand).