LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN
une Amymone 1 , que le joueur de flûte Isménias paya quatre pièces d'or et que Ton supposait une émeraude, ne peut avoir été qu'une chrysoprase \ Les émeraudes gravées ne remontent guère au-delà du temps d'Adrien. Celles qui offrent les portraits de ce prince et de Sabine passent pour les meilleures. Peut-être Adrien avait-il une prédilection pour cette pierre et fut-ce là ce qui détermina un redoublement d'activité dans l'exploitation des mines de Djebel Zabourah en Egypte, celles qui en fournissaient le plus 8 . On indique 7,000 sesterces (environ i ,875 fr.) comme prix d'une bague de jaspe, dont une statue de femme, dans le midi de l'Espagne, avait été ornée par le fils de la personne qu'elle représentait*. Un tel prix fait supposer que la pierre était gravée. Le sénateur Struma Nonius possédait une opale de la grosseur d'une aveline, montée sur une bague. Ce bijou l'ayant fait vouera la proscription par Marc-Antoine, ce fut le seul objet qu'il emportât dans sa fuite, abandonnant tous ses autres biens. Le prix en était, paraît-il, estimé à 2 millions de sesterces ou près de 844,000 fr. *.
Pline donne des renseignements nombreux et précis sur l'imitation, en faux, des pierres précieuses, et fait mention d'écrits initiant à cet art, notamment à la manière de fabriquer des émeraudes en cristal coloré et des sardoines en cornaline, la plus lucrative de toutes les industries
1 Nom de celle des Danaides qui seule ne'partagea pas la punition de ses sœurs.
a Pierre d'un vert clair à reflet jaunâtre.
3 King, p. 297, etc.
4 «Hubner, Hermès, 1, 357.
5 Pline, ffist. nat., XXXVII, 81, etc., en admettant une légère altération du texte. Celui-ci, tel qu'il est, porte vingt mille (XX), chiffre beaucoup trop bas pour être vraisemblable, au lieu de |XX| , que nous adoptons ici.
frauduleuses \ Parmi les ouvrages, extrêmement nombreux, en vitrifications de couleur antiques parvenus jusqu'à nous, il faut, tout particulièrement, distinguer les émeraudes en verre, qui surpassent de beaucoup, en beauté de la couleur, éclat et dureté, les vitrifications modernes, et que les marchands de pierres fines vendent, encore aujourd'hui, souvent pour des émeraudes véritables *. Il est certain du reste que, dans l'antiquité aussi, l'industrie consistant dans l'imitation en faux des pierres précieuses n'a pas été exercée uniquement dans un but de fraude, mais quelle s'est appliquée, de plus, à satisfaire au besoin de parures éclatantes et de toutes couleurs, répandu dans les classes moins aisées.
Le luxe le plus grand, et pour cela même aussi le plus vivement blâmé, était celui des perles chez les femmes 8 . Elles se payaient plus cher que les pierres précieuses les plus recherchées *. L'emploi des perles à la parure ne devint 'très-répandu qu'à dater de la prise d'Alexandrie, dont le commerce porta, depuis lors sans doute, principalement à Rome les produits de la pêche qui se faisait de cet article dans le golfe Persique et l'océan Indien 5 . Il
1 Pline, Hist. nat. 9 XXVII, 83: imitation d'opales, 98: d'escarboucles, 117: de jaspe, 128 : de leucochrysus, sorte de quartz hyalin. — Voir aussi Ibidem, 197. — Sénèque, lettres, 90, 33. — Marquardt, Manuel, V, 2, 339, n. 3078. — Beckmann, Histoire des inventions, I, 373, etc. — - Sardonyches veri, dans Martial, IX, 69, et X, 87.
3 King, p, 291.
a Pline, Hist. nat., XIII, 91 : Mensarum insania quas feminse viris contra margaritas regerunt. — Pline le Jeune, dans ses Lettres (V, 16), mentionne des vêtements brodés de perles (vestes margaritas gemmas) comme le cadeau qu'il est de rigueur, pour le père de la fiancée» de mettre dans la corbeille de mariage.
4 King, p. 266.
5 Pline l'Ancien, IX, 123 : Rom» in promiscuum ac frequeutem usum venisse Alexandria in dicionem redacta, primum autem cœpisse circa