‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 45 sur 218 · LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN

milles de ces hommes, à la disposition arbitraire desquels étaient échus en proie les trésors des princes de l'Orient, il n'y a, dans les temps modernes, de termes de comparaison que les richesses analogues rapportées d'Amérique, au seizième siècle, par les conquérants espagnols du Nouveau Monde, et de d'Inde, au dix-huitième, par les nababs anglais. Le cadeau de noce que Fernand Cortès fit à sa fiancée, en (529, se composait de cinq bijoux en émeraudes taillées et montées sur or, avec le plus grand art, par des bijoutiers mexicains, ainsi que richement ornées de perles. Des marchands génois avaient offert, à Séville, 40,000 ducats pour un seul de ces bijoux. Toute la parure fut perdue en 1541, dans un naufrage, lors de l'expédition contre Alger 1 . Clive, qui s'était promené dans les magasins de Mourschadabad, au milieu de monceaux d'or et de joyaux, avec la liberté de prendre tout ce qu'il eût voulu, fit preuve en cette occasion, comme en beaucoup d'autres qui s'offrirent à lui dans l'Inde, d'une grande modération; cependant ses achats de diamants, dans la seule ville de Madras*, atteignirent une somme de 25,000 livres sterling, et un écrin de bijoux de sa femme fut estimé à 200,000 livres sterling, soit 5 millions de francs 3 . Peut-être lady Clive possédait-elle plus de bijoux que les plus grandes princesses de son temps. Le fameux collier, que Marie-Antoinette avait trouvé trop cher pour elle, ne coûtait que 1,600,000 francs 4 , tandis qu'Auguste le Fort, électeur de Saxe, avait eu pour plus de 2 millions

1 King,p. 299, etc.

2 Macaulay, Sir John Malcolms life oflord Clive: He invested great sums in juvels, then a very common mode of remitlance from lodia.

* Vehse, XIX, 220.

4 Ring, p. 116.

de pierreries sur un seul habit 1 . Encore aujourd'hui, le luxe des perles et des bijoux est considérable en Orient. En Perse, les dames portent, entre autres objets de parure, des bracelets et des anneaux de pied en perles, les dames de qualité même un bouquet de diamants de grand prix; et Ton y voit souvent des boucles de ceinture garnies de pierres précieuses cHune valeur de mille à deux mille ducats \ D'ailleurs il y eut, en Europe, au moyen âge aussi, un grand luxe de perles et de pierres précieuses, le plus grand à la cour de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. On estimait son costume de fête, tout garni de perles et de pierres précieuses, à 200,000 ducats; son chapeau n'était pas moins remarquable de magnificence, et les dames d'atour de la duchesse recevaient, annuellement, 400,000 écus de Brabant pour leur parure 8 . Le luxe des bijoux précieux s'accrut encore, dans une mesure considérable, après la découverte du Nouveau Monde. Marie de Médicis, au baptême de son fils, portait une robe garnie de 32,000 perles et de 3,000 diamants. Dans l'inventaire des bijoux de Meinhard de Schoenberg, mort en 1625, les bijoux en perles couvrent seuls deux pages in-folio d'une écriture très-serrée; on y voyait figurer trois colliers, avec des roses en perles, et quinze grosses perles, dont la vente produisit 3,286 florins*." L'art d'imiter les perles n'a été inventé qu'en 1680, par Jacquin à Paris, d'où l'oh exporte, chaque année, pour la valeur d'un million de francs de fausses perles, assure-t-on 5 .

1 Vehse, XXXII, 38.

2 Polack, la Perse, I, 146, 157, 162.

3 Falke, I, 262 à 269, et King, p. 63 à 66.

4 Le même, I, 153.

5 King, p. 276, etc.

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