‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 46 sur 218 · LIVRE VI11. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VI11. — LE LUXE ROMAIN

Nous manquons presque absolument de données qui puissent nous fixer sur la question de savoir jusqu'à quel point le luxe de l'habillement et de la parure s'était communiqué, dans l'antiquité, aux classes inférieures, ainsi que nous faire connaître l'extension qu'y avait prise l'habitude de bien des gens de porter sur eux une partie de leur fortune, habitude encore existante dans beaucoup de pays, mais particulièrement dans les contrées du Midi et dans celles qui ne jouissent que d'une demi-çivilisation. Les colliers d'ambre, qu'au temps de Pline l'Ancien les paysannes de la contrée au nord du Pô, ou Lombardie actuelle, portaient, d'après leur dire, aussi comme préservatifs contre les tumeurs du goître 1 , ne peuvent avoir été bien précieux. Mais il est parfaitement avéré que, de nos jours, chaque zitella, en Toscane, a l'ambition d'avoir son collier de plusieurs rangs de perles, fussent-elles de forme irrégulière ou d'une couleur fausse, et la possession d'un pareil collier y est regardée, le plus souvent, comme une dot suffisante 8 . En Russie, dans le gouvernement de Vologda, telle camisole, en belle étoffe de soie blanche et SL*>v V brochée d'or, d'une riche paysanne, coûte seule 500 rou- h ^ » blés argent, soit 2,000 francs 8 . Qui ne sait aussi que les costumes des femmes mauresques, en Algérie, valent souvent près de 4,000 francs?

Les Romains faisaient aussi beaucoup de luxe en parfums précieux, de provenance orientale surtout; mais, hors de Rome, ce luxe ne se retrouvait probablement, comme on Ta déjà dit, que dans les autres villes les plus

Pline, Hist. nat., XXXVII, 44.

King, p. 268.

1 Haxthausen, I, 229 et 230.

grandes de l'empire. D'après Pline, les Romaines usaient même si largement des parfums que l'approche d'une dame frappait tous les passants, quelque préoccupés qu'ils fussent d'ailleurs, par les odeurs qui s'exhalaient de ses cheveux et de ses vêtements. Il trouve ce luxe d'autant plus insensé que non-seulement le plaisir chèrement acheté, qu'il procure, est fugitif, mais qu'en outre la personne qui Ta payé en profite bien moins qu'autrui 1 . On a déjà fait mention de l'énormité des prix de certains parfums. Martial réfléchit s'il fera mieux de faire cadeau à saPhyllis de dix jaunets de la monnaie impériale (environ 262 fr. SO), ou d'une livre d'un parfum sortant des magasins de l'un des deux marchands de pommades et d'essences les plus renommés du temps, Cosmus et Nicéros*. 11 se peut que mainte dame eût alors, dans ces magasins, des comptes ouverts aussi élevés que celui de Marion Delorme, qui se trouva devoir, un jour, à un seul parfumeur quelque chose comme 187,500 francs, pour les fournitures de l'année.

Les renseignements que l'on a, sur le luxe de l'habillement et de la parure chez les Romains, ne permettent, maigres et défectueux comme ils sont, de porter sur ce chapitre qu'un jugement très-imparfait. Mais rien n'y autorise à penser que les anciens aient, en général, surpassé les modernes dans ce luxe; tout, au contraire, tend à faire croire plutôt que le luxe de l'empire romain n'a, dans cette branche non plus, égalé d'aucune façon celui de mainte époque des temps modernes.

1 Pline, Hist. nat., XIII, 20.

2 Martial, XII, 95. — Voir aussi XI, 27, 9 : At mea me libram foliati poscat arnica.

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