‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 49 sur 218 · LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN

monarchie universelle, fondée par lui, et de transformer la ville de briques en une ville de marbre. Si ces embellissements devaient, tout d'abord, se traduire et se déployer sur la plus grande échelle en établissements publics et en constructions monumentales, il ne saurait, pourtant, y avoir de doute que le désir formel et la ferme volonté du monarque furent également décisifs pour les grands, les capitalistes et les entrepreneurs, même dans Tordre des constructions privées, et firent promptement surgir un grand nombre de belles maisons particulières et de palais fastueux, qui éclipsèrent en partie les bâtiments plus anciens 4 . Aux progrès constants de ce luxe de bâtir se liait aussi l'exploitation des carrières de marbre de Carrare, non encore mentionnées par Vitruve*, et qui ne paraissent pas avoir été exploitées en grand avant la fin du règne d'Auguste. Les blocs extraits de ces carrières étaient, comme les autres matériaux de construction, envoyés par mer à Ostie, d'où on les faisait remonter jusqu'à Rome par le Tibre 8 .

Il y a lieu de croire que la volonté d'Auguste avait fait à Rome, en grand, ce qu'en petit celle de Frédéric II fit, après la guerre de Sept ans , pour l'embellissement de Berlin *, et celle d'Auguste le Fort, pour Dresde, qui com-

1 Pline, Hist. nat., XXXVI, 110 : Cum pulcherrima laudatissimaque certantes ceutum domus, posteaque ab innumerabilibus altis in hune diem victas.

3 Strabon, V, 222. — Voir aussi Bruzza, Iscr. dei fnarfni grezzi, Anni d. InsL, 1870, p. J66, etc. — D'après Serv. A., V1H, 720, dans le Manuel de Becker, I, n. 865, le temple de l'Apollon Palatin, déjà inauguré en Tan de Rome 726, était construit « de solido marmore, quod alla tu m fuerat de Porta Lunœ. »

4 Busching, Géographie, 6« édit. (1778), III, 2, 987.

raença seulement sous le règne de ce prince à se transformer d'une ville en bois en une ville de pierre 1 . Cependant les immenses travaux de construction et d'embellissement exécutés de nos jours à Paris et à Vienne admettent seuls, pour les proportions et la masse des bâtiments, la comparaison avec ceux de Rome, sous les règnes d'Auguste et de plusieurs de ses successeurs.

Celles des poésies d'Horace qui datent des premières années du règne d'Auguste* sont remplies des impressions que ce luxe de bâtiments, en se répandant de plus en plus, causait aux gens à goûts simples du bon vieux temps. Les atria des grands palais, construits dans le nouveau genre, imposaient par leur élévation, et leurs colonnes, de marbre phrygien {pavonazzetto)> excitaient un étonnement mêlé d'envie 8 . Peut-être l'atrium, déjà mentionné, de Scaurus, fut-il le premier que l'on eût bâti dans le nouveau style. La comparaison de sa hauteur de trente-huit pieds avec celle de douze, à laquelle on s'arrêtait auparavant, peut, dans tous les cas, si l'on n'admet pour l'atrium de Crassus que les dimensions ordinaires, donner une idée du changement qui s'était opéré, car elle marque très-bien la différence entre ce que nous appelons la maison bourgeoise et le palais. Les autres dimensions subirent, naturellement aussi, un agrandissement proportionnel. Dans

1 Vehse, XXXIII, 174, etc. Auguste décréta, par un rescrit de 1708, la construction de maisons en pierre à Dresde, que lui et ses favoris dotèrent les premiers de beaux édifices. — Lady Montague écrivait en 1716 (lettre 15): The town is the neatest I hâve seen inGermany; most of the houses are new built.

2 L'origine des trois premiers livres de ses Odes est rapportée par Bentley à la période des années 29 à 22 avant Jésus-Christ, par Grotefend à 31-19, par Kirchner à 39-18, et par Frankeà 36-24.

8 Horace, Odes, III, 1,41-46.

Page 1