‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 50 sur 218 · LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN

ces nouvelles demeures, des traverses de la roche blanche CW; ; *.<■ du mont Hymette pesaient sur des colonnes de giallo an- >^ir tico, provenant de l'Afrique citérieure; l'ivoire éclatait sur les soffites dorées 1 , comme on les avait vues, pour ^ *>^^ la première fois, après la destruction de Carthage, dans le ^ l ' j temple de Jupiter Capitoïin a . Entre les colonnes multicolores des cours s'élevaient des bosquets et des groupes d'arbres 8 , et murmuraient des jets d'eau*. Des bannes de pourpre, tendues d'un entablement de colonnade à l'autre, garantissaient des rayons du soleil et projetaient une ctot lueur roûgeâtre sur le pavé, ou le tapis de mousse du sol 5 . <; y » * * ^' On peut juger des progrès qu'avait faits l'usage des parquets en mosaïque, déjà connus avant Sylla 8 , par ce fait que César en emportait jusque dans ses expéditions militaires, pour sa tente 7 . Avec les descriptions d'Horace cadrent parfaitement les indications et prescriptions contem-

1 Horace, Odes, II, 18, 1-5 et 17-19. — Voir aussi Marquardt, Manuel,

* Pline, Hisl. nat., XXXIII, 57. — Manilius, Astron., V, 287. —Voir aussi Varron, De re rustka, III, 1, etc.

3 Horace, Épitres, 1, 10, 22 :

Nempe inter varias nutritur silva columnas.

— Odes, III, 10, 5 :

nemus

Inter pulchra satum tecta.

4 II n'est fait mention d'un jet d'eau dans une cour, à cette époque, que dans Suétone (Auguste, en. lxxxii), où on lit : jEstate. . . sa$pe in peristylo saliente aqua... cubabat. — Mais, d'après ce que l'on voit dans les maisons pompéiennes, il y a d'autant plus de raison d'admettre, par analogie, l'existence de ces jets d'eau, à Rome aussi, qu'il y était facile de les multiplier.

s Ovide, Métamorphoses, X, 595, etc. — Pline, Hist. nat., XIX, 25. 6 Marquardt, Manuel, V, 2, 227.

' Suétone, César, ch. xlvi.

T. ni. 7

poraines de l'architecte Vitruve 4 , sur la manière de construire une grande maison. « Quand,» dit-il, « on bâtit pour de grands personnages, il faut faire des vestibules élevés 1 ^7 ' et d'un aspect royal, un atrium très-large et des péristyles, des parcs et des allées spacieuses d'un aspect imposant, de plus construire des bibliothèques, des galeries de tableaux et des basiliques, aussi grandioses que celles des édifices publics. »

Or le luxe des palais, durant la période qui s'étend du règne d'Auguste jusqu'à la mort de Néron, était encore fortement en progrès, à bien des égards, les grandes familles continuant de chercher à briller par un faste princier, dans lequel on les voyait renchérir les unes sur les autres 2 ; et, bien que le luxe en général eût postérieurement diminué, depuis Vespasien, il n'en dut pas moins surgir, plus tard encore, assez de bâtiments somptueux, pouvant rivaliser de magnificence avec les constructions antérieures du même genre. Valère Maxime 8 , vers la fin du règne de Tibère, dit qu'un palais occupant, avec toutes ses dépendances, y compris le jardin notamment, une sujface de quatre arpents, passait pour un logis étroit. S'il peut y avoir de l'exagération dans son dire, il faut, d'un autre côté, certainement prendre à la lettre ce propos contemporain, de Velléjus Paterculus *, qu'en se contentant d'un logement de 6,000 sesterces (un peu plus de 1,630 fr.) par an, on aurait de la peine à se faire considérer comme un sénateur. Ce dernier langage, il est vrai, semblerait de nature à prémunir contre toute généralisation outrée

1 VI, 8, 2 e éd. Rose et Muller-Strubing.

2 Tacite, Annales, II, 55.

Page 1