LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN
probablement sous Adrien que le luxe des pierres de couleur arriva à son apogée, mais il a continué d'être en faveur jusqu'aux derniers temps de l'antiquité.
C'est depuis peu seulement que la découverte de l'antique entrepôt de marbres sur le port de rivière du Tibre, au pied de l'Aventin, a permis de concevoir une idée plus juste delà stupéfiante richesse en marbres de Rome, sous l'empire. On y a déjà retrouvé, jusqu'à présent, environ mille tas de pierres, parmi lesquelles prédominent largement les espèces de couleur, applicables aux usages de l'architecture. Il est parfaitement établi que cet emplacement fut utilisé, comme entrepôt de marbres, dans la période de Néron à Marc-Aurèle; probablement même, il continua de servir comme tel, jusqu'au troisième siècle, et ce qui a été trouvé de marbres, en ce lieu, peut être considéré comme lé solde non employé des immenses fournitures reçues des carrières de l'antiquité, pour les constructions desFlaviens et des Antonins 1 .
On poussa, de bonne heure aussi, jusqu'à l'exagération l'emploi du verre pour des usages décoratifs. Sénèque déjà* parle de plafonds disparaissant derrière des glaces. Le sol de Rome est comme jonché de fragments de verre, ainsi que de débris de verre façonné et moulé, provenant du revêtement des murs et des parquets. A Véies, on a trouvé un parquet formé d'une masse de verre compacte, de la grandeur de la pièce dont il recouvrait le sol.
1 Klugmann (V Antique mârmorata à Rome, 1871); Marquardt (Manuel, V, 2, 221, etc.)» et Reumont (Histoire de la ville de Rome, I, 272) (tous les trois en allemand) ont donné des listes des' espèces principales. Les dates inscrites sur des blocs de marbre vont de Tan 17 à Tan 206 de notre ère, suivant Bruzza (p. 138 et 172).
1 Lettres, 86, 6.
Des vitrifications à deux couleurs, polies en camées, dans le genre du vase de Portland, se sont conservées, en partie, avec les restes du stuc de la muraille dans laquelle elles étaient incrustées. Les fragments de véritables vitraux peints ne manquent pas non plus 1 . Pline mentionne, comme une nouvelle invention, le placage de la mosaïque de verre aux voûtes *. Le même auteur signale aussi déjà le revêtement des murs avec des plaques d'or 8 , luxe qui atteignit son point culminant dans la Maison d'Or de Néron. Au dix-septième siècle, on découvrit, au mont Aventin, une chambre dont les murs disparaissaient derrière un revêtement de plaques en bronze doré, avec incrustation de médailles ; au mont Palatin, une autre, entièrement revêtue de feuilles d'argent, garnies de pierres fines*. Cette invention, comme d'autres encore, témoignant du luxe le plus effréné, en fait d'architecture, date probablement duHemps de Néron : ainsi la construction de soffites à panneaux mobiles, particulièrement dans la salle à manger, qui, par suite de cet arrangement, changeaient d'aspect à chaque service 5 . Parfois il existait aussi, dans les palais de l'époque, des chambres dites d'indigents, qui contrastaient avec ce faste excessif. La simplicité artificielle de ces pièces n'était due, sans doute, qu'à la spéculation de mieux faire ressortir ainsi la magnificence des appartements voisins 6 .
Cependant tout cet éclat pâlissait devant la splendeur
1 Semper, le Style, 1, 504.
2 Hist. nat. 9 XX£VI, 189.
3 Ibidem, XXXV, 2.
4 Semper, 1, 504.
s Sénèque, Lettres, 90, 5.
6 Becker, Gallus, I, 3 e éd., 109, elc.