LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN
moyen d'y figurer toute sorte d'animaux et d'autres objets, ou, suivant l'expression de Pline l'Ancien, de peindre avec la pierre. Deux incrustations de marbre, ainsi combinées, ont été trouvées sur le mont Palatin. Sous Néron, l'on parvint ensuite à faire des marbres de fantaisie, par l'introduction artificielle de veines et de bigarrures variées dans des tables en pierres de couleurs différentes *.
En général, l'habitude de prodiguer les pierres fines et rares, celles de couleur surtout, se répandit étonnamment dans le cours du premier siècle de notre ère. Dans une salle à manger, construite par Calliste, un des affranchis de Caligula, Pline vit trente colonnes d'albâtre d'Orient. Cornélius Balbus avait encore dû se contenter de faire poser, comme une rareté, quatre colonnes plus petites de la même pierre dans son théâtre, construit sous Auguste 2 . De nouvelles carrières furent ouvertes dans le cours des siècles postérieurs : ainsi notamment, sous Claude, les mines de porphyre de l'Egypte, situées près de la mer Rouge 8 , ainsi que des carrières de granit (granito bigio), dans le mont Claudien, où il y en avait aussi de porphyre*. A en juger par les restes qui existent encore, il doit y en avoir eu, sur le littoral égyptien, plus de quarante en exploitation, et fournissant à Rome des matériaux de luxe, pour l'architecture. Dans la petite mais somptueuse maison de bains que fit construire le fils de Claude Étruscus, on avait, d'a-
1 Pline, Hist. nat., XXXV, 2, etc.; Helbig, Explications relatives aux peintures murales de la Campante, dans le Nouveau Musée rhénan, XXV (1870), p. 397 (en allemand).
2 Pline, Hist nat., XXXVI, 60.
* Letronne, Recueil, I, 136, etc.
* Bruzza, p. 169, etc.
près Stace\ qui la décrit, dédaigné comme trop vulgaires des espèces de marbre précieuses, mais déjà fréquemment employées, telles que le marbre de Thasos, celui de Caryste, le marbre ophite, tacheté comme la peau des serpents, et l'albâtre onyx. A peine la serpentine verte de Laconie avait^elle trouvé grâce, pour servir, en longues bandes, à l'encadrement de grandes tables de marbre de Synnada, blanc tacheté de violet (pavonazzetto). On y voyait aussi du marbre jaune de Numidie, un marbre de Phénicie, blanc comme neige, que Pline l'Ancien, paraîtil, ne connaissait pas encore. Les voûtes resplendissaient d'images de toutes les couleurs, en mosaïque de verre ; l'eau jaillissait de tubes d'argent dans des bassins d'argent; le courant d'eau conduit à travers le grand bassin, encadré de marbre, était si limpide que Ton croyait simplement apercevoir le pavé de marbre du fond ; la salle du jeu de paume avait un parquet chauffé du bas*. D'autres descriptions de Stace et de Martial montrent que c'était alors un luxe très-commun de prodiguer les pierres de toutes couleurs, dans les constructions. Chez ce dernier 8 , un homme riche bâtit des thermes avec des marbres de Caryste, de Synnada, de Numidie et de Laconie. Il sera parlé plus loin des villas du temps et du palais de Domitien. C'est
1 Silves, I, 5, 36 :
Mœret onyx longe, queriturque exclusus ophites.
Stace semble avoir voulu corriger, dans ce vers, une erreur de Martial, qui avait dit, dans sa propre description de ces thermes :
Siccos pinguis onyx anhelat aestus Et flamma tenui calent ophitre.