LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN
Les constructions de villas, en se multipliant, firent hausser considérablement les prix des biens-fonds en uvd> bonne situation pour cela. A la vérité cependant, si Lucullus paya 2,500,000 deniers la villa que Marius avait au cap Misène, et que CornéJie, la mère des Gracques, n'avait elle-même payée que 75,000 deniers, on ne saurait déterminer dans quelle proportion des embellissements et des constructions nouvelles peuvent avoir contribué à cette énorme augmentation de prix 1 .
L'envie de bâtir ne fit que s'accroître encore, dans toute Tltalie, après la bataille d'Actium. Horace* voyait déjà, dans sa pensée, approcher le moment où les palais princiers ne laisseraient plus à la charrue que peu d'arpents de terre, où les étangs artificiels prendraient, près du lac Lucrin, une extension toujours croissante, où le platane supplanterait partout l'orme entouré de vignes grimpantes, où des bosquets de myrtes et de lauriers répandraient leurs ombrages, et des parterres de violettes, leur parfum, en se substituant aux plantations d'oliviers si productives, et où des portiques, garantissant du soleil et de l'aquilon, s'élèveraient à la place du gazon, prodigué par la nature. Ajoutons que les sénateurs furent, à plusieurs reprises, obligés, par des sénatus-consultes et des édits, à l'achat de terres en Italie, et que ces acquisitions, naturellement aussi, déterminèrent des constructions multiples de villas nouvelles. L'envie leur prenait-elle de respirer, au fort de l'été, l'air pur des montagnes sabmes ou albaines, de se faire caresser, au printemps ou sur la fin de l'automne, par les
1 Plutarque, Marius, ch. xxxiv. — Cicéron, Ad Atticum, IV 2, ô : Consules œstimarunt (valde illiberaliter) : Tusculanam villam quingentis millibus, Formianum HS ducentis quioquaginta millibus.
* Odes, Il»15.
Digitiiedby Vj(
douces haleines du ciel de l'Italie méridionale, de jouir en plein des beautés enivrantes et de toutes les magnificences du rivage qui encadre le golfe de Naples, d'oublier le tumulte de Rome dans la retraite et le silence des massifs de platanes, sur les bords de quelque lac de la haute Italie : partout ils trouvaient des maisons de-campagne païfaitement meublées, ou de somptueux palais prêts à les recevoir. Pline le Jeune, qui n'avait qu'une assez modique fortune, possédait cependant, comme on l'a déjà dit (au 1. 1, p. 203), des terres en Étrurie (près de Tifernum Tibérinum), près de Côme et dans le Bénévent, plusieurs villas sur le lac de Côme et une maison de campagne près de Laurente. Régulus, rhéteur dont on parlait beaucoup en ce temps-là et dont on évaluait la fortune à près de soixante millions de sesterces 1 (plus de 16,300,000 fr.), avait des propriétés en Ombrie, près de Cales (aujourd'hui Calvi en Campanie), en Étrurie, à Tusculum et dans la campagne de Rome, sur la route de Tibur (Tivoli) 1 .
Les grandes difficultés de terrain qu'il y avait souvent à vaincre, pour construire des villas, contribuaient à rendre ce luxe bien plus dispendieux encore. Stace fait valoir hautement en faveur de celle de Pollius Félix, près de Sor^ rente, qu'elle était située dans un lieu où la nature i domptée par la volonté de l'homme, avait appris à servir ses desseins, ce Là, » dit le poëte, ce où vous voyez maintenant une plaine, il y avait une montagne* où vous marchez sous l'abri d'un toit, une affreuse solitude ; où vous apercevez dé grands arbres, il n'y avait pas même dé la terre. Regardez ici pour voir comment là pierre apprend à porter son joug, corn-*
'.Pline le Jeune, Lettres, II, 20. •
* Martial, VII, 31» 9> et 1, 12, 82;