‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 56 sur 218 · LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN

ment le palais avance et comment la montagne recule, docile au commandement du maître. » Des récifs dans la mer étaient transformés en vignobles et les Néréides y cueillaient des raisins doux, à la faveur des ombres de la nuit 1 . A la villa, près de Cumes, où Servilius Vatia, homme riche et de rang prétorien, sous Tibère, passa le temps de sa vieillesse à jouir dans l'oisiveté, il existait deux grottes artificielles, improvisées à force de travail ; elles avaient les dimensions d'un atrium des plus vastes, et, tandis que l'une n'était jamais touchée par le soleil, l'autre se trouvait constamment éclairée par ses rayons, jusqu'aux derniers moments du crépuscule du soir. Un canal, creusé de la mer au lac d'Achéruse, à travers un bois de platanes, servait de lieu de pêche, quand la mer était trop houleuse. Cette villa offrait tous les agréments que l'on pouvait trouver dans la ville voisine de Baies, sans présenter les inconvénients de ce dernier séjour*. La prédilection pour la mer et le désir d'en jouir d'aussi près que possible, firent, à ce qu'il paraît, souvent exécuter de grandes constructions hydrauliques, dont les assises, suivant l'expression d'Ovide % refoulaient les vagues bleues* Horace aussi 4 revient plusieurs fois sur les murs en pierre de taille comblant la mer. « Partout où la mer creuse une baie, » dit Sénèque *, « vous posez aussitôt vos fondations et créez un sol artificiel. » On aperçoit encore aujourd'hui $ sous le miroir des eaux, des restes de ces palais, bâtis dans la mer, près d'Antium, ainsi que sur d'autres points. On avait

1 Slace, Silves, II, 52* ete;, 98, etc.

î Sénèque, Lettres, 55, 6.

3 4m., III, 126.

' 0<tes, III, 24,3.

* Lettres, 89, 21.

artificiellement pratiqué aussi des bâtisses hydrauliques sur les côtes des provinces. Des possessions du riche sophiste Damien d'Éphèse, près du littoral, on voyait de même des lies et des digues artificielles, assurant des ancrages aux navires qui venaient y prendre ou y déposer des chargements. Ses maisons, dans le faubourg qui se trouvait là, avaient en partie la disposition de logements urbains, en partie celle de grottes, et toutes ses terres étaient plantées d'arbres fruitiers, qui les couvraient de leurs ombrages 1 .

Nous avons des descriptions contemporaines, ou peu s'en faut, de villas montées les unes fastueusement, les autres sur un pied plus modeste, les unes de Pline le Jeune % les autres de Stace. La villa Laurentine et la villa toscane de Pline, assises l'une au bord de la mer, l'autre dans la vallée du Tibre, sur le revers de l'Apennin, avaient toutes les deux une situation aussi remarquable par la beauté du paysage que par la salubrité du climat ; elles offraient des chambres de toute espèce, pour les besoins de toutes les parties de la journée et de toutes les saisons, avec la plus grande variété de vues charmantes, par toutes les fenêtres. L'arrangement intérieur était flatteur pour l'œil, commode et très-élégant, mais presque entièrement dépourvu de luxe proprement dit. A l'exception de quatre colonnettes de marbre de Caryste, servant de supports à un cep de vigne, dans la villa toscane , on ne voyait, dans celle-ci comme dans l'autre, que du marbre blanc ; encore paraît-il que l'on n'en avait usé que très-sobrement, en se bornant à décorer les murailles de simples peintures. Dans la villa

4 Philostrate, Vies des sophistes, II, 23, 3. 3 Lettres, n, 17 ; V, 6.;

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