LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN. V
et dans la répartition de laquelle Pizarre eut 1,402,748 fr. pour sa part 1 . Quant à PInde, il eût été, suivant Macaulay, facile à Clive d'amasser dans le Bengale, pendant sa seconde administration, des richesses telles qu'aucun sujet en Europe n'en possédait. Sans faire peser sur les riches habitants de la province un joug plus dur que celui auquel les avaient habitués les moins exigeants de leurs anciens dominateurs , il n'eût tenu qu'à lui de se faire donner, en présents, jusqu'à 300,000 livres sterling ou 7 millions et demi de francs par an; car les princes du voisinage n'eussent reculé devant aucun prix, pour gagner sa faveur 1 .
Les mêmes occasions s'étaient présentées aux généraux et aux fonctionnaires romains en Orient; mais ils étaient loin d'avoir la modération de Clive et son désintéressement relatif. Quelques exemples suffiront pour faire juger des sommes énormes qui affluaient dans leurs coffres. Le prince juif Aristobule, dans son litige avec le grand prêtre Hyrcan, son frère, suborna le légat A. Gabinius, avec 300 talents (environ 1,768,000 fr.), le questeur M. ^Emilius Scaurus avec 400 talents (près dé 2,338,000 fr.), le grand Pompée moyennant le don d'un cep de vigne en or de la valeur de 800 talents (près de 2,846,000 fr.) \ Gabinius avait, comme proconsul en Syrie, réalisé plus de cent millions de deniers (87,705,000) fr. par ses exactions
1 P. Chaix, Histoire de V Amérique méridionale au seizième siècle, II, 67, etc.
2 On estimait, suivantVehse(t.XIX, 220), à 1,200,000 liyres sterling où 30 millions de francs la fortune de Clive, à son retour de l'Inde en 1760. Cependant sir John Malcolm ne lui accorde qu'un revenu annuel de 40,000 livres sterling, soit d'un million de francs; mais Macaulay croit cette évaluation trop basse.
3 Josèphe, Ann, Jud., XIV, 3, 1, etc.
dans cette province *. On prétend qu'il promit son appui au roi d'Egypte, Ptolémée Aulète, moyennant une somme de 10,000 talents (58,940,623 fr.)% après que César eut déjà, en son propre nom et en celui de Pompée, extorqué près de 6,000 talents (environ 33,364,000 fr.) à ce prince 3 . Crassus enleva 10,000 talents en or et autres objets de prix, du temple de Jérusalem \ Les Gaules aussi étaient, du temps de César, un pays riche en or 5 . Le trésor du temple de la ville des Tectosages (Toulouse), que ravit, vers Tan 106 avant notre ère, Q. Servilius Cépion, s'élevait, d'après Posidonius, à 15,000 talents (88,411,000 fr.) fl . Au temps de la domination franque encore, le roi Théodebert fit battre monnaie avec de l'or provenant des mines du pays 7 . Cependant les dépenses imposées, par les nécessités de leur situation et par la notoriété de leurs crimes, à ces insignes voleurs des derniers temps de la république romaine, atteignaient des chiffres proportionnels à l'immensité de leur butin. Les subornations qu'ils étaient eux-mêmes obligés de pratiquer sur une échelle colossale, l'entretien d'une nuée de partisans, qui les suivaient partout, et les spectacles, dont la magnificence touchait au fabuleux, dévoraient des sommes énormes. L'édilité de Scaurus épuisa sa fortune et l'obéra même 8 . Ainsi ces trésors se fondirent en grande partie, comme ils étaient ve-
3 Dion Cassius, XXXIX, 55.
. 2 Cicéron, Pro Rabir., ch. vm.
3 Suétone, César, ch. liv.
4 Josèphe, %nn. Jud., XXIV, 7, 1.
5 Diodore, V, 27.
6 Strabon, IV, 188.
7 Procope, Bell goth. t III, 33. — King, Natural history ofprecious stones and prêtions metals, p. 183 à 187.
8 Asconius, Argum. orat. pro Scauro.