‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 6 sur 218 · LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN

suffire à ces prodigalités insensées, ne peuvent guère être mis, ne l'oublions pas, pour les ressources qu'ils offraient à l'impôt, sur la môme ligne qu'aucune des provinces majeures de l'empire romain. Ainsi, la province des Gaules, la seule sur laquelle nous ayons un renseignement positif, fournit, immédiatement après la conquête, une contribution de 40 millions de sesterces (8,770,500 fr.), chiffre que l'augmentation des impôts ne manqua pas, sans doute, d'élever beaucoup ultérieurement 1 . C'était bien différent dans l'ancien duché de Wurtemberg, petit pays de 155 milles carrés de superficie avec environ 600,000 habitants, où l'on sait positivement- que les revenus ordinaires, provenant des domaines et des impôts, ne couvraient pas les dépenses, sous le duc Charles 1 . Or, il importe de faire ressortir qu'il serait aussi téméraire de conclure du luxe d'empereurs comme Caligula et Néron à celui de Rome tout entière, que des déportements de telle ou telle petite cour absolutiste de l'Allemagne à l'état général dés mœurs contemporaines de cette contrée.

Pour l'appréciation du luxe romain les exemples des grands personnages qui, dans les campagnes victorieuses des derniers temps de la république, pillèrent des pays riches, en partie encore intacts, et en rapportèrent un Emprunts ont été faits dans ce livre, peuvent être plus ou moins sujettes ù caution; cependant il mérite certes autant, peut-être même plus de confiance que la plupart des écrivains de Rome dans ce qu'ils racontent du luxe de leur temps. On voit aussi, dans l'ouvrage précité de Devrient (II, 301), ce que coûtaient le ballet et l'opéra au duc Charles- Eugène de Wurtemberg. 11 y eut même une fois sous ce prince, dans une soirée, après la représentation de Sémiramis, une distribution de cadeaux évalués à 15,000 florins.

1 Marquardt, Manuel d'archéologie romaine, III, 2, 215.

2 Perthes, Situation et personnages politiques de l'Allemagne à Vépoque de la domination française, 1, 506 (en allem.).

mense butin, n'ont guère, invoqués indistinctement, plus de portée que ceux des empereurs romains cités plus haut. Les énormes prodigalités d'un Scaurus et d'un Lucullus, comme celles d'un Pompée et d'un César, furent occasionnées et déterminées par des conditions et des circonstances dont la conjoncture ne se reproduisit plus dans l'antiquité ; il est même probable que ces prodigalités ne furent jamais surpassées par aucun des empereurs. Plutarque dit 1 que les jardins de Lucullus brillaient encore de son temps à côté des plus magnifiques jardins impériaux, malgré les grands progrès que le luxe avait faits dans l'intervalle; Pline l'Ancien*, que les extravagantes constructions de Caligula et de Néron n'atteignirent pas à la prodigalité insensée que Scaurus, simple particulier, avait déployée dans son théâtre. Nous n'examinerons pas longuement si les trésors, en or et en joyaux, amassés depuis des siècles par les despotes de l'Orient, puis tombés au pouvoir des Romains, après les victoires qui rendirent ces derniers maîtres de l'Asie, le cédaient au butin des Conquistadores espagnols de l'Amérique , ou des conquérants anglais de l'Inde. Bornonsnous à répéter avec Grote 8 que les trésors, provenant du butin de Suse et de Persépolis, déposés par Alexandre le Grand à Ecbatane, s'élevaient à la somme de 180,000 talents, consistant surtout en lingots.

Or, après la découverte de l'Amérique, on mentionne une somme de 23,300,998 fr., qui devait valoir alors le quadruple de ce qu'elle vaudrait aujourd'hui, comme chiffre de la rançon payée pourl'Inca du Pérou, Atahualpa,

1 Lucullus, 39, 2.

* HisL nat. y XXXVI, 116.

» Hislory qf Greece, XII, 245.

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