‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 76 sur 218 · LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN

de l'empire. Il ne s'agissait donc, là, que de s'en tenir à une condition à laquelle on n'est arrivé, dans les temps modernes, que par de longs détours. Le même vêtement, à la portée du pauvre comme à celle du riche, la toge, resta le costume de fête de tous les Romains, depuis l'empereur jusqu'au dernier des plébéiens. Ce fut peut-être cette propension persistante pour les tendances égalitaires qui empêcha la réalisation de l'idée d'Alexandre Sévère, de donner aux fonctionnaires et dignitaires de l'État des uniformes distinctifs de leur rang 1 . D'un luxe aristocratique de carrosses, il pouvait être d'autant moins question, dans les villes de l'antiquité, que, pendant les premiers siècles de l'empire, l'usage du cheval de selle et, à plus forte raison, celui des carrosses, y étaient interdits dans la rue, comme nous l'avons fait observer au livre I; mais il y avait, selon toute probabilité , partout des trottoirs, comme à Pompéji. Si Roscher indique aussi la substitution des jardins anglais aux jardins français comme un symptôme du retour au naturel, il y a lieu de faire observer que la mode des haies tondues, née sous le règne d'Auguste, comme sans doute aussi celle des autres arrangements de jardins d'ordonnance architecturale, tenait moins au caractère du luxe de l'époque, qu'à une direction particulière du sentiment de la nature, qui paraît être surtout le propre des méridionaux, comme nous l'avons déjà fait remarquer au tome II, p. 472, etc.

Il n'est possible déjuger de l'alliance du luxe avec l'économie, chez les Romains, qu'à l'égard de certains points." A Rome, où il existait tant de misères dorées et où l'on sacrifiait tant aux apparences, l'industrie devait naturel-

• Histoire Auguste, Vie (T Alexandre Sévère, çb. xvn,

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ISO C1VILTSAT10N ET MŒURS ROMAINES.

lement s'ingénier à trouver les moyens de fournir à bon marché des articles pouvant, dans l'usage, tenir lieu et produire l'effet d'objets précieux, que le faste se procurait à grands frais; cela est dans la nature des choses et n'a, partant, rien d'invraisemblable. Ainsi, le luxe des tables en bois précieux avait conduit, dès les premiers temps de l'empire, au placage et à la ma'rqueterie 1 . Nous ne reviendrons pas sur ce qui a été dit, au chapitre III, de l'usage de la bijouterie fausse. On connaissait aussi la dorure \ mais les procédés qu'on y employait étaient très-arriérés s . C'est, toutefois, dans la décoration artistique des maisons particulières et des édifides publics, que l'on faisait le plus largement usage de la substitution de matières à bon marché aux matériaux de prix, comme on le voit surtout à Pompéji, ville d'Italie d'importance moyenne, où le stuc, l'argile, la terre cuite, le plâtre et le verre, suppléent au marbre et à l'ivoire, le bronze aux métaux précieux, des peintures aux couleurs vives à la mosaïque des pierres de couleur, et des copies aux originaux; et où l'on avait su répandre partout^ avec une dépense relativement très -modique, un air de beauté des % plus délectables. Nous ne pouvons appeler ici qu'en passant l'attention sur ce besoin de jouissances artistiques , alors répandu à un point dont on se fait difficilement une idée dans nos temps modernes, ainsi que sur la forte demande qui s'ensuivait, et sur les moyens que l'on avait trouvés pour y satisfaire. Ce côté, le plus noble du luxe romain, a droit à former l'objet d'un chapitre spécial.

1 Marquardt, V, 2, 313.

2 Pline, Hist. nat., XXXIII, 61.

8 Voir Jacob, Production des métatix précieux*

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