LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS LEMPIRE ROMAIN
commune, y bâtit lui-même une colonnade près des thermes, avec boutiques et ateliers, pour lesquels le terrain seul lui avait coûté 50,000 drachmes, soit environ 50,000 fr. 1 .
Un certain Quadratus enfin, le bisaïeul d'Apelle, consul en 93, à titre de substitut, puis en 105*, et qu'il importe de ne pas confondre avec le sophiste Quadrahis, proconsul de la province d'Asie en 165 *, avait été, diaprés le rhéteur Aristide aussi*, comme envoyé par Dieu pour rajeunir la ville de Pergame , qui tombait de vétusté , et dont il fit ce qu'elle devint alors ; si d'autres races pouvaient se dire issues de cette ville , c'était le cas de dire de celle-ci, relativement à son bienfaiteur, qu'elle était plutôt issue de lui, comme elle ne se faisait pas faute de le reconnaître hautement dans les salles de conseil et les théâtres, ainsi que sur les places publiques , dans toutes les parties de la ville, enfin, toutes ayant été également embellies par lui.
En général, c'étaient, dans les pays helléniques , particulièrement les sophistes qui employaient une partie des richesses , souvent énormes , dont ils devaient l'acquisition à leur art, à des constructions ayant pour objet l'embellissement des localités où ils étaient nés ou avaient pris leur domicile. Nicétès établit à Smyrne des rues
1 Dion Chrysostome, Or., XLV1, p. 519 à 521 M.
2 Waddington, Vie du rhéteur Aristide (Mémoires de Flnstitut, 1867, p. 258, etc.).
3 Clinton, Fast. rom., ad annum 165.
4 Or., X, p. 70 J; éd. Dindorf, I, 116, etc. — Voir en outre ibidem, éd. Dindorf, I, 510, 514 et 526, ainsi que le travail précité de Waddington (p. 257, etc.), au sujet des constructions d'un certain Rufin (qui (ut peut-être le père du sophiste Claude Rufin), à Smyrne probablement.
splendides, et élargit la ville jusqu'à la porte d'Éphèse. Alexandre de Cotyéum, suivant le rapport exagéré d'Aristide, fit rebâtir sa ville natale presque entièrement à neuf \
Damien d'Éphèse, disciple d'Aristide et d'Adrien , joignit, entre autres, le temple de Diane à cette ville, au moyen d'une halle couverte, de la longueur d'un stade (589 pieds), afin de procurer aux dévots la facilité de se rendre, même parla pluie, à ce temple; et, dans le rayon sacré qui * en dépendait, il fit construire une immense salle, magnifiquement ornée de pavonazzetto, pour les festins des sacrifices. Ses descendants aussi furent trèshonorés à Éphèse, en raison du peu de cas qu'ils faisaient de la possession de l'argent f .
Cependant les plus grands bienfaits et services rendus de l'espèce furent éclipsés par la munificence inouïe et plus que princièred'Hérode Atticus (néàMaralhonen 101, mort en 177), un des hommes les plus marquants de son. temps, pour la fortune et le rang, consul en 143, et sans contredit le premier parmi les sophistes ou rhéteurs par excellence de l'époque. Il mettait son ambition à porter son nom à la postérité par d'énormes et magnifiques constructions, qu'il fit exécuter dans l'intérêt public, non moins que par ses discours, grandement admirés des contemporains. Des premières, il s'est conservé des restes nombreux et des mentions plus nombreuses encore; des seconds, il ne reste absolument plus rien. En 125 déjà, alors qu'Hérode était préfet des villes libres d'Asie, son père Jules Atticus l'avait mis en état de se montrer grand et généreux pour la
Lehrs, Qu. cp., p. 9, 7.
Philostrate, Vies des sophistes, II, 23.