‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 94 sur 218 · IVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

IVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN

cité de la TVoade, en l'autorisant à ajouter aux 3 millions de drachmes (équivalant à autant de millions de francs), qu'Adrien lui avaitaccordés pour un aqueduc, le supplément de 4 millions, nécessaire pour l'achèvement des travaux. La munificence d'Hérode s'étendit, plus tard, à l'Italie aussi, où il dota pareillement d'un aqueduc la ville de Ganusium (Canosse); cependant elle se porta de préférence sur la Grèce, avant tout sur l'Attique, sa patrie, et particulièrement sur la capitale de celle-ci, Athènes, à proximité de laquelle il finit ses jours, dans une retraite aristocratique, à Céphisia, lieu charmant qui sert, encore aujourd'hui, de villégiature en été. Il fit parvenir des secours aux villes de TEubée,du Péloponnèse et de la Béotie, aida celle d'Oricum, en Épire, à se relever de sa décadence, construisit à Corinthe un théâtre couvert, à Olympie un aqueduc, aux Thermopyles des bassins pour des bains sulfureux, et orna le stade, à Delphes, de marbre du Pentélique. Il songeait même au percement de l'isthme corinthien. Dans l'Attique, il fit restaurer, au démos Myrrhinus, un temple de Minerve, fit revêtir complètement, de la façon la plus splendide, à Athènes même, dans un espace de quatre ans, le stade des Panathénées de Lycurgue de marbre du Pentélique, érigea sur le rocher qui en domine les côtés, longitudinalement, un temple de la Fortune, avec une statue de la déesse en ivoire, et bâtit au pied de l'Acropole, en l'honneur de sa défunte épouse, Régilla, un théâtre couvert en bois de cèdre (l'Odéon). Ce théâtre, qui pouvait contenir environ six mille personnes, et l'emportait, au dire de Pausanias, sur toutes les constructions analogues, pour la grandeur et la magnificence de l'aménagement, se trouve aujourd'hui remis à découvert. A la mort de Régille, Hérode ne se borna pas à faire peindre en noir l'intérieur de

sa maison, ainsi qu'à y faire tendre des draperies etétendre des tapis de même couleur, mais il la fit aussi décorer de marbre noir de Lesbos 1 , d'où l'on peut conclure que son amour du faste s'étendait également aux constructions qu'il faisait exécuter pour son usage privé.

On voit, par ce qui précède, que les plus généreux d'entre les riches et les personnages du temps ne bornaient pas leur munificence aux villes où ils étaient nés ou domiciliés, bien qu'il n'y eût peut-être pas, parmi eux, de pareil à Hérode, lequel, ayant à se justifier devant un tribunal de l'accusation, portée contre lui, d'avoir causé la mort de sadite femme, Régille, doit avoir répliqué àson adversaire, qui se vantait d'avoir été le bienfaiteur d'une ville d'Italie : « Et moi aussi, je pourrais invoquer en ma faveur beaucoup de services rendus du même genre, si j'avais à répondre devant le tribunal du monde entier*. » Il était probablement de règle que des municipaux élevés au rang de sénateurs, avec l'obtention duquel ils cessaient d'être citoyens de leur ville natale, ou parvenus à d'autres hautes positions, à Rome, et les grands seigneurs romains qu'un lien de patronage, ou autre, rattachait à certaines villes, témoignassent, par des constructions dont ils faisaient les frais, ou par d'autres dons en leur faveur, de l'attachement et de la bienveillance qu'ils avaient pour elles. Ainsi Pline le Jeune, qui légua par testament à Côme, sa ville natale, une somme considérable, pour la construction, l'aménagement et l'entretien de thermes, montra sa reconnaissance à la ville de Tifernum Tiberinum, qui l'avait choisi pour

1 Keil, Hérode Atticus, dans la Real-Encyclopxdie de Stuttgardt, I, 2 e éd., 2096, etc.

2 Philostrate, Vies des Sophistes, lï, 1, 8.

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