LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS i/EMPlRE ROMAIN
de terre, ils leur portaient généreusement secours, en aidant puissamment à les reconstruire.
Il est probable que de grands incendies causèrent souvent alors d'énormes ravages bien qu'ils aient été rarement décrits hors de Rome. A Nicomédie, un incendie avait sévi peu de temps avant l'arrivée de Pline le Jeune; or il n'existait dans cette ville, pourtant si importante, ni seaux, ni pompes à feu, et il n'y avait en général été pris, de la part de l'autorité communale, aucune des dispositions nécessaires pour éteindre le feu. La motion de Pline d'instituer une corporation formée de charpentiers, au nombre de tout au plus 150, qui fussent appelés à faire principalement le service d'un corps de pompiers, ne fut point agréée par Trajan, qui, y voyant des inconvénients, ordonna seulement que l'on se procurât les appareils et instruments nécessaires, <et que les propriétaires de maisons fussent invités à pourvoir, avec l'aide du peuple, en cas de besoin, aux moyens d'éteindre l'incendie 1 . Cependant, même dans les villes où il y avait des corporations de charpentiers et de fabricants de ces bannes qui, trempées d'eau, servaient aussi à étouffer le feu*, elles n'ont, selon toute apparence, guère produit grand effet, puisque même le plus nombreux et le mieux organisé des corps de pompiers, la garde de nuit, forte de 7,000 hommes, de la ville de Rome, pouvait si peu contre les incendies, qui n'y cessaient pas. Mais ailleurs également ceux-ci paraissent avoir, assez souvent, pris une très-grande extension. En 64 ou 65 s , Lyon
1 Pline le Jeune, ad Traj. épis t., 33, etc.
* Henzen-Orelli, Index, p. 171, etc. — Marquardt, Manuel, V, 2, 3to. 3 D'après Jonas (De ordine librorum L. Annxi Senecœ philosophie Befol., 1870, p. 62).
brûla si complètement que Sénèque, tout en exagérant beaucoup, selon son habitude, était fondé à dire que Ton cherchait vainement des yeux cette grande ville ; qu'il avait suffi d'une nuit pour l'anéantir, et pour réduire en cendres tantde bâtiments superbes, dont chacun eût fait l'ornement de toute une cité 1 . Néanmoins Lyon eut peut-être aussi ses vigiles*. En Tan 65, Néron accorda 6 millions de sesterces pour la reconstruction, somme égale au montant des souscriptions recueillies par les Lyonnais pour Rome, lors des catastrophes analogues dont cette capitale avait elle-même, antérieurement, eu à souffrir 8 .
On peut juger de la grande extension de l'incendie qui eut lieu en 53 à Bologne, par la somme de 10 millions de sesterces à laquelle s'éleva le secours accordé à cette ville*. Auguste, dans la conclusion de l'histoire de son règne, composée par lui-même, reconnaît avoir alloué des subventions innombrables, en Italie et dans les provinces, à des villes détruites par l'incendie ou par des tremblements de terre. D'autres témoignages mentionnent de pareils secours de cet empereur pour Naples, Paphos dans l'île de Chypre, Chios et plusieurs villes de l'Asie Mineure, telles que Laodicée sur le Lycus, Thyatira et Tralles 5 .
Vespasien aussi rendit, en les restaurant, plus belles que jamais nombre de villes de l'empire, qui avaient souffert d'incendies ou de tremblements de terre 8 ; et la remarque de Tacite 7 que Laodicée s'était relevée d'un
1 Sénètjue, Lettres, 91.
2 Boissieu, înscr. de Lyon, p. 4.
3 Tacite, Ann., XVI, 13.— Hérodien,III,7, 5 (Incendie de Lyon en 197):
4 Tacite, Annales, XII, 58. *
5 Mommsen, Res gestee divi Augusti, p. 109.
ë Suétone, Vespasien, ch. xm.
7 Annales, XTV, 27.