‹ Mœurs, usages et costumes au moyen âgeChapitre 12 sur 36 · LES JOUEURS D'ÉCHECS · texte numérisé non relu

LES JOUEURS D'ÉCHECS

D'après une miniature des Trois Ages de l'homme, manuscrit de la fin du quinzième siècle, attribué à Estienne Porchier. Biblioth. de M. Ambroise - f'irmin Didot.

Cette scène se passe Hans une des salles du Ch4lc.au de Plessis-les -Tours . séjour de Louis XI . Dans le joueur de droite on reconnaît lis Irai!» du roi

JEUX ET DIVERTISSEMENTS

her le jeu de dames, qui se jouait autrefois avec des dés et qui avait change en dames les pions du jeu d'échecs-, les honchets ou jonchées, qui offrent quelque analogie avec les pièces de l'échiquier, et qui demandaient plus d'adresse

Fig. 181. — Scène allégorique d'une des Cours d'amour en Provence : dans le premier compartiment le dieu Amour ou Cupidon, assis sur le tronc d'un laurier, blessant de ses traits ceux qui lui rendent hommage, et dans le second compartiment les serments amoureux des hommes et des femmes. D'après un couvercle de miroir, en ivoire sculpté, de la fin du treizième siècle.

de main que d'intelligence; les épingles, qui se jouaient de la même manière que les honchets, et qui faisaient les délices des petits pages dans les maisons seigneuriales. Là où manquaient les épingles, les honchets et les dames, on faisait en sorte de les rerriplacer par les doigts de la main, et Ton jouait, par

MŒt'RS. 33

MŒURS ET USAGES

exemple, à la mourre [morra), qui est encore le jeu favori du peuple eh Italie. On sait que ce jeu , dont les anciens Romains n'étaient pas moins fanatiques que les Italiens modernes, consiste à lever subitement autant de doigts qu'en fait apparaître celui qui veut embarrasser son adversaire. C'est à peu près l'objet du jeu du doigt mouillé, lequel convenait mieux à la divination réfléchie des joueurs français. Il fallait encore parmi les jeux de la jeunesse distinguer ceux des filles et ceux des garçons. Ces derniers jouaient aux billes, aux luettes, à la toupie ou à la ronfle, au palet, au fouquet, aux mefelles, et à une foule de jeux qui restent encore inexpliqués-, les filles jouaient à la briche, avec une brique et un bâtonnet, aux martiaus ou petits palets, aux poupées, au loup, au renard, à cache-mouchel ou à colin-maillard, à cligne-musette ou à cache-cache, aux cailles, etc. La plupart de ces jeux étaient animés par une ronde que les joueuses répétaient en choeur, ou par des dialogues chantés et psalmodiés à l'unisson.

Si les enfants avaient alors leurs jeux, qui ont traversé le cours des âges sans changer d'une manière notable, les dames et les demoiselles avaient les leurs, sortes de jeux de galanterie ou de société, qui n'ont disparu qu'avec ces assemblées innocentes où les deux sexes faisaient assaut de politesse, de malice et d'esprit. Il faudrait de longues dissertations archéologiques pour établir ce que pouvaient être le jeu des oes, le jeu des trois ânes, le jeu des accords bigarrés, le jeu du jardin madame, le jeu de lafricade, le jeu du f ciseau, le jeu de la mick, et quantité d'autres qui sont nommés, mais non décrits dans les fabliaux. Quant au jeu à l'oreille, dont l'invention est attribuée au troubadour Guillaume Adhémar, quant au jeu des Valentins ou de la fête des amoureux et aux jeux si multipliés des pénitences et du gage touché, qui nous viennent en droite ligne des Cours d'amour du moyen âge, nous les retrouvons encore, un peu dépourvus de leur naïveté primitive, dans les veillées de château en hiver et dans les amusements champêtres en été. Mais les Cours d'amour ne sont plus là pour régler gravement toutes ces choses légères (fig. 1 8 1 ).

Au nombre de ces choses légères que le temps n'a pas emportées, et qui semblent devoir durer plus longtemps que les monuments de pierre et d'airain, il faut citer la danse, qui fut certainement un des premiers divertissements des hommes réunis en société et qui est venue jusqu'à nous, en con-

JEUX ET DIVERTISSEMENTS

servant son caractère propre et indélébile, à travers toutes les révolutions et toutes les coutumes, à travers tous les peuples et tous les siècles. La danse se montre tour à tour religieuse et profane, grave et solennelle, folle et légère, à chaque page des annales du monde ; mais si la danse était partout et se mêlait à tout autrefois comme aujourd'hui, on pourrait faire cette dis-

Fig. 182. — Les danseurs de la nuit de Noël , punis de leur impiété et condamnés à danser pendant une année entière; légende de la fin du quinzième siècle. Fac-similé d'une gravure sur bois de P. Wohlgcmuth , dans le Liber Chronicarum munis , in-fol.; Nuremberg, 1493.

tinction remarquable dans l'histoire des mœurs, que tel peuple, comme les anciens Romains, se plaisait à voir danser, mais ne dansait pas. Tibère chassa de Rome les danseurs-, Domitien retrancha du sénat quelques sénateurs qui s'étaient déshonorés en dansant. On doit présumer que les Romains depuis la conquête de Jules César n'avaient pas favorisé la danse. Il y eut dans les Gaules, comme dans les autres provinces de l'empire, une multitude de baladins de profession, qui n'avaient pas peu contribué à faire décrier la danse, à cause de leurs mœurs dissolues, et qui dansaient à prix

2 Go

d'argent durant les repas. Cependant la bonne humeur, la gaieté naturelle des Gaulois, leur passion pour les exercices violents et pour les plaisirs sensuels, tout les disposait à aimer la danse et à s'y livrer avec ardeur; on s'explique donc comment la danse, malgré les répugnances de l'aristocratie romaine, malgré les anathèmes et les interdictions des conciles et des synodes, a toujours été le passe-temps favori des Gaulois et des Français.

Leuce Carin, écrivain sans autorité, a dit que dans les premiers temps du christianisme les fidèles dansaient ou plutôt tripodiaient, s'agitaient et se démenaient en cadence, pendant les cérémonies du culte-, mais c'est une erreur : il ne resta qu'un faible vestige des danses païennes dans la fête des Brandons (premier dimanche du carême), qui se rattachait probablement aux rites de la religion des Druides. La nuit venue, on allumait des feux de joie sur les places publiques, et la population accourait pour danser follement autour de ces feux. Des désordres et des scandales résultaient souvent de la célébration de cette fête populaire, et les magistrats durent intervenir pour surveiller et pour réprimer. L'Église, de son côté, ne demeura pas indifférente et inactive en face des abus qui avaient lieu aux danses des Brandons, mais les admonitions épiscopales ne furent pas toujours écoutées (fig. 182). On voit dans les actes d'un des plus récents conciles de Narbonne que l'habitude de danser dans les églises et dans les cimetières à certaines fêtes n'avait pu encore être extirpée dans quelques localités du Languedoc à la fin du seizième siècle.

La danse fut de tout temps blâmée et interdite par l'Église catholique, à cause des dangers qu'elle pouvait avoir po'ur les mœurs -, elle se trouva en lutte pendant des siècles avec l'autorité ecclésiastique, mais, par compensation, elle n'eut presque jamais à se plaindre des sévérités du pouvoir civil. Quand le roi Childebert, en 554, défendit toutes les danses dans ses États, il n'avait fait que céder à l'influence des évêques, qui les condamnaient. Nous avons peu de renseignements sur les danses de cette époque, et l'on ne pourrait dire jusqu'à quel point était motivée leur interdiction. Ce n'étaient plus sans doute ces danses guerrières que les Francs avaient apportées avec eux, et que les archéologues ont désignées sous le nom de danse pyrrhichienne. Quoi qu'il en soit, les danses guerrières reparaissent à l'origine de la chevalerie : car lorsqu'un nouveau chevalier était élu, tous les

JEUX ET DIVERTISSEMENTS

chevaliers, armés de toutes pièces, exécutaient des évolutions cadencées, soit à pied, soit à cheval, aux sons de la musique militaire, et le peuple les en-

Fig. 1 83. Danses de paysans aux fêtes du mois de mai. Fac-similé d'une miniature d'un livre d'heures (quinzième siècle) de la Bibl. nation, de Paris.

tourait en dansant. On a dit que c'était l'origine des ballets de cour, et La Colombière, dans son Théâtre d'honneur et de chevalerie, rapporte que

MŒURS ET USAGES

cette ancienne danse des chevaliers s'était perpétuée chez les Espagnols, qui l'appelaient la moresque.

Le moyen âge est la belle époque de la danse, surtout en France. Ce ne sont que fêtes dansantes, et l'on croirait, en lisant les vieux poètes et les vieux romanciers, que les Français n'avaient rien de mieux à faire que de danser à toute heure du jour et de la nuit. En voici le bizarre motif, imaginé en faveur de Futilité pratique de la danse, par Jean Tabourot, dans son Orchêsographie, publiée à Langres, en 1 588, sous le pseudonyme de Thoinot Arbeau : « Les danses sont practiquées pour cognoistre si les amoureux sont sains et dispos : à la fin desquelles il leur est permis d'embrasser leur maistresses, affin que respectivement ilz puissent sentir et odorer l'un et l'autre, s'ilz ont l'haleine souefve (agréable), de façon que de cet endroit, oultre plusieurs commoditez qui réussissent de la dance, elle se treuve nécessaire pour bien ordonner une société. » Telle était la doctrine des Cours d'amour, qui avaient pris hautement la défense de la danse contre les prédicateurs. Dans ce temps-là, dès que les deux sexes étaient réunis en nombre suffisant, avant ou après les repas, les baus (bals) et caroles (rondes) commençaient-, hommes et femmes se prenaient parla main et dessinaient des pas cadencés (fig. 1 83 ). L'auteur du poë'me provençal Flamenca caractérise ainsi allégoriquement ces divertissements : « La Jeunesse et la Joie ouvraient le bal avec leur cousine la Prouesse \ la Lâcheté, confuse, allait d'elle-même s'enterrer. » Les troubadours nomment un grand nombre de danses, sans les décrire, parce qu'ils les avaient sans cesse sous les yeux -, ils parlent souvent de la danse au virlet, espèce de ronde aux chansons, pendant laquelle chacun chantait à son tour un couplet dont le refrain était répété en chœur par tous les danseurs. Dans le Code des Cours d'amour, intitulé Arresta amorum (les Arrêts d'amour), il est question du pas de Brabant, dans lequel on faisait aux dames le petit genoil, c'est-àdire qu'on pliait le genou devant elles, et de la danse au chapelet, à la fin de laquelle chaque danseur embrassait sa dame. Les romans de chevalerie nous montrent sans cesse les chevaliers qui, sans quitter leur heaume et leur cotte de mailles, se mettent à danser aux chansons avec les dames et damoiselles. Il y avait pourtant des costumes mieux appropriés à la danse. On voit dans le roman de Perceforet qu'à la suite d'un repas, pendant qu'on enlevait les.

tu

aï

GO

03 eu — 1 g

eu en

CD

"cj

eu

en

en eu S"

Page 1