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points dangereux du littoral pour prévenir les naufrages, et des traités de commerce avec les nations étrangères, même les plus éloignées, garantirent au dehors la liberté et la sécurité des marchands français.
Sous les faibles successeurs de ce grand monarque, et en dépit même de leurs efforts, le commerce, livré de nouveau à tous les genres d'injustice et d'extorsion, perd à la fois toutes ses sauvegardes. Déjà, d'ailleurs, apparaissent les Maures au midi et les Normands au nord, qui vont tout détruire sur leur passage; déjà, en 838, Marseille a été prise et saccagée par les Grecs ; les luttes acharnées des fils de Louis le Débonnaire contre leur malheureux père , leurs rivalités entre eux , leurs guerres fratricides augmentent encore la somme des calamités publiques, et bientôt, pillée par les étrangers, dévastée par ses propres enfants, la France n'est plus qu'un vaste champ de désordre et de ruine.
L'Eglise, qui seule avait encore quelque influence civilisatrice, ne laissait pas d'user de son autorité pour remédier à un état de choses aussi déplorable ; mais sentences des évêques, anathèmes des papes, décrets des conciles n'avaient qu'un effet restreint et partiel à ces époques désastreuses, où à chaque instant le travail des champs et des cités était interrompu et ruiné par les violences d'une soldatesque sauvage et cupide-, où à chaque pas les routes, souvent impraticables, étaient interceptées par des péages ou douanes odieusement vexatoires au profit des possesseurs du sol , et sans cesse infestées de bandits qui pillaient les marchandises et tuaient les marchands.
Ce fut encore l'Église, l'Église toujours préoccupée des intérêts delà civilisation, qui aida le commerce à sortir de l'espèce d'anéantissement où il était tombé, la paix ou trêve de Dieu, établie en 1041, pour suspendre au moins les guerres intestines de la féodalité, ayant réussi à imposer au désordre un caractère d'intermittence : c'était tout ce qu'on pouvait faire alors, et l'Église l'accomplit en prenant la haute main avec autant de désintéressement que d'énergie et de courage dans la direction de la société, abandonnée par le pouvoir civil, partout impuissant ou souvent mal intentionné.
Quoi qu'il en fût, grâce à la prévoyance ecclésiastique, qui multipliait les foires et les marchés aux portes des abbayes et des couvents, le premier pas était fait vers la reprise générale du commerce, et cette heureuse
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rénovation allait peu à peu s'effectuer; d'ailleurs elle peut être considérée comme ayant puissamment contribué au grand mouvement de l'esprit de liberté et de progrès, d'où devaient sortir les sociétés, les nationalités, en un mot, l'ordre moderne.
Le commerce de l'Orient fournit les premiers éléments de cette activité
Fig. iqo. — Transport de marchandises à dos de chameau pour le chargement des navires. Fac-similé d'une gravure sur bois de la Cosmographie universelle de Thevet; in-folio, i5j5.
marchande qui se manifesta d'abord sur les rives de la Méditerranée, et à côté des républiques d'Amalfî, de Venise, de Gènes et de Pise, qui étaient devenues les riches entrepôts de tout le négoce d'outre-mer, on vit refleurir les anciennes villes de la Provence et du Languedoc.
En principe, comme nous l'avons déjà dit, les denrées de l'Inde venaient en Europe par les comptoirs grecs d'Alexandrie et par Constantinople. Les croisades, qui avaient facilité les relations avec les contrées orientales, développèrent en Occident le besoin et le goût de leurs productions indigènes,
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imprimèrent à ce commerce extérieur une activité nouvelle, et le rendirent plus directement productif en faisant disparaître les intermédiaires qui Pavaient entravé (fig. 191).
La conquête de la Palestine par les croisés venait d'ouvrir aux marchands occidentaux, qui jusqu'alors ne s'y étaient aventurés qu'en tremblant, toutes les villes, tous les ports de cette opulente région, et même beaucoup d'entre eux purent s'y établir à demeure avec toutes sortes de privilèges et d'exemptions de droit, que leur offraient à l'envi les seigneurs qui avaient transporté la domination féodale sur les terres musulmanes.
Le commerce d'outre-mer acquit dès ce moment des proportions auparavant inconnues. A la vérité, les bulles et les décrets des papes défendaient aux chrétiens des relations avec les infidèles, qui eussent mis en péril la foi ou les mœurs- mais jamais ces défenses n'arrêtèrent le commerce, et la voix de l'intérêt était trop puissante pour ne point être écoutée (fig. 192)-, les marchands ne craignaient pas même d'enfreindre les prescriptions politiques et religieuses qui leur interdisaient de porter aux ennemis de la foi des armes et des esclaves.
Il était facile de pressentir dès le début que l'occupation militaire de la Terre-Sainte ne se convertirait point en une possession stable-, aussi, à mesure que la perte de cette belle conquête paraissait plus imminente , les villes maritimes de l'Occident s'efforçaient de renouer d'une façon plus solide et plus durable leurs intelligences et leurs anciens rapports avec l'Egypte, destinée à remplacer bientôt la Palestine, au point de vue du commerce. Marseille prit la plus large part à cette entente commerciale avec PÉgypte ; et dans les douzième et treizième siècles elle atteignit un haut degré de splendeur, qu'elle devait exclusivement à ses armateurs et à ses négociants. Mais, au quatorzième siècle, les princes de la maison d'Anjou l'épuisèrent, comme toute la Provence, par les efforts démesurés qu'ils avaient faits en pure perte pour reconquérir le royaume de Naples, et ce fut seulement sous le règne de Louis XI que la cité phocéenne retrouva la prospérité de sa marine et de son commerce (fig. iq3).
Le Languedoc, bouleversé et ruiné au treizième siècle par suite de la ter rible guerre des Albigeois, avait enrichi de ses dépouilles la Provence, dont l'abaissement momentané lui permit ensuite de se relever promptement de
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sa chute. Les cités languedociennes, à la fois industrieuses et commerçantes, Bé/.iers, Agde, Narbonne, et surtout Montpellier, eurent bientôt créé dans tous les ports de la Méditerranée des relations de négoce si considérables et
Fig. 191. — Le commerce dans les échelles du Levant, d'après une miniature d'un manuscrit des Voyages de Marc Pal (quinzième siècle), à la bibl. de l'Arsenal, à Paris.
si fréquentes, que sur la fin du quatorzième siècle chacune de ces villes nommait alternativement, pour régir et protéger son commerce d'outre-mer, des « consuls ès parties de Chypre et ès parties cis-marine et trans-marine de Rhodes, Damas, etc. » Un voyageur du douzième siècle, Benjamin de Tudèle, rapporte que dans ces ports qui furent désignés plus tard sous le nom
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à! échelles du Levant on entendait parler le langage de toutes les nations du monde, qui y abordaient avec les Génois et les Pisans.
Toulouse ne resta pas en arrière du mouvement commercial des villes du bas Languedoc, et la Garonne amenait sans cesse sur ses marchés nonseulement les productions naturelles et artificielles de la Guienne et des côtes occidentales de la France, mais encore celles de la Flandre, de la Normandie et de l'Angleterre. Notons, toutefois, que la ville de Bordeaux, bien que placée dans la plus heureuse position à l'embouchure du fleuve, n'eut sous la domination anglaise qu'un assez mince commerce, qui ne consistait guère que dans la vente de ses vins à la Grande-Bretagne, et dans l'échange de ses blés, huiles, pastels et lièges avec Toulouse.
Sur le même littoral nous voyons à cette époque La Rochelle beaucoup plus florissante par le cabotage de nombreux navires qui allaient porter en Flandre, dans les Pays-Bas, au nord de l'Allemagne, les vins de l'Aunis et de la Saintonge, les sels du Brouage. La Bretagne trafique aussi avec la Hollande, la Zélande et la Frise. Vitré a dès le quatorzième siècle des fabriques de soie, et Nantes annonce déjà ce qu'elle sera un jour comme entrepôt du commerce maritime. C'est vers le même temps que l'art des pêcheries se perfectionne et forme bientôt une nouvelle industrie, dans laquelle Bayonne et quelques autres villes du rivage océanique prennent bientôt le premier rang, les unes adonnées plus spécialement à la pêche de la baleine (fig. 194), les autres à celle de la morue et du hareng.
Depuis longtemps déjà la Normandie comptait d'autres éléments de prospérité commerciale : ses fabriques d'étoffe de laine, ses manufactures d'armes et de coutellerie, ainsi que les productions agricoles de son territoire fertile et bien cultivé, fournissaient matière à un important trafic d'exportation.
Les villes de Rouen et de Caen sont particulièrement manufacturières et trèsriches; Rouen surtout, situé sur la Seine, est dès lors l'entrepôt de toutes les marchandises, de toutes les denrées qui descendent ou remontent le fleuve. Déjà cependant Paris, séjour des rois, métropole du gouvernement, fait pressentir l'immense développement que la capitale doit atteindre, en devenant le centre des affaires commerciales et en augmentant tous les jours sa population ouvrière et marchande (fig. ig5 et 196).
Ce fut hors de Paris pourtant que le commerce, qui a besoin de liberté
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autant que de protection, réalisa d'abord de plus grands progrès. De bonne heure les provinces du nord avaient uni l'industrie au trafic, et cette double
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Fig. 192. — Navire marchand au milieu des périls de la mer. Fac-similé d'une gravure sur bois du Grand Kalendrier et compost des b.Tgers, in-fol. ; imprimé à Troycs, vers 1490, par Nicolas le Rouge,
source de prospérité locale lit chez elles d'inépuisables richesses. Gand et Bruges dans les Pays-Bas, Beauvais, Arpas, sont renommés par leurs ma-
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nufactures de draps, de tapis, de sayetterie (serge et autres étoffes légères en laine) \ Cambrai, par ses belles toiles. Les artisans, les marchands de ces industrieuses cités établissent alors leurs puissantes corporations, dont les efforts incessants doivent enfanter l'affranchissement communal, si favorable au commerce.
Plus avantageuse que l'industrie lainière (car on tirait alors de l'Angleterre la plus grande partie des laines employées dans les fabriques), l'industrie linière, qui favorisait l'agriculture, fut d'abord florissante dans le nord-est de la France, et s'étendit ensuite, mais lentement, en Picardie, en Beauvoisis, en Bretagne, tandis que les contrées du centre (à l'exception de Bourges, qui avait des fabriques de draps déjà célèbres au quinzième siècle) restaient essentiellement agricoles, et que leurs principales villes ne faisaient qu'un commerce d'entrepôt. L'institution des foires rendit, il est vrai, pour plusieurs de ces villes ce commerce aussi étendu que productif.
Au moyen âge, c'étaient presque toujours les fêtes et les cérémonies religieuses qui donnaient naissance aux foires que le commerce s'empressait de multiplier. Les marchands venaient tout naturellement étaler et offrir leurs marchandises là où une plus grande réunion de gens leur promettait un débit plus prompt, plus assuré. Dès la première race des rois mérovingiens il y avait eu dans les Gaules un certain nombre de ces marchés temporaires et périodiques-, mais, celui de Saint- Denis excepté, on n'y portait guère que des objets de consommation locale, caries droits onéreux que le seigneur féodal prélevait sur les marchandises exposées en vente, le danger que couraient les marchands étrangers d'être pillés en route, ou même sur le champ de foire, arrêtèrent longtemps les progrès de cette institution, destinée à devenir si utile et si féconde.
Nous avons plusieurs fois mentionné la fameuse foire du Landit1, dont rétablissement est attribué à Charlemagne, mais qui ne fut sans doute qu'une sorte de résurrection des anciennes foires de Saint-Denis, fondées par Dagobert et pendant un temps tombées en décadence ou même disparues au milieu de la ruine générale.
Connue dans l'Europe entière, la foire du Landit, qui attirait les mar-
1 Voir notamment, dans les Arts au moyen âge, le chapitre intitulé Parchemin, Pupier.
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chands de tous les pays, ne durait que quinze jours au mois de juin; on y vendait des marchandises en tous genres, exotiques ou indigènes, mais la vente du parchemin était le principal objet de cette foire, où l'Université de Paris se rendait en procession pour y faire ses achats. Aussi cette foire,
Fig. ip3. — Vue et plan de Marseille et de son port, au seizième siècle, d'après une gravure sur cuivre du recueil de G. Bruin, gr. in-fol.. Théâtre des Cite\ du monde.
toute spéciale, le cédait- elle en importance aux six toiresde Champagne, qui depuis le douzième siècle se tenaient à Troyes, Provins, Lagny-sur-Marne, Reims et Bar-sur-Aube, et qui répandaient dans cette province tant de vitalité commerciale, que les nobles Champenois avaient secoué la plupart le préjugé qui interdisait toute espèce de trafic à la noblesse.
MŒURS , IV. — 3(i
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Dans le centre et le midi de la France, les foires s'étaient multipliées simultanément; celles du Puy-en-Velay (aujourd'hui chef-lieu du département de la Haute-Loire), qu'on regarde comme les plus anciennes, conservaient leur vieille réputation et attiraient toujours une prodigieuse affluence de monde, surtout à cause du pèlerinage de Notre-Dame-du-Puy. Ces foires, plus religieuses que commerciales, étaient donc beaucoup moins importantes que celles de Beaucaire, qui, très-célèbres dès le treizième siècle, offraient alors, avec le marché de Lyon , le centre le plus considérable du commerce des provinces méridionales. Placé au confluent de la Saône et du Rhône, Lyon dut son développement commercial au voisinage de Marseille et des villes d'Italie. Ses quatre foires annuelles étaient toujours très -fréquentées , et lorsque les rois de France lui eurent transmis les privilèges des foires de Champagne, lorsqu'ils eurent transféré dans ses murs les manufactures de soieries précédemment établies à Tours, Lyon devint véritablement la seconde ville de France.
On peut affirmer, en thèse générale, "que l'élévation progressive de la royauté sur les ruines de la féodalité fut de plus en plus favorable au commerce. Dès le règne de Louis IX la fondation du port d'Aigues-Mortes sur la Méditerranée, la rédaction du Livre des métiers par Etienne Boileau, qui ne fit que codifier leurs anciens statuts, et la grande ordonnance que le saint roi rendit l'année même de sa mort, pour garantir la sécurité des marchands et défendre contre leurs fraudes le consommateur, témoignent de sa sollicitude éclairée en faveur du commerce.
Philippe le Bel avait rendu , aussi dans l'intérêt du commerce indigène et de l'industrie locale, plusieurs ordonnances prohibitives, que Louis X renouvela , et Philippe le Long , devançant les tentatives économiques de Louis XI , essaya, mais sans succès, d'établir dans tout le royaume l'unité des poids et mesures, grande réforme qui ne s'est accomplie que parle fait de la révolution de 1789. On ne saurait croire quelles étaient alors les variations des poids et mesures, variations qui se prêtaient aux fraudes et aux erreurs de toutes sortes, et qui ne dépendaient ordinairement que de la coutume locale, sinon du caprice du seigneur, à qui elles profitaient. La division du territoire en une multitude de gouvernements locaux devait amener cette situation, dans laquelle le seigneur, en vertu de son droit de justesse, s'attri-
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buait la garde et la surveillance des poids et mesures en usage dans sa seigneurie. L'unité eût pu s'établir sans une révolution.
Les mesures d'étendue et de contenance diffèrent tellement les unes des autres, quoique souvent spécifiées de la même manière, qu'il faudrait des tables comparatives très-compliquées , pour fixer approximativement leurs
Fig. 19t. — Pêche Je la baleine. Fac-similé d'une gravure sur bois de la Cosmographie universelle
de Thevet, in-fol.; Paris, 1574.
valeurs. Le pied de roi, qui était encore la mesure la moins variable, flottait cependant de 10 à 12 pouces-, la toise présentait des dimensions non moins mobiles , et si l'on veut poser des règles de proportion entre les innombrables mesures de capacité, que le commerce avait besoin de connaître autrefois, on s'arrête, effrayé, devant un dédale de calculs qui laissent la question plongée dans les ténèbres.
Quant aux poids, qui avaient plus d'uniformité et moins d'incertitude, La
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livre était usitée partout, mais elle n'avait pas partout la même valeur pondérale (fig. 201). Par exemple, à Paris, elle était de 16 onces, tandis qu'à Lyon elle ne comportait que 14 onces, excepté pour le pesage de la soie, lequel exigeait i5 onces par livre; à Toulouse et dans le haut Languedoc, elle n'était que de i3 onces et demie; à Marseille, de i3 onces*, ailleurs, elle descendait même à 1 2 onces. Il y avait bien , à Paris, une balance publique , qu'on appelait le poids du roi; mais cette balance n'était qu'un moyen fiscal , qui gênait le petit commerce et ne servait qu'à l'impôt.
Ces entraves mesquines et irritantes n'empêchèrent pas le grand commerce de s'étendre et d'embrasser le monde.
La boussole, connue en Italie dès le douzième siècle, mais peu employée jusqu'au quatorzième, permit alors d'ouvrir des routes nouvelles à la marine marchande, et bientôt naquit le commerce maritime proprement dit. Grâce à la boussole, les navigateurs de la Méditerranée osent franchir le détroit de Gibraltar et s'aventurer dans l'Océan -, de ce moment les rapports commerciaux, qui jusque-là n'avaient eu lieu que par terre et avec d'incroyables difficultés, s'établissent d'une manière permanente, entre les ports du nord et du midi de l'Europe.
La Flandre fut dès lors le point central de débarquement des navires marchands, qui arrivaient enfouie de la Méditerranée, et Bruges devint leur principal entrepôt. La ligue hanséatique, dont l'origine remonte au commencement du treizième siècle, et qui forma la plus puissante confédération commerciale dont il soit parlé dans l'histoire , envoyait aussi , de ses ports de Lubeck (fig. 197) et de Hambourg, ses vaisseaux innombrables porter en Flandre les denrées des pays septentrionaux, et cette riche province, qui se distinguait dans tous les genres d'industrie, et notamment par l'industrie des métaux et l'industrie textile, était devenue, pour ainsi dire, le grand marché de l'Europe (fig. 198).
Le mouvement commercial , autrefois borné aux rivages méditerranéens , se propage de tous côtés et peu à peu tend à devenir universel. Les États du Nord y prennent part, et l'Angleterre, longtemps tenue éloignée de cette scène où elle doit plus tard jouer le premier rôle, commence à s'y montrer avec éclat. Le nombre et la facilité des transactions augmentent à mesure que s'agrandit le eerele qui les renferme-, la consommation est plus abon-
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dante, la production suit le progrès de la consommation , et le commerce va toujours gagnant en activité comme en étendue. Tout d'abord semble contribuer à son expansion; la décadence du système féodal, et rétablissement, dans chaque pays, d'un pouvoir central, plus ou moins fort et respecté, lui permettent de multiplier ses opérations, par voie de terre, avec une sécurité naguère inconnue; et en même temps une législation internationale vient réglementer et protéger le commerce maritime, qui se trouvait exposé à plus
Fig. ig5. — Les mesureurs de grains de Paris. Fig. 196. — Les porteurs de foin.
Fac-similé de gravures sur bois des Ordonnances royaux de la juridiction de la Prevosté des marchands et èschevinage de la ville de Paris, pet. in-fol. goth.; Jacques Xyverd, i52S.
de périls encore. La mer, ce vaste domaine commun du genre humain, oifrant au brigandage le moyen de s'exercer plus facilement et plus impunément que sur le sol des pays civilisés, la piraterie y promènera ses violences et ses désordres longtemps après que la société en aura été sauvegardée par la force des lois et l'autorité des gouvernements.
Cette législation maritime n'avait pas attendu le quatorzième siècle pour voir le jour; elle avait été promulguée en partie dès le douzième siècle; mais les troubles et les agitations qui affaiblissaient et désorganisaient les empires, pendant cette période du moyen âge, l'avaient privée d'une sanction puis-
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santc et efficace. Le code des Rhodiens remonte au-delà de l'année i 167; le code de la mer, qui devint une sorte de texte de droit commun, est de la même époque -, les lois d'Oléron, antérieures au douzième siècle, régissaient alors les côtes occidentales de la France, et ne tardèrent pas à être adoptées en Flandre et en Angleterre. Venise date de Tan 1 255 son plus ancien manuscrit de droit maritime, et le statut de Marseille est de 1254.
A ces divers codes nationaux ou régionaux correspond l'établissement d'une magistrature commerciale, la juridiction consulaire, dont on trouve les premières bases, dès le sixième siècle, dans la loi des Visigoths, loi qui assurait aux marchands étrangers la faculté d'être jugés par des délégués de leur nation. Les Vénitiens eurent dès le dixième siècle des consuls dans l'empire grec, et on peut croire que les Francs en avaient dans la Palestine dès le temps de Charlemagne. Au treizième siècle, les villes d'Italie en eurent en France-, comme Marseille en avait dans la Savoie, et Arles à Gênes. Les commerçants de chaque pays pouvaient donc être certains de trouver justice, aide et protection dans tous les centres de commerce européen.
A cette sécurité des personnes, à cette garantie des transactions, à ces voies nouvelles ouvertes au commerce, étaient venues se joindre, comme pour les rendre plus utiles et plus profitables, de nombreuses facilités de vente et d'achat : les marchands, qui d'abord accompagnaient leurs marchandises, et qui plus tard se contentèrent da les faire accompagner par quelque facteur ou fondé de pouvoirs, en étaient arrivés à les expédier par correspondance, et à les confier en délégation à des représentants étrangers. L'usage de l'écriture devenu plus général, le papier substitué au parchemin comme moins rare et moins coûteux ; l'importation des chiffres arabes, plus commodes que les chiffres romains pour exécuter les calculs de toutes sortes*, l'institution des banques (dont la plus ancienne fonctionnait à Venise dès le douzième siècle), et l'invention des lettres de change, invention attribuée aux Juifs, mais déjà généralement répandue au treizième siècle; la création d'assurances contre les risques et les périls des voyages de terre et de mer; enfin l'établissement de sociétés de négociants du genre de celles que nous appelons en commandite ; toutes ces améliorations notables contribuaient à donner plus d'extension et plus d'activité au commerce, qui ne cessait d'accroître la richesse publique et privée, en dépit de tous les obstacles que la
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routine, l'envie et le mauvais vouloir s'efforçaient encore de susciter aux grandes entreprises commerciales.
Longtemps les Français, par insouciance, par paresse ou par antipathie, car ils avaient plus à cœur de s'occuper d'armes et de chevalerie que d'affaires de lucre et d'intérêt, ne prirent qu'une faible part au commerce même, grand ou petit, qui se donnait carrière sur leur propre territoire; les nobles dédai-
Fig. 11)7. — Vue de I.ubeck et de son port, au seizième siècle, d'après une gravure sur cuivre de l'ouvrage de P. Bertius, Cnmmcntaria rerum germanicarum , in-(°; Amstelodami, 1616.
gnaient de se mêler de trafic, comme indigne d'eux ; les bourgeois, faute de générosité et d'intelligence dans les idées, se bornaient à l'accaparement du commerce local. Quant au commerce extérieur, le plus important et le plus lucratif, il restait abandonné entre les mains des étrangers, et surtout des juifs, qui, souvent chassés du royaume, plus souvent rançonnés, toujours haïs et méprisés, ne se lassaient jamais de marcher à la fortune, sous le stigmate de la honte et de l'infamie : les gains immenses qu'ils réalisaient au moyen de l'usure les vengeaient et les consolaient de tout.
De bonne heure, et surtout après que les juifs eurent été définitivement expulsés, cette exploitation presque exclusive des ressources et des richesses