‹ Mœurs, usages et costumes au moyen âgeChapitre 16 sur 36 · SS · texte numérisé non relu

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de la France avait attiré les Italiens, qui n'étaient quelquefois que des juifs déguisés et qui se couvraient du nom générique de lombards : ce fut sous ce nom que nos rois leur accordèrent à diverses reprises divers privilèges avantageux, lorsqu'ils fréquentaient les foires de Champagne et venaient s'établir dans les villes de l'intérieur et dans les ports de l'Océan. Ces Italiens composaient à Paris la grande corporation des changeurs, qui entassaient dans leurs coffres tout le numéraire du royaume et qui faisaient varier sans cesse le cours de l'argent.

Au seizième siècle, les guerres d'Italie changèrent un peu les choses, et l'on vit se multiplier les concessions royales et seigneuriales en faveur des Castillans et autres Espagnols, que le peuple qualifiait malicieusement de maranes ou maures, et qui s'étaient répandus, pour s'occuper d'industrie ou de commerce, dans la Saintonge, la Normandie, la Bourgogne, l'Agénois et le Languedoc.

Vers le temps de Louis XI, cependant, les Français, mieux éclairés sur leurs intérêts, s'étaient mis à faire eux-mêmes leurs affaires, obéissant enfin aux stimulations, aux encouragements du roi, que ses instincts démocratiques poussaient à favoriser l'éveil de la bourgeoisie; c'était aussi le résultat naturel de la paix et de la sécurité, qui commençaient à renaître dans le royaume, appauvri et déchiré par cent années de guerres intestines ou étrangères.

Des factoreries et des établissements avaient été fondés, de 1 365 à 1 382, par les navigateurs normands, sur la côte occidentale de l'Afrique, dans le Sénégal et la Guinée; des flottes marchandes, très-nombreuses et très-fortes pour ces temps-là, étaient encore employées à la continuation de ce commerce, toujours facile et fructueux, dans lequel on échangeait des toiles, des grains divers, des couteaux, des eaux-de-vie, du se!, contre des cuirs, de l'ivoire, des gommes, de l'ambre gris et de la poudre d'or; des bénéfices considérables récompensaient les efforts des armateurs et des banquiers qui, comme Jacques Cœur, faisaient servir la marine à des opérations commerciales aussi vastes que lucratives. Ces faits significatifs prouvent assez que là, comme dans les autres branches de l'activité humaine, les troubles politiques de la France aux quatorzième et quinzième siècles avaient arrêté l'essor puissant et fécond de la civilisation.

Par bonheur, il n'en fut pas de même partout, et c'est justement à l'époque

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où la France se débat épuisée et appauvrie, au milieu des flots de sang, que les Portugais étendent leurs découvertes sur cette même côte d'Afrique où les avaient précédés les navigateurs normands. Bientôt ils auront doublé le cap de Bonne-Espérance, et ouvert une route nouvelle, toute maritime, pour aller aux Indes, où le commerce leur montre le chemin.

Quelques années après, le Génois Christophe Colomb, plus audacieux et plus heureux encore, guidé par la boussole et par son génie, découvre un nouveau continent, une quatrième partie du monde (fig. 199). Cet événement inattendu, le plus grand, le plus remarquable de l'ère moderne, vient décupler le champ de la production ainsi que celui de la consommation, et augmenter, dans des proportions énormes, non-seulement la variété et la quantité des choses échangeables , mais encore la masse des métaux précieux -, ce qui amène une révolution complète dans les lois économiques de tous les États.

Le commerce maritime acquiert aussitôt un développement extraordinaire, et, abandonnant les ports de la Méditerranée, même ceux du Levant, qui lui semblent déchus et misérables, il prend l'Océan pour mer intérieure et s'élance sur des milliers de navires à la poursuite des richesses féeriques du Nouveau Monde.

Le temps des caravanes et du cabotage est passé ; c'en est fait de la splendeur de Venise; c'en est fait du règne de la Méditerranée-, le commerce du monde passe tout à coup des cités actives et industrielles que baigne cette mer, dont le négoce s'était emparé depuis tant de siècles, aux nations occidentales, qui se partagent l'exploitation des Grandes Indes et de l'Amérique : aux Portugais, aux Espagnols d'abord-, aux Hollandais et aux Anglais, plus tard.

La France, absorbée, dévorée, ruinée encore une fois par les guerres civiles et surtout par les dissensions religieuses, ne jouera dans cette révolution pacifique et commerciale qu'un rôle secondaire, quoique ses marins de Dieppe et de Honfleur eussent peut-être découvert l'Amérique avant Christophe Colomb. Cependant les rois de France Louis XII, François Ier, Henri II, essayent de susciter, d'encourager les voyages au long cours et de créer, dans l'intérêt du commerce français, des colonies françaises sur les côtes du Nouveau Monde, depuis la Floride et la Virginie jusqu'au Canada.

Mais ces colonies n'eurent qu'une existence effacée et précaire : les pêcheries seules réussirent, et le commerce en France resta timide, chétif, circonscrit et casanier, quoique les besoins du luxe ne cessassent de s'augmenter à la cour. Ce luxe trouvait à se satisfaire dans l'usage des marchandises qui lui venaient des Pays-Bas, d'Espagne et d'Italie. L'industrie nationale fit par-

Fig. 19g. — Découverte de l'Amérique, le 12 mai 1492. Christophe Colomb arbore la croix et baptise l'île de Guanahani du nom du Christ, l'île de San Salvador (aujourd'hui l'île du Chat, l'une des Lucayes). D'après une estampe gravée sur cuivre par Th. de Bry, dans le recueil des Grands Voyages, in-fol. , 1590.

tout des efforts pour sortir de cet état d'abaissement : elle se porta surtout vers la fabrique des soieries et des étoffes tissées d'or et d'argent. Le seul moyen pratique, auquel eut recours le gouvernement pendant le seizième siècle, pour protéger l'industrie et le commerce, ce fut de prohiber absolument l'importation des marchandises étrangères et de combattre les progrès de luxe par des lois somptuaires.

Certes le gouvernement d'alors ne comprenait rien aux avantages qu'une

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nation doit retirer du commerce lorsqu'il faisait défenses aux gentilshommes de se livrer au trafic des marchandises, sous peine d'être privés des privilèges de la noblesse. Cependant les rois de la branche des Valois avaient sous les yeux l'exemple de l'Italie, de Gènes, de Venise, de Florence surtout, où les

Fig. 200. — Médaillon commémoratif de l'union des marchands de la ville de Rouen.

nobles étaient tous des marchands ou des fils de marchands. On semblait vouloir faire de la classe marchande dans le royaume une classe à part, exclusivement bourgeoise et stationnaire, renfermée dans ses comptoirs et ne participant en rien à la vie publique. Les marchands s'indignèrent de l'espèce d'ostracisme qui les frappait, et, pour se distraire des loisirs que leur laissait le commerce, ils se jetèrent avec toute leur activité dans les luttes sanglantes de la Réforme et de la Ligue.

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Ce fut le règne d'Henri IV qui les rendit à leurs occupations, et ils ne furent plus que marchands quand Sully mit en œuvre les idées politiques de son maître, pour faire renaître la prospérité du commerce. De là date une ère nouvelle dans les destinées commerciales de la France.

Dès lors le grand commerce, honoré, protégé, favorisé par les hommes d'État, cherche à étendre plus librement, plus puissamment son action cosmopolite : des compagnies se forment à Paris, à Marseille, à Lyon, à Rouen, pour porter le négoce français sur tous les points du monde, et le principe de l'association marchande (fig. 200), en dépit des routines et des jalousies qui dirigent les corporations de métiers, devient la loi de l'avenir du commerce.

Fig. 201. — Poids étalon, en cuivre jaune, de la poissonnerie du Mans, au type de la Syrène; fin du seizième siècle.

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Origines incertaines des corporations. — Les associations industrielles de l'antiquité. — La guilde germanique. — Les collèges. — Les hanses. — La compagnie de la marchandise de l'eau à Paris. — Corporations proprement dites. — Le Livre des Métiers d'Etienne Boileau en établit la première réglementation. — Statuts des métiers. — Organisation publique et intérieure des corps de métiers et des communautés. — Esprit des corporations. - - Maîtres, compagnons, aspirants, apprentis. — Fêtes religieuses des corps de métiers. — Compagnonnage.

es savants ont beaucoup discuté, sans réussir à se mettre d'accord, sur l'origine des corporations du moyen âge.

Plus simple et plus rationnel eût été, selon nous, d'admettre, a priori , que les associations d'artisans doivent être aussi anciennes que les arts eux-mêmes.

On comprend en effet qu'ayant à faire valoir, à défendre des droits, des intérêts communs, les membres, toujours fort nombreux, des classes laborieuses aient cherché à établir entre eux des liens de solidarité fraternelle. Si loin qu'on fouille dans l'histoire de l'antiquité, les associations de ce genre laissent entrevoir leurs traces plus ou moins apparentes-, mais pour ne citer que deux exemples, qui peuvent servir, en quelque sorte, de base historique aux institutions analogues des âges modernes, nous mentionnerons les collèges romains, qui constituaient une véritable ligue des artisans exerçant la même profession, et les guildes Scandinaves, qui avaient pour but d'assurer les bénéfices d'une mutualité sem-

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blable aux diverses branches d'industrie ou de négoce d'une cité ou d'une région déterminée.

Or, on peut affirmer que sous les conquérants germains, depuis l'instant où l'Europe, longtemps soumise et divisée en provinces romaines, échappe au gouvernement de Rome, sans se soustraire à ses lois et à ses usages, les confréries ouvrières ne cessèrent jamais d'exister. Les rare vestiges qu'on en trouve ne permettent pas, il est vrai, de croire à leur état florissant, mais ils attestent au moins leur vitalité, leur persistance. Au cinquième siècle, l'histoire de l'ermite Ampélius, dans la Légende des saints, mentionne des consuls ou chefs des serruriers. La corporation des orfèvres se montre déjà sous la première race de nos rois. Les boulangers sont nommés collectivement, en 63o, dans les ordonnances de Dagobert, ce qui semble indiquer qu'ils formaient un corps de métier dès cette époque reculée, et nous voyons aussi Charlemagne, dans plusieurs capitulaires, prendre des mesures pour que le nombre de ces artisans soit partout conforme aux besoins delà consommation, ce qui suppose une organisation générale de cette industrie de première nécessité. En Lombardie apparaissent aussi de bonne heure des collèges d' artisans, qui n'étaient sans doute qu'une imitation des collèges romains. Ravenne nous présente, en 943, un collège de pêcheurs; dix ans après, les annales de cette ville citent un chef de la corporation des négociants; en 1001, un chef de la corporation des bouchers. La France avait conservé également un souvenir plus fidèle des institutions de la Gaule romaine, et les anciens collèges de métiers formaient encore des groupes et des compagnies, à Paris et dans les grandes villes. En 1 061, le roi Philippe Ier accorde un certain privilège aux maîtres chandeliers-huiliers. Les anciennes coutumes des bouchers sont mentionnées dès le temps de Louis VII (1 162); le même roi concède à la femme d'un nommé Ives Laccobre et ses héritiers les perceptions fiscales auxquelles donnaient lieu les métiers de mégissiers, boursiers, baudoyers (corroyeurs), savatiers et sueurs (cordonniers). Sous Philippe-Auguste les concessions analogues deviennent plus fréquentes; on sent que l'institution commence à prendre racine et à se régulariser. Voici venir le réglementation administrative de chaque corps d'état : Philippe- Auguste y donna son assentiment; il confirmait les statuts des bouchers, en 1 182; les pelletiers et les drapiers furent aussi l'objet de sa bienveillance.

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Selon le savant Augustin Thierry, la corporation naquit, de même que la commune urbaine, d'une application de la guilde à quelque chose de préexistant, aux corporations ou collèges d'ouvriers, qui étaient d'origine romaine. Dans la guilde, dont le nom signifie banquet à frais communs, il y avait assurance mutuelle contre les voies de fait, les injures, contre l'incendie, le naufrage, et aussi contre les poursuites légales encourues pour des délits ou des crimes même avérés. Chacune de ces associations était mise

Hig. 202. — Gens de métier (quatorzième siècle). Fac-similé d'une miniature d'un manuscrit de la bibl. de Bourgogne, à Bruxelles.

sous le patronage d'un dieu ou d'un héros; chacune avait des chefs pris dans son sein, un trésor commun alimenté par des contributions annuelles, et des statuts obligatoires pour tous ses membres. Les collèges romains, comme nous l'avons dit, furent institués dans un esprit plus spécial, plus exclusif au point de vue professionnel; mais là, comme dans la guilde, il y avait égalité de droits, de privilèges, élection de chefs particuliers, possession d'une fortune collective, célébration en commun de sacrifices, de fêtes, de banquets, etc. Il y a donc tout lieu de se ranger à l'opinion du célèbre historien, qui veut que, pour la création des corporations, la guilde ait été en

quelque sorte l'esprit, le moteur, et le collège romain avec son organisation, la matière qu'il s'agissait de féconder.

Toujours est-il que les corporations s'étaient dissoutes ou effacées pendant quelques siècles; elles disparurent presque absolument dans cette espèce de retour à la vie barbare, où la fabrication des objets d'utilité journalière, comme la préparation des substances alimentaires, était abandonnée à des esclaves et exécutée sous l'œil et dans la maison du maître. Vers le douzième

Fig. 2o3. — Marchands (quatorzième siècle). Fac-similé d'une miniature d'un manuscrit de la bibl. de Bourgogne, à Bruxelles.

siècle seulement elles commencèrent à reprendre un peu de leur éclat; et ce fut l'Italie qui, naturellement, donna le signal du réveil de ces institutions que Rome avait vues naître et que la barbarie avait fait tomber en décadence. De bonne heure aussi les confréries d'artisans se formèrent dans le nord de la Gaule, d'où elles se répandirent rapidement au-delà du Rhin. Sous l'empereur Henri Ier (dixième siècle), la condition ordinaire des artisans en Allemagne était encore le servage-, mais deux siècles plus tard la plupart des métiers s'y trouvaient déjà groupés en collèges ou corps, sous le nom de Einnungen ou Innungen (unions) (fig. 202), dans un grand nombre de villes

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de l1 Empire ; on en voit à Gozlar, à Wurtzbourg, à Brunswick, etc. Toutefois ces collèges ne se constituèrent pas sans efforts et sans luttes. Comme ils élevaient leurs prétentions jusqu'à vouloir se substituer à l'ordre sénatorial, et comme ils cherchaient à s'emparer du gouvernement des cités, ils rencontrèrent de la part des pouvoirs établis une énergique résistance. Le

Fig. 20.4. — Sceau des corps de métiers réunis de la ville de Gand (deuxième moitié du quinzième siècle).

treizième siècle fut témoin de combats acharnés et sanglants, où les deux partis, tour à tour vaincus et vainqueurs, se portaient l'un contre l'autre à de cruelles représailles et ne parvenaient à dominer alternativement que par l'emploi de la force et de la violence. Les empereurs Frédéric II et Henri VII tentèrent de mettre un terme à ces sanglants débats, en abolissant les corporations d'ouvriers; mais ces associations, déjà vigoureuses, osèrent tenir tête à la puissance impériale. En France, au contraire, l'organisation des communautés d'artisans, organisation qui se rattache par plus

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d'un point au mouvement communal, mais avec lequel il ne faudrait pourtant pas le confondre, ne souleva aucun orage politique-, elle ne semble même pas avoir rencontré d'opposition de la part du pouvoir féodal, qui y trouvait sans doute une source abondante de prestations et d'impôts.

La plus ancienne de ces corporations est la Hanse parisienne , ou Compagnie des bourgeois de la marchandise de l'eau, qui remonte probablement au collège des nantcs parisiens, antérieur à la conquête des Romains. Cette association marchande avait son siège dans l'île de Lutèce ou de la Cité, à l'endroit même où fut bâtie l'église de Notre-Dame. Dès les premiers temps de la monarchie, les marchands composaient à eux seuls la bourgeoisie des villes (fig. 2o3). Au-dessus d'eux étaient la noblesse et le clergé; au-dessous les artisans formant le menu peuple. On s'explique donc que cette bourgeoisie, qui, aux douzième et treizième siècles, pouvait être encore considérée comme une compagnie commerciale particulière, ait fini par devenir le corps commercial lui-même. Les rois, d'ailleurs, la traitèrent avec une constante faveur : Louis VI lui concéda de nouveaux droits, Louis VII confirma ses antiques privilèges, Philippe- Auguste les augmenta. La hanse parisienne était parvenue à être maîtresse souveraine de tout le commerce qui se faisait par eau sur la Seine et l'Yonne entre Mantes et Auxerre. Aucune marchandise, arrivant d'amont ou d'aval sur bateaux, ne pouvait être débarquée dans l'intérieur de Paris sans devenir, en quelque sorte, la chose propre de la corporation, qui, par l'intermédiaire de ses délégués, en surveillait le mesurage, la vente en gros et jusqu'à un certain point le débit en détail. Nul marchand étranger n'était admis à faire entrer ses denrées dans Paris sans avoir préalablement associé à ses bénéfices, par l'obtention des lettres de hanse, un bourgeois de la ville, qui lui servait de garantie.

Au reste, on retrouvait des associations du même genre dans la plupart des villes commerçantes situées sur le cours des fleuves ou aux bords de la mer : à Rouen, à Arles, à Marseille, à Narbonne, à Toulouse, à Ratisbonne, à Augsbourg, à Utrecht. Quelquefois des cités voisines, comme les grandes cités industrielles de Flandre (fig. 204), s'entendaient ensemble et se liaient par un pacte fédératif, pour former une ligue plus puissante , qui avait souvent le caractère politique d'une alliance offensive et défensive. Le type de cette dernière institution est représenté par l'association commerciale

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Fig. 2o5. — Sceau de la corpora- Fi:;. 206. — Sceau de la corpora- Fig. 207. — Sceau de la corporation des charpentiers de Saint- tion des cordonniers de Saint- tion des tisserands de laine Trond (Belgique), d'après une Trond , suspendu à une charte de Hassclt (Belgique), susempreinte conservée aux ar- de 1481 , conservée aux archi- pendu à un titre en pareil echives de cette ville (1480- ves de ladite ville. min du 25 juin i57(.

Fig. 20S. — Sceau de la corpora- Fig. 20g. — Sceau de la corpora- Fig. 210. — Sceau de la corporation des tondeurs de drap de tion des foulons de Saint- tion des menuisiers de Bruges Bruges (i356 ), d'après une Trond (vers i35o), d'après ( 1 356 ), d'après une empreinte empreinte conservée aux ar- une empreinte conservée aux conservée aux archives de chives de cette ville. archives de cette ville. cette ville.

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des villes lianséatiques d'Allemagne, groupées au nombre de quatre-vingts autour de leurs quatre capitales : Lubeck, Cologne, Dantzick et Brunswick.

Bien que nous ayons déjà vu, antérieurement au treizième siècle, plusieurs corporations d'artisans , autorisées ou pourvues de règlements spéciaux, par quelques rois de France, ce n'est réellement que du règne de saint Louis que date la première mesure générale d'administration et de police, relative à ces communautés. Le roi nomma en 1261 prévôt de la capitale Etienne Boileau, riche bourgeois, qui voulut mettre en honneur dans le commerce de Paris l'ordre, la sage administration et la bonne foi. A cet effet, il recueillit, d'après le témoignage verbal des anciens de chaque corporation, les usages et coutumes des divers métiers, lesquels pour la plupart sans doute n'avaient jamais été écrits : il les coordonna, les améliora probablement en beaucoup de parties, et composa ainsi le célèbre Livre des Métiers, qui, comme le dit M. Depping, le savant éditeur de ce précieux recueil, publié pour la première fois en 1837, « a l'avantage d'être en grande partie l'ouvrage naïf et sincère des corporations elles-mêmes, et non une suite de règlements établis et formulés par les autorités municipales ou judiciaires ». Dès lors les corporations continuèrent à s'introduire peu à peu dans l'ordre des faits sociaux. Les confirmations royales se multiplient en leur faveur, et la réglementation des professions mécaniques fait chaque jour de nouveaux progrès, non-seulement à Paris et dans les provinces françaises, mais encore à l'étranger, au midi comme au nord, en Italie, en Allemagne, en Angleterre et dans les Pays-Bas (fig. 2o5 à 21 3).

Le Livre des Métiers d'Etienne Boileau contient les statuts de cent corps d'état différents, et l'on remarquera que plusieurs des professions les plus importantes, telles que celles des bouchers, des tanneurs, des vitriers, etc., n'y figurent pas encore, soit qu'elles eussent négligé de se faire inscrire au Châtelet, où se faisait l'enquête dirigée par Etienne Boileau, soit qu'un intérêt quelconque les eût déterminées à se soustraire à cet enregistrement, qui leur imposait sans doute des redevances et des servitudes. Dans le siècle suivant le nombre des corporations de métiers s'accrut continuellement, et finit par se multiplier d'une manière tout à fait exagérée sous les règnes des derniers Valois et du premier Bourbon.

L'historien des Antiquités de Paris, Henri Sauvai, au milieu du dix-

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Les Métiers.

Fac-similé de gravures sur bois, dessinées et gravées, au seizième siècle, par J. Amman.

Fig. 214. — Le drapier. Fig. 21 5. — Le tailleur.

Fig. 216. — Le chapelier.

Fig. 217. — Le teinturier.

Les Métiers.

Fac-similé de gravures sur bois, dessinées et gravées, au seizième siècle, par J. Amman.

Fig. 218. — L'épicier-droguiste. Fig. 219. — Le barbier-étuviste.

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Les Métiers.

Fac-similé de gravures sur bois, dessinées et gravées, au seizième siècle , par J. Amman.

Fig. 222. — L'épinglier-aiguillier. Fig. 223. — Le fermailleur.

Fig. 224. — L'ouvrier en fil de fer.

Fig. 225. -

L'ouvrier en dés.

mœirs , iv. — jig

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Les Métiers.

Fac-similé de gravures sur bois, dessinées et gravées, au seizième siècle, par J. Amman.

Fig. 228. — l'éperonriier. Fig. 22g. — Le cordonnier.

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Les Métiers.

Fac-similé de gravures sur bois, dessinées et gravées, au seizième siècle, par J. Amman.

Fig. 232. — Le fondeur en cuivre. Fig. 233. — Le fondeur de cloches, canons, etc.

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septième siècle, n'en comptant pas moins de mille cinq cent cinquante-un, dans la capitale seulement. Il est bon de faire observer, toutefois, que les communautés d'artisans étaient fort subdivisées, par ce seul fait que certain métier ne constituait souvent que la pratique d'un travail spécial. Ainsi, dans le livre d'Etienne Boileau, on trouve quatre corporations différentes de patenotriers, ou faiseurs de chapelets-, six de chapeliers-, six de tisserands, etc.

Au-dessus des communautés d'artisans, il y avait, du moins à Paris, quelques corporations privilégiées, qui s'entouraient d'une plus haute considération et qu'on désignait sous le nom de Corps des marchands. Leur nombre, après avoir maintes fois varié, resta fixé à six, qu'on nommait collectivement les Six Corps, savoir : les drapiers, qui eurent toujours la prééminence sur les cinq autres, les épiciers, les merciers, les pelletiers, les bonnetiers, les orfèvres, qui la disputèrent longtemps et qui, ne pouvant tomber d'accord sur ce point délicat de préséance, s'en rapportèrent à la décision du sort.

A part la prérogative que les six corps de marchands avaient alors d'être exclusivement appelés à figurer, à leurs frais, dans le cortège de ville (fig. 234), aux cérémonies publiques, et de porter le dais sur la tète du roi, de la reine et des princes lors de leur entrée solennelle dans la capitale, on ne saurait préciser le caractère des privilèges qui leur étaient attribués et dont ils se montraient si jaloux. Il est seulement de toute évidence que ces six corps, imbus d'une sorte d'esprit aristocratique qui leur faisait mettre le négoce bien au-dessus de l'industrie manuelle, tenaient à grand honneur, selon les idées généralement reçues, leurs titre et qualité de marchand. Ainsi, les historiens contemporains nous apprennent, par exemple, que le marchand qui compromettait la dignité de la compagnie « tombait dans la classe du moyen peuple » ; que les merciers se vantaient d'avoir exclu de leur corps les tapissiers, « qui n'étaient que des artisans »; que les bonnetiers, admis à remplacer dans les six corps les changeurs, devinrent, par là, « marchands, d'artisans qu'ils avaient été jusque-là... »

Quoi qu'il en soit, malgré les statuts minutieusement rédigés ou révisés par Etienne Boileau et ses successeurs, malgré les nombreux règlements d'attributions que les souverains, les magistrats et les corporations ellesmêmes ne cessaient d'élaborer, il s'en fallait de beaucoup que l'ordre et

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l'unité régnassent dans le commerce et l'industrie de Paris, pendant le moyen âge ; et ce qui se passait à Paris se reproduisait généralement ailleurs. Les luttes étaient vives, les rivalités acharnées entre les pouvoirs divers, entre les juridictions comme entre les justiciables, entre les métiers différents que rapprochait cependant l'analogie de leurs travaux.

D'ailleurs, à ce sujet, comme pour beaucoup d'autres, l'anarchie émanait souvent des pouvoirs qui auraient dû, en principe, la combattre et la faire

Fi;;. 2 ? | . — Groupe d'orfévres précédant la châsse de saint Marcel (règne de Louis XIII). D'après une gravure sur cuivre du temps. Cabinet des Kstampcs, Bibl. nationale de Paris.

disparaître. Ainsi, à l'époque où Philippe-Auguste recula les limites de la capitale, le nouveau mur d'enceinte enferma des bourgs jusqu'alors séparés de la cité et placés sous la domination féodale de seigneurs laïques ou religieux, qui, naturellement, prétendirent garder tous leurs droits; le roi de France fut obligé de reconnaître la légitimité de leurs réclamations; en sorte qu'il y eut dans ces bourgs Bourg-l'Abbé, Beau-Bourg, Saint-Germain l'Auxerrois, etc.), des communautés d'arts et métiers entièrement distinctes et indépendantes de celles de l'ancien Paris. Si même nous nous bornons

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à examiner la condition de la classe des artisans, qui relevaient directement de l'autorité royale, nous verrons que les causes de confusion n'étaient pas moindres; car la plupart des grands officiers de la couronne, comme délégués de l'autorité royale, se disputaient le droit, toujours productif, d'autoriser, surveiller, protéger, juger, punir, et surtout rançonner les artisans des diverses professions. Le roi leur accordait la faculté de disposer arbitrairement, à leur profit, des maîtrises dans chaque corps d'état, et leur donnait par là pleine juridiction sur tous les marchands ou gens de métiers qui avaient rapport à leurs propres offices, et ce non-seulement à Paris, mais parfois dans toute l'étendue du royaume. Le grand chambrier, par exemple, avait juridiction sur les drapiers, merciers, pelletiers, cordonniers, tailleurs et autres marchands de meubles ou de vêtements ; les barbiers dépendaient du valet de chambre barbier du roi \ le grand panetier présidait au commerce de la boulangerie*, du grand bouteiller relevaient les marchands de vin, etc.

Ces officiers royaux délivraient aux" artisans les brevets de maîtrise, c'est-à-dire la permission d'exercer tel ou tel métier, avec des aides ou compagnons, en exigeant pour ce simple fait une redevance onéreuse et parfois très-considérable. Et comme ils entendaient toucher les bénéfices attachés à leur charge sans avoir à s'embarrasser des rapports directs avec leurs humbles titulaires, ils nommaient ordinairement des lieutenants chargés de les suppléer et de recueillir en leur nom les sommes qui leur étaient dues pour droits de maîtrise dans les principales villes du royaume. Les plus célèbres de ces lieutenants furent les rois des merciers, qui vivaient grassement dans l'oisiveté, entourés d'une espèce de cour marchande, qui resplendissait de tout son éclat dans les fêtes de métiers.

Les grands officiers de la couronne exerçaient, en vue de leur propre intérêt et sans se soucier de l'intérêt public, une véritable juridiction de police sur les métiers-, ils jugeaient les différends survenus entre les maîtres et les ouvriers, punissaient les querelles, faisaient, soit par eux-mêmes, soit par leurs lieutenants, des visites domiciliaires chez les marchands, afin de découvrir les fraudes ou de constater les infractions aux règlements, en frappant des amendes, en prélevant des droits pour leurs vacations. Notons que les titulaires des charges de cour avaient toujours à lutter, pour le libre exer-

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cice de leur juridiction sur les métiers, contre le prévôt de Paris, qui voyait dans leurs actes de suprématie et de bon plaisir un empiétement sur ses attributions personnelles, et qui s'efforçait de leur résister en toute occasion.

Fig. 235. — Bannière de la corporation des cordonniers cl savetiers réunis d'Issoudun.

Si, par exemple , le grand panetier faisait enfermer un boulanger à la prison du Châtelet, le grand prévôt, comme administrateur de cette prison , le mettait aussitôt en liberté : en revanche, le grand prévôt punissait-il un artisan du même métier, le grand panetier se portait appelant dans la cause de son subordonné; d'autres fois les artisans, mécontents du lieutenant nommé par

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le grand officier de la couronne, qui les tenait sous sa dépendance, refusaient de reconnaître son autorité, etc. ; de là des contestations, des procès interminables. On comprend tous les désordres qui devaient naître d'un pareil état de choses. Peu à peu cependant, et par suite des tendances nouvelles de la royauté, qui ne désirait que l'amoindrissement de l'influence féodale, les juridictions multiples afférentes aux corps de métiers rentrèrent sous la main de la prévôté municipale, et cette unification de vues, de pouvoirs et de droits eut les meilleurs résultats, tant pour le bien-être public que pour la prospérité des corporations elles-mêmes.

Après avoir examiné les corporations dans leur ensemble, dans leur action collective et dans leur police générale, il nous reste à rechercher quelle était leur organisation intérieure. Ce ne fut qu'après de longues et pénibles vicissitudes que ces associations ouvrières parvinrent à se faire une sorte de condition régulière et stable, sans jamais réussir d'ailleurs à s'organiser toutes avec les mêmes privilèges , sur les mêmes bases et sur le même modèle. Aussi en indiquant les caractères dominants de ces institutions, si différentes les unes des autres, devons-nous faire, pour ainsi dire, nos réserves sur les nombreuses exceptions ou variétés, qu'il nous serait impossible de signaler dans ce rapide aperçu.

Au quatorzième siècle, époque où les communautés de métiers étaient à l'apogée de leur développement et de leur puissance, nulle association d'artisans ne pouvait avoir d'existence légale sans une concession du roi, ou du seigneur de la terre sur laquelle s'établissait l'association, prince, abbé, bailli ou maire.

Ces communautés avaient leurs privilèges et leurs statuts ; elles se distinguaient par leurs livrées ou costume particulier, comme par leurs armoiries et bannières (fig. 235 à 241), dans les solennités publiques. Elles possédaient le droit de discuter librement leurs intérêts généraux et de modifier elles-mêmes leurs statuts (sauf confirmation royale ou approbation de l'autorité supérieure), dans des assemblées composées de tous leurs membres. Ces assemblées toutefois , auxquelles assistaient de droit des délégués royaux, ne pouvaient avoir lieu sans une autorisation préalable. D'ordinaire, pour rendre plus faciles les rapports des membres de la société entre eux , ainsi que tout ce qui concernait la surveillance du métier, les artisans

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Fig. 236. — Bannière des couvreurs Fig. 237. — Bannière des cloutiers

de Paris, aux armes parlantes de de Paris, aux armes parlantes de

la corporation. la corporation.

Fig. 240. — Bannière des tanneurs Fig. 241. — Bannière des tisserands

de Vie, à l'effigie du saint patron de Toulon, a l'effigie du saint

de la corporation. patron de la corporation.

mœurs, iv. — 40

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d'une même profession habitaient le même quartier, sinon la même rue. Le nom de beaucoup de voies publiques, à Paris et dans d'autres villes de France, témoigne de cet usage général, qui existe encore, du moins en partie, dans quelques vieilles métropoles de l'Allemagne et de l'Italie.

Les communautés d'artisans affectaient collectivement, en quelque sorte, le caractère de personnes civiles ; elles avaient la faculté de posséder, d'administrer leurs biens, de soutenir ou d'intenter par procureur des actions en justice, d'accepter des héritages, etc.-, elles disposaient donc, pour leurs besoins, d'une caisse commune, qui s'alimentait au moyen des legs, des donations , des amendes et des cotisations périodiques.

Ces communautés exerçaient en outre, par l'entremise de leurs jurés et de leur bureau, une juridiction de police et même, dans une certaine limite et en certaines circonstances , criminelle, sur tous leurs membres : elles luttèrent longtemps, pour agrandir cette juridiction ou la conserver intacte, contre le pouvoir municipal et contre lés cours souveraines, qui réduisaient leurs droits à une autorité de simple police, rigoureusement restreinte aux personnes et aux choses du métier. Elles constataient les contraventions, intervenaient dans les discussions de maître à ouvrier, dans les querelles où les parties avaient eu recours à la violence. Les fonctions de cette espèce de magistrature de famille étaient exercées par des officiers, désignés sous les divers noms de rois, maîtres, doyens, gardes, syndics, jurés, lesquels étaient en outre chargés personnellement de visiter à toute heure les ateliers et les ouvroirs ou boutiques, pour constater l'observation des règlements statutaires concernant les travaux ou les marchandises, de percevoir les taxes au profit de l'association, enfin de procéder à l'examen des apprentis et à la réception des maîtres (fig. 242).

Les jurés ou syndics noms qu'ils portaient le plus souvent), dont le nombre variait suivant l'importance de la corporation et le nombre de ses membres, étaient assez généralement élus, à la majorité des voix, par leurs confrères-, quelquefois cependant le choix de ces syndics dépendait exclusivement des mêmes grands officiers royaux que nous avons vus, à l'origine des corporations, exercer sur elles une domination absolue en vertu des principes du droit féodal. Il n'était pas rare que les femmes figurassent parmi les dignitaires des arts et métiers, et les sièges du tribunal professionnel qui

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décidait de toutes les questions relatives à la communauté et à ses membres étaient souvent occupés par un nombre égal de maîtres et de compagnons.

L'esprit de caste, jaloux, exclusif, inflexible, qu'on voit se manifester sans cesse et partout au moyen âge, formait un des principaux caractères des

Fig/242. — Costumes de cérémonie du doyen et d'un juré de la corporation des Vieux-cordonniers

de Gand.

associations industrielles. L'admission des nouveaux membres d'un métier était entourée de conditions essentiellement propres à restreindre le nombre des associés et à décourager les aspirants. Les fils de maître jouissaient seuls de privilèges héréditaires, qui leur permettaient toujours d'être admis sans passer sous le joug tyrannique de l'association.

D'ordinaire, les membres d'une corporation étaient divisés en trois classes distinctes : les maîtres, les valets gagnants ou compagnons, et les apprentis. L'apprentissage, dont les fils de maître étaient souvent dispensés, commençait entre douze et dix-sept ans, et devait avoir une durée qui variait de

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deux à dix années. Dans la plupart des métiers, le maître ne pouvait recevoir chez lui, outre son propre fils, qu'un seul apprenti-, les tanneurs, les teinturiers, les orfèvres, étaient pourtant autorisés à s'adjoindre, en outre, un de leurs parents, ou un second apprenti , s'ils n'avaient point de parent qui voulut apprendre leur métier; et bien que dans quelques autres professions plus usuelles, comme dans la boucherie et dans la boulangerie, le nombre des apprentis fût à peu près illimité, la coutume avait fait une sorte de loi générale de la mesure restrictive qui avait pour but dé ne pas multiplier au delà des besoins les ouvriers et les maîtres.

La qualité de valet gagnant ou compagnon constituait , pour beaucoup de métiers, sinon pour tous, un degré auquel il fallait s'arrêter pendant un laps de temps avant de devenir maître.

Lorsque l'apprenti ou le compagnon sollicitait la maîtrise, l'un et l'autre prenaient le titre d'aspirants, et dès lors ils se trouvaient soumis à des examens successifs. Ils devaient surtout prouver leur aptitude en exécutant ce qu'on appelait4' le chef-d'œuvre, lequel consistait ordinairement dans la fabrication parfaite et irréprochable des divers produits du métier qu'ils se proposaient d'exercer. L'exécution du chef-d'œuvre donnait lieu à maintes formalités techniques parfois très-minutieuses. Pendant son travail , qui durait souvent plusieurs mois, l'aspirant, de qui on exigeait dans certains cas une sorte d'universalité de connaissances (le barbier, par exemple, devait savoir forger et fourbir des lancettes; le tisserand en laine, construire et ajuster les différentes pièces du métier à tisser, etc.) , travaillait seul, privé de toutes communications, au siège même de sa communauté, qu'on appelait le Bureau, sous les yeux des jurés ou syndics, qui prononçaient solennellement, parfois après un vif débat, sur le mérite de l'œuvre et sur la capacité de l'ouvrier (fig. 243 et 244).

La réception prononcée, l'aspirant devait d'abord prêter serment au roi, devant le prévôt ou le lieutenant civil , quoiqu'il eût déjà prêté ce serment en commençant son apprentissage, et payer ensuite une taxe, partagée entre le souverain ou le seigneur et la confrérie , taxe sur laquelle les fils de maître obtenaient toujours une forte remise. Souvent aussi , les filles de maître affranchissaient leurs maris, en les exemptant de payer le droit de maîtrise. Quelques maîtres, tels que les orfèvres, les tondeurs de drap,

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avaient, en outre, à fournir un cautionnement, qui restait dans la caisse du métier, pendant toute la durée de leur exercice. Moyennant ces prescriptions, ces épreuves, ces impôts, les gens de métiers acquéraient, avec la maîtrise, le privilège exclusif d exercer librement leur profession-, et toutefois, car l'arbitraire était alors entré dans les mœurs, les rois à leur avènement, les princes et princesses de sang royal à l'époque de leur mariage, et dans

Kig. 243. — Apprenti cordonnier-bottier, travaillant au chef-d'œuvre, d'après un vitrail du treizième siècle, publié par MM. Cahier et Martin.

certaines villes l'évêque à son installation, avaient le droit de créer dans chaque métier une ou plusieurs maîtrises et de nouveaux maîtres, à qui ce titre était conféré sans qu'ils eussent à faire ni apprentissage ni chefd'œuvre.

Les veufs et les veuves pouvaient ordinairement continuer le métier, quand l'époux mort était celui-là même du chef de qui procédait la maîtrise , laquelle devenait dès lors l'héritage du survivant ; à la condition expresse de ne pas contracter un second mariage avec une personne étrangère au métier. Tels maîtres perdaient le droit de maîtrise le jour où ils travaillaient chez un autre maître comme valets gagnants Telles maîtrises aussi n'étaient valables que pour la ville où elles avaient été obtenues. Dans plus

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d'un métier, lorsqu'une famille en possession de la maîtrise venait à s'éteindre, ses établissements et ses outils faisaient retour à la corporation, moyennant une indemnité aux héritiers collatéraux.

Parfois, et notamment dans quelques professions où les aspirants n'étaient pas soumis à l'exécution du chef-d'œuvre, la réception des maîtres était accompagnée de cérémonies singulières, qui avaient eu sans doute à l'origine un sens symbolique, mais qui ne pouvaient plus que sembler étranges et même ridicules depuis qu'on en avait perdu la véritable signification.

Kig. 244. — Apprenti menuisier, travaillant au chef-d'œuvre, d'après une des stalles dites Miséricordes du chœur de la cathédrale de Rouen. Quinzième siècle.

Ainsi, chez les boulangers, après quatre ans d'exercice, le récipiendaire, ayant acheté le métier du roi , sortait de la maison escorté de tous les boulangers de la ville, portant un pot neuf rempli de noix et de nieules (oublies). Arrivé devant le chef de la corporation : « Maître, lui disait-il, j'ai accompli mes quatre années : voici mon pot rempli de noix et de nieules. » Les assistants ayant affirmé la véracité de cette déclaration, l'aspirant brisait le pot contre le mur, et le chef prononçait solennellement son admission, que les anciens maîtres fêtaient à l'unisson, en vidant force brocs devin ou de bière, aux dépens du nouveau confrère. Le cérémonial passait un peu plus la plaisanterie chez les meuliers ou fabricants de meules

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de moulin, car l'aspirant n'était admis dans le métier qu'après avoir reçu, des mains du dernier élu, quelques coups de bâton sur les épaules.

Les statuts des corporations, lesquels avaient force de loi, comme étant acceptés et approuvés par le pouvoir royal, déterminaient presque toujours

Fig. 2 1 5. — Escalier de la maison ou bureau des orfèvres de Rouen; quinzième siècle. L'écusson que tient le lion avec sa patte renferme les armoiries des orfèvres de Rouen (état actuel).

dans le plus grand détail toutes les conditions de la main-d'œuvre ; ils fixaient les heures et les jours de travail, La dimension des objets fabriqués, la qualité des matières employées à leur fabrication et les prix même auxquels ils devaient être livrés à l'acheteur (fig. 24G). Le travail de nuit était assez généralement interdit, comme ne pouvant donner que des produits imparfaits. On peut remarquer cependant que les menuisiers étaient auto-

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risés à fabriquer la nuit les cercueils et autres appareils funèbres. La veille des bonnes fêtes, les boutiques se fermaient plus tôt que les autres jours, c'est-à-dire à trois heures, et il est bien entendu qu'elles ne s'ouvraient pas le lendemain, à l'exception de celles des pâtissiers, dont le ministère était surtout requis aux jours de gala, où ces artisans offraient au chaland une prodi-

Fig. 246. — Boutiques (orfèvre grossier, marchand d'étoffes et cordonnier) sous une balle couverte: d'après une miniature des Ethiques et des Politiques d'Aristote, traduits par Nicolas Oresme , manuscrit du quinzième siècle, à la Bibl. de Rouen.

gieuse variété de gâteaux et de friandises. Quelles que fussent les prescriptions des règlements professionnels ou administratifs, il va sans dire qu'en principe, comme elles exigeaient la bonne foi et la loyauté, elles ne laissaient pas d'être souvent violées. Les amendes dont étaient alors frappés les délinquants constituaient d'ailleurs une source d'importants revenus, tantpour le trésor de la ville que pour celui de l'association elle-même. Ajoutons que la pénalité ne se restreignait pas toujours à de simples condamnations pécuniaires, puisqu'il y eut jusqu'au quinzième siècle des exemples

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d'artisans condamnés à mort, pour le seul fait d'avoir altéré les matières par eux mises en œuvre : cette tromperie était assimilée au vol, qui, on le sait, entraîna longtemps le dernier supplice. Le vol de la part des marchands ne trouvait alors ni indulgence ni pardon, et la corporation tout entière demandait prompte et exemplaire justice.

D'après les statuts, qui avaient généralement pour objet d'empêcher les fraudes et les falsifications, dans la plupart des métiers, les maîtres étaient tenus d'apposer sur leurs ouvrages une marque de fabrique, un seing particulier qui devait servir de garantie pour l'acheteur, et donner les moyens

Fig. 247. — Fac-similé des six premières lignes de la table de cuivre où l'on insculptait, depuis l'année 1470, le nom et la marque des élus de la corporation des orfe'vres de la ville de Gand.

de constater le délit dans le cas où des plaintes s'élèveraient contre la mauvaise qualité ou la mauvaise fabrication des objets vendus (fig. 247).

Outre les diverses mesures qui avaient été prises en vue de conserver les bonnes traditions professionnelles, en sauvegardant l'intérêt public, les rédacteurs de statuts s'étaient préoccupés encore de maintenir la moralité et la concorde au sein des corporations. Un jeune homme ne pouvait être reçu apprenti qu'à la condition de justifier d'une naissance légitime, par son acte de baptême, et pour être admis à la maîtrise il devait jouir d'une réputation sans tache. Les artisans s'exposaient à une réprimande, sinon à un châtiment effectif, en fréquentant des excommuniés, en travaillant ou buvant avec eux. Le libertinage et Tinconduite pouvaient motiver la perte de la maîtrise. Dans certaines associations, tous les gens du métier devaient chômer le jour du décès d'un confrère, assister à ses obsèques, et suivre son

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convoi funèbre jusqu'au cimetière (fig. 248). Dans telle autre communauté, la plus petite parole indécente ou incivile était punie d'une amende. Un nouveau maître ne pouvait s'établir dans la même rue que son ancien patron, sinon à une distance déterminée par les statuts-, le marchand devait s'interdire d'appeler ou de provoquer les acheteurs, quand ceux-ci étaient plus rapprochés de la boutique de son voisin que de la sienne, etc.

Fig. 24b. — Doyen et jurés des tanneurs de la ville de Gand en costume de cérémonie. Fac-similé d'une miniature d'un manuscrit du quinzième siècle.

Au moyen âge, la religion avait sa place marquée partout : les corporations n'eurent garde de l'oublier : chacune d'elles était sous l'invocation du saint que l'on considérait comme le protecteur spécial de la profession-, elle possédait sa chapelle paroissiale dans quelque église du quartier, et souvent même entretenait à ses frais un chapelain particulier, pour les messes et les obits qui se disaient tous les jours à l'intention des bonnes personnes défuntes du métier. Ces associations religieuses, animées du zèle de la charité chrétienne, se proposaient à la fois d'appeler les bénédictions du ciel sur tous

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les membres de la corporation, et de secourir les confrères frappés par la maladie ou le chômage, de prendre soin des veuves, d'aider les orphelins. Elles répandaient aussi des aumônes parmi les pauvres et portaient aux hôpitaux les reliefs de leurs banquets.

Sous le nom de garçons ou compagnons du devoir [ce surnom fut d'abord

Fig. 249. — Compagnon du devoir ou de la grande cognée (charpentier). Fragment d'une gravure sur bois, exécutée à la fin du quinzième siècle, d'après un dessin de Wohlgemûth, pour la Chronique Je Nuremberg.

exclusivement appliqué aux charpentiers et aux maçons (fig. 249 et2 5o ), qui formaient depuis une haute antiquité une sorte de grande association à demi secrète dans laquelle la franc-maçonnerie va chercher ses origines , ies compagnons, quoique relevant aussi de la communauté du métier auquel ils appartenaient, composaient également des affiliations distinctes, dans les mêmes vues d'assistance mutuelle. Ils allaient recevoir l'ouvrier étranger à son entrée dans la ville, pourvoyaient à ses premiers besoins, cherchaient pour lui du travail, et lorsque la besogne manquait, le plus ancien coin-

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pagnon lui cédait la place. Toutefois ces associations de compagnonnage eurent bientôt mis de côté les tendances honorables de leur institution primitive. Dès lors les réunions des confrères ne furent plus que des prétextes à intempérance et à débauche. Des processions tumultueuses, des mascarades indécentes, jetèrent le trouble dans les cités. Puis de la facilité que ces nombreuses associations avaient de s'entendre et de se concerter ensemble naquirent des brigues, des coalitions qui, faisant appel à la force pour soutenir

Fig. 25o. — Compagnons du devoir ou charpentiers. Fac-similé d'une miniature des Chroniques de Hainaut, ms. du quinzième siècle, à la bibl. de Bourgogne , à Bruxelles.

leurs prétentions injustes ou exorbitantes, agitèrent profondément les classes industrielles, et finirent par éveiller la vigilance du pouvoir. Ces confréries enfin soulevaient ou réchauffaient sans cesse, entre les ouvriers du même métier, affiliés à des devoirs différents, des inimitiés sauvages, qui se traduisaient en violences et en luttes trop souvent sanglantes. Les arrêts du Parlement, les ordonnances des rois, les décisions des conciles, dès la fin du quinzième siècle et pendant toute la durée du seizième, proscrivirent sévèrement les confréries-, mais ces dispositions de sage police ne furent jamais rigoureusement observées, et l'autorité elle-même y souffrit des exceptions qui rouvrirent la porte à tous les abus.

Kig. 25l. —

Peinture commémorative de l'union des marchands de Rouen à la (in du dix-septième siècle.

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Nous avons déjà mentionné à plusieurs reprises , dans le cours de ce volume [yoye^ les chapitres : Condition des personnes, Privilèges des villes, Vie privée), le. rôle politique que jouèrent les corporations au moyen âge. On sait la part active et généreuse que prirent les métiers au grand mouvement de la formation des communes en France. L'esprit d'association fraternelle, qui avait fait la force vivace des corporations et qui se perpétuait avec tant d'éclat dans tous les actes de la vie publique et privée, résista pendant des siècles aux attaques isolées et collectives dont elles étaient l'objet de la part des gens de métier eux-mêmes (fig. 25 1). Ces corporations, riches et puissantes, commencèrent à déchoir dès qu'elles cessèrent d'être unies, et leur décadence, qui amena leur dissolution légale, à l'aurore de la révolution de 1789, devait porter une atteinte profonde à l'industrie et au commerce.

Fig. 252. — Bannière des drapiers de Caen.

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Les impôts sous la domination romaine. — Exactions fiscales des rois Mérovingiens. — Variations de la monnaie. — Réglementation des finances sous Charlemagne. — Missi dominici. — Accroissement des impôts par suite des croisades. — Louis IX organise les finances. — Extorsions de Philippe le Bel. — Embarras pécuniaires de ses successeurs. — Charles V rétablit l'ordre dans les finances. — Désastres de la France sous Charles VI. — Charles VII et Jacques Cœur. — Mouvement des impôts, de Louis XI à François 1er. — Les grands financiers. — Florimond Robertet.

i nous en croyons César, dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules, Les Gaulois prolétaires gémissaient déjà de son temps sous l'énormité des taxes, et tâchaient de s'y soustraire. Rome allégea ce fardeau \ mais insensiblement le système fiscal de la métropole fut établi partout dans les provinces romaines. Il y eut une imposition personnelle, presque arbitraire, dite capitation, un impôt foncier nommé cens, calculé d'après des mesures cadastrales, et, en outre, des taxes de consommation, des droits sur le sel , sur l'importation et l'exportation des marchandises, sur les ventes publiques à la criée; puis sur les portefaix, les immondices, les mariages, les sépultures, les cheminées, les tuiles, et successivement sur les legs, les successions en litige, le nombre des esclaves-, on créa des péages le long des routes-, le fisc alla si loin, qu'il soumit à l'impôt la fumée!... Delà l'origine du nom de/en, allécté plus tard à chaque ménage ou groupe de famille réunie dans la même maison ou

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assise au même foyer. On vit surgir quantité d'autres taxes, appelées sordides, dont s'affranchissaient les honorables [honorabiles) et les fonctionnaires du gouvernement.

Ce ruineux système de fiscalité, rendu plus insupportable encore par les exactions des proconsuls et la violence de leur milice, alla s'aggravant jusqu'à l'époque où l'empire romain s'écroula. Avec le moyen âge naquit un nouvel ordre de choses. L'administration municipale, en grande partie composée de citoyens gallo-romains privilégiés, ne dévia pas sensiblement des habitudes consacrées depuis cinq siècles; mais chaque peuplade envahissante fit prévaloir peu à peu ses mœurs , aussi variables que l'étaient leurs origines. Les Germains, les Francs, devenus maîtres d'une partie des Gaules, se fixèrent sur les terres qu'ils s'étaient partagées. Les grands domaines, dont la possession et les revenus avaient été attribués aux empereurs, devinrent naturellement la propriété des chefs ou rois barbares , et servirent à défrayer leurs maisons ou leurs cours. Ces chefs, à chaque assemblée générale des laides ou fidèles, recevaient en dons de l'argent, des armes, des chevaux et divers objets de fabrication indigène ou de provenance étrangère. Pendant longtemps, les dons furent volontaires. Le fief territorial, dévolu à titre viager aux guerriers qui l'avaient mérité par leur service militaire, impliquait pour eux une servitude personnelle envers le roi, c'est-à-dire l'obligation de l'héberger à son passage, de le suivre à la guerre et de le défendre en toute occasion ; mais le fief demeurait entièrement libre d'impôts. Beaucoup de méfaits, même les vols et divers crimes qui entraînaient la mort du coupable, pouvant être graciés d'après un tarif proportionnel, et les prestations, les services féodaux s'acquittant de la sorte dans bien des cas , il en résultait un large bénéfice pécuniaire pour l'État, pour le procureur fiscal et pour le roi, puisque la redevance, de quelque nature qu'elle fût, se divisait ordinairement par tiers au profit des trois parties prenantes.

La guerre, presque permanente en ces temps de désordre et de décadence, produisait aussi pour les rois barbares des ressources éventuelles, bien supérieures encore aux ressources fiscales -, ce fut à leurs armes victorieuses que les premiers chefs des Visigoths, des Ostrogoths et des Francs demandaient les moyens de remplir leur trésor : Alaric, Totila, Clovis, amassèrent ainsi d'immenses richesses, sans se soucier de donner une assiette

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régulière aux finances du gouvernement. On voit pourtant poindre dans les institutions d'Alaric et de ses successeurs une espèce d'organisation financière. Plus tard, le grand Théodoric, qui avait étudié les théories administratives de la cour byzantine, trouva dans les inspirations de son génie un véritable système de finances qu'il appliqua en Italie.

Fig. 2?3. — Extraction des métaux. Fac-similé d'une gravure sur bois de la Cosmographie universelle

de Munster, in-fol.; Baie, 1 5 52.

Grégoire de Tours, qui écrivait au sixième siècle, témoigne, en plusieurs passages de son Histoire des Francs, que ceux-ci conservaient pour l 'impôt obligatoire la même répugnance que les Germains du temps de Tacite. Les leudes, ces premiers nobles , prétendaient ne rien devoir au fisc, et les contraindre à subir la taxe n'était pas chose facile. Childéric Ier, père de Clovis, avait p^rdu sa couronne (vers 465) pour avoir voulu soumettre à l'impôt les grands comme les petits. Le roi d'Austrasie, Childéric II , fit battre de verges

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un de ses leudes , nommé Bodillon (673), qui osait lui reprocher l'injustice de certaines taxes; mais il fut assassiné par ce même Bodillon, et les leudes maintinrent leur droit d'immunité. Un siècle auparavant, les leudes étaient déjà en lutte avec la royauté à cause des impôts, qu'ils refusaient de payer; ils sacrifièrent la reine Brunehaut, parce qu'elle avait tenté de grossir le trésor royal avec les biens de quelques seigneurs, rebelles à son autorité. Le trésor des rois francs, d'ailleurs toujours bien garni, était l'objet de la convoitise des leudes : de concert avec ces derniers, Chilpéric Ier, roi de Soissons, avait mis la main sur le trésor amassé par son père Clotaire Ier et gardé dans le palais de Braine ; il fut forcé de partager son butin avec ses frères et leurs hommes, qui vinrent en armes le sommer de rendre ce qu'il avait pris. Chilpéric craignait donc les leudes, et ne leur demandait pas d'argent (fig. 254) ; sa femme, la terrible Frédégonde, ne les ménagea pas plus que ne l'avait fait Brunehaut, mais ses juges ou ministres Audon et Mummius faillirent payer de leur vie les exactions fiscales, qui rencontraient de la part des grands une indomptable résistance.

L'usage des dénombrements, tels qu'ils s'opéraient à Rome parles soins des censeurs, paraît avoir été suivi sous les rois mérovingiens. A la demande de l'évêque de Poitiers, Childebert donna l'ordre de rectifier le cadastre fait sous Sigebert, roi d'Austrasie. C'est un acte des plus curieux, signalé par Grégoire de Tours : « L'ancienne répartition, dit-il, était devenue tellement inégale, par l'effet de la division des propriétés, comme par suite d'autres changements que le temps avait amenés dans l'état des contribuables, que les pauvres, les veuves, les orphelins et les gens sans appui supportaient le fardeau des tributs. Florentius , grand-maître de la maison du roi , et Romulfus, comte du palais, remédièrent à cet abus. Après une recherche exacte des changements survenus, ils déchargèrent les contribuables qui étaienttrop grevés, et assujettirent au cens public ceux qui devaient le supporter. »

Cet impôt direct se perpétua de la sorte jusque sous les rois de la seconde race. Les Francs, qui n'avaient pas le privilège d'exemption, payaient pour leur tête et pour leur case ou maison; on prélevait environ une dixaine ou dîme sur les terres de grande culture, un peu plus sur celles de petite culture, et sur la vigne une cruche de vin seulement par demi-arpent. Il y avait des asséeurs ou répartiteurs, des préposés royaux [aetores regii) , chargés de

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lever les subsides, des fermiers d'impôts, etc. Un édit de Clotaire II, en Tannée 6i5, blâme cependant l'accumulation des taxes et des péages : il ordonne de ne point les lever ailleurs que dans les lieux où ils ont été établis , et défend de les distraire, sous aucun prétexte, de l'objet auquel ils doivent être affectés.

Sous les Mérovingiens la monnaie ayant cours ne fut pas commune, quoique les métaux précieux fussent très-abondants dans les Gaules, dont les mines d'or et d'argent n'étaient pas encore épuisées.

On ne la frappait guère qu'aux grandes circonstances, telles qu'avénement à la couronne, naissance d'un héritier présomptif, mariage du prince, victoire décisive. Il est même probable que toutes les fois qu'on employait la monnaie de compte pour de grosses sommes, la livre ou le sou d'or se trouvait représenté par des masses de métal plutôt que par du numéraire. Ainsi les tiers de sou d'or, créés et frappés ou fondus dans ces occasions solennelles, semblent n'avoir été que des médailles commémoratives, distribuées entre les grandsofficiers du trône, et cela expliquerait leur insigne rareté. Quant au

Fig. 264. — Tombe du roi Chilpéric; sculpture du onzième siècle, ù l'abbaye de Saint-Denis.

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caractère général des monnaies, soit d'or, soit d'argent ou de billon, il diffère peu, chez les premiers rois burgondes, austrasiens et francs, de ce qu'il était du temps des derniers empereurs romains; mais insensiblement, sur ces monnaies, l'Ange portant la croix remplace la Renommée victorieuse, et des monogrammes chrétiens, des symboles trinaires, entremêlés souvent à l'initiale du nom du souverain, des lettres réputées saintes ou fortunées, telles que C, M, S, T, etc., des noms de localités aujourd'hui disparues, et divers signes, propres à chaque atelier monétaire, présentent une infinité de problèmes à résoudre (fig. 256 à 25g). Malheureusement, les noms de lieux que portent les monnaies mérovingiennes, au nombre d'environ neuf cents, ont rarement été lus par des numismates qui fussent en même temps lin-

Fig. 255. — Signature de saint Éloy (Eiigius), ( monétaire et ministre du roi Dagobcrt 1" ; d'après la charte de fondation de l'abbaye de Solignac (Mabillon, de Rc diplomatica).

guistes et géographes. On compte, par exemple , une centaine d'ateliers monétaires, et l'on ne sait à quel endroit en placer le plus grand nombre.

A partir du baptême de Clovis, l'Eglise, comblée de faveurs par ce roi devenu chrétien , avait possédé des revenus considérables, couverts d'immunités exceptionnelles. Les fils de Clovis lui contestèrent bientôt ses privilèges; mais elle résista. Un jour cependant elle dut céder sous la main de fer de Charles Martel. Ce grand chef militaire, après sa lutte contre le maire du palais Rainfroy, après ses victoires éclatantes contre les Saxons, les Bavarois, les Suisses et les Sarrasins (732), dépouilla le clergé de ses possessions territoriales, afin de les distribuer à ses laides et de se faire ainsi des créatures disposées à le servir par les armes.

En montant sur le trône, le roi Pépin, qui avait besoin de ménager l'Église, effaça, autant qu'il le put, les torts de son père envers elle; il fit mettre les dîmes et les noues (neuvième denier à prélever sur la valeur des terres) au compte des possesseurs de chaque domaine ecclésiastique, en leur

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enjoignant de faire réparer, au moins, les bâtiments (églises, châteaux, abbayes, presbytères) sur lesquels ils percevaient des revenus, et de restituer à qui de droit les propriétés qui n'étaient qu'engagées entre leurs mains. La résistance des seigneurs terriens fut longue; il fallut Charlemagne et l'autorité de son exemple pour équilibrer les intérêts des parties contendantes, pour mettre d'accord l'Église et l'État.

Charlemagne, renonçant aux droits arbitrairement établis par les maires

Types des monnaies mérovingiennes, en or, frappées par saint liloy, monétaire de Dagobert I"

F'ig. 256. — Parisinna clve ht. Téte de Dagobert avec double diadème de perles, cheveux pendants sur le cou. RJ Dacobertvs rex. Croix; au-dessus, oméga; sous les bras de la croix : elioi.

Fig. 25S. — Parisivs fit. Tête du roi. h! Eligivs mone. Croix; au-dessus, oméga; au-dessous, boule.

Fig. 257. — Parisinn. civ. Tête de Clovis II, avec diadème de perles, cheveux cordonnés, et pendants sur le cou. rJ chlodovevs rex. Croix ancrée; sous les bras de la croix : eligi.

Fig. 2 39. — Mon. palati. Tête du roi. rJ Scolare. [. A, Croix ancrée; sous les bras de la croix,

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