SAINTE CATHERINE AU MILIEU DES DOCTEURS D'ALEXANDRIE
Miniature du Bréviaire du cardinal Grimani. attribuée à Memling. Bibl de S.- Marc, a Venise
Costumes du xv' siècle.
(D'après une copie appartenant à M. Ambroise - Firmin Didot.l
Kl.-. 419. — Costume de Philippe le Ton, duc de Bourgogne, avec le chaperon à cocarde: P'après une rniniature d'un manuscrit contemporain. ( Bibl. nat. de Paris.
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quand le jour parut chaque courtisan vit, à sa grande surprise, le signe que portait son voisin, sans se douter qu'il le portait aussi lui-même. « Ils s'étonnent en se moquant , dit l'historien anglais, et ils apprennent que le seigneur roi les avait ainsi pieusement attrapés... Comme il aurait été indécent, honteux et même indigne de déposer ces croix, ils mêlèrent leurs rires à l'effusion de beaucoup de larmes, en disant que le seigneur roi des Français, allant à la chasse aux pèlerins, avait trouvé une nouvelle manière de prendre au piège les hommes. »
« Le chaperon, ajoute M. J. Quicherat, fut la coiffure nationale des anciens Français, de même que le cucalliis, d'où il tira son origine, avait été celle des Gaulois. On peut s'en faire une idée très-juste par le capuchon de nos dominos de bal masqué. Cette forme s'altéra de diverses manières, sous le règne de Philippe le Bel, soit par la suppression de la pèlerine, soit par l'allongement de la cornette, à laquelle on donna des dimensions suffisantes pour la faire retomber sur les épaules. Dans la première de ces modifications, le chaperon, cessant de s'attacher autour du cou, eut besoin d'être retenu autour de la tête par quelque chose de consistant. On le monta donc sur un bourrelet, ce qui le transforma en une véritable toque. En bâtissant l'étoffe, on lui fit faire certains plis pour rappeler ceux qu'elle produisait d'elle-même quand elle n'était pas soutenue. Ces plis furent disposés en bouillons, en fraises, en crêtes de coq-, cette dernière façon, dite coquarde, fut surtout bien portée (fig. 420); elle fit même entrer dans la langue l'épithète de coquard, qui équivaudrait aujourd'hui à celle de dandy.
« Les chapeaux étaient de plusieurs formes. On les faisait de divers feutres , soit de loutre , de poil de chèvre , soit même de bourre de laine et de coton. Quant à l'expression de chapeaux de fleurs, qui revient très-souvent dans les anciens auteurs, elle désignait non pas une forme de chapeau, mais simplement une couronne de bluets ou de roses, qui jusqu'au règne de Philippe de Valois ( 1 3 1 7 ) se maintint comme partie indispensable du costume de bal ou de festin. Lesfronteaux, espèces de diadèmes, formés d'un galon de soie chargé d'or et de pierreries, firent tomber les chapeaux de fleurs : ils avaient l'avantage de ne pas se faner. Ils avaient aussi le mérite de coûter beaucoup plus cher et d'établir ainsi d'une manière encore plus voyante la démarcation entre les grandes et les petites fortunes.
« 11 y avait deux sortes de manteaux. L'un était ouvert par devant et tombait sur le dos; une bride, qui traversait la poitrine, le tenait fixé sur les épaules. L'autre, enveloppant le corps comme une cloche, était fendu sur le
Fig. 420. — Costume d'une riche bourgeoise, d'une femme du peuple et d'une dame noble du quatorzième siècle. D'après différents vitraux des églises de Moulins (Bourbonnais).
côté droit, et se retroussait sur le bras gauche; de plus, il était.accompagné d'un collet de fourrure, taillé en guise de pèlerine. C'est ce dernier qui s'est perpétué jusqu'à nos jours, sous le nom de toge et épitoge, dans le costume de nos présidents de cours judiciaires.
« C'est à tort qu'on a coutume de regarder la chemise comme un vête-
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ment d'invention moderne; la chemise nous vient directement de l'antiquité-, il n'y a de nouveau que l'universalité d'usage.
« Il nous reste à mentionner une pièce qui ne cessa jamais d'être un objet de pure utilité, on pourrait dire meuble: la chape, seule garantie qu'aient eue contre le mauvais temps les générations qui ne connaissaient ni les voitures commodes ni les parapluies. La chape, d'ailleurs, nommée aussi chape de pluie, à cause de son usage, était une grande pelisse à manches, d'une étoffe dont l'imperméabilité faisait tout le mérite; elle était portée derrière le maître, par un domestique, à qui cette fonction valait le nom de porte-chape. Et, bien entendu, les gens du commun la portaient euxmêmes, troussée en bandoulière ou pliée sous le bras... »
Si nous passons maintenant cà la toilette des femmes, nous y retrouvons toutes les pièces composant le costume masculin, et sous les mêmes dénominations. Il faut noter, comme seule différence, que la cotte et la surcotte des femmes étaient souvent traînantes-, que leur chapeau, appelé généralement couvre-chef, et composé d'une carcasse de laiton recouverte d'étoffe, brodée ou passementée, n'affectait pas la forme conique-, enfin, que leur chaperon, toujours muni de ces appendices nommés pèlerine ou chausse, ne se retroussait jamais pour se transformer en toque. Ajoutons que l'usage du couvre-chef ne se prolongea guère plus loin que le milieu du quatorzième siècle, où les femmes prirent l'habitude de se composer une coiffure, à leur guise, avec leurs cheveux retenus par un filet de soie ou crépine, accompagné soit d'un fronteau, soit d'un cercle d'orfèvrerie, soit d'une voilette d'étoffe très-légère, appelée mollequin (fig. 421).
L'époque à laquelle nous nous sommes placés (fin du treizième siècle) pour jeter, avec notre savant guide, un coup d'œil d'ensemble sur l'habillement de nos ancêtres, convenait d'autant mieux à cet examen général, que bientôt après le costume, au moins pour les hommes, et surtout pour les jeunes gens de la cour, tourne peu à peu aux plus indécentes, aux plus ridicules exagérations-, à tel point, que de graves calamités ayant alors éprouvé la nation française, qui déjà, en ces temps éloignés, imposait ses modes à l'Europe, les historiens contemporains n'hésitent pas à considérer ces malheurs publics comme le châtiment du scandale que la France avait donné au monde par l'extravagance de ses habits.
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« Nous devons croire que Dieu a soulfert ceste chose par les désertes (démérites) de nos péchés, — disent les moines rédacteurs de la grande Chronique de Saint-Denis , en 1346, époque de la funeste bataille de Crécy, — jaçoit (bien que) à nous n'aparteigne pas de ce juger. Mais ce que nous voyons, nous témoignons-, car l'orgueil estoit moult (beaucoup) grant en France, et meismement (notamment) ès (parmi les) nobles et en aucuns autres, c'est à savoir, en orgueil de seigneurie, et en convoitise de richesses, et en déshonnestetéde vesture et de divers habits, qui couroient communément par le royaume de France, car les uns avoient robes si courtes et si estroites qu'il leur falloit aide à eux au vestir et au despouiller, et sembloit que Ton les escorchoit quand l'on les despouilloit. Et les autres avoient robes froncées sur les reins comme femmes, et si avoient leurs chaperons destranches (découpés) menument tout autour; et si avoient une chausse d'un drap, et l'autre, d'autre; et si leur venoient leurs cornettes et leurs manches près de terre, et sembloient mieux jongleurs que autres gens. Et pour ce , ne fut pas merveille si Dieu voulut corriger les excès des François, par son fléau le roi d'Angleterre. »
Et ce n'est pas là le seul témoignage des bizarreries de goût de cette époque, aussi malheureuse qu'extravagante. Tel écrivain parle avec indignation des barbes de chèvre (à double pointe), qui mettent comme le dernier cachet de ridicule à l'aspect, déjà si baroque, des personnages les plus graves de ce temps-là ; tel autre s'élève contre le luxe effréné des joyaux d'orfèvrerie, et des plumes, lesquelles figurent alors pour la première fois dans les accessoires du costume masculin ou féminin. Ceux-ci blâment, et non sans raison, la mode insensée qui a transformé l'antique ceinturon de cuir , destiné à serrer ix. maintenir la taille , en une espèce de lourd et épais bourrelet , chargé de dorures et de pierreries, lequel semble tout exprès imaginé pour gêner et empêtrer celui qui le porte. D'autres contemporains, et parmi eux un pape, Urbain V, et un roi, Charles V (fig. 423), s'indignent contre Xzspoulaines, qui ont repris faveur plus que jamais, et qui ne sont bien portées qu'autant qu'elles ajoutent à la longueur du pied un appendice mesurant au moins le double de cette longueur, enjolivé de la manière la plus bizarre. Le pape anathématise cette « difformité, qui est en dérision à Dieu et à sa sainte Église »:, le roi fait défense aux artisans d'en fabriquer, et à ses
sujets d'en faire usage. Tout cela n'est rien encore, en comparaison du luxe des fourrures, luxe effréné et ruineux, dont on ne saurait se faire une idée si
Fig. 422. — Costume de Jeanne de Bourbon , femme Fig. 423. — Costume de Charles V, roi de France, de Charles V, d'après sa statue autrefois dans l é- d'après sa statue autrefois placée dans l'église des glise des Célestins, à Paris. Célestins, à Paris.
l'on ne savait, par les comptes royaux, que pour fourrer deux habillements complets du roi Jean on n'employa pas moins de six cent soixante-dix ventres de martre; que le duc de Berry, fils cadet de ce roi, fit acheter à la fois
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près de dix mille de ces ventres de martre, qui venaient des pays du Nord, pour fourrer seulement cinq manteaux et autant de surcots:, enfin, que la fourrure d'une robe destinée au duc d'Orléans, petit-fils du même roi, exigea l'emploi de deux mille sept cent quatre-vingt-dix peaux de petit-gris. Or il va sans dire que, par suite de l'immense consommation dont nous venons de donner quelques exemples, le prix des pelleteries n'avait pu que prendre des proportions colossales; il suffit de noter ici que le demi-cent de peaux à fourrer ne coûtait guère moins de cent francs (environ six mille francs, au taux de la monnaie actuelle), et l'on pourra s'imaginer à quelles dépenses folles devaient être entraînés ceux qui voulaient se tenir au niveau du luxe de leur temps (fig. 424).
Nous avons vu plus haut que le roi Charles V usa de son pouvoir, malheureusement trop restreint, pour essayer de mettre un terme aux dérèglements de la mode : ce monarque fit mieux que décréter des lois somptuaires contre les vêtements déshonnêtès et ridicules, il resta toujours fidèle au costume ample et long, plus décent et plus convenable, adopté dans le siècle précédent. Son exemple, à la vérité, fut peu suivi, mais il eut pourtant cet heureux résultat, que les partisans des habits courts et étroits, comme s'ils se fussent pris tout à coup d'une pudeur instinctive, adoptèrent un vêtement de dessus qui semblait avoir pour but de dissimuler les modes bizarres dont ils n'avaient pas le courage de se débarrasser. Cette espèce de dalmatique, nommée housse, était formée de deux larges bandes d'étoffes, plus ou moins riches, qui, partant du cou, retombaient par devant et par derrière, de façon à couvrir entièrement, de face et de dos, le corps de celui qui la portait, en ne laissant voir l'habit de dessous que par des fentes qui s'ouvraient naturellement de chaque côté entre les pans de ce manteau, lourd et disgracieux.
Il est un fait bien digne de remarque : alors que le costume masculin était arrivé, par une complète aberration du goût , aux dernières limites de l'extravagance, le vêtement des femmes, au contraire, par une sorte de suprême effort vers la simplicité noble et élégante, avait enfin atteint un type idéal, dans lequel se trouvaient comme résumées et perfectionnées toutes les meilleures traditions du costume féminin aux époques antérieures.
La statue de la reine Jeanne de Bourbon, femme de Charles V, autrefois
DENTELLE ITALIENNE EN FIL D'OR aux chiffre et armes d'Henri III. (Seizième siècle )
Fig. 424. — Costumes d'un bourgeois ou marchand, d'un seigneur ou noble, et d'une dame de la cour ou riche bourgeoise avec l'escollion, au quinzième siècle. D'après un vitrail du temps, à Moulins (en Bourbonnais), et un tableau peint sur bois à la même époque. Musée de Cluny.
placée, avec celle de son époux, dans l'église des Célestinsà Paris, offre le plus pur modèle de ce charmant costume auquel reviennent sans cesse nos
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artistes, quand ils veulent retracer quelques poétiques scènes du moyen âge français (fig. 422 et 42?).
Ce vêtement, sans différer en principe de celui du treizième siècle , puisqu'il se composait à peu près des mêmes éléments, se distingue pourtant par un sentiment de parfaite élégance, que la mode n'avait pas encore rencontrée jusqu'alors. La cotte, ou robe de dessous, qui auparavant ne se montrait que par des ouvertures trop maladroitement ménagées , accuse maintenant , grâce au large dégagement du pardessus , les formes harmonieuses du buste et des flancs. Le surcot, retenu sur les épaules par deux bandes étroites, est devenu une sorte d'ample jupe traînante, qui drape majestueusement la partie inférieure du corps : enfin, on a créé le corset extérieur, espèce de mantille, qui retombe devant et derrière, sans masquer aucune des belles lignes du corsage. Cette nouvelle pièce du vêtement, retenue sur le milieu de la poitrine par un buse d'acier enfermé dans une riche passementerie, était ordinairement faite de fourrure en hiver, et d'étoffe de soie en été. Si nous constatons, d'après les nombreuses miniatures des manuscrits de cette époque, que le choix et l'assortiment des couleurs rehaussaient l'ordonnance de ce gracieux costume, on comprendra quelle variété, quelle richesse d'aspect il pouvait déployer, sans s'écarter toutefois de la plus heureuse simplicité.
Un mot encore des coiffures féminines. La mode des coiffures en cheveux continua d'être en grande faveur pendant le second tiers du quatorzième siècle*, elle donna lieu à toutes sortes d'ingénieuses combinaisons, qui cependant admirent toujours en principe la division de la chevelure en deux masses égales, séparées du milieu du front à l'occiput, et nattées ou ondulées sur les oreilles. On reprit ensuite les filets, puisles coiffes, qui permettaient de mettre en montre une fausse abondance de cheveux, en cachant des paquets de crins ou d'étoupes. Enfin parut Yescoffion, lourd bourrelet qui, posé fièrement sur un premier bonnet, rembourré aussi, affecta les formes les plus massives, les plus singulières , les plus disgracieuses (424).
Au commencement du quinzième siècle, le vêtement des hommes est encore fort court. C'est une espèce de camisole étroite, attachée par des aiguillettes, et un haut-de-chausses fort serré, de manière à mettre en relief toutes les formes du corps. Pour paraître plus large des épaules, on en portait d'artificielles, nommées mahoitres. On laissait tomber sur
Fig. .(25. — Costumes italiens du quinzième siècle : notaire et sbire, avec souliers à d^nii-poulaines. D'après deux estampes du recueil de Bonnart,
le front des mèches de cheveux qui couvraient les sourcils et les yeux. Les manches étaient déchiquetées, les souliers armés de longues pointes en métal, et le chapeau pointu à retroussis, orné de chaînes d'or et autres bijoux.
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Les dames et demoiselles, qui sous le règne de Charles VI ajoutaient à leurs robes de longues queues, qu'elles relevaient sous le bras quand des suivantes ou des pages ne les portaient pas derrière elles (roj'e^ le chapitre Cérémonial), retranchèrent ces traînes incommodes ainsi que leurs trèslongs bouts de manche ornés de frange et de bordures; mais alors leurs robes, en devenant plus courtes, furent bordées avec une recherche et un luxe inouïs. Leurs coiffures étaient des bourrelets très-larges, surmontés d'un haut bonnet conique pyramidal, qu'on nommait hennin, et dont l'importation en France était attribuée à la reine Isabeau de Bavière, femme de Charles VI. Elles commencèrent alors à se découvrir la poitrine et à porter des colliers et des bracelets.
Sous Louis XI, le costume, déjà suivi et adopté par les plus aventureux esclaves de la mode, se généralisa davantage (fig. 427 et 428).
« En cette année (1467), dit le chroniqueur Monstrelet, délaissèrent les dames et damoiselles les queues à porter à leurs robes, et en ce lieu mirent bordures deguis (guèbre, canard sauvage), de martre, de velours et d'autres choses si larges comme d'un velours haut d'un quart (d'aune) ou plus, et se mirent sur leurs testes bourrelets, à manière de bonnet rond, qui s'amenuisaient ( se rétrécissaient) par dessus : de la hauteur de demie aulne ou de trois quartiers, tel y avoit. Et aulcunes les portoient moindres, et desliez couvrechiefs (voiles de gaze ou de dentelle) par dessus, pendant par derrière jusques à terre. Et aultres se prindrent (prirent ) aussi à porter leurs ceintures de so}re plus larges beaucoup qu'elles n'avoient accoutumé , et les fernuires (fermoirs, boucles) plus somptueuses assez, et colliers d'or à leurs cols, autrement et plus cointement (galamment et de diverses façons).
« En ce temps aussi, les hommes se prindrent à vestir plus courts qu'ils n'eussent oncques (jamais) fait, tellement que l'on voyoit les formes de leur corps, aussi comme l'on souloit (avait coutume) vestir singes, qui estoit chose très-malhonneste et impudique : et si faisoient fendre les manches de leurs robes et leurs pourpoincts, pour monstrer leurs chemises desliées (fines), larges et blanches : portoient aussi leurs cheveux si longs, qu'ils leur empeschoient le visage, mesmement leurs yeux, et sur leurs testes portoient bonnets de drap, hauts et longs, d'un quartier ou plus. Portoient aussi, tous indifféremment, chaisncs d'or, moult somptueuses-, chevaliers et
". Fig. 426. — Costumes d'une femme d'artisan et d'un riche bourgeois de la lin du quinzième siècle. D'après les vitraux de la cathédrale de Moulins 'en Bourbonnais).
escuyers; les varlets même, pourpoincts de soye et de veloux, et presque tous espécialement, ès cours de princes, portaient poulaines à leurs souliers, d'un quartier de long, voire plus. Portoient aussi ;ï leurs pourpoincts
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•Fig. 427. — Coîtum; de Chirlotti Je Savoie, seconde femme de Louis XI. D'après un tableau contemporain provenant du château de Bourbon-l'ArchambauIt , collection de M. d; Quedeville , à Pa ris. (Les armoiries de Louis XI et de Charlotte sont peintes derrière le tableau.)
Fig. .4.28. — Costume de Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, femme de Maximilien d'Autriche (fin du quinzième siècle). D'après une ancienne gravure à la Bibliothèque nationale de Paris, cabinet des estampes.
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gros mahoitres , pour monstrer qu'ils estaient larges par les espaules. »
Sous Charles VIII, le manteau, bordé de fourrure, est fendu par devant, ouvert en haut des fausses manches, pour laisser passer, avec les bras, celles
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noble ou riche bourgeoise, à lcpoque de Louis XII. D'après les miniatures des manuscrits du temps, à la Bibl. nat. de Paris.
du justaucorps. Le bonnet est à retroussis, les chausses étroites. Le soulier à poulaine a fait place à une espèce de chaussure en peau noire, rembourrée, large, arrondie ou carrée par le bout, à fenêtres ou crevés, garnis d'étoile
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de couleur sur le pied, forme nouvelle empruntée à l'Italie, et que Ton exagère en France autant qu'on y avait naguère exagéré la poulaine. Les femmes portent toujours, pour coiffures, des bonnets coniques, des hennins excessivement hauts, surmontés d'un voile immense; elles ont des robes à corsage ajusté, dessinant les contours de la taille (fig. 425 et 426).
Sous Louis XII, la reine Anne inventa, ou plutôt on inventa pour elle une coiffure basse, qui consistait en une pièce d'étoffe, velours ou autre tissu de soie, noir ou violet, encadrant la figure, par-dessus d'autres bandes de linge blanc, et retombant sur le dos et les épaules; les larges manches de robe reçurent pour ornementation des espèces de bord ou retroussis, d'une énorme largeur. Les hommes prirent des tuniques courtes, froncées et serrées à la taille. Le haut du vêtement, tant masculin que féminin, fut alors coupé carrément sur le haut au milieu de la poitrine et des épaules, ainsi que sont représentés la plupart des personnages dans les tableaux de Raphaël et des peintres contemporains.
On peut remarquer, comme une singularité du costume à cette époque, la profusion et l'exubérance des panaches; tout le monde en portait, les chevaux comme les hommes ; c'étaient de préférence des plumes d'autruche blanches ou teintes.
La fameuse expédition de Charles VIII en Italie avait marqué le premier pas vers les modes et les costumes italiens, qui à vrai dire ne différaient pas trop de ceux que nous avions adoptés déjà, mais avec un meilleur goût, avec un sentiment de l'art plus délicat (fig. 429 et 480). Aux mahoitres, qu'on avait abandonnés dès le temps de Louis XI, succédèrent des manches amples et plissées, qui donnaient beaucoup de grâce au haut du corps. Un manteau, court et orné, une toque à bord assez large, couverte de plumes, et un hautde-chausses avec cette ampleur d'étolfe qui lui valut le nom de trousses, tel fut le costume des hommes à la fin du quinzième siècle. Les femmes portaient alors des corsages ajustés, brodés, passementés, couverts de dorures, avec des manches larges et ouvertes; elles conservaient encore la plupart le lourd et disgracieux couvre-chef de la reine Anne de Bretagne. Le caractère principal du costume des femmes en ce temps-là est l'ampleur ; le costume des hommes, au contraire, excepté le manteau ou la robe de dessus, est ordinairement juste et même fort étriqué.
Hig. ^32.' — Costumes d'une riche bourgeoise normande et d'un seigneur ou notable en grand habit de cérémonie du temps de François Ier (d'après le recueil de Gaignières), tirés des vitraux de l'église Samt- Ouen, à Rouen. Bibl. nat. de Paris.
On peut constater déjà que le seizième siècle amena une séparation définitive entre le costume ancien et le costume nouveau ; c'est en effet au seizième siècle que nos modes actuelles ont pris naissance; c'est pendant ce siècle que
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les hommes ont définitivement adopté les vêtements adhérents au corps, les surtouts à manches serrées, les chapeaux de feutre à bords plus ou moins larges, et les chaussures fermées, bottes et bottines, et que les femmes ont adopté aussi les robes à corsage et à manches justes , les chapeaux à forme basse et les jupons à riche envergure. Ces vêtements, qui diffèrent entièrement de ceux de l'antiquité, forment en quelque sorte, depuis cette époque, le seul fond commun sur lequel vont se dessiner désormais les variations sans nombre du costume masculin et féminin, qui finiront néanmoins et inévitablement par se rapprocher de leur point de départ et par se rattacher même au type primitif, pour s'en écarter ensuite un moment, afin d'y revenir tôt ou tard.
Au seizième siècle les femmes donnèrent à la jupe de leurs robes, serrées à la ceinture et fendues sur le devant, une grande ampleur et une roideur incroyable. Elles laissaient à découvert le bas d'un jupon très-riche, qui, de même que la robe de dessus, arrivait jusqu'à terre, sans laisser apercevoir le bout du pied. C'était là une mode tout italienne, ainsi que les manches à bourrelets, descendant par cercles gradués, jusqu'aux poignets. Souvent les cheveux, relevés en rouleaux et ornés de pierres précieuses, étaient surmontés d'un petit loquet coquettement posé, soit de côté, soit sur le haut delà tête, et orné de chaînes d'or, de pierreries et d'aigrettes. Le corsage était toujours allongé et pointu par devant. Les hommes avaient imité la même forme de corsage pour leur justaucorps; leurs chausses étaient étroites, accompagnées d'une trousse bouffante autour des reins. Ils portaient un manteau qui ne tombait qu'à mi-cuisse, toujours très-orné; une toque unie ou cannelée, qui se posait sur le côté de la tète \ un petit collet droit sur le haut du justaucorps. Ce collet fut remplacé, après la première moitié du seizième siècle, par la haute fraise goudronnée, maintenue en l'air par des fils de laiton, que les femmes agrandirent également, en rappliquant à leur toilette et en lui donnant la forme d'un éventail plus ou moins ouvert derrière la nuque.
Si maintenant nous reportons un coup d'oeil d'ensemble sur les nombreuses vicissitudes du costume, métamorphoses capricieuses dont nous avons essayé de tracer un rapide tableau, nous constaterons que parmi les peuples européens formant la société du moyen âge il n'y eut guère pour les modes qu'un seul et même courant d'idées générales, qui s'imposèrent et se déve-
loppèrent avec tel ou tel caractère particulier, selon les mœurs de chaque pays, selon les instincts et les aptitudes de chaque race. En Italie, par exemple, le costume s'est toujours modifié avec un certain sentiment de
Fig. 433 et 434. — Costumes des dames et demoiselles de la cour de Catherine de Médicis.
D'après Cesare Vecellio.
grandeur, rappelant encore de près ou de loin l'influence de l'antiquité. En Allemagne et en Suisse, les formes des habits restèrent généralement lourdes et massives; en Hollande, bien plus encore (fig. 436 et 437). L'Angleterre affecta régulièrement une sorte d'élégance et de correction instinctives. L'Espagne, chose singulière, participa sans cesse de la pesanteur germanique, soit
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que l'élément gothique dominât encore chez elle , soit que les modes wallones aient eu pour elle un attrait de contact et d'habitude. La France, enfin , qui était alors ce qu'elle est aujourd'hui, resta mobile et capricieuse, fantasque et incertaine, mais non indifférente, toujours prête à prendre d'ici et de là chez les autres ce qui lui plaisait d'aventure, mais aussi ne manquant pas de mettre sur tous ses emprunts son cachet propre , et faisant sien , c'est-à-dire essentiellement français, ce qui la veille encore était espagnol, anglais, allemand, italien. Dans ces différents pays, on a vu et on voit encore des provinces entières conserver un ancien costume, qui les met en désharmonie complète avec le reste de la nation : ce sont là simplement des modes retardataires, car on peut être sûr que tout costume local, que garde fidèlement et religieusement telle ou telle population éloignée du centre de l'action politique, a été jadis porté par les grands seigneurs du pays. Ainsi la coiffe d'Anne de Bretagne est encore celle des paysannes de Penhoët et de Labrevack,et le hennin d'Isabeau de Bavière est toujours la coiffe d'honneur en Normandie.
Bien que nous soyons rigoureusement arrivés aux limites historiques qui nous sont assignées par la nature même de cet ouvrage, nous croyons devoir passer outre pour indiquer sommairement le dernier lien qui rattache le domaine des modes actuelles à celui de l'âge antérieur.
Sous François Ier le costume italianisé reste à peu près stationnaire (fig. 432). Sous Henri II (fig. 433 et 434), et surtout après la mort de ce prince, époque où une régence ouvre la période des rois enfants, le goût des frivolités prend un essor prodigieux. Le costume va de jour en jour perdant le peu de dignité qui lui reste.
Catherine de Médicis avait apporté en France la mode des fraises; Marie de Médicis apportera celle des collerettes au commencement du siècle suivant. Les robes étroites de la ceinture commencèrent à bouffer autour des hanches, au moyen de gros bourrelets, qui s'augmentèrent encore sous le nom de vettugadins (corruption de vertus-gardiens), monstrueux appareils de baleines et d'acier rembourrés, qui devaient plus tard devenir les ridicules paniers, que les femmes ont portés presque jusqu'au seuil de notre siècle, et qui ont depuis essayé de reparaître.
Sous les derniers Valois le costume des hommes est court, fermé : justau-
corps pointu, entouré de petites basques-, toque de velours avec aigrette-, barbe en pointe ; perle pendante à l'oreille gauche; petit manteau ou mantelet ne descendant qu'à la ceinture. L'usage des gants de peau parfumée devient alors universel. Le vêtement féminin est long, très-étoffé, fort riche, et ne varie guère sous Henri IV. Alors cependant chez les hommes la trousse s'allonge et prend de l'ampleur (fig. 435), surtout en Espagne et dans les Pays-Bas, et la mode des grandes bottes molles en peau de daim ou en maroquin noir s'établit partout, en raison de leur commodité usuelle.
Fig. 435. — Costume de gentilhomme à la cour de France vers la lin du seizième siècle. Fac-similé d'une miniature du Livre Je poésies, manuscrit dédié à Henri IV.
Notons que le costume des bourgeois est depuis longtemps presque invariable, même dans les capitales. N'ayant adopté ni les chausses étroites ni les trousses ballonnées, ils portent le justaucorps aisé, le manteau ample, les grègues larges, et le chapeau de feutre, que les Anglais ont fait pointu et à larges rebords.
Enfin, vers le commencement du dix-septième siècle, la trousse, sur laquelle les peuples du Nord ont jeté une profusion de boutons plus ou moins riches, se métamorphose en culotte courte, large, ouverte aux genoux. La division se fait brusquement entre le haut de chausses et les bas des chausses,
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comme si Ton eut tranché en deux parties le vêtement qui couvrait les membres inférieurs, depuis les reins jusqu'aux pieds : les jarretières naissent inévitablement. Le chapeau de feutre devient dans presque toute l'Europe une calotte prenant la forme exacte de la tête et s'entourant de grands bords plats ou relevés d'un côté. Les hauts talons s'appliquent aux chaussures, qui
avaient été jusque-là planes et à simples semelles Et deux siècles plus
tard, une terrible commotion sociale se produit en France, en Europe, révolution profonde, de laquelle le costume masculin, dès lors presque uniforme dans l'Europe entière, est sorti plus pauvre, plus disgracieux, plus triste, plus insignifiant que jamais, tandis que le vêtement féminin ne connaît plus d'autres lois qu'une inconstance perpétuelle et indomptable, où il sait, d'un jour à l'autre, rencontrer la grâce et l'élégance, en touchant trop souvent à l'extravagant et à l'absurde.
i7ig. 4.36 et 437. —
Costumes de la bourgeoisie allemande, au milieu du seizième siècle. Dessins attribués à Holbein.
TABLE DES FIGURES