‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 2)Chapitre 1 sur 75 · CHEVALIER DE PLUSIEURS URDRES · texte numérisé non relu

CHEVALIER DE PLUSIEURS URDRES

| Brurelles, è A LA LIBRAIRIE HISTORIQUE-ARTISTIQUE,

RUE DE SCHAERBEEK, 12.

pe 1844 ‘74 H & > ’ *

HISTORICAL | MEBICAL

L'Afrique, la troisième partie du monde par l'étendue, et la dernière sous le rapport de la civilisation, présente l'aspect d’une presqu'ile immense, liée au continent par l'isthme de Suez, situé à son extrémité nord-est, entre la mer Rouge et la Méditerranée. L'Afrique est séparée en deux parties presque égales en longueur par la ligne équinoxiale : ce continent a près de 72 degrés du nord au sud, et 69 degrés de l’est à l’ouest; il s'étend en largeur du cap Guardafui par 49° de longitude est, au cap Vert par 19° 50’ 45/' de longitude ouest, ce qui produit une largeur de 1650 lieues; et du cap Bon par 37° 4’ 45", au cap de Bonne-Espérance par 54° 24 de latitude sud, ce qui donne une longueur de 1,820 lieues. La superficie est évaluée à 1,750,000 lieues carrées, et le circuit des côtes à 7,000 lieues.

Ce n’est point à l'indifférence des géographes ni à la timidité des voyageurs que lon doit attribuer l'obscurité qui enveloppe encore une grande partie du continent intérieur de l'Afrique. En effet, on ne pourrait que difficilement offrir un résumé exact de toutes les tentatives qui ont eu lieu pour explorer les côtes et l’intérieur de celte division du globe, depuis les navigateurs phéniciens, contemporains de Néchos, jusqu’à nos jours. Ces premiers explorateurs, qui franchirent les colonnes d'Hercule, paraissent avoir doublé le cap de Bonne-Espérance. L’antiquité nous apprend encore que Sataspes, courtisan persan qui avait été disgracié par Xercès, et condamné au crucifiement, n’échappa à cet affreux supplice qu’en offrant d'entreprendre une périlleuse navigation : il traversa Le détroit de Gibraltar, et fit voile vers les côtes d'Afrique; mais cet audacieux voyageur ne nous a laissé aucun renseignement. — Eudoxe, natif de Cyzique, entreprit, sous le règne de Ptolémée-Évergète, d'aller dans l'Inde par mer; il élait accompagné d’un Indien qui avait fait naufrage à l'entrée du golfe Arabique; mais, contrarié par les vents, il fut poussé mainte fois sur les côtes africaines, où il aperçut les débris d’un bâtiment de Cadix. Cette découverte fit naître en lui le désir de se rendre dans cette ville, qui dès lors florissait par son commerce, pour S'y procurer des renseignements sur les moyens d'accomplir le projet de navigation qu'il avait conçu. Il parvint à organiser deux expéditions considérables : l mao des matelots fit échouer la première, et le sort de l’autre ne fut point connu; mais on ne saurai douter qu’il n’ait visité plusieurs portions des côtes occidentales de l'Afrique.

Le peuple carthaginois, essentiellement commerçant et navigateur, fit vraisemblablement de plus grandes tentatives ; cependant la seule dont on ait recueilli quelques détails est celle de Hanon, dont nous possédons la relation. Elle s’accomptit à une époque très-reculée, et son but consistait à faire des opérations commerciales, et à fonder des colonies. On y employa soixante gros vaisseaux, montés par 30,000 personnes de sexe différent; ils dépassèrent le détroit de Gibraltar, fondèrent plusieurs villes sur les côtes de Libye où ils édifièrent un temple; parcourant une vaste étendue de côtes, ils abordèrent sur celles d'Éthiopie, où ils aperçurent une race d'hommes d’une si grande timidité, qu'ils s’enfuirent à leur aspect. Après avoir navigué assez longtemps, le manque de provisions les contraignit à revenir sur leurs pas, après être parvenus jusqu’à la Gambie et même : jusqu'à la Sierra-Léone.

Nous apprenons par le Périple de Scylax, qui n’est qu'une espèce de compilation, que les navigateurs phéniciens avaient des relations commerciales avec les Éthiopiens qui, en échange de drogues d'Égypte, de vêtements athéniens, et d’un grand nombre d’ustensiles de ménage, leur fournissaient une quantité considérable d'ivoire. Les Phéniciens servirent probablement de guides aux expéditions que les monarques juifs envoyèrent à Ophir et à Tarse, que l’on suppose avoir été situées dans l'océan Indien. Les expéditions de Cambyse et d'Alexandre dans les oasis n’ont pas plus contribué à nous faire connaître l’intérieur de l'Afrique que celles des conquérants musulmans sur les côtes orientale et septentrionale, et dans l’intérieur de la même partie du monde. Il était réservé aux Portugais de déterminer l'extrémité méridionale de l'Afrique. Ce fut en 1486 qu’un de leurs amiraux, Barthélemy Diaz, découvrit le cap dit aujourd'hui de Bonne-Espérance, mais qu’il nomma d’abord Cap des Tourmentes. Le même amiral avait reconnu aussi plusieurs parages de la côte occidentale de l'Afrique. Le premier voyageur musulman, à notre connaissance, qui ait pénétré dans l'intérieur des terres, est Ebn-Batoutah, marchand, natif de Tanger, qui, dans le x1v° siècle de notre ère, visita Timbouctou, Melly, et autres royaumes d'Afrique. Sa relation prouve qu'au xiv® siècle le commerce était bien plus florissant dans l’intérieur de l'Afrique qu'il ne l'est maintenant; la religion musulmane y était très-répandue. Peu de temps après, les Portugais, qui se montraient alors les plus hardis navigateurs de l'Europe, furent aussi les premiers Européens qui procurèrent des notions directes sur Timbouctou. Ils envoyérent le Vénitien Cada Mosto, qui recueillit des renseignements précieux sur Timbouctou et sur le commerce de l’intérieur de l'Afrique. Cette nation eut bientôt de grandes facilités pour exploiter ce commerce, par le moyen de son établissement dans l'ile d’Arguin. La Description circonstanciée et authentique de l'Afrique, que Léon, surnommé l’Africain, composa en arabe, et qu’il traduisit ensuite lui-même en italien, en 1526, renferme de précieux documents sur l'Afrique. C’est à lui que nous devons la principale masse des connaissances que nous possédons sur cette partie du monde, et auxquelles les voyageurs et les écrivains qui lui sont postérieurs ont fait des additions nombreuses. Les documents, sinon les plus authentiques, du moins les plus certains, relatifs à la découverte des sources du Nil, sont dus aux pères Paëz et Lobo, missionnaires de la société de Jésus. En comparant les cartes des PP. jésuites gravées par Échinard et jointes à la Description de l'empire du Prêtre-Jean (Paris, Billaine, 1674, in-4), avec celles du voyageur anglais Bruce, on serait bien tenté d’accuser celui-ci de plagiat. Les discussions auxquelles la relation de Bruce donna lieu, les doutes qu’elle inspira, et les relations qu'on exhuma à cette occasion inspirèrent à plusieurs Anglais l’idée de

! C'est du moins l’opinion de M. le major Rennell; mais, selon M, Gosselin, ils n’allèrent pas au delà du cap Moun.

former, en 1788, une société pour faire des recherches dans l’intérieur de Afrique. Le triste sort de leurs premiers voyageurs, MM. Ledyard et Houghton, n’effraya pas M. Browne. Ce jeune et riche Anglais, animé de la passion des découvertes, exécuta le même projet à ses frais, de 1792 à 1798. Sans secours étranger, il entra en Afrique par l'Égypte, et pénétra dans le Darfour. Il obtint en outre des naturels de ce pays des détails intéressants sur différents pays voisins..Quoique Seetzen n’ait point pénétré dans l’intérieur de l'Afrique, le résultat de ses recherches mérite qu’il soit placé au nombre de ceux qui ont contribué à nous la faire connaitre. Seetzen allait s'assurer lui-même de l'exactitude des rapports que lui avait faits un jeune Arabe, quand il périt victime de la rapacité d’un cheyk arabe. Un sort non moins funeste était réservé à son. digne émule Mungo-Park, justement célèbre par deux bardis voyages également utiles pour la connaissance de l’intérieur de l'Afrique. Chargé par la compagnie africaine, en 1795, de faire de nouvelles recherches dans l’intérieur de l'Afrique, il découvrit le Niger ou Dijoliba coulant de l’ouest à l’est. Sa relation a jeté un grand jour sur les vastes contrées de la Sénégambie. Les succès que Mungo-Park avait obtenus enflammèrent l'imagination de plusieurs jeunes Anglais et Allemands. Frédéric Hornemann, élève de l’université de Gættingue, qui partit de Londres en 1798, aux frais de la société africaine, pénétra en Afrique par l'Égypte, et a été perdu pour l'Europe depuis son arrivée à Mourzouk, capitale du Fezzan; son long silence donne tout lieu de croire que ce zélé voyageur m’existe plus. Nous lui devons des renseignements beaucoup plus précis et plus authentiques que tout ce‘que l’on possédait jusqu'alors sur les oasis de Syouah et d’Audjélah, et sur le désert silué entre l'Égypte et le Fezzan. La société africaine envoya depuis deux autres voyageurs, MM. Nichols et Roentgen, en Afrique, où ils périrent, le premier en remontant le Calabar, que certains géographes croient être l'embouchure du Djoliba ou Niger, l'autre en sortant de Mogador pour se rendre au Soudan. Découragée par la perte successive de presque tous les voyageurs qu’elle avait expédiés en Afrique, la société se borna pendant quelque temps à demander aux consuls de sa nation dans les États Barbaresques tous les renseignements qu’ils pourraient recueillir sur l’intérieur des terres. MM. Cabil de Rabath et Grey Jackson de Mogador, en proeurèrent surtout de précieux sur Timbouctou, ville immense située sur les bords du Niger. Entre Timbouctou et Cachemes, que l’on nomme aussi Béb Haoussa, se trouvait, disait-on, une race d'hommes aussi blancs que les Anglais, etc. La MSA de ce rapport réveilla la curiosité de Mungo-Park, retiré alors en Écosse, sa patrie. Animé d’une noble émulation, il proposa, non à la société africaine, mais à son gouvernement, de l'envoyer une seconde fois dans l’intérieur de l'Afrique. Sa proposition fut accueillie, et on lui fournit abondamment tout ce qui était nécessaire pour ce grand voyage; le 18 août 1805, Mungo-Park eut le plaisir de revoir pour la seconde fois le Niger. Arrivé à Sansanding, ville située sur le fleuve, et moins avancée dans les terres que le point où il était parvenu dans son précédent voyage, il s’embarqua sur le fleuve après avoir chargé un nègre fidèle de porter ses journaux au comptoir anglais de la Gambie. Depuis cette époque, il n’a plus donné de ses nouvelles, et l’on ne sait pas très-positivement de quelle manière il a péri près d'un lieu nommé Boussa. Au reste, ce second voyage n’a pas été, à beaucoup près, inutile pour la science, n’eût-il contribué qu’à ne plus nous laisser aucun doute sur l'existence du lac de Dibbie, et à nous faire connaître les rivières qui s’y jettent. Après Mungo-Park, un des voyageurs qui a le mieux mérité de la géographie est M. Bowdich, à qui un séjour de cinq mois parmi les Achantins en 4817, a permis de donner une description détaillée de leur pays; il a visité les rives du Gabon. Nous devons citer aussi MM. Badia, qui a parcouru l’empire de Maroc, Tripoli et l'Égypte; Ritchie, qui de Tripoli est allé à Mourzouk, où il

à AFRIQUE.

est mort; Tuckey, qui, après avoir remonté le Zaïre, a péri victime de l'insalubrité du climat; Mollien, qui de l'embouchure du Sénégal est allé par terre à Timbou, situé par 40° de latitude nord, et 13° de longitude ouest, et est revenu heureusement dans sa patrie, etc. Ces voyageurs, soit par leurs observations, soil par les renseignements qu’ils ont reçus des naturels, ont jelé un nouveau jour sur les relations de leurs prédécesseurs, et ont ajouté aux connaissances que l’on possédait déjà. Des ténèbres non moins épaisses ont longtemps couvert la partie méridionale de l'Afrique. Les courses aventureuses de Levaillant firent connaître plus de bêtes curieuses que de points géographiques. Avant lui, Sparrmann et Thunberg, naturalistes suédois, et Paterson, Anglais, avaient parcouru le pays à l’est, et au nord du Cap, et leurs courses avaient enrichi la géographie de renseignements précieux. Depuis 1797, Barrow visita cette contrée jusqu’à la rivière Orange, à 30° de latitude sud. En 1801, Trutter et Somerville pénétrèrent jusqu’à Litakou, capitale des Bouchouanas, située par 26° de latitude. MM. Lichtenstein, Allemand, qui voyagea de 1803 à 1806, Campbell en 1815 et en 1820, Burchell en 4813, La Trobbe en 1819, ont, par leurs excursions, jeté un nouveau Jour sur cette contrée. Alberti, officier au service de Hollande, a donné des détails intéressants sur les Cafres. Le jésuite allemand Thomann voyagea en 1757 dans le pays de Mozambique, qui a été observé en 1809 par M. Salt. Ce voyageur anglais a aussi visité en 1805 et en 1810 l’Abyssinie, où son compatriote Bruce avait séjourné de 1769 à 1772. Enfin, en 1822, M. Caillaud, qui avait précédemment découvert une nouvelle oasis à l’ouest de l'Égypte, et la mine d’émeraudes à l’est de ce pays, a, dans une nouvelle excursion, parcouru la Nubie et des pays peu connus. Il a suivi les bords du Nil; il ne s’est arrêté qu’au 10° degré de latitude nord. Quant à nous, c’est surtout dans les revues, dans les brochures et les journaux que nous puisons pour compléter autant que possible tout ce qui à été dit sur cette contrée; et nous terminerons cet aperçu en formant les vœux les plus sincères pour que la Société africaine de Londres, et la Société géographique de Paris dirigent spécialement leur attention vers les sources du Nil, le cours du Niger, la mer du Soudan, la situation et la population des villes de Timbouctou et d’Ouessanah, et emploient tous les moyens qui sont en leur pouvoir pour parvenir à la solution des grands problèmes géographiques que présente encore l'intérieur de l'Afrique. us

Page 1