ALGÉRIE
Cet ancien royaume de la Barbarie est borné au nord par la Méditerranée, à l'ouest par l’empire de Maroc, à l’est par les royaumes de Tunis et de Tripoli, et au sud par le désert. IL a 227 lieues géographiques de longueur, sur une largeur encore mal déterminée, mais qui ne dépasse pas 20 à 95 lieues, et s'étend de 7° 50’ de longitude est, à 4° 50’ de longitude ouest. Cette contrée est traversée par le Lovat et l'Ammer, qui sont les ramifications de l'Atlas; les rivières les plus considérables sont le Chélif et le Ouad-Djidi. Le climat est tempéré; les pluies sont assez abondantes, les sources nombreuses, et la végétation riche et variée : les tremblements de terre sont fréquents sans être redoutables. Le sol est généralement très-fertile; indépendamment des animaux domestiques de l'Europe, il y a le chameau, le lion, le léopard, l’autruche, et autres animaux sauvages.
On fabrique dans ce pays des étoffes de soie, particulièrement des ceintures, des mouchoirs, des tapis moins beaux, mais plus doux et à meilleur marché que ceux de Turquie. Le commerce d'exportation consiste en laine, cire, ceintures de soie, plumes d’autruche, grains, peaux de chèvre et de mouton, poils de chameau, bêtes à cornes et moutons; on y porte des marchandises manufacturées et des denrées coloniales.
Les prinipales villes sont : Alger, que les Arabes appellent A/-Djétair (les îles), ce repaire de pirates qui depuis des siècles mettait à contribution toutes les nations chrétiennes. Le 14 juin 1830, l’armée française s’empara de cette ville et de son territoire,
et affranchit ainsi la chrétienté d’un fléau redoutable et du tribut qu’elle payait à un chef de barbares; Kozéan, à 8 lieues sud-est d'Alger; BLipan, dans une position délicieuse, au pied de l'Atlas; MÉbéan, où résidait de bey de Titteri, bâtie sur un plateau situé au delà de la première chaîne de l'Atlas; MrranA, qui parait être l'antique Malliana de l'itinéraire d’Antonin, et qui n'offre rien de remarquable; BucrA, en français Boucre, sur l'emplacement d’une antique cité appelée Choba; CONSTANTINE, au centre de la vaste province de ce nom, qui, par suite des injustes agressions de son bey, a été conquise, en 1837, par l’armée française. Elle est assise sur un plateau élevé, à 600 mètres de la mer; elle est environnée d’une muraille de brique; CocLo, appelée par les Arabes Calla ou Coullou, est une ville de 2,000 âmes, située au bord de la mer; SrorA, aufond d’un golfe auquel elle donne son nom, et à trois quarts de lieue de laquelle s'élève la nouvelle cité de PnictPPeviLLE, construite en 1838, et dont la population est d’un millier d'individus; Bona ou Bone, en arabe Beled-el-Areb, située à environ 17 lieues à l’est de Philippeville; Bone est une ville sale et mal bâtie, mais son port ést vaste et commode; MELHAn autrefois célèbre et florissante, mais aujourd'hui peu peuplée et peu commerçante; la moderne CHERCHELLE, dans la partie occidentale de l'Algérie ou province d'Oran : ses maisons sont couvertes en tuiles; MarmourA, éloignée d’un quart de lieue de Mostaganem, est devenue un point militaire important; MazAGRAN, Sans fortification et entourée de maisons crénelées, où la 40° compagnie du 4er bataillon d'Afrique, commandée par le capitaine Lelièvre, soutint, du 3 au 6 février 1840, l’assaut donné à ces braves par un corps de 12,000 Arabes, qui fut repoussé; ORAN, remarquable par ses solides fortifications; TLEMSEN, à quelques lieues des frontières de l'empire de Maroc : on y compte un grand nombre de mosquées; Maskaran, à 23 lieues au sud-est d'Oran : elle est située sur le versant méridional des montagnes appelées Ghareb-el-Rirh ; Ezz-KazLAR, ville sale et mal bâtie, mais très-industrieuse.
Nous ne dirons rien de l’ancienne Algérie, et nos renseignéments historiques se borneront à une courte nomenclature des changements apportés dans cette contrée depuis quelques années.
La chute du gouvernement ture, en brisant les liens qui rattachaient les chefs principaux des tribus au gouvernement central, rendit pour un instant les tribus arabes à leur existence originelle. Mais depuis longtemps, dans la province d'Alger, l'autorité française a, à cet égard, rétabli les anciennes dispositions administratives, en raltachant à elle le principe d’une constitution sociale qui suffira longtemps encore aux races purement indigènes. Dans la province d'Oran, Île territoire restreint, administré directement par la France, n’a dû que faiblement atlirer, sous ce rapport, l'attention du gouvernement; mais dans la province de Constantine, le fil des anciennes tradi- Lions a été tout à fait renoué, et, sauf le changement de souverain et l'amélioration réelle de leur condition, les sociétés arabes, ménagées et protégées, conservent une organisation que le temps n’est pas venu modifier.
Les sacrifices d'hommes et d'argent que la France a faits dans l'Algérie doivent ‘ un jour porter leurs fruits. Pour donner une idée des importantes améliorations que cette contrée a éprouvées, il suffit de dire que d'immenses travaux ont déjà été exécutés. Ges travaux consistent en canalisation, desséchement de marais, construction d’édifices publics et particuliers, etc. |
Le gouvernement, en prêtant son actif concours au mouvement de migration qui porte vers l'Algérie des populations françaises et même étrangères, le gouvernement a
dû s'attacher à régulariser ce mouvement en n’appelant dans celte colonie qu’une population laborieuse,
L'augmentation de la population européenne a élé, en 1839, de 2,945 individus. La population européenne fixée en Algérie pouvait être évaluée, en 1840, à plus de 26,000 habitants.
La population indigène, à la même époque, répartie dans les villes, Dh - à 27,734 individus.
Les produits des impôts se sont élevés, en 1839, à 4,469,000 fr., et les dépot à 32,545,000 fr.
Le domaine général comprend deux genres d'immeubles : ceux qui sont affectés à des services publics, et ceux dont les produits entrent dans les caisses du gouvernement colonial. Cette partie du domaine a donné lieu dans les trois dernières années à une recêtte d’environ 200,000 fr. par an. :
Les bois de l'État, dont la reconnaissance n’a point encore été faite complétement, se composent, dans leurs parties reconnues, de 12,000 hectares de haute futaie, et de 7,500 hectares de broussailles susceptibles de devenir taillis.
Quant au rapport commercial, l'Algérie présente des résultats qui donnent de grandes espérances pour l'avenir.
Des corps indigènes à la solde de la France ont été organisés en 1833, sous le nom de spahis auviliaires. On a fait marcher, dans plusieurs circonstances, en leur donnant des vivres seulement, tous les cavaliers des trois outhans des Beni-Mouça’s et Khachna, bien qu’ils ne fussent pas inscrits comme spahis auxiliaires.
Le service des Arabes considérés comme spahis auxiliaires, est utile en temps de guerre et même en temps de paix. Ces spahis font aussi un service de police, comme auxiliaires des gendarmes mores. Ces derniers sont principalement chargés de la garde des blockhaus el autres postes situés dans des lieux malsains pour tous autres que des indigènes.
On a formé un bataillon d’indigènes sous le titre de tirailleurs de Constantine. Dans la province de ce nom, dans celle d'Alger, 300 jeunes Koulouglis forment un corps irrégulier. Enfin, la province d'Oran renferme 950 cavaliers douairs et zmela’s.
La conquête de l'Algérie et les sacrifices de la France pour la conserver sont nonseulement favorables à la civilisation de cette contrée, mais encore au commerce que peuvent y entretenir toutes Les nations du globe.
Les différents peuples qui habitent l'ancienne régence d' Alger sont les Mores, les juifs, les Turcs, les Berbers, les Arabes et les Koulouglis. |
Les MorEs paraissent descendre des anciens Mauritaniens et des anciens Numides, habitants aborigènes de l'Afrique. Ils ont la peau un peu basanée, mais cependant plus blanche que celle des Arabes; les cheveux noirs, le nez arrondi, la bouche moyenne, les yeux très-ouverts, mais peu vifs; les muscles bien prononcés, et le corps plutôt gros que maigre; leur taille est au-dessous de la moyenne, et leur démarche est grave et fière. Les femmes moresques sont assez jolies de figure; l’embonpoint étant une beauté aux yeux des Mores, elles font tout ce qu’elles peuvent pour l’augmenter ; les mères ont l'habitude dé tirer la gorge des jeunes filles pour l’allonger; leur taille, par suite de cette pratique, est tout à fait déformée avant l'âge de trente ans.
Le costume des hommes diffère peu de celui des Turcs; mais celui des femmes s’en éloigne beaucoup. Dans la maison, la femme est à peine vêtue; sa tête est nue; une petite chemise à manches courtes, et un caleçon fixé sur les reins lui cachent le ventre et une partie des cuisses; un fichu de couleur et ordinairement en soie, noué par devant de manière à former un petit jupon ouvert, complète l'ajustement; car, dans ce négligé, avec lequel les Moresques ne se font aucun scrupule de se montrer sur les balcons de leurs terrasses, elles n’ont ni bas ni souliers. Le costume paré de l’intérieur