‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 2)Chapitre 26 sur 75 · OU ZANGUEBAR ET AJAN · texte numérisé non relu

OU ZANGUEBAR ET AJAN

Le Zancurpar * s'étend, selon les Arabes, depuis l’Abyssinie jusqu’au territoire d'Ouakouak, c’est-à-dire jusqu’au pays des Makouas ou la côte de Mozambique. Le roi de ce pays, qui, dit-on, prend le titre de Walk-Iman, ou fils du seigneur suprême, marche à la têle de 3,000 guerriers qui ont des bœufs pour montures.

Cette partie de l'Afrique est divisée en six principaux États; ce sont, en allant du sud au nord : Quiloa, Zanzibar, Mombaza, Mélinde, Brava, et Magadoxo. On évalue à 2,000,000 d'individus la population, composée d’Arabes et d’indigènes.

On ne connaît guère que les îles et quelques places maritimes du Zanguebar.

Le roi de Quicoa est nègre, et ses sujets ont pour lui un grand respect. Néanmoins il est sous la tutelle d’un vizir arabe nommé Malindane, lequel gouverne souverainement au nom du monarque litulaire, et peut déposséder celui-ci et conférer la dignité à un autre de son choix.

« Les habitants de cette île, dit Blancard, voyaient avec dépit que Quiloa faisait à elle seule tout le commerce de la côte: ils envahirent cette ville en 1787. Le roi de Quiloa céda à celui de Zanzibar la moitié de tous les droits qui se percevaient annuellement sur le commerce des esclaves. »

Cette île renferme à peu près 3,000 habitants ; la ville, du même nom que l'ile, n’est qu’un assemblage de cabanes misérables; elle est défendue par un fort qui domine la mer, et des vestiges d'anciennes murailles et des ruines en grand nombre attestent ses richesses et son importance d'autrefois.

Les hommes chassent, pêchent ou dorment ; les femmes cultivent les patates et le miel autant par habitude que par nécessité; elles tressent encore des nattes et quelques étoffes pour l'usage des hommes.

La langue de Quiloa a plusieurs points de ressemblance avec celle du Congo.

ZanziBar, ou Souayeli, pour l'appeler de son véritable nom, se fait remarquer entre toutes ces îles par son importance, son étendue et sa beauté. Elle a 17 à 48 lieues de long sur 5 de large, et une population de 60,000 habitants dont 300 Arabes et les autres de race mixte. Le cheik, vassal de l’iman de Mascate, a, dit-on, exprimé le désir de se mettre sous la protection de l'Angleterre. Zanzibar est la capitale, et, depuis quelques années, une riche place de commerce.

Les habitants de l’île Pamba sont d'un caractère timide. Ils s’habillent d’étoffes de soie et de coton provenant de l'Inde.

On n’a sur Mongaza, MÉLINDE, Brava, et le pays de Lano que des renseignements incertains.

Non loin de ces États maritimes et civilisés on trouve les tribus sauvages de Mose- GUEYOS, qui, dans l'enfance, remplacent les bonnets par une couche Eds d'argile dont ils se couvrent la tête.

Au nord de ceux-ci, on indique les MarAcaTAS, peuple moins grossier, qui n’est pas dépourvu d'avantages physiques, observe la circoncision, et dont les filles conservent: Je trésor de l'innocence au moyen d’une couture que l’époux seul a le droit d'enlever.

Le royaume de Macanoxo ou MakADOGHOU occupe sur la côte une longueur d'environ

* Ou la côte de Zangues, ou le pays des Zingues ou Zindges.

80 lieues. La population, parmi laquelle on voit quelques Abyssiniens, se compose d'hommes blancs, olivâtres et noirs qui, pour la plupart, ont adopté l’idiome de leurs maîtres les Arabes.

On y compte aussi quelques Abyssiniens chrétiens. Le roi et les grands sont vêtus depuis la poitrine jusqu'aux pieds; les gens du peuple vont à peu près nus; la reine porte, pour marque distinctive, une robe de soie verte, et des cheveux ornés de plumes de diverses couleurs. Le roi rend justice en public, assisté de quelques conseillers. Les criminels sont livrés aux bêtes féroces, ou assommés avec une massue. Dans les voyages seulement, le roi est accompagné d’une suite; du reste il n’a ni cour, ni garde, et personne ne le salue. La religion mahométane, qui domine, paraît s’allier au paga- : nisme; car on voit différentes idoles dans les temples aussi bien que dans les maisons. Les violences exercées jadis sur cette côte par les Portugais, qui venaient y chercher des esclaves, ont laissé des souvenirs profonds, et l’on n'y accueille plus les Européens qu'avec méfiance et avec une très-grande réserve.

Bâtie à peu de distance du port de la mer, la capitale, grande et belle ville, porte le nom du royaume. |

La côte d’Aran s'étend depuis le Zanguebar jusqu’au cap d’Orfoui; elle prend, en tournant autour du cap Gardafoui, une teinte de stérilité moins absolue que partout ailleurs. Mais les Européens fréquentent peu le port du cap Fellis, le mons Felix, le Raz-el-Fil des Arabes, et les côtes du golfe d’Aden. Le royaume d’Adel est le principal État de toute cette côte, dont les peuples, nommés Berbers par les géographes arabes, et Somaulis par les Européens, ont le teint olivâtre, les cheveux longs, et ne ressemblent en rien aux Cafres. Ils sont surtout remarquables par la beauté de leurs traits et par leur coutume de teindre leurs cheveux en jaune. Presque tous sont pasteurs.

Les JaGas ou CassaAnGEs occupent les régions à l’ouest du Congo. Ge peuple ne cultive point la terre et ne possède d’autres bestiaux que ceux dont il s'empare en guerre; il envahit les contrées fertiles de ses voisins, il y consume les fruits de la terre, et, après avoir tout dévasté, il va chercher une nouvelle proie. Les Jagas dévorent leurs prisonniers; on frotte de graisse humaine le généralissime, qui d’ailleurs porte une ceinture d’œufs d’autruche, et des espèces d’anneaux de cuivre au nez et aux oreilles. Les femmes des Jagas enterrent vifs leurs propres enfants ; la nation ne continue son existence qu'en élevant les enfants des nations voisines, ravis à leurs parents à l’âge de douze ans. Le généralissime, dans les grands sacrifices, immole de sa main les victimes humaines. On assure que, dans une certaine fête, ce chef fait lâcher au milieu de ses sujets un lion furieux et affamé. Les Jagas, loin de l’éviter, tiennent à honneur de périr Sous ses dents meurtrières. Les vieillards et les malades sont abandonnés sans pitié. Les morts, enterrés vêtus de leurs plus beaux habits dans des tombeaux voûtés, ont pour compagnes deux de leurs femmes qu’on y enferme vivantes. Les Jagas qui n’ont point de chevaux combattent à pied avec une intrépidité extrême; ils retranchent leurs Camps ayec soin. Cette nation affreuse a eu son Alexandre et sa Sémiramis. Sous les ordres de Zimbo, elle a parcouru l’intérieur de l'Afrique méridionale, et est venue dévaster Quiloa et assiéger Mozambique. Arrivée devant Mélinde, l'armée de Zimbo essuya une défaite totale, qui fut suivie de la dissolution de son empire; mais Temba Ndamba, petite-fille d’un de ses généraux, essaya par ses lois ou quixilles de relever la puissance de la nation. Pour donner l'exemple de la soumission à ses préceptes inhumains, elle saisit son jeune fils, le jeta dans un mortier, l’écrasa, Le pila, et fit ensuite extraire de ces restes horribles un onguent, duquel elle mettait quelques gouttes sur son corps chaque jour de bataille.

Le royaume de Nixéanat n'offre rien d’intéressant.

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L'État de Ginerro ou ZENDERO a été visité par les Européens; il est situé sur les bords du Zebee ou Zebi, rivière qui roule un plus grand volume d’eau que le Nil. Lorsqu'ils veulent le traverser dans leur pays, les Gingirains tuent une vache, enveloppent les bagages dans la peau, qu’ils remplissent d'air en y soufflant avec force, et, après y avoir attaché deux perches en forme de brancards, ils s’accrochent à celles-ci deux à deux de chaque côté pour tenir en équilibre la machine qu'un bon nageur placé en tête traine au moyen d’une corde, tandis que deux autres, placés derrière, la poussent devant eux. |

Les Gingirains ont le teint d’un noir moins foncé que celui des nègres. Ils ont les traits fins et aussi réguliers que les Abyssiniens et les Européens. Toute la nation est esclave; tout est la propriété absolue du roi. Lorsqu'il veut acquérir quelque objet précieux apporté par des marchands étrangers, il leur donne en échange le nombre d’esclives qu’ils désirent. A cet effet, il fait tout uniment enlever dans les maisons qu’il plait à ses gens de choisir, les fils et les filles des habitants. C’est un droit du trône consacré par le temps; et celui qui désapprouverait cette barbarie, serait mis à mort sans rémission. La couronne est héréditaire dans la même famille, mais non par ordre de primogéniture. Le successeur est pris de force aux périls de la vie des électeurs, qui passent pour de grands sorciers, et paraissent être une caste de prêtres. Après son inauguration, le nouveau souverain fait comparaître devant lui tous les favoris de son prédécesseur, et ordonne de les envoyer rejoindre leur maître chéri dans l’autre monde. La maison du défunt est brülée avec tout ce qu'elle renferme. On en fait de même après le décès d’un particulier : on brüle même les arbres et les végétaux qui se trouvent dans le voisinage, afin que le mort, habitué à cet endroit, ne soit pas tenté de revenir y faire sa promenade. Avant d’abatire un arbre choisi pour former le pilier qui doit soutenir le trône dans la nouvelle demeure du roi, on coupe le cou au premier homme qu’on rencontre d’une certaine famille du royaume qui, par là, se trouve exemple de toute autre charge, et à laquelle béaucoup d’autres envient cet honneur. Lorsque le roi va être installé dans son palais, on tue, selon le nombre des portes, un ou deux autres hommes de la même famille privilégiée, pour peindre avec leur sang les seuils et les poteaux. Le jour où il prend les rênes du gouvernement, son premier acte est de donner des ordres tendant à faire rechercher dans le royaume entier tous les hommes et toutes les femmes qui ont la teigne, pour empêcher la propagation de leur mal qui pourrait finir par gagner Sa Majesté. Il les guérit en envoyant la troupeentière au delà du Zebee, où on leur coupe la tête.

Le roi, assis sur son {rône, qui a l’air d’un ballon établi en forme de cage au haut de sa maison, porte une robe de soie blanche, de fabrique indienne. Un jésuite voyageur qui a visité ce prince, dit que gingiro veut dire singe, et il trouve que les gestes et Les attitudes du monarque dans sa cage lui donnent beaucoup de ressemblance avec cet animal; le même voyageur ajoute qu’à l'instar de ce que font les singes, le roi, blessé au combat, est tué sur-le-champ par ceux qui l’entourent, ou, à leur défaut, par ses parents, pour qu'il ne périsse pas d’une main ennemie. Il est-considéré comme un être divin, rival du soleil et de sa puissance dévorante. I] ne sort que le matin au clair de l'aurore. Si le soleil est levé avant lui, il se tient toute la journée dans l’intérieur de sa maison, et ne monte point à sa cage, ni ne fait aucune affaire; car, disent les Gingirains, deux soleils ne peuvent briller à la fois, et quand l’autre a pris les devants, la dignité du roi serait compromise s’il s’abaissait jusqu’à le suivre en second.

Le corps du roi est revêtu, après sa mort, des étoffes les plus riches, et enveloppé d'une peau de vache; on le traine par-dessus les champs au lieu de sépulture des souverains, et là on le dépose dans une fosse qu’on laisse ouverte; la terre n’élant pas

jugée digne de couvrir les restes du rival du soleil, qui ne peut avoir que le pavillon du ciel pour mausolée. Mais on inonde le corps du sang d’une quantité de vaches immolées sur Le bord de la tombe; et par la suite, on y en tue une chaque jour, jusqu'au décès du roi alors régnant : la chair des victimes appartient aux prêtres sacrificateurs, et, comme nous l’avons dit, le sang coule dans la tombe.

Il y a encore parmi les autres cérémonies d’inauguration, qu'il serait trop long de décrire, un usage que nous allons rapporter ici : le nouveau roi est obligé d’écraser entre les dents un ver qu’on lui apporte, et qui est censé sorti du nez du précédent

souverain.

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