ILES AFRICAINES ORIENTALES
L'ile de Socorra ou Socorara est une terre aride, pierreuse, presque entièrement dépourvue de végétation. Thomas Roe donne des détails satisfaisants sur les habitants qu'il divise en quatre classes : les Arabes, dominateurs du pays, leurs sujets ou esclaves musulmans; les Bediognes, anciens habitants isolés dans les montagnes, et qui professent la doctrine des chrétiens jacobites ; enfin, une tribu sauvage qui, cachée dans les bois, vit sans vêtements et sans maisons. Les habitants actuels ont paru ignorer l'usage du fusil; mais sous les rapports de commerce et d'intérêt, ils partagent les vices des nations civilisées. |
Les deux groupes d'îles comprises sous les noms d'AmMIRAUTÉ et SEYCHELLES sont trop peu intéressants pour que nous nous y arrêtions. Il en sera de même pour une multitude d’autres îles que nous ne nommerons même pas.
Les îles Comores sont au nombre de quatre : AnJouAx , proprement Hinzouan ; ANGazISA, ou la grande Comore; Mouuizzy ou Moëly ? ; et MAYOTTE, qui est la plus petite.
Les habitants des îles Comores sont un mélange de nègres et d’Arabes. De grosses lèvres, des pommettes avancées rapprochent les gens de la basse classe des noirs de Mozambique; mais le sultan et les nobles ont conservé la figure belle et spirituelle de leurs ancêtres arabes. En général, tous ont les yeux grands, le nez aquilin, la bouche bien dessinée, et l’on voit parmi eux des têtes d’un grand caractère.
Les Comoroïs sont pour la plupart doux, pleins d’honnêleté et d'hospitalité, trèsaffables et déjà parvenus à un degré de civilisation que l’on ne trouve pas dans les habitants de la partie du continent et de la grande île dont ils sont voisins. Ils ont beaucoup de politesse dans les manières, un excellent bon sens, l'esprit cultivé et une certaine tournure poétique qui donne à leur conversation une grâce orientale. Mais quoique plusieurs d’entre eux sachent lire et écrire, ils ne tiennent pas note des événements publics ou particuliers, et ce sont les plus anciens qui, dans les disputes, décident de la vérité des faits et de leur date. Les Européens naufragés y ont toujours éprouvé les traitements les plus généreux. Quelques Arabes se livrent à l’agriculture et possèdent de grandes propriétés dans l’intérieur de l’île. Il en est d’autres qui s’adonnent aux arts mécaniques, tels que la tisseranderie, l’orfévrerie, etc.; et l'adresse dont ils font preuve dans leurs travaux n’est pas moins étonnante que la médiocrité des outils qu'ils emploient. On en voit aussi qui sont navigateurs, et entreprennent des voyages jusqu'à Surate et Bombay.
Gependant les naturels sont généralement lâches, pusillanimes, et par conséquent
1 Appelée aussi Joanna.
2 On la nomme encore Mohilla.
mauvais soldats. Il en résulte que les Madécasses font chez eux de fréquentes descentes, enlèvent les troupeaux, et FédirisEs rs à l’état d'esclaves les habitants qu’ils font prisonniers. +
Leurs maisons sont simples et même > misérables. L'appartement des femmes est séparé du corps de logis par une petite cour intérieure et inaccessible aux étrangers. La seule apparence de luxe que l’on remarque parmi eux est l'usage immodéré qu’ils font du muse, dont l'odeur infecte les maisons; ils tiennent aussi beaucoup à la coutume orientale de teindre leurs ongles d’une couleur orangée, tirée du henneh (Lausonia inermis) tant célébré par les poëtes de l'Orient. Le vêtement des hommes n'a rien de remarquable. Le costume d’une femme du haut parage, que M. Collin, de l'ile de France, eut occasion de voir au-dessus de la terrasse d’une maison, se rapprochait beaucoup de celui des Indiens de la côte de Malabar. Elle avait un grand nombre de colliers et de bracelets de corail, de longs pendants d'oreilles et un anneau d’or passé au cartilage du nez; sa chevelure était parsemée de bijoux. Elle paraissait jolie, mais son teint était fort brun.
L'ile de Mapacascar ! a près de 350 lieues de longueur, 85 lieues de largeur (120 dans quelques endroits), et 25,000 lieues carrées de superficie.
La population de cette ile embrasse un total d’un million et demi, selon les uns, et de quatre millions, d'après d’autres. Elle est formée de plusieurs races. Quelques tribus, ou plutôt castes peu nombreuses, sont évidemment d’origine arabe. Les ZAFrE- Raminr prétendent descendre d’Imina, la mère de Mahomet. C'était le chef de cette famille qui était reconnu souverain de la plus grande partie de l’île, mais la ligne directe de ces princes est éteinte. Les RHOANDRIENS sont leurs descendants les plus proches et nés sans aucun mélange. Les ANAGANDRIENS et les ONpzassis proviennent d’un mélange avec les indigènes. Le teint olivâtre de ces descendants d’Arabes leur vaut le titre de blanc ou malate. Les Zarre-IBrAnIM descendent, soit des Juifs, soit des Arabes, sortis de leur patrie antérieurement à Mahomet. Dans le district de Matatane, une troisième caste moins belliqueuse, mais lettrée et bien faite de corps, est venue s'établir à une époque plus récente; elle se nomme Kassir-MamBou, et reçoit des indigènes le nom d’Anra-Manouri, qui, selon M. Collin, signifie habitants du pays des Mores. Leur teint, plus rapproché du noir, et la nature un peu laineuse de leurs courts cheveux, indiquent les colonies arabes du Zanguebar comme leur patrie. Mais toutes les tribus, vraiment considérables et qui forment la presque totalité des habitants, ont ou le teint basané et les cheveux plats des Indiens, ou la peau noire et les cheveux crépus des Cafres. Il paraît que des émigrations très-anciennes de la Cafrerie et du Malabar ont peuplé cette île, que sa situation rapproche de l'Afrique, mais que les vents périodiques et une chaîne d’iles rattachent à l'Asie. Le nom de MALEGACHES, que les anciens habitants se donnent, ceux de Maze-Dives, de Male-Bar et autres, indiquent cette filiation qui, à l'égard de l’émigration asiatique, est encore parfaitement démontrée par la composition générale de la langue de Madagascar.
En général, les Madécasses ou Malegaches vivent dans une liberté turbulente. Les Séclaves, les Antancayes et les Ovas gémissent pourtant sous le joug d’un gouvernement tyrannique. Hors de ces États, le Madécasse ne reconnaît d’autorité suprême que dans les cabares, ou assemblées publiques; c’est là que se décident les affaires publiques el que se jugent les procès. Les discours qui y sont prononcés brillent souvent d’une éloquence naturelle et énergique. Chez plusieurs tribus on reconnaît des classes héréditaires, dont les priviléges ne sont pas bien déterminés. Les Voudrisi sont les sei-
1 Le nom indigène est Madécasse,
gneurs suzerains indigènes, subjugués en quelques cantons par les Arabes. Les Zohavohits sont des seigneurs qui commandent dans leurs villages. Les Oudzoa forment le peuple. Il y a en outre de nombreux esclaves. Gomme dans les îles de la mer du Sud, le droit de tuer certains animaux, et de manger certaines viandes, est réservé aux classes supérieures. |
L'espace nous manque pour donner tous les renseignements que nous avons recueillis sur les Ovas et plusieurs des peuples que nous devons nous borner à nommer.
Les îles MascargIGNES * comprennent : l'ile de BourBon ou la Mascareigne proprement dite; l'ile de FRANCE, nommée Cerne par les Portugais, et Maurice où Mauritius par les Anglais; enfin les îles RODRIGUE et CARGADOS.
L'ile de Bour8on a environ 20 lieues de long, 15 de large et 48 de circonférence. Elle fut acquise à La France en 1642, et sept ans plus lard elle reçut le nom qu’elle porte aujourd'hui. Le régime républicain lui imposa celui de Réunion; ensuite on la nomma Bonaparte. Les Anglais, qui s’en étaient emparés en 1810, la restituèrent à la France en 1815, époque à laquelle elle reprit sa première dénomination. La populalation, en 1837, était de 108,000 individus, au nombre desquels se trouvaient 69,500 esclaves. |
Cette ile comprend onze communes administrées comme en France, et formant autant de paroisses dont tous les curés ont pour chef un préfet apostolique. Sous le rapport judiciaire, elle forme quatre justices de paix qui dépendent d’un tribunal de première instance et d’une cour royale. La ville de Sainr-Denis est le chef-lieu, la résidence du gouverneur et le siége des principales autorités. Sa position entre la mer et le pied d’une montagne est fort agréable; ses maisons, quoiqu’en bois, sont construites avec élégance. Elle a une église, un collége, des casernes, un beau jardin botanique qui sert de promenade, 40,000 habitants dont environ 2,000 blancs, 1,200 affranchis et 6,800 nègres esclaves. Elle a un petit port défendu par quelques batteries; mais sa meilleure défense est la difficulté d'aborder dans l'ile autrement qu'avec des barques du pays. Ce que l’adminisitration y a fait de plus utile, ce sont des fontaines qui répandent dans chaque quartier une eau vive et limpide; ce sont des étuves pour la dessiccation des graines et des farines, et un canal de dérivation, de la rivière de Saint-Denis, pour donner le mouvement aux moulins de la boulangerie du gouvernement et à des usines appartenant à des particuliers.
L'ile de FRANCE, aujourd’hui nommée officiellement MAURICE, quoique moins fertile et moins étendue que celle de Bourbon, doit à ses ports et rades une grande importance commerciale. Elle à pour capitale Port-Louis.