‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 2)Chapitre 33 sur 75 · OU DE BUENOS-AYRES · texte numérisé non relu

OU DE BUENOS-AYRES

Ce pays confine au sud à l'océan Atlantique et à la Patagonie, à l’ouest à la cordilière des Andes qui le sépare du Chili, au nord à la Bolivie, à l’est au Paraguay et à l'Uruguay.

Découvert en 1515 par Jean Dias de Solis, il dépendit d'abord du Pérou; mais en 1778 il fut érigé en vice-royauté par l'Espagne. A l’époque où toutes les colonies espagnoles se levèrent pour conquérir leur indépendance, celle de Buenos-Ayres fut affranchie l’une des premières. Ce fut en 4810 qu’elle se proclama libre; mais le gouvernement de ce pays n’a pu acquérir cette stabilité salutaire si nécessaire à la prospérité des États. En 4815, il parut se constiluer définitivement : le Buenos-Ayres prit le titre de Provinces-Unies du Rio de la Plata, puis celui de République Argentine; enfin, il s’est depuis peu organisé en une confédération de quatorze États, dont le nombre et les limites ne sont peut-être encore que provisoires. Pendant ces divers changements, la forme du gouvernement a constamment été mise en question, et si, ce qui n’est pas impossible, le Monte-Video et le Paraguay se réunissaient au Buenos-Ayres, de nouvelles modifications s’introduiraient dans la constitution de cette grande confédération.

La convention préliminaire à un trailé de commerce et d'amitié entre Buenos-Ayres et la France, a été signée le 15 mai 1834 par M. Mendeville, consul général français, et par M. le général Guido, commissaire du gouvernement argentin. On attend la ratification de la chambre des députés de la république; aussitôt qu’elle sera obtenue, la convention sera soumise à la ratification du gouvernement français. On assure que la population française et son commerce, en outre de toutes les garanties désirables, ont obtenu, par cette convention préliminaire, les avantages dont jouissaient les nations qui les premières reconnurent officiellement l'indépendance de Buenos-Ayres. Malheureusement, on sait que la présentation de ce traité a excité la plus vive opposition dans le sénat argentin, dont les dispositions sont fort hostiles à la France, dispositions qu'on attribue en France aux intrigues des agents anglais.

Buexos-Ayres, dans la province de ce nom, est la capitale de la république. La population, qu’on pourrait évaluer à 90,000 âmes en y comprenant les étrangers, est parlagée en diverses classes. D'abord vient celle des commerçants, qu’on accuse d’être, en général, étrangers aux connaissances pratiques indispensables à leur profession, et ne se laissant guider sous ce rapport que par la routine. La seconde classe des habitants de Buenos-Ayres se compose des propriétaires de terres et de maisons, la plupart créoles. La troisième classe comprend les artisans, tels que les maçons, les charpentiers, les lailleurs, qui deviennent rarement riches, quoique travaillant beaucoup et recevant de gros salaires. Les portefaix constiluent un corps nombreux; ils se Liennent dans les rues,

prêts à charger el décharger les charrettes et à porter les fardeaux; mais ils sont si paresseux et si débauchés, qu'on ne peut jamais compter sur eux. Les fonctionnaires publics forment une quatrième classe; les Espagnols européens n occupent plus les places du gouvernement ; depuis l'émancipation toutes les fonctions publiques sont exercées par les indigènes. La cinquième classe est celle des hommes qui composent l'armée. La sixième classe, enfin, se compose des ecclésiastiques, entre lesquels il faut bien distinguer les séculiers d'un reste de moines, dont la crasse ignorance et la grossière superstition ne servent qu’à troubler les esprits faibles et à tourmenter les honnêtes gens.

En général, la société a ses charmes à Buenos-Ayres. Les tertulias, ou soirées dansantes, sont extrêmement agréables, grâce à la gaieté naturelle des portegnas ou jeunes filles, à l’excessive mobilité de leur imagination et à la tournure de leur esprit. En entrant, vous saluez la maitresse de la maison, et c’est la seule cérémonie à laquelle vous soyez aslreint; vous pouvez vous relirer sans aucune formalité, de sorte qu'il ne lient qu’à vous de visiter ainsi une douzaine de tertulias dans le cours d’une soirée. Les manières et la conversation des dames sont très-franches et très-gracieuses. Les atten- Lions délicates qu’elles témoignent aux étrangers les ont fait quelquefois accuser faussement d'un excès de liberté, accusation qui les a déterminées à recevoir moins facilement les étrangers dans leur intimité. Cet abandon sied bien cependant à ces fières et piquantes portegnas, à la taille élégante el noble, qui ne pardonnent plus si facilement à un étranger sa gaucherie et son embarras à prendre le maté brülant, ou à faire sa partie dans un grave menuet.

Les tailleurs, les marchands de modes, sont tous d'Angleterre ou de France. Les costumes sont surtout français pour l’un et pour l’autre sexe, et toujours dans le dernier goût, à quelques mois près; il faut bien leur donner au moins Le Lemps de la traversée. Les femmes portent le corsage à la Marie Stuart, robe en satin rose, garnie de fleurs, le collier et l’inséparable éventail... (L'éventail! espèce de sceptre que ne quitte jamais une portegna.) Toutes ont le plus joli pied qui se puisse voir, pressé sous des bas de soie blancs par un soulier de même étoffe. Un ornement tout spécial distinguera toujours une portegna de toutes les femmes du monde; un ornement auquel elle tient presque autant qu'à la vie. Cet ornement, c’est un peigne immense, dessinant sur sa tête un grand éventail convexe, plus ou moins riche, plus ou moins orné, suivant son rang etsa fortune, mais qui la suit invariablement partout ; seulement les accompagnements en diffèrent et varient selon les heures et les circonstances. Les dames de Buenos-Ayres paraissent aimer beaucoup, dans leurs ajustements, l'éclat et la variété des couleurs. Leur teint est ordinairement de la plus éclatante blancheur, et contraste avec l’ébène de leur belle chevelure. Leur nez est aquilin. Leur sourire est plein de douceur, et leurs grands yeux : noirs, qui rendent si justement célèbres les dames espagnoles, ont une expression qu'on. ne retrouve pas dans les climats septentrionaux. Elles se distinguent, enfin, par la grâce et la majesté de leur port. Les hommes ont aussi leurs avantages et leurs bonnes qualités. Ils sont braves, libéraux et désintéressés. |

Les MENDOzINOS ou habitants de la ville de Mendoza, capitale de -la province de ce nom, aiment la danse avec passion. On les accuse d’être fiers, bigots, fantasques ; mais, par compensation, on leur reconnait de la douceur et des sentiments de bienveillance envers leurs inférieurs de toute classe. Simples dans leurs manières, ils sont très-hospilaliers; et, quoique privés d'éducation et de lumières, ils montrent, même dans les classes les plus pauvres, un sens droit, un jugement sain et une franchise qui rendent aux étrangers leur commerce très-agréable.

Les Pawpas, depuis 1535 jusqu’en 1794, disputèrent leur terrain aux fondateurs

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