FEMME PAMPAS
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de Buenos-Ayres avec une vigueur, une persévérance et une valeur admirables.
Ils ont tous les caractères physiques des Indiens de l’Amérique; leur commerce avec les Européens ne les a pas autant changés que leurs frères du nord. Les Pampas fabriquent de très-bons ponchos en laine, tissus de manière à résister aux plus fortes pluies, et ornés de dessins très-originaux. Ils font aussi, avec beaucoup d'adresse et de succès, toutes sortes d'ouvrages en peaux, comme des corbeilles, des paniers, des fouets et des brides, ces deux derniers objets sont souvent d’une élégance infinie. Ils fabriquent à l'usage des habitants de la campagne, des bottes faites de la peau des jambes de derrière d’un cheval. Ils se teignent comme les autres Indiens, mais seulement le visage. Leurs cheveux sont longs et touffus; tantôt ils sont relevés la pointe par en haut, tantôt soutenus sur le front el autour de la tête au moyen d’un bandeau de couleur tranchante, insuffisant toutefois pour les empêcher de retomber en mèches roides sur le front et sur les épaules, ce qui produit un effet moins agréable que pittoresque. Les femmes les divisent en deux moitiés qu’elles font retomber en queue serrée sur les oreilles et sur les épaules. Elles portent des pendants d'oreilles, des colliers, des bijoux, et affectent ainsi une sorte de coquetterie, sans être beaucoup plus propres que les autres Indiennes, ni beaucoup plus réservées ; on les dit même plus faciles encore. Les hommes vont presque nus à la guerre, à la chasse et chez eux, à moins que le temps ne soit froid ou qu'ils ne soient à la ville; alors ils s’enveloppent la partie inférieure du corps d’une espèce de jupon (chilipa) d’étoffe fond blanc, rayé de brun ou chargé d’ornements plus ou moins recherchés et de couleur foncée; ils se couvrent les épaules d’un poncho, qu'ils drapent en écharpe ou disposent en manteau.
Pour la chasse comme pour la guerre, les Pampas ne se servent que de bolas, de couteaux, de sabres sans gaine et de lances de dix à douze pieds de long, dont la hampe en roseau est ornée, à son extrémité, d’une touffe de plumes d’autruche, et ornée d’un fer qui la fait vaciller sous son poids. Ils sont très-adroits à lancer les bolas, armes formidables entre leurs mains.
Les Puezcues, dont M. d’Orbigny vit une famille qui habitait les environs de la Baie-Blanche, sont répandus aussi sur les bords du Rio Negro. Le vêtement d'une jeune Indienne de cette famille se compose de trois pièces d'étoile bien distinctes, l’une fixée à la ceinture et voilant le devant du corps; une seconde attachée sous les bras descend jusqu'aux pieds, et la troisième, espèce de mante attachée avec une épingle d'argent, couvre les épaules.
C’est dans les plaines appelées pampas qu’on se livre à l'élève des bestiaux. Les maitres bergers sont nommés Caparaz; leurs subordonnés ont reçu le nom de Guacnos.
Les Capataz, de même que tous ceux à qui leur position le permet, portent une veste, des culottes ou des pantalons blancs; un chapeau, des souliers et un poncho. Quant à leurs serviteurs, ils ne se vêtissent guère que du chilipa, dont nous avons parlé plus haut. Bon nombre d’entre eux se passent de chemises. Ils se rasent très-peu souvent, et, pour cet usage, ils se servent d’un couteau. Plus ordinairement ils ont la barbe fort longue. Les femmes vont pieds nus et sont extrêmement malpropres. Leur vêtement
- habituel est une chemise sans manches, attachée autour de la taille au moyen d’une . ceinture; rarement elles en ont une de rechange. Elles ne savent ni coudre ni filer;
elles se bornent à balayer la maison, à faire le feu pour rôtir la viande, et bouillir l’eau pour le maté.
Les gens de la campagne n’ayant qu’un seul habillement, le quittent dès qu'il pleut, le placent, pour le tenir sec, sous la peau qui couvre la selle de leur cheval, et le remettent quand la pluie a cessé, par la raison, disent-ils, que leurs habits sèchent difficilement, tandis qu’il n’en est pas de même de leur peau.
La province de CORRIENTES, qui comprend aujourd’hui une partie du célèbre territoire des Mrssroxs, s'étend entre le Parana et l’Uruguay. La capitale, appelée aussi CORRIENTES, ville de 4,000 à 5,000 âmes, est située un peu au-dessous du confluent du Paraguay et du Parana. Sa position, favorable pour le commerce, doit lui donner un jour une plus grande importance. Les anciens villages de Sunta-Anna el de Candelaria, bâtis par les jésuites, sont aujourd'hui ruinés. ee |
Cette contrée était le principal siége des fameuses missions des jésuites, dans lesquelles on a prétendu voir le germe d'un empire. L'envie a tour à tour trop embelli et trop noirci le tableau de ces établissements, que regretlteront à jamais la religion, l’histoire et la géographie. Ces religieux instruits et habiles ne se bornèrent pas à la persuasion et à la prédication apostolique pour réduire des Indiens; ils surent employer les moyens temporels, mais ils les manièrent avec beaucoup de modération et de prudence. La formation des peuplades de jésuites, le long du Parana et de l’Uruguay, fut aussi due en grande partie à la terreur que la féroce tyrannie des Portugais inspirait aux Indiens. Chaque peuplade était gouvernée par deux jésuites : l’un, appelé curé, uniquement chargé de l'administration du temporel, ne savait souvent pas parler le-” langage des Indiens; l’autre, que l'on appelait compagnon, ou vice-curé, était subordonné au premier, et remplissait les fonctions spirituelles. L’unique loi était l'Évangile et la volonté des jésuites. Les magistrats choisis parmi les Indiens n’exerçaient aucune espèce de juridiction, et n'étaient qu'un instrument entre les mains du curé, même pour la partie criminelle, Jamais un accusé ne fut cité devant les tribunaux du roi. Les Indiens de tout âge et de tout sexe étaient obligés de travailler pour la communauté de la peuplade; aucun ne pouvait s'occuper pour son propre compte. Le curé faisait emmagasiner le produit du travail, et se chargeait de nourrir et d’habiller tout le monde. Tous les Indiens étaient égaux et ne pouvaient posséder aucune propriété particulière. Ce régime offrait la seule transition possible de l’état barbare où étaient les Indiens, à une civilisation plus parfaite. Il est vrai que, sous ce régime, nul motif d’émulation ne pouvait porter les Indiens à perfectionner leurs talents, puisque le plus vertueux et le plus actif n’était ni mieux nourri, ni mieux vêtu que les autres, et qu’il n'avait pas d’autres jouissances. Mais cette espèce de gouvernement était la seule convenable au milieu de hordes aussi abruties, aussi féroces; elle faisait le bonheur de ces Indiens, qui, semblables à des enfants, étaient incapables de se gouverner eux-mêmes. C'était un changement bien heureux pour ces sauvages, accoutumés à s’égorger les uns les autres, ou à servir les Espagnols comme esclaves. Les particuliers et les commandants espagnols se permettaient auparavant de réduire en esclavage tous les Indiens qui tombaient dans leurs mains. De là les premiers germes des haines contre les jésuites. « Les plaintes des commandants militaires viennent, comme le père Aguilar le dit dans son mémoire justificatif, de ce qu’ils voudraient que ces Indiens fussent soumis nonseulement à Votre Majesté, mais encore à chaque Espagnol en particulier, et même aux valets et aux esclaves des Espagnols. Dès qu’un Espagnol, un métis, ou même un nègre, voit un Indien qui ne s’humilie pas devant lui, ou qui ne sert pas aveuglément ses caprices, il se déchaine contre le pauvre Indien, il l'appelle un barbare, un rustre, qui pousse l'insolence jusqu’à manquer de respect aux Espagnols. » Les Indiens étaient baptisés et savaient les commandements de Dieu et quelques prières; c’élait un commencement d'instruction morale auquel les jésuites bornèrent sagement leurs efforts. Ces peuples n’apprenaient aucune science; mais ils fabriquaient des toiles dont ils s’habillaient : les arts mécaniques leur étaient enseignés par des jésuites envoyés d'Europe à cet effet. Aucun de ces Indiens n’avait de chaussure, et les femmes, sans exCeplion, ne portaient d'autre vêtement qu’une chemise sans manches, Le climat ren-
daitsuperflu un vêtement plus compliqué. I fallait employer les médiocres profits d’une culture naissante à se procurer des instruments, des ustensiles et des armes. Les Indiens néophytes portaient dans les villes espagnoles tout ce qui leur restait de toiles, detabac, d'herbe du Paraguay, de peaux. Ces effets étaient remis entre les mains du procureur général des missionnaires jésuites, qui les vendait ou les échangeait le plus avantageusement possible. Il rendait ensuite un Compte exact du tout, el après avoir pris sur le produit des marchandises le payement du tribut, il employait le restant à achat des choses utiles où nécessaires aux Indiens, sans rien retenir pour lui-même.
Les Indiens des missions étaient des peuples libres qui s'étaient mis sous la protection du roi d'Espagne. Ils étaient convenus de payer un tribut annuel d’une piastre par tête. Ils étaient obligés de joindre les armées espagnoles en cas de guerre, de s’armer à leurs propres frais, et de travailler aux fortifications. Ils ont rendu de grands services à l'Espagne dans la guerre contre les Portugais. En dépit de conventions aussi sacrées, les despotes libéraux de l'Europe ne se firent aucun scrupule de traiter ces peuples chrétiens comme un troupeau de bestiaux. En 1757, une partie du territoire des Missions fut cédée par l'Espagne à la cour de Portugal, en échange pour Santo-Sacramento. On a prétendu que les jésuites refusèrent de se soumettre à cette cession, ou de se laisser transférer d’un maïître à un autre sans leur consentement. Les Indiens prirent effectivement les armes, mais ils furent aisément défaits, et avec un grand carnage, par les troupes européennes envoyées pour les soumettre, La promptitude de cette défaite prouve qu’il n’y avait parmi eux ni union ni chef. En 1767, ces Pères furent chassés de l'Amérique par l'autorité du roi, et leurs malheureux néophytes mis sur le pied des autres habitants indigènes de ce pays. Depuis l'expulsion des jésuites, les moines qui furent chargés du soin de leurs peuplades ne nourrirent ni n'habillèrent les Indiens aussi bien qu’autrefois, et les fatiguèrent de travail. Les marchands et les commandants militaires purent recommencer leurs exactions. Enfin, un rapport ministériel inédit, adressé au roi d’Espagne par un ennemi des jésuites, avoue « que la population des trente villages des Guapanis, établis par ces religieux, s'élevait, en 1774, à 82,066 individus, et que, lors de l'expulsion des jésuites, elle était au moins de 92,000; qu’elle a été réduite, en vingt années, à 42,250 âmes, c’est-à-dire de plus de la moitié; que les Portugais, autrefois contenus, ont envahi sept villages, et que, pour arrêter l'invasion de ces étrangers, il faut rétablir l'excellent règlement militaire des jésuites ‘. » Voilà des faits qui parlent. Si depuis cette époque les Indiens ont continué à se civiliser, s’ils jouissent de quelque aisance, si quelques-uns s’habillent à l'espagnole, et si dans quelques endroits ils acquièrent de petites propriétés, que faut-il voir dans ces faits isolés, sinon les rejetons du magnifique arbre qu'une politique aveugle arracha, mais ne put entièrement déraciner ?
Depuis la conquête, les provinces argentines, comme les autres colonies, possèdent une population hétérogène. Elle se compose de créoles, de mulâtres, de métis et de zambos ou zambis. Il serait inutile de s’étendre longuement sur les mœurs et les usages de cette population coloniale : on y retrouve le caractère espagnol, exagéré en cerlaines localités par l’ardeur du climat, altéré, en d’autres lieux, par la rareté des communications, et partout soumis à l'influence du croisement des races, à celle de la privation de certains objets d’art ou de luxe, à celle enfin d’une existence que la terre et le ciel voudraient rendre indolente et heureuse, mais qui est sans cesse troublée par le voisinage des animaux malfaisants, par les incursions des Indiens, et par la politique
. de l'Europe.
1 Reorganisacion de las Indias, etc,
Les Péons ou pâtres des plaines forment une classe d'hommes que nous ne devons pas omettre de signaler. Si les Indiens offrent le triste spectacle d’une race sauvage qui n’a pu entrer dans les voies de la civilisation, les Péons présentent celui, non moins déplorable, d’une race jadis civilisée, que le temps et la solitude ont réduite à l'état sauvage. | |
Descendants des anciens pâtres espagnols, les Péons gardent d'innombrables troupeaux dans les plaines désertes du Tucuman, du Paraguay et de l’Uruguay. Toujours armés du poignard, toujours montés à cheval, ils ne connaissent d’autres lois que celles du besoin. La vie de leurs frères est à leurs yeux du même prix que celle d’un mouton ou d’une vache, et, pour la plus légère offense, ils commettent un meurtre. La passion brutale remplace chez eux le sentiment de l'amour; et quand ils peuvent enlever une femme créole, ils se livrent entre eux des combats acharnés pour s’en disputer la possession. La malheureuse devient la femme du vainqueur, et vit avec lui jusqu’au moment où un nouvel assassinat la livrera à un second époux.
Les Péons dorment sur une peau de bœuf; ils ne se nourrissent que de viande de vache à demi grillée; ils boivent dans un crâne de cheval ou une corne de bœuf. Passionnés pour l’eau-de-vie, ils se disputent à coups de couteau les provisions que les créoles leur en vendent. Excellents cavaliers d’ailleurs et fort habiles à manier le laço, ces pâtres sauvages ont été utiles aux indépendants, à l’époque de la révolution, quand l'espoir du butin a pu les attirer sur le théâtre de la guerre.