GUYANES
Le territoire compris sous la dénomination de Guyanes confine : à l’est, à l'océan Atlantique; au nord et au sud, à deux des plus grands fleuves du monde, l'Orénoque et l'Amazone; on n’a pu encore déterminer sa profondeur à l’ouest.
Cette contrée est partagée entre l'Angleterre, la Hollande et la France. Nous décrirons chacune de ces trois parties.
GUYANE ANGLAISE, la plus occidentale et la moins considérable; elle est arrosée par le Pouramoun, l’Esséquédo, le Démérari, sur les bords duquel est une colonie florissante, le Corentyn et le Berbice.
GEORGE-Towx en est la capitale; elle est située dans le Bourertement d’Esséquébo- Démérari. Cette cité populeuse et marchande, bâtie sur une grève plate et stérile, à l'aspect d’une place affairée et active. Sa population est d'environ dix mille âmes. Ge pays offre un pêle-mêle de nations européennes : Hollandais, Anglais, Allemands, Prussiens, Russes, etc. Parmi les édifices publics, il faut citer la maison du gouvernement et une longue file de bâtiments qui servent à la fois de douane, d’entrepôt, de bourse et de tribunal de commerce.
Nulle part on n'accueille l'étranger avec autant de bienveillance et de grandeur. On se dispute presque les nouveaux venus; et, dès qu’ils ont mis le pied dans une maison, ils en sont les commensaux pour un temps illimité.
Les environs du fleuve Démérari sont couverts d'habitations riantes et produclives, presque toutes peuplées de Hollandais, les anciens maîtres du pays. Ces habitations sont jolies, commodes et bien tenues. Les ponts, les portes, les fenêtres, les maisons, etc., tout y est peint en blanc, couleur favorite de cette nation. Les chemins plantés d'arbres rappellent les beiles avenues de l’Europe.
Les Warrows sont établis près de l'embouchure du Masarouï ; les CARAÏBES ! occu- pent les côtes; les ARROWAUKS campent presque tous auprès des rivières Esséquébo, Démérari et Berbice. Les Taïras, d’après Stedman, errent entre le Maranham et le Surinam; les PrauNAcOTAUs ne quittent guère les solitudes de l’intérieur ; les MACOUSHIS habitent le pays de ce nom.
Quoique plusieurs de ces tribus n’habitent pas le territoire de la Guyane anglaise, nous avons dû les nommer ici, parce qu’à part quelques dissemblances, toutes se rapprochent par le type général.
! Les anciens Caraïbes se distinguaient des autres Indiens par leur esprit guerrier et leur caractère féroce. La chasse et la guerre étaient leur principale occupation, et ils mangeaient leurs prisonniers. Leurs villages, composés de cabanes de forme circulaire, qui n’étaient couvertes que de feuilles de palmier, ressemblaient à des camps. Ces peuples montraient de l'adresse dans la fabrication de leurs paniers, de leurs nattes, de leurs arcs et de leurs flèches. Quoiqu'’ils allassent absolument nus, Christophe Colomb observa qu’ils tissaient une espèce de toile de coton qu'ils savaient teindre en différentes couleurs, surtout en rouge. La polygamie était en usage parmi eux.
Tous ees Indiens : ont la poitrine élevée et pleine, le cou épais, les épaules carrées, les membres robustes et charnus. Leur visage, quoique souvent ingrat, n’est pas dépourvu d’une certaine régularité. Ils ont le nez aquilin, la bouche et les lèvres moyennes, les dents petites, blanches et bien rangées, le menton arrondi, les angles de la mâchoire inférieure assez marqués. Les deux sexes s’oignent le corps d’huile de caraba, dans le double but de rendre la peau souple et de la garantir contre les piqures des insectes. Ils se teignent au moyen du roucou et zèbrent de lignes bleues leur corps et leur visage. — « Pourquoi vous barbouillez-vous ainsi? demandait un jour Stedman à un jeune Indien. — Parce que ma peau devient plus douce, et qu’elle est à l'abri des piqûres, répondit-il. Voilà, monsieur. Mais vous, pourquoi vous peignez-vous en blanc ? Je ne vois pas pour quelle raison vous perdez ainsi votre farine, et pourquoi vous salissez vos habits. Est-ce pour paraître blanc avant l’âge?... »
Quant au caractère de ces naturels, il est grave, réservé, plein de finesse et de ruse. Plusieurs tribus paraissent avoir la manie de l’empoisonnement. La construction de leurs carbets, hamacs, pirogues, et quelques défrichements bornent leurs occupations.
Leurs habitations ne sont autre chose que des carbets, construits en une heure sur quatre pieux fichés en terre, ouverts de tous côtés, excepté chez les Macoushis, qui les ferment en ne laissant qu’une large ouverture, et chez les Arrowauks, dont les cabanes sont plus spacieuses.
Ils font leur nourriture d’ignames, de plantain, de bananes, de racine de cassave et de manioc, de crabes, de poisson, de tortues de terre et de mer, et même de lézards. Ils mangent aussi la chair du singe qu'ils assaisonnent de poivre de Cayenne, après l'avoir fait bouillir. La liqueur de manioc fermentée est leur boisson ordinaire : on a soupconné d’anthropophagie quelques-unes de leurs tribus. Bancroft rapporte que « dans la dernière insurrection des esclaves de Berbice, les Caraïbes, auxiliaires des Anglais, tuèrent beaucoup de nègres et les mangèrent. » Le même auteur ajoute que les Caraïbes sont les seuls Indiens de la Guyane qui manifestent cet horrible goût.
Ces naturels pratiquent rarement la polygamie, quoiqu'’elle leur soit permise. Ils n’ont pour l'ordinaire qu’une femme, à laquelle ils ne donnent de rivale que lorsqu'elle est trop vieille et trop repoussante. En général, les jeunes filles se marient dès qu’elles sont pubères. Les préliminaires ne sont pas longs; le futur offre à sa fiancée une certaine quantité de poisson et de gibier; si elle accepte, la cérémonie est célébrée par un festin.
L'enfantement n’est jamais accompagné d'accidents graves ni de souffrances laborieuses. La délivrance a lieu sans aucun secours étranger. Aussitôt que la parturition est accomplie, on plonge dans l’eau l’enfant et la mère qui le lendemain reprend son travail. Une coutume singulière qui résulte du témoignage de quelques voyageurs, c'est que, si la femme est valide à la suite de l'accouchement, son mari doit feindre une maladie. Cet usage est de rigueur : il doit se plaindre, el garder le hamac en observant un jeune sévère, ce qui lui donne une ressemblance grotesque avec une accouchée européenne. Empressés autour de lui, les voisins lui adressent sur son heureuse délivrance des félicitations qu’il reçoit comme s’il avait réellement ressenti les souffrances auxquelles on fait allusion. Après trente jours, on le fait descendre de son hamac pour le fouetter et lui appliquer sur les bras de grosses fourmis. Ceci a lieu dans son intérêt afin de le dégourdir après cette longue et complète inaction. Nous devons ajouter qu'un petit nombre de voyageurs ne font durer que trois jours cette comédie au moins étrange.
Fe faut remarquer que les Caraïbes et les Arrowauks sont plus blancs que, les Indiens des autres peuplades. |
Ces peuples ont pour armes une massue ou casse-tête en bois de fer, l'arc et les flèches, ainsi qu’une espèce de sarbacane ou tube de bambou qui leur sert à lancer des flèches empoisonnées. Ces flèches se taillent dans les éclats de bois provenant de la première couche de l’arbre appelé cokarito; elles ont un pied de long et sont un peu plus grosses qu’une aiguille à tricoter. Bancroft dit que l’une des deux extrémités est imprégnée d’un poison tiré de la racine du woorara; l’autre est entourée d’un petit morceau de coton adapté à la cavilé du tuyau. Les Indiens lancent jusqu’à une distance de cent pieds ce projectile dont la blessure est mortelle, Ce poison (wourali) est le plus actif et Le plus violent de tous ceux employés par les Indiens. Il est infaillible, et, à peine a-t-il pénétré sous la p£an qu ‘il tue sans vicier la chair el sans que le sang subisse aucune allération.
Pour tout vêtement, ces hommes n’ont qu’un pagne fait d’écorce d'arbre ou avec les fibres du coco. Les femmes mettent parfois une pièce d’étoffe carrée formée de fils de coton et de rassades. Du reste, le contact européen a déjà modifié ce costume primitif. Les jours de fête, les hommes se coiffent de chapeaux surmontés de plumes brillantes, qui se dressent autour de leur tête, et sont retenues par un bandeau circulaire, large de deux pouces. Les femmes ont aux bras, au cou, aux genoux, au-dessus des chevilles des garnitures de rassades.
En cas de maladie, ou s’il est blessé, l’Indien fait appeler le peii (sorcier) ; celui-ci arrive à l'entrée de la nuit avec les instruments de sortilége, dont le principal est une grande calebasse garnie de cailloux blancs et de graines sèches, et traversée par un bâton qui, d'un côté, forme manche, et, de l’autre, est terminé par de très-belles plumes. Parvenu près du malade, le peii commence ses exorcismes, en imprimant à sa calebasse un mouvement circulaire, et entonnant une supplication à l’yawahou", et qui dure jusqu'à minuit. Cette heure arrivée, il simule une entrevue avec l'esprit et soutient un monologue dialogué. Au boul de deux séances de ce genre, le peii donne son avis sur l'affection morbide, et fait suivre cette consultation de l'emploi de quelques simples dont les vertus lui ont été révélées par le hasard.
La dignité du peii est fort enviée à cause de l'influence qu’elle donne sur les autres Indiens à celui qui en est revêtu; mais elle n’est due ni à l’audace ni au talent : elle est héréditaire. Elle passe du peii mort à son fils ainé, initié aux mystères de son ordre par une succession de cérémonies superstitieuses qui durent plusieurs semaines ?.
GUYANE HOLLANDAISE; placée entre la précédente et la française, sa superficie peut être évaluée à 490 milles géométriques carrés.
PARAMARIBO, dans le gouvernement de Surinam, est le chef-lieu de la Guyane hollandaise.
La population surinamoise se compose généralement de créoles et de nègres créoles, les premiers nés de parents européens, les seconds de parents africains. Ils montrent presque tous de la vivacité, de l'intelligence et des dispositions pour les sciences. Mais ils s'adonnent à la mollesse et à l’oisiveté, et ils ont peur de se livrer au moindre travail. Nous pourrions citer pour exemple un garçon perruquier, esclave lui-même, et qui, au lieu de profiter de l’excédant du salaire qu’il doit rapporter à son maître, aime mieux louer un petit esclave dont il se fait suivre, et qui porte les peignes, la boîte à poudre et le fer à papillotes. On remarque même que ceux qui ont été le plus habitués au travail en Europe, deviennent bientôt aussi mous et aussi indolents que les créoles. La cause de cette disposition est dans la température élevée du climat, et surtout dans
À ie notre Histoire et Cérémonies religieuses de tous les peuples. î .
en
la facilité qu'ont les habitants de se procurer tout ce qui est nécessaire aux besoins de la vie.
Les nègres libres et les créoles sont peu friands; ils mangent souvent et ordinairement dané le même plat. Quelquefois ils mangent seuls, couchés ou assis par terre, ayant devant eux une calebasse qui leur sert de plat. Leurs mets favoris sont le poisson salé ou morue, le touton et l’ouilpot. à
Les viandes qu’on y mange sont tellement assaisonnées de piment, qu'il est d'abord presque impossible à un Européen de s’en nourrir, mais on finit par s’y habituer et par s’apercevoir que les épices deviennent, dans un climat si chaud, un moyen de conserver la santé.
Les Surinamois n’ignorent pas les délicatesses de la table. Les Européens et les créoles de la bonne société étalent un grand luxe dans leurs repas, qui commencent ordinairement vers cinq à six heures du soir, et durent jnsqu’à minuit et quelquefois jusqu’au malin, au moyen du jeu, de la danse et de la musique. On y trouve tout ce que l'Europe et l'Amérique peuvent produire de plus délicat et de plus recherché.
Dans ces sortes de réunions, on se plaît à étaler les modes nouvellement reçues d'Europe. On est parfaitement bien reçu dans la maison d’un planteur, et surtout avec une franche cordialité tout à fait ennemie de l’éliquette des grandes villes. Vous avez derrière, pour vous servir à table, une troupe de négresses qui vous présentent tout ce que vous désirez, au moindre signal de leur maitre.
Ils sont aussi rusés et aussi habiles que les Européens pour le commerce; mais les Européens s’enrichissent plus rapidement, étant plus laborieux. Quoique les blanes et les créoles soient régis par les mêmes lois, on remarque cependant une grande antipathie entre eux. Mais la cause principale de cette désunion tient à ce que les derniers voient avec déplaisir les premiers occuper les emplois les plus importants de la colonie aussitôt qu’ils arrivent d'Europe.
Les habitants de Surinam paraissent généralement être d’un tempérament indolent, mais ils n’en sont pas moins dissolus, et consacrent à leurs plaisirs la plus grande partie de leur fortune. Grand nombre d’entre eux, foulant aux pieds les liens qui les attachent à une seule femme, prennent une ménagère qu’ils entretiennent. Elle porte le nom de missie.
Ces missies, et, en général, les femmes de Surinam, sortent rarement le jour, et vont ordinairement faire leurs visites le matin et le soir. Elles appartiennent principalement à la classe des esclaves affranchies, et même à celle des esclaves proprement dites, ce qui ne les empêche pas de se faire suivre des personnes de leur condition. Il y a dans leur marche beaucoup de nonchalance et d'affectation. Tantôt elles jettent leur châle ou mouchoir sur l’une ou l’autre épaule, tantôt elles relèvent leur pagne ou robe avec prétention. Presque toutes ont sur la tête un mouchoir qu’elles savent disposer de mille manières.
Leur teint est basané, leurs yeux sont vifs et noirs, ainsi que leurs cheveux, qu’elles ornent defleurs et qu’elles portent tantôt crépus, tantôt déroulés de toute leur longueur. Elles ont des dents très-blanches, et, en général, les formes du corps bien prises. Leurs épaules et leur poitrine sont à moitié nues; l’usage ne le défend pas. Plusieurs portent des jupes ou des jaquettes ouvertes par devant; mais alors elles ont dessous une pièce d’étoffe ou de toile mélangée de couleurs vives, qu’elles nomment paigsen ou pagne. Ces paigsens font le tour des reins et descendent jusqu’à la moitié des jambes qui sont ornées de bracelets de corail, ainsi que les pieds, les bras et le cou. Il n’y a
pe les affranchies qui aient le droit de porter des chaussures, les esclaves ont les pieds nus.
Les missies sont ordinairement assises chez elles sur un canapé, et très-légèrement vètues, mâchant une branche d'orange amère. Quelquefois elles se réunissent deux ou trois dans un jardin donnant sur la rue, et là, dans un langage composé d'anglais, de hollandais et d’africain, elles font la conversation qu'elles appellent takie-takie, ce qui est l’équivalent du mot commérage. Ce caquetage est un besoin pour la classe du bas peuple, et pour les nègres. Elles passent ainsi des heures entières sans changer de position.
Presque toutes les missies ont devant elles des paniers à ouvrages, dont elles font peu d’usage, à la vérité, car elles ne sont pas dans l'habitude de raccommoder leurs habillements, ni même d’en porter qui aient été raccommodés. Un blanc, un créole ou un nègre qui porterait sur lui une partie d'habillement rapiécée, serait montré au doigt, et on l’appellerait poor man aben abie no pikien monie to baay n'joen kloosw, — pauvre homme qui n’a pas d’argent pour acheter un vêtement neuf. — Aussi l'on n’est pas étonné de rencontrer un naturel du pays avec la moilié d’un habit, une partie de culotte, ou même dépouillé de tout vêtement, ayant sur la tête un chapeau de femme.
Les Surinamois prennent fréquemment des bains, et leurs habillements, quoique parfois déguenillés, sont lavés presque tous les jours.
Les femmes du peuple ont des mœurs déréglées, des entretiens et un langage qui révolleraient toute honnête femme en Europe. Leur impudeur est poussée si loin qu'elles paraissent flattées de ce qu’on regarde chez nous comme un odieux outrage; elles voient dans une proposition infâme une sorte de préférence. |
Malheur à l’homme qui a donné imprudemment dans le piége que lui ont tendu ces créatures; c'en est fait de sa fortune et même de sa santé; car elles sont insatiables de loilette et d'ornements, et elles aiment à se procurer, à quelque prix que ce soit, les mooi sanies (nouveautés).
GUYANE FRANÇAISE. — La partie des Guyanes qui appartient à la France est bornée au sud par la rivière Oyapoch et la baie de Vincent-Pinçon ; au sud par la partie hollandaise; ce qui lui donne une étendue de 120 lieues de côtes; quant à sa profondeur, elle est indéterminée. On évalue sa superficie à 2,700 milles géométriques carrés, et sa population à 23,000 habitants, dont 3,700 libres, et 19,300 esclaves :.
CAYENNE est la capitale des possessions françaises. C’est une petite ville de 2,000 à 5,000 habitants, dont les deux tiers sont des hommes de couleur. Elle renferme deux jardins botaniques de naturalisation, où l’on a importé des plantes utiles tirées des diverses parties du monde ancien.
Les Indiens de la Guyane française semblent descendre des Caraïbes. Ce sont des Galibis, des Arouas, des Palicoubs, des Pirious, des Cariacouyous, des Noragues, des Marawanes, des Oyampis, enfin des Coussanis et des Émerillons. Ils ont le teint qui varie du rouge cuivré au jaune brun, les cheveux gras, lisses, noirs, coupés ras sur le front; la barbe et les poils assez rares. Leurs traits, sans avoir rien de distingué, n'ont pas cette expression stupide qu’on leur a généralement attribuée. Ils aiment à se barbouiller de genipa et de roucou. Demi-nomades, demi-sédentaires, ces Indiens excellent à tirer l’arc, arme à la fois propre à leur pêche et à leur chasse. Toute leur industrie consiste dans la confection de leurs arcs, de leurs flèches et de leurs canots. Ges canots, légèrement construits, semblent doués d’une élasticité qui vaut mieux que la force. Se heurtant à chaque minute contre les roches à fleur d’eau qui barrent le cours des rivières, ils se briseraient cent fois, s'ils ne glissaient comme des poissons sur ces pointes aiguës.
4 Estimation faite en 1831.
Tous ces indiens vont à peu près nus, soit par suite du manque de vêtements, soit par une sorte de préjugé. Toutefois, les hommes ont le calimbé, les femmes la camisa ou tout au moins un couyou, espèce de tablier triangulaire, tissu de grains de rassades. Les hommes ont parfois les joues percées de façon à pouvoir yÿ introduire des plumes et différents ornements. Sans cette monomanie, commune à un grand nombre de tribus indiennes, leur visage offrirait assez de régularité. Sujettes à l'obésité, les femmes ont la physionomie douce et engageante, les formes gracieuses et bien proportionnées. Bien qu'elles aillent souvent dans un état complet de nudité, elles ne sont pas pour cela dépourvues de pudeur, et quoique leur corps barbouillé de genipa soit sale en apparence, nulles créatures ne sont plus jalouses d’une propreté continuelle. A peine sortis de leurs hamacs, les deux sexes courent à la rivière, et il est rare qu'ils ne prennent pas un second bain dans la journée. |
Les hommes seuls s'occupent de chasse et de pêche. La confection de leurs canots, leur manœuvre et le gros du travail dans un abatis sont encore dans leurs attributions. Quant à la culture des terres, elle est du ressort des femmes. Quand celles-ci commettent une négligence punissable, le mari inflige sans éclat un châtiment que la coupable subit avec résignation. Autrement une aimable concorde règne dans le ménage. L’adultère est, aux yeux de ces naturels, un crime qu'aucune circonstance ne saurait atténuer.
Le voyageur Lacordaire fut témoin de danses en grand costume. Les acteurs s’y préparèrent plusieurs jours à l'avance à cause de la confection des parures et des instruments de musique. La parure se compose d’une espèce de bonnet à poil, dont la carcasse en écorce d’arouna est ornée de plumes de diverses couleurs, surmontées de trois longues plumes d’oie. Une visière, également en plumes, dérobe une portion de la figure. Dans ces occasions, les Indiens sont barbouillés plus artistement que d'habitude; leur corps est zébré de dessins réguliers noirs et rouges; le calimbé est aussi plus long; les deux bouts touchent le sol.
Les flûtes sont les seuls instruments de musique; elles sont faites avec la tige du bambousier. Chacune de ces flûtes donne une note, et les Indiens se contentent de trois notes pour leurs symphonies. Ils en fabriquent un grand nombre qui, lorsqu'on en joue à la fois, produisent l’effet le plus monotone et le plus discordant. Pour l’accompagnement de ces flûtes, ils ont attaché au-dessus de la cheville, un collier de noyaux d’ahouaye, |
Quand la nuit approche, les danseurs arrivent précédés d’une jeune fille qui porte un bâton surmonté d’une sorte d’éventail trifide, composé de trois longues plumes d'oiseau. La danse de ces Indiens ne consiste ni en figures ni en gambades. C’est simplement une promenade, où les danseurs, marchant à la file l’un de l’autre, ont chacun la main gauche posée sur l'épaule de celui qui précède ; la main droite soutient la flûte. Quant aux danseuses, elles enlacent le danseur avec leur bras droit. Les flûtes commencent, les grelots d’ahouaye marquent la mesure. Alors les danseurs s’ébranlent, se retournant à chaque pas comme s'ils saluaient. Ces danses doivent avoir une physionomie fantastique, exécutées à la lueur des torches.