VILLES
Tlascala, Huamantola.
Oaxaca +, Mitla, Tepozcolula, Tehuantepec, Tlapa, Villalta, Xamiltepec, Yanguitlan.
Ciudad-Real, Chiapa-de-los-In- || dios, San-Bartolomeo-de-los- Remedios, Tuxtla.
Merida, Campèêche, Lerma, Salamanca-de-Bacalar, Valladolid.
Guanaxuato, Hidalgo, Irapuato, Leon, San-Miguel-el-Grande, Salamanca, Zelaya.
Guadalaxara, Autlan, Barca, Bolanos, Colotlan, Ertzatlan, Iecolotlan, San-Blas, San-Juande-los-Lagos, Sayula, Tepic, Totonilsco.
Colima.
Zacatecas, Aguas-Calientes, Fresnillo, Jerez, Nochistlan, Pino, Sombrerete.
Chihuahua, Santa-Rosa-de-Cosiquiraqui. * "0897
Durango +, Nombre-de-Dios, || Parras, San-Jose-del-Parral, San-Juan-del-Rio, San-Pedrode-Batopilas, San-Dimas.
Monte-Loves, Rio-del-Norte, San- Fernandez.
Aguayo, Altamira, El-Refugio, Nuevo-Santander, Padilla, San- Carlos, Sotto-la-Marina, Tampico-de-Tamaulipas.
Monterey +, Cadereita, Pilon.
San-Luis- Potosi, Charcas, Catorce, Guadalcazar, Ramos, Rio-Verde, Valle-del-Mais,
Villa-del-Fuerte, Alamos, Arispe, Cosala, Culiacan, El-Rosario, Guaymas, Pitit, Cinaloa, Sonoro +.
San-Carlos de Monterey, San- Diego, San-Francisco, Loreto.
Santa-Fé, Albuquerque, Passodel-Norte, Taos.
Un certain nombre d’antiquités, principalement les ruines de Palanqué, vers la frontière du Guatemala, attestent que les habitants primitifs avaient atteint, longtemps avant l’arrivée des Européens, un certain degré de perfection dans les arts. En 1519, Fernand Cortez découvrit cette belle contrée qui, deux ans plus tard, fut soumise à l'Espagne, par suile de la prise de Mexico.
Charles-Quint chercha à protéger les malheureux Mexicains contre les vexations de leurs féroces vainqueurs : il accorda aux colonies un code de lois, d’après lequel nulle distinction ne devait être faite entre les conquérants, les colons et les naturels; jusqu’au commencement de ce siècle, l'introduction de la littérature et des arts de l’Europe fut défendue, et le commerce de ce pays était sacrifié à la cupidité de quelques marchands de Cadix, auxquels le gouvernement en abandonna le monopole. Pour assurer le débit des vins, des eaux-de-vie, des huiles et des soies d'Espagne, on empéchait les créoles de cultiver la vigne, l'olivier et le mürier, sous des peines atroces. Tel était depuis près de trois siècles le sort des habitants du Mexique, lorsque la France envahit la péninsule espagnole en 1808. Deux ans après, le moine Hidalgo leva l'étendard de la révolte, et fut vaincu et mis à mort l’année suivante. Don Jose-Maria Morelos prit sa place, mais l'autorité royale fut bientôt rétablie. Xavier Mina suscita une nouvelle insurrection en 1815. Vers le milieu de 4820, la nouvelle de la révolution de l’île de Leon arriva au Mexique. Augustin Iturbide publia le 24 février 1821, un manifeste par lequel le Mexique était déclaré empire constitutionnel indépendant de l'Espagne. Il fut élu empereur par le congrès, et, au moment où il se faisait couronner, les insurgés proclamèrent la république. Après une lutte sanglante, l’empereur consentit à abdiquer en 1825, et partit pour l'Europe. Vers la fin de 1824, Iturbide tenta de reconquérir son trône, mais il fut presque aussitôt arrêté et fusillé. Depuis, de nom-
breuses commotions politiques ont encore agité intérieurement la république mexi-
caine. Une nsurrection éclata dans la capitale le 30 novembre 1898, et le général Guerrero, qéæen était le principal chef, fut investi de la présidence; son prédécesseur, Pedraza, s'embarqua pour les États-Unis, el le congrès décréta l'expulsion de tous les Espagnols. Nous verrons à l'article Texas comment ce territoire fut détaché du Mexique.
Le Mexique paraît avoir été habité, dès les temps les plus reculés, par un grand nombre de tribus de races différentes. On cite parmi les plus anciennes (celles qui se regardaient comme autochtones) les OLMÈQuEs ou HuLmÈQuEs, dont les migrations atteignaient jusqu’au golfe de Nicoya et à Leon de Nicaragua ; les XICALANGUES, les Cores, les TEPANÈQUES, les TARASQUES, les MIZTÈQUES, les TZAPOTÈQUES, et les ATO- MISTES Ou ATOMIES. Les Olmèques et les Xicalangues habitaient le plateau de Tlascala. Toutes ces nations étaient établies avant la grande migration toltèque.
Les AZTÈQUuESs fixent l’arrivée des ToLrèQues sur le plateau mexicain au vire siècle de l'ère chrétienne; ils sortaient de Huehuetlapallan ou Tlapallan, c’est-à-dire contrées situées au nord de Rio Gila. Ces Toltèques venaient chercher un climat plus doux que le leur et des terres plus fertiles. Ils s’étendirent en peu de temps sur la plus grande partie de l'Anahuac, fondèrent Tula à l'extrémité de la vallée de Mexico; ils en firent leur capitale, la ville de leur roi. Leur monarchie fleurit pendant quatre siècles, de 667 à 1051. Cette période fut l’âge mythique du pays, l’âge des choses merveilleuses. Ils possédaient des connaissances astronomiques; ils savaient cultiver le maïs et le coton, construire des villes, tailler les pierres, travailler les métaux, exprimer la
pensée en caractères hiéroglyphiques, et leur état social et leur forme de gouverne- #
ment étaient loin d'annoncer un peuple nouvellement sorti de la barbarie. Les Toltèques étaient à la merci des saisons, comme tous les peuples placés à de grandes
hauteurs, dans un pays sans eau. Il arriva que leurs récoltes manquèrent complétement, et la famine et les maladies les décimèrent. Alors quelques-uns d’entre eux allèrent habiter les contrées du sud; d’autres, avec les fils du dernier roi, restèrent sur le plateau, où ils virent bientôt arriver de nombreuses tribus du nord, qui parlaient leur langue; la fusion s’opéra rapidement entre les nouvelles populations, issues probablement de la même souche. Vers la fin du xrre siècle, les CHICHIMÈQUES furent suivis des AcoLRUESs ; ceux-ci, en peu d'années, se placèrent au premier rang dans la nouvelle division politique de l’Anahuac, et leur capitale Texcuco, assise sur les bords du lac de ce nom, devint le foyer de la civilisation du pays, partagé à cette époque en une multitude de petits États, sous l'influence d’une aristocratie militaire assez semblable à celle de l'Europe au moyen âge. |
Vers cette période, une autre peuplade barbare, dont le nord était aussi la patrie prinitive, vint encore chercher une place sur le plateau mexicain. C'était la belliqueuse tribu des Aztèques, pauvre, nombreuse, et de mœurs féroces. Ils s'arrêtent quelques années sur les bords du Gila. Nous les voyons ensuite dans les environs de Tula, siége de l’ancienne civilisation toltèque; puis sur les bords du lac de Texcuco, où quelques chefs riverains leur cherchent querelle, et Les forcent à s'établir sur un groupe de petites îles à l'extrémité méridionale de ce lac; ils y séjournent un demi-siècle dans le plus pitoyable état, vivant de racines, d'insectes, de poisson, et n’ayant, pour couvrir leur nudité, que la feuille du palma palustri. Fatigués de cette vie, ils se hasardent à mettre le pied sur la terre ferme; là, de plus grands malheurs les attendent, ils sont attaqués par les Colhuas et réduits en esclavage. Dans cette triste condition, leur race et leur nom auraient disparu, si leurs maîtres, attaqués par un voisin puissant, n’eussent été obligés de les employer comme soldats pour la défense commune. Les Colhuas durent la victoire aux Aztèques, et à ceux-ci elle valut la liberté, prix de leurs services. F
Une fois libres, ils abandonnèrent la terre ferme pour aller reprendre une position retranchée au milieu des eaux. Ce n’est plus sur les îles d’Acocolco, trop petites pour leur famille augmentée, qu'ils vont s'établir, mais sur un autre groupe plus à l’ouest, là où est aujourd'hui la capitale du Mexique.
Les progrès de la puissance aztèque furent rapides : en moins d’un siècle, les descendants de ces pauvres pêcheurs, esclaves des Colhuas, soumirent tous les petits États riverains des lacs de la vallée de Tenochtitlan : ces cofquêtes ne satisfont pas l'ambition de Montezuma [°"; il franchit les barrières alpines qui enferment cette vallée célèbre, il porte la guerre au sud, à deux cents milles de Mexico, et à l’ouest sur les bords de l'océan Pacifique.
Le roi guerrier se fait homme politique et législateur. Il achève de cimenter dans un intérêt commun l’union de l'autel et du trône. Il accorde aux prêtres des honneurs et des richesses en échange d’une portion de pouvoir spirituel qu'ils lui abandonnent. Il publie de nouvelles lois en faveur de la propriété; il rend des lois sévères contre l’ivrognerie. À son règne heureux se rattache la prépondérance de Mexico sur tout l’Ana- Ruac. Cinquante ans plus tard, cette puissance était aux mains du second Montezuma, un de ces hommes que la Providence met sur le trône quand elle à prononcé la chute d'un empire. Grand prêtre et roi, sa fortune l’aveugle,
Le gouvernement azlèque avait une diplomatie organisée; l'administration intérieure paraissait porter l'empreinte d’une civilisation déjà perfectionnée. Leur organisation judiciaire n'avait rien de sauvage. La sévérité des lois pénales était excessive. Le divorce était permis ; il était défendu au mari de tuer sa femme lors même qu’il la surprenait en adultère : le juge s’en chargeait pour lui, Les menteurs avaient les oreilles
et les lèvres coupées ; à soixante et dix ans seulement on pouvait s'enivrer impunément : avant cet âge, on pendait les ivrognes.
Si l’on jugeait les Aztèques d’après leur culte, il faudrait les reléguer au dernier rang des barbares. Aucune nation, à aucune époque, n'a plus multiplié les sacrifices bumains. | |
Les Aztèques, comme tous les autres Américains, n'avaient pas d’alphabet. Ils transmettaient les faits par des peintures hiéroglyphiques, système commun à tous les peuples du plateau d’Anahuac, à ceux même, dont la langue différait de l'azlèque; ce qui établit l’antériorité de cette espèce d'écriture à l'établissement de toutes les contrées mexicaines.
Vivant sous un climat tempéré ou dans des contrées fort chaudes, les Aztèques ne connaissaient aucun de ces vêtements qui nous sont indispensables ; ils étaient à moitié nus. Un morceau d’éloffe de coton, ou un tissu de fil d’aloès, ou de poil de lapin, jeté sur leurs épaules comme un manteau, et raitaché sur la poitrine; une ceinture de même étoffe, dont les nœuds retombaient de manière à cacher ce que la pudeur de presque tous les peuples cherche à dérober aux yeux; tel était leur costume ordinaire. Les femmes laissaient descendre une des extrémités de cette ceinture jusque sur les talons, et portaient un vêtement assez semblable à une blouse sans manches. La chaussure n’était autre chose que des feuilles d’aloès taillées en semelles, et fixées sous le pied par une courroie, Pour les riches seuls étaient les tissus de coton garnis et ornés de plumes; pour eux aussi les colliers et les bracelets, joyaux communs aux deux sexes.
La capitale du Mexique est Mexico, dont l’aspect est agréable et régulier. En promenant ses regards du haut des terrasses qui dominent les habitations, on ne voit pas sans plaisir la symétrie des rues, l’ordonnance élégante et simple des maisons bourgeoises que dominent de loin en loin les dômes des grandes églises ou les clochetons des petiles paroïsses. L'effet des cimes neigeuses qui se dessinent à l'horizon, et la ceinture de montagnes vertes qui forment le plan secondaire, ne contribuent pas peu à l'attrait du tableau.
Plus on voit Mexico, plus on s’y habitue et plus il séduit. Les rues larges, belles, unies, ont jusqu’à deux milles de longueur. Les maisons, d’une hauteur égale et généralement à deux étages, sont ornées de balcons de fer travaillé, quelquefois de bronze peint ou doré. On entre au rez-de-chaussée par de doubles portes ornées en bronze, qui conduisent dans une cour plantée d'arbres et embaumée de fleurs. Les maitres se logent au premier étage, les serviteurs occupent le rez-de-chaussée. Dans les pièces irès-hautes et très-aérées, on a ménagé toutes les jouissances d’un climat chaud à côté de quelques précautions contre les froids subits. La façade des maisons, peinte à la détrempe, en blanc, en rouge ou en vert, a une apparence riante et aisée. Sur quelquesunes on lit des passages de l'Écriture; d’autres fois, le revêtement est en carreaux de porcelaine qui forment des arabesques ou d’autres dessins du plus gracieux effet, quelquefois même des tableaux entiers empruntés à la Bible. Les parois de Mexico sont un musée qui luit au soleil. On dirait une des villes méridionales de la France tapissée de tentures pour une fête solennelle. Les murs des escaliers intérieurs sont souvent couverts de la même malière, avec une profusion de dorure qui tranche sur le bleu et le blanc de la porcelaine. Ce système d'ornement, quoique peu usité en Espagne, a dù être inspiré aux conquérants espagnols par le souvenir des magnificences analogues qui recouvraient les palais moresques et les mosquées de Cordoue et de Séville. À une époque où les mines d’or et d'argent du Nouveau-Monde jetaient parmi les colons des richesses immenses, ils durent chercher à se faire honneur de leur fortune par un
grand étalage extérieur. Ge fut alors qu'on fit venie à grands frais des Pays-Bas ces carreaux de porcelaine, matière inconnue jusqu alors au Mexique. On en revêtit les maisons et on en couvrit les églises... |
Les toits, pavés de briques et couverts en grande partie d'arbres à fleurs, sont une suite"de terrasses qui offrent le soir la plus ravissante promenade.
A l'intérieur, les maisons semblent donner un démenti à leur apparence extérieure.
Les plaies des révolutions récentes ne sont pas encore toutes cicatrisées. Autrefois, dans ces mêmes pièces, se montraient de magnifiques tables, des chandeliers, des vases, des cadres de glaces en argent ou même en or massif; aujourd'hui ce luxe n’est plus permis au Mexique.
Outre l’Alameda, il y a encore une autre promenade appelée Mexico el parco; elle est plantée de deux allées d'arbres et longue de deux milles, et se termine tout à coup auprès d’un pont et d’une grande porte sous laquelle passe le canal de Ghalco. C'est vers cet endroit que se dirigent surtout les voitures et les cavalcades. Rien de plus gracieux que son aspect les dimanches et les jours de fête. Dans toutes les directions se croisent des canaux couverts d’une barge et remplis d'Indiens proprement vêtus et la tête couronnée de fleurs. À la proue de chaque canot est un musicien qui joue de la guitare, tandis que le reste de la troupe se livre au chant et à la danse. |
On voit un grand nombre d’iles artificielles sur le canal de Chalco, connues dans le pays sous le nom de chinampas, et que les Européenstappellent jardins flottants. Dans le nombre, il en est en effet qui sont mobiles, mais d’autres tiennent au rivage, séparés les uns des autres par des fossés de quelques verges de large.
: L'invention ingénieuse de ces chinampas paraît remonter au xiv° siècle, et sans doute elle naquit du besoin de pourvoir à la Subsistance d’une grande ville jetée sur un lac peu poissonneux. La nature a dù donner aux Aztèques l’idée de ces jardins sur les rives marécageuses du lac de Chalco. Les plus anciens chinampas n'étaient que des mottes de gazon réunies, consolidées ensuite, puis enfin devenues cultivables. Plus tard l’industrie s’en mêla. Les peuples aztèques formèrent des champs entiers à l’aide de radeaux de roseaux, de joncs, de racines et de branches de broussailles. Ils recouvrirent ces matières légères et enlacées les unes dans les autres, d’un terreau noir, naturellement imprégné de muriate de soude. Quand ces chinampas étaient mobiles, rien de plus curieux que de les voir s’en aller au gré du vent, avec leur verdure, quelquefois même avec la cabane de l’Indien qui cultivait le terrain. Aujourd’hui les chinampas tendent toutes à se fixer. C’est sur Les chinampas que se cultivent les fèves, les petits pois, le piment, les pommes de terre, les choux-fleurs qui défrayent les marchés de la capitale. Les bords sont généralement garnis de fleurs.
Dans ces environs et auprès des chinampas s'élèvent de pittoresques villages d’Indiens bâtis au milieu des fleurs et de la verdure. Çà et là se montrent aussi des champs de maguey de pulque, sorte d’agave qui sert à la fabrication du pulque, boisson des Mexicains. .
A Mexico les costumes subissent une grande variété d’une classe à l’autre. Les Espagnols et les blancs natifs portent des habits confectionnés à l’européenne, au dehors des fracs et des redingotes, dans leurs maisons des surtouts ou des vestes de calicot imprimé. Les dames et les enfants marchent dans les rues toujours vêtus de noir. Les femmes ont la tête découverte : quelquefois elles jettent un léger voile par-dessus leurs beaux cheveux. Elles sont fort recherchées dans leur chaussure. Les dimanches, elles revêtent des habillements plus gais.
Les visites mexicaines ne sont pas seulement toujours trop longues, elles ont en outre limpardonnable défaut d’être, pour la plupart, parfaitement ennuyeuses.
Madame Calderon : se plaint à diverses reprises des absurdités de l'étiquette espagnole et de la monotonie des compliments; d’abord il lui fallait embrasser toutes les femmes qu’elle recevait, puis les faire asseoir à sa droite et répéter ensuite mot à mot le dialogue suivant, qui est de rigueur :
« Comment vous portez-vous? votre santé est-elle bonne ? — Votre servante; et vous, comment allez-vous?—Rien de nouveau (sin novedad, sans nouveauté). Votre servante. — J'en suis bien aise, et comment vous trouvez-vous, segnora? — Votre servante, et vous? — Votre servante, et le segnor? — Votre serviteur, sin novedad. »
La conversation dure quelquefois deux ou trois heures sur ce ton, seulement elle change de sujet. Après la santé vient le temps, après le temps la chaleur, etc., etc. Tous les sujets usuels épuisés, la visiteuse embrasse une seconde fois la maîtresse de la maison, qui la reconduit en personne jusque sur le palier de l'escalier. Là de nouveaux compliments s'échangent. « Madame, vous savez que ma maison est à votre disposition. — Mille remerciments, madame; la mienne vous appartient. —Adieu; je vous souhaite une honne nuit.—Dormez bien, madame, etc., etc. »
Au Mexique, toutes les personnes de la même classe, hommes et femmes, s'appellent par leur nom de baptême, comme si elles se connaissaient intimement depuis l'enfance. Grand fut l’étonnement de madame Calderon d'entendre des jeunes gens dire sans facon à des femmes mariées plus âgées qu'eux, et qu'ils voyaient pour la seconde ou pour la troisième fois, Maria, Anita, Antonia, au lieu de segnora. Souvent même on se permit à son égard cette irrévérente familiarité.
Toute vertu poussée à l’excès devient un défaut; il est bon d’être poli, mais on ne doit pas abuser de la révérence et des compliments. On se rend ridicule et on met dans l'embarras les personnes auxquelles on s’imagine faire un vif plaisir. Les Mexicains ne se doutent pas de cette double vérité. Madame Calderon avait un médecin qui était la créature la plus polie de toute la création. Chaque jour il venait lui tâter le pouls et il lui ordonnait de boire une potion; mais chaque jour aussi, en prenant congé d’elle il lui tenait ce langage :
« Madame (au chevet du lt), je suis votre serviteur.—Mille remerciments, monsieur, répondait madame Calderon. — Madame (au pied du lit), regardez-moi comme le plus humble de vos serviteurs. — Bonjour, monsieur, bonjour. À demain. — Madame (derrière une table), j'embrasse vos pieds. — Monsieur, je vous baise les mains. — Madame (près de la porte), tout ce que je possède est à votre disposition. — Mille remerciments, monsieur. —Adieu, madame (la porte ouverte), votre serviteur.— Adieu, monsieur, adieu. »
« Je m'en croyais débarrassée, ajoute madame Calderon; mais il imitait le Basilio du Barbiere di Siviglia, et dès que la porte s'était refermée sur lui, il la rouvrait brusquement, et me présentant sa figure souriante, il me disait une dernière fois de sa voix la plus douce : — Bonjour, madame. »
Le gentilhomme de campagne ou paisano a un costume très-brillant et très-coûteux. Il se compose 1° de culottes brodées, généralement de peau de couleur, ouvertes sur les genoux et ornées d’un grand nombre de boutons ronds en argent, et de larges galons de même métal; 2 d’une chemise brodée avec un col très-haut, et une veste courte en calicot imprimé, sur laquelle est jetée une manta, soit de drap fin, soit de belle étoffe de coton fabriquée dans le pays, souvent même couverte de galons d’or. Le * paisano porte des souliers de cuir très-mince, ou des bottines qui forment vers le haut
1 Madame Calderon est une Américaine, mariée à M. Calderon, Espagnol représentant sa patrie au Mexique.
une’espèce de guêlre retenue par une jarretière ornée. Cette partie du costume est fort dispendieuse, les bandes de peau étant travaillées en relief, Ges sortes de bottines se vendent jusqu’à quarante et cinquante piastres la paire. Les étriers et les éperons sont à l'unisson de ce luxe, aussi bien pour le travail que pour la richesse de la matière. Les chapeaux, dont les couleurs varient, ont les bords très-larges et la forme basse; ils sont bordés d’une ganse ronde, el ont une boucle et une frange d’or. On ne saurait se former une idée de l'élégance de ces chapeaux.
Le cheval a un équipement qui n’est pas moins resplendissant ni moins coùteux. D'abord la grande selle espagnole avec ses larges oreillettes est richement brodée de soie, d’or et d’argent. L'arçon de devant est fort élevé; les étriers eux-mêmes sont en argent ou en bois couvert d’étoffe brodée ; la bride étroite soutient un mors très-fort et très-large, à l’aide duquel les cavaliers peuvent arrêter leurs chevaux en plein galop. |
Les femmes ont moins de luxe dans leur costume. Elles portent, en général, une chemise brodée, une espèce de spencer qui s'ouvre sur le devant, enfin une jupe de drap écarlate ou rose, couverte de broderies et de paillettes. |
Le costume des classes pauvres, Espagnols, métis ou Indiens, varie suivant les provinces. Quelques-uns n’ont presque pour vêtement qu'une couverture de laine roulée autour du corps. D’autres ont un chapeau de paille avec un justaucorps à manches, et des culottes courtes, ouvertes sur les genoux, en peau de chevreau ou de pécari avec le poil tourné en dehors. Par-dessus ce vêtement sont des calecons de calicot qui descendent jusqu’à mi-jambe. La chaussure consiste en sandales de cuir assez semblables à celles des Romains. Les femmes ont un petit jupon et une veste courte; elles portent leurs cheveux tressés de chaque côté de la tête avec des lacets rouges. En général, leur vètement est propre, leur maintien modeste et décent. Parmi les Indiens qui fréquentent les marchés de Mexico, les plus curieux sont ceux de Mrrcnoacan, descendants des Tarasques, célèbres au xvi° siècle par la douceur de leurs mœurs, par leur industrie dans les arts mécaniques, et par l'harmonie de leur langue. Les huttes de ces Indiens “ont pas toutes la même forme. Dans les cantons les plus chauds ce sont des cages faites avec des cannes ou de petits bâtons et couvertes de feuilles. Dans les montagnes neigeuses, ce sont des chaumières à peu près semblables à celles de la Norwége ou de la Suisse. Une natte étendue à terre ou un filet suspendu, quelques vaisseaux de terre et quelques calebasses, une pierre pour faire cuire les tortillas ou pains de maïs, tels sont les meubles d'utilité. re
Ce sont les Indiens mitchoacans qu’on emploie, de préférence à tous les autres, dans le petit nombre de manufactures qu’on exploite à Mexico. On y fabrique d'excellents chapeaux de castor et des chapeaux de laine appropriés à l'usage des campagnards. On y confectionne en oùtre les mantas ou manteaux de paisanos et des cuirs tannés fort bien travaillés. |
VEra-Cruz, siége du riche commerce que fait le Mexique avec l'Europe, ne doit rien aux faveurs de la nature. Les rochers de madrépores, dont elle est construite, ont été tirés du fond de la mer. La seule eau potable est recueillie dans des citernes; le climat est chaud et malsain ; des sables arides entourent la ville au nord, tandis qu'on voit s'étendre, au sud, des marais mal desséchés. Le port, peu sûr et d’un accès difficile, est protégé par le fort de San-Juan-d'Ulloa. La population, souvent renouvelée par les lièvres jaunes, peut être estimée à 16,000 habitants. R
Riche et populeuse lorsque le Mexique était soumis à l'Espagne, elle n'offre plus aujourd’hui que l'aspect d’une cité déchue. Ses rues, presque dépeuplées, sont larges, ses maisons sont basses, rarement à plus d’un étage, et sont surmontées de terrasses.