‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 2)Chapitre 59 sur 75 · HABITANT:DES ENVIRONS DE VERA-CRUZ · texte numérisé non relu

HABITANT:DES ENVIRONS DE VERA-CRUZ

© (-Mexique..

Vecino de las cercanias de Vera-Cruz.

Sous ce climat dangereux, la police de salubrité aurait besoin d’être active et prévoyante; elle est, au contraire, tellement négligée qu’elle semble seulement être confiée à des bandes d'oiseaux du genre vautour. On en rencontre à chaque pas : quelques-uns sont gros comme des dindons; ils dévorent les chiens et les chats morts, les lambeaux de viande qui tombent des boucheries, et une e partie des immondices qu’on jette dans les rues.

L'Alameda est fort convenable ; les promeneurs y trouvent des siéges pour se reposer.

: Quant à la société qu’on y rencontre, elle varie suivant les heures et les jours, le Nouveau-Monde ayant, comme le nôtre, son code de fashion et d’étiquette.

Les officiers de l’armée mexicaine sont revêtus d’uniformes brillants et chamarrés d'or; mais le costume des troupes répond mal au luxe des chefs,

Les marchés de Vera-Cruz ont un aspect plus Satisfaisant que les promenades. Ils sont encombrés de naturels et d’'Indiens dont les divers accoutrements offrent un spectacle curieux par leur originalité.

Les environs de Vera-Cruz, dévastés et déserts, sont peu susceptibles de culture; le sol est beaucoup trop sablonneux. Il en résulte que les objets de première nécessité, apportés de fort loin, sont à Vera-Cruz d’une cherté excessive.

C’est à Puenres nez Rey (Pont du Roi) que l’on peüt surtout observer ce que l’on nomme l’Indien de la Tierra caliente, homme simple à qui peu suffit et qui se nourrit de fruits venus presque sans culture. L'usage de la viande est peu commun parmi ces peuples. Leurs vêtements, quand ils en ont, proviennent de la vente de leurs œufs dans une ville voisine. Un machete, une selle etun cheval, voilà les objets de plus grand luxe parmi eux; mais les riches seuls les possèdent.

XaLAPA n’est plus aujourd’hui que la maison de plaisance de Vera-Cruz; elle a perdu son ancienne importance commerciale. Les maisons y sont bâties à l'ancienne manière espagnole, élevées de deux étages : elles entourent une cour carrée, au milieu de laquelle coule une fontaine, d'où s’élance un jet d'eau. Quelques-uns de ces bâtiments

ont des fenêtres vitrées, mais le plus grand nombre n'a que des jalousies, suflisantes dans cette atmosphère tempérée. Xalapa compte huit églises, proprement tenues et décorées de riches sculptures; le maître-autel de la cathédrale est en argent.

La bourgeoisie et le peuple ont un air d’aisance et de luxe. Les femmes y sont uniformément vêtues de noir, et plusieurs d’entre elles portent de fort beaux voiles de dentelle; elles ont la réputation d’être gaies, affables, même un peu galantes. Les femmes, comme dans les autres colonies espagnoles, font usage du cigare, et, dans leurs réunions, elles se renvoient entre elles des bouffées de fumée.

La Puepra, fondée par les Espagnols en 1533, est une des plus riches et des plus belles cités du Mexique. Elle se déploie sur le plateau d'Anahuac, au milieu d’un territoire bien cultivé, avec ses maisons régulières et propres, et ses églises qui, pour le luxe intérieur et pour les formes architecturales, ne le cèdent pas même à celles de Mexico. Elle conserve encore, soit dans sa forme, soit dans les habitudes de ses citadins, on ne saurait dire quel parfum des jours de la conquête. Les décorations gothiques, sous ce climat conservateur, sont restées fraiches comme au premier jour; les dorures, les statues coloriées, tout a gardé son premier éclat,

Les rues de la ville sont droites, larges, se croisant à angles réguliers, pavées de larges dalles et pourvues de trottoirs ; les maisons, assez vastes, de deux à trois étages, ont des toits plats, dont quelques-uns sont couverts en tuiles vernies, arrangées en

. mosaïque, et formant des peintures qui représentent presque toujours des sujets tirés - de l'Écriture sainte. Quelquefois on peint les maisons à fresque comme dans les villes

italiennes. A l’intérieur, elles ont, comme celles de Vera-Cruz, une grande cour carrée - À

dont les galeries sont ornées de vases de porcelaine garnis de fleurs. Les pièces sont nues et sans tapisserie, avec un mobilier assez mesquin.

La Puebla est le siége d’un évéché dont la richesse balance presque celle de l'évêché de Mexico. Elle est administrée par quatre alcades qui ont au-dessous d’eux seize magistrats subalternes. Sur les places, on trouve des voitures publiques traînées par des mules. Les marchés sont fournis par des Indiens. Leur cuisine est toujours fortement assaisonnée avec le chili, ingrédient favori des Mexicains.

Cette ville n’est pas favorisée sous le rapport de la population. Elle manque surtout de femmes qui en animent et en égayent la physionomie extérieure. Ce n’est guère que dans les églises, aux jours de grandes fêtes, ou dans les rues quand une procession les traverse, qu’on peut voir la sociélé élégante et riche de la deuxième ville du Mexique.

Nous ne terminerons pas la topographie du Mexique sans dire un mot des mines de celte contrée. Les principales sont celles de GuANAXUATO (vingt mines), de San Luis Porost (trente mines), MExICO (quarante mines), GuADALAxACA (trente-sept mines), SoxorA (cinquante-huit mines), VALLADOLID (vingt-huit mines), OAxACA (seize mines), PuegLa (dix mines), VERA-CRUZ (quatre mines), ancienne;CALIFORNIE (une mine).

Tout le minerai tiré des divers points de Guanaxuato provient de ce que l'on appelle la veine mère (veta madre) qui serpente dans le groupe porphyritique désigné sous le nom de Sierra de Santa Rosa, dont la pente méridionale est traversée par le filon de Guanaxuato.

De même que ceux du Pérou, les indigènes du Mexique connaissaient, bien avant l'arrivée des Européens dans leur patrie, l'usage des métaux que renfermaient les entrailles de leur terre natale. Ils ne se bornaient pas, comme on l’a cru, à ramasser ceux qui, à l’état natif, se trouvent à la surface du sol et dans le lit des torrents ; ils se livraient à des travaux souterrains pour l'exploitation des filons, perçaient des galeries et creusaient des puits. Nous savons par Cortez qu'au grand marché de Tuoctitland on vendait de l'or, de l'argent, du cuivre et de l’étain. Les habitants de Trapoteca séparaient l'or au moyen du lavage des terrains d’alluvion, et payaient leurs tributs suit en grains d’or natif, soit en barres d’or fondu. Dans les villes principales de l’Ana- Ruac, on fabriquait des vases d’or et d'argent, quoique ce dernier métal fût médiocrement estimé. Cortez fait l'éloge des orfévres mexicains; dans une lettre adressée à Charles-Quint, il donne le détail des objets qui lui furent offerts par Montezuma, lorsque celui-ci força la noblesse aztèque à prêter hommage au roi d'Espagne. « Outre une grande quantité d'or et d'argent, dit Cortez, on me présenla des objets d'orfévrerie et de bijouterie si précieux que, ne voulant pas les laisser fondre, j'en séparai pour plus de cent mille ducats, afin de les offrir à Votre Altesse Impériale. Ces objets étaient de la plus grande beauté, et je doute qu'aucun prince de la terre en ait jamais possédé de semblables. Afin que Votre Altesse ne puisse croire que j’avance des choses fabuleuses, j'ajoute que tout ce que produisent la terre et l’eau et dont le roi Montezuma pouvait avoir connaissance, il l’avait fait imiter en or et èn argent, en pierres fines et en plumes d'oiseaux, et le tout dans une perfection si grande que l’on croyait voir les

objets mêmes. Quoiqu'il m'en eût donné une grande partie pour Votre Altesse, je fis

exécuter par les naturels plusieurs autres ouvrages d’orfévrerie en or d’après les dessins que je leur fis remettre, tels qu’images de saints, crucifix, médailles et colliers. Comme le quint ou le droit sur l'argent payé à Votre Altesse se monta à plus de cent marcs, J'ordonnai que les orfévres indigents les convertissent en plats de diverses grandeurs, en cuillers, en tasses et autres vases à boire. Tous ces ouvrages furent linités avec la plus grande exactitude. »

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