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Jefe mandano.
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indépendants des Indiens établis sur le territoire de l’Union, Lorsqu'ils craignent une attaque subite de l'ennemi, ils font des retranchements en terre, derrière lesquels leurs femmes et leurs enfants se garantissent contre les balles et les flèches. Quoi qu’il en soit, les marchands peuvent voyager en süreté parmi ‘eux, en se gardant toutefois de blesser le point d'honneur chez ces hommes.
Leurs pommettes saillantes et l’ensemble de leurs traits; leurs mœurs et leurs traditions, confirmées|par le témoignage des nations voisines ; leur prononciation gutlurale ; tout enfin fait supposer qu'ils ont émigré de la partie nord-ouest de l'Amérique. De même que les Indiens du Mexique, ils écrivent en hiéroglyphes.
Pendant deux siècles les Sioux furent en guerre avec les Chippaways dont nous avons parlé plus haut. Ce fut M. Pike qui, en 1805, les réconcilia.
Lors d'une conférence qu’eurent avec eux les voyageurs Lewis et Clarke, le grand chef des Indiens sioux prononça le discours suivant :
« Je vois devant moi les deux fils de mon grand-père (c’est ainsi qu’ils nomment le président); vous me voyez avec le reste de nos chefs et guerriers. Nous sommes bien pauvres ; nous n’avons ni poudre, ni balles, ni couteaux, et nos femmes et nos enfants n’ont pas de vêtements. Je souhaite que mes frères, puisqu'ils m'ont donné un drapeau et une médaille, donnent aussi quelque chose d’utile à ce pauvre peuple. Je réunirai les chefs des Pawnas et des Mahas, et je ferai la paix entre eux; il vaut mieux que ce soit moi qui la fasse que les fils de mon grand-père, car ils m'écouteront plus facilement. Je suis allé auparavant chez les Anglais, et ils m'ont donné une médaille et quelques habits. »
Les Ayonas, moins dépravés, mais aussi moins civilisés que les Sacs et les Renards, avec lesquels ils sont liés, cultivent un peu de maïs et poussent leur chasse jusqu’à l'ouest du Missouri.
Les MÉNOMÈNES ont charmé tous les voyageurs par la beauté de leurs traits. Leur teint'est plus clair que celui des autres indigènes; ils ont les yeux grands et pleins d'expression, les dents belles, la stature moyenne et bien proportionnée; la taille convenablement prise. Leur physionomie respire la douceur et une noble indépendance; ils ont l'intelligence vive et des mœurs patriarcales. Comme les Illinois, ils ont pour habitations des hutties spacieuses, construites avec des nattes de jonc.
Les Manpans ou Manpanes formaient autrefois un peuple assez considérable, qui habitait treize villages et même un plus grand nombre, Le nom qu'ils se donnent à eux-mêmes est Nunnanykake (hommes); et quand ils veulent faire connaitre plus exactement leur origine, ils nomment le village d'où ils sont sortis, car chacun des villages porte un nom particulier. Ce peuple porte aussi le nom général de Mahna-Herré.
L'ancienne histoire des Mandans est enveloppée dans l’obscurité. Ils prétendent descendre de nations plus orientales et qui vivaient sur le bord de la mer. Ils demeuraient antrefois dans les environs de Natka-Passahé (rivière du Cœur).
Les Mandans sont une race d'hommes vigoureux, bien faits, et de taille moyenne, ou un peu au-dessus; il yen a peu chez eux que l’on puisse appeler petits. En général, pourtant, ils ne sont pas aussi grands que les Meunrrarris. Ces Indiens sont forts, robustes, charnus et ont les épaules larges ; les traits de leur visage sont les mêmes que ceux des autres Indiens du Missouri; mais ils ont le nez moins aquilin et les os des joues moins saillants que les Dacotas. Les Mandans et les Meunitarris n’ont pas les ailes du nez larges; ce trait est souvent chez eux recourbé ou légèrement arrondi, souvent aussi tout droit. Leurs yeux sont étroits et longs, d’un brun foncé, parfois un peu rabaissés et serrés à l’angle intérieur, surtout chez les enfants, mais moins souvent chez les adultes, Hs ont la bouche large, grande, un peu proéminente, et les côtés de la
mâchoire inférieure larges et anguleux. La forme de leur crâne offre de grandes variétés; pourtant il en est bien peu qui aient le front plus évasé que les Européens. Ces Indiens ont les cheveux longs et forts, plus ou moins lisses, noirs, mais moins foncés que ceux. des Brésiliens. Beaucoup d'enfants ne les ont que d’un brun foncé, surtout à l'extrémité. IL se trouve chez eux, comme chez les Pieds-Noirs, des familles entières où les cheveux sont gris ou noirs mêlés de blancs, de sorte que loute la tête pourrait être grise; tels sont, par exemple, les familles de Sih-Chide et de Mato-Chihé; cette dernière élait. surtout remarquable sous ce rapport ; lorsque le prince de Newied la visita, elle avait les cheveux, par touffes, brunâtres, noirs, gris d'argent, mais surtout gris blanc, et des cils tout à fait blancs, ce qui faisait un très-singulier effet dans les hommes, d'ailleurs vigoureux et bien taillés de l'âge de vingt à trente ans. Ils laissent croitre leurs cheveux et les allongent même artificiellement autant qu’ils peuvent. Ils ont les dents remarquablement belles, fermes, fortes, blanches comme livoire et parfaitement rangées; on y observe rarement des défauts ou du vide, même chez les personnes âgées. Les dents des vieillards s’usent et sont quelquefois très-courtes, ce qui vient de l’usage de manger de la viande dure et desséchée.
Les femmes des Mandans sont assez fortes; quelques-unes sont grandes, mais la plupart pelites et trapues; on en voit peu que l’on puisse appeler belles, même à la manière indienne; il y a cependant parmi elles des visages passables.
Les femmes mandanes possèdent une certaine conformation naturelle du genre de celle des femmes hottentotes; mais chez les Mandans, il paraït que la nature ÿ à moins. de part que l’art. Les enfants présentent souvent des membres grêles et de gros ventres, comme ceux des Brésiliens. On rencontre rarement parmi ces Indiens des individus naturellement difformes ou contrefaits. En revanche on en voit beaucoup de borgnes ou avec une tache dans l'œil. Il y a quelques sourds-muets, un petit nombre de goitreux où plutôt de gros cous, particulièrement chez les femmes, ce qui vient de l'habitude de porter des fardeaux sur la tête. Beaucoup d’entre eux manquent de quelques phalanges aux doigts, mais ceci provient de mutilations volontaires.
La couleur de ces Indiens est d’un beau brun, tantôt rougeâtre, tantôt plus ou moins foncé, ce que l’on pourrait aussi parfois désigner par le terme de cuivré. Chez les uns, il tire sur le gris, chez d’autres il est plus jaune. Quand ils se lavent avec soin, on en trouve chez eux dont la peau se rapproche beaucoup du blanc et qui ont même une nuance rosesur les joues. [ls ne se font pas d’entailles sur le corps; seulement ils se percent le bord postérieur des oreilles, auxquelles ils suspendent des rangs de perles en verte, des anneaux de fer ou de cuivre, des coquillages enfilés, qu’ils reçoivent en échange d’autres tribus indiennes. | |
Les Mandans sont vains; ils aiment à se parer, et les jeunes gens portent habiluellement de petits miroirs suspendus au poignet par un ruban rouge ou un cordon de cuir. Quelques-uns attachent ce miroir à la surface inférieure de leur aile d'aigle, dans laquelle ils l’insèrent avec art. Le pelit-maitre indien se regarde souvent dans ce miroir; et quand il a traversé le pays par un vent violent, il ne manque point de s’en servir pour rajuster avec le plus grand soin le désordre de sa toilette. La vanité des hommes indiens est bien plus grande que celle des femmes, et celles-ci leur cèdent en tout point pour l'élégance de la mise. Du reste, celle des Mandans est assezsimple. De toutes les parties du corps, c’est la tête dont ils s'occupent le plus; ils portent les cheveux partagés en travers au milieu ; ceux du devant sont lisses el partagés en trois tresses plates, dont deux retombent de chaque côté des tempes où derrière les yeux, et sont, en général, entrelacés. Ils portent à cette queue un orncment qui se compose de deux morceaux de cuir ou de drap, garnis de grains de verre
bleu clair ou blanc, et noués au milieu avec du fil de laiton; on attache cet ornement
à la tresse, et on le fait monter jusqu’au-dessus de la tempe ; mais à son extrémité il est
allongé par un long cordon qui pend jusqu’au milieu du corps, et qui se compose de
franges de perles bleues et de coquilles blanches placées alternativement et accouplées
de dentalium. Entre ces deux tresses de cheveux pend au milieu du front et jusque sous
le nez, une autre bande de cheveux plate et coupée en travers par le bas; celle-ci n’a
point d'ornement, et en petite tenue elle est simplement nouée par un ruban rouge.
Les cheveux du derrière de la tête retombent, partagés en plusieurs queues, jusqu’au
bas des reins; ils sont pétris çà et là avec de l'argile brune, rouge clair ou blanche,
de sorte qu’ils forment de longs cordons tout à fait plats, d'un pouce et demi à deux
pouces de large. Quand les cheveux ne sont pas naturellement longs, on les allonge en
y ajoutant des cheveux étrangers, entre autres, avec ceux des ennemis que l’on a tués
et que l’on y attache avec de la résine. Sur le derrière de la têle, on porte le paokat-
kappe, ornement long, roïde et plat, large de trois à quatre doigts, et fait de petits mor-
ceaux de fil de métal ou de bois entortillés; il s'attache par le haut aux cheveux, et retombe par-dessus les épaules. IL est recouvert de beaux piquants de porc-épic, peints
de diverses couleurs et disposés dans les dessins les plus gracieux. Sur le sommet de
cet ornement est placée horizontalement une plume d’aigle dont le tuyau est couvert de drap rouge, et l'extrémité ornée d’une louffe de erin peint en jaune. Lorsque ces
Indiens vont à la chasse ou en voyage, et qu’ils ne sont pas, par conséquent, en grand
costume, ils nouent leurs longs cheveux en une épaisse touffe. Quand, au contraire,
ils sont en grande tenue, ils fichent dans leurs cheveux des plumes de différentes espèces; parfois c’est un demi-cercle de plumes d'oiseaux de proie, s’écartant comme
des rayons, ou bien une touffe de plumes de corbeau placées de même; tantôt une
épaisse touffe de plumes de hibou, tantôt de petites rosettes de larges plumes de corbeau
coupées court, et du milieu desquelles s'élève la queue d’un oiseau de proie disposée
en éventail. Ces Indiens portent aussi le grand bonnet de plumes cornu, dont nous
avons donné la description pour une des autres tribus du Missouri. Un guerrier qui
veut se parer a besoin d’un temps très-long pour sa loilette. Ces naturels délayent dans de la graisse la couleur dont ils se peignent le corps. Quand ils sont eu deuil,
ils se blanchissent la figure et les cheveux. Les femmes et les enfants ne font que se peindre la figure en rouge; leurs cheveux conservent la couleur naturelle.
Les Mandans et les Meunitarris portent autour du cou un beau collier de griffes d’ours, qu'ils appellent mato-unknappinindé. Ces griffes sont longues au printemps; alorselles ont trois pouces et sont blanches à la pointe, particularité fort estimée. On n’emploie à cet usage que les griffes des pieds de devant ; elles s’attachent à un cordon de peau de loutre qui retombe sur le dos comme une longue queue, et qui est garnie de perles de verre et doublée de drap rouge. Ces griffes sont séparées les unes des autres, vers leur milieu, par une rangée de grains de verre bleus, et leur surface latérale est peinte en jaune ou en rouge; de sorte que le Lout ensemble forme un demi-cercle, d’une épaule à l’autre, au-dessus de la poitrine. Les Mandans portent encore plusieurs autres ornements autour du cou, comme des rangs de grains de verre de différentes couleurs, de racines odoriférantes ou d'éponges, de dents d’elk, qu’ils achètent au prix d'un cheval pour cent ou cent cinquante dents, etc. Ges Indiens ont communément le haut da corps nu;
on leur voit rarement la chemise de cuir des Assiniboins, des Dacotas, des Corbeaux, des Pieds-Noirs et des autres nations qui habitent plus loin vers le nord et le nordouest; quelques-uns d’entre eux possèdent de ces chemises dont on leur a fait présent ou qu'ils ont achetées, et ils les appellent sæwapenpi-imachoté. Les Mandans ne portent sur leur corps nu qu’une robe de bison, même pendant les hivers les plus rigoureux. Ils
se peignent la peau en rouge brun, IE dans certaines occasions , ils l'enduisent d'argile blanche; souvent ils se font aussi des dessins rouges ou noirs sur les bras. Ordinairement le visage se peint tout entier en rouge avec du cinabre, parfois aussi en jaune; mais alors le tour des yeux el le menton, jusqu'à la bouche, sont toujours rouges; il n'y à pourtant pas de règle fixe pour celte peinture ; elle dépend du goût du. pelit-maitre, cependant il y règne une certaine régularité. Dans les bandes el leurs danses, après les combats, et quand ils ont fait des exploits, il est d'usage de suivre la règle établie. Dans les fêtes et les danses ordinaires, quand les Jeunes gens veulent paraitre très-beaux, ils se peignent chacun d’une façon différente, et s'efforcent à l’envi d'inventer quelque chose de nouveau. Quand un d'entre eux en trouve un autre qui s’est peint de la même manière que lui, il s'éloigne sur-le-champ pour aller changer son dessin , ce qui arrive quelquefois. Quand ils ont fait un coup, ils se peignént tout le visage en noir. Quelquefois ils portent au poignet et au haut du bras des bracelets d'acier poli qu'ils reçoivent en échange des marchands. IIS portent aux doigts des anneaux de cuivre. La principale partie de leur costume est la grande robe de bison, appelée muhitou ou mih-ihé, dans la décoration de laquelle ils déploient un grand luxe. Quand le temps est sec, ils portent ces peaux de bison avec le poil en dedans, et quand il pleut, avec le poil en dehors; elles sont tannées du côté de la chair, ornées en travers d’un cordon de grains de verre bleus ou blancs, auquel se rattachent ordinairement trois rosettes rondes, tantôt petites, Lantôt très-grandes, placées à distances égales et de la même manière, formant du reste des dessins divers et élégants. Le centre est souvent rouge et le tour bleu de ciel, avec des figures blanches, ou bien ces mêmes couleurs différemment disposées. Ce cordon transversal est fréquemment aussi brodé avec des piquants de porc-épic, teints de différentes couleurs, et alors il est plus étroit; mais c’est là la manière dont ils les portaient dans l’origine, avant que les blancs leur eussent fait connaitre les grains de verre. Parmi ces robes il y en a aussi qui, du côté de la chair, présentent des figures noires sur un fond rouge brun; ces figures sont surtout celles d'animaux; d’autres encore représentent, en noir ou en couleurs brillantes, sur un fond blanc, les coups et les exploits des propriétaires de la robe, ses blessures, le sang qu’il a perdu, les hommes qu’il a tués ou fait prisonniers, ies armes qu’il a prises, les chevaux qu'il à volés, dont le nombre est indiqué par celui des fers; tout cela est dessiné à la manière grossière de leur peinture, encore dans l'enfance, en noir, rouge, vert ou jaune. IIS ont encore une autre manière de peindre ces robes, par laquelle ils indiquent le nombre exact des objets de valeur qu’ils ont donnés en présents. Par ces présents, qui sont souvent d’un grand prix, ils se font un nom et acquièrent de la considération parmi leurs compatriotes. Sur cés robes on remarque alors des figures rouges, avec un cercle noir à l'extrémité, placées à côté l’une de l’autre en rangées transversales; elles signifient des fouets ou des chevaux donnés, parce que, quand on fait présent à quelqu'un d’un cheval, on y ajoute toujours le fouet. Des figures transversales rouges ou d’un bleu noirâtre indiquent du drap ou des couvertures de laine; des raies parallèles représentent des fusils, qui sont assez exactement dessinés. Souvent la robe est découpée par le bas en plusieurs bandes retombantes, et ornée sur les côtés de touffes de cheveux, de crins téints en jaune ou en vert, et de grains de verre. Autrefois les Indiens peignaient ces robes avec plus de soin, et on les obtenait pour cinq balles de fusil et autant de charges de poudre; aujourd'hui, au contraire, elles sont mal faites, ce qui n'empêche pas qu’elles coûtent huit à dix dollars pièce.
Leurs leggings ou culottes s’attachent avec des courroies à la ceinture de cuir, et consistent, comme chez tous les Américains du Nord, en deux parties séparées, une pour
chaque jambe. Au côté extérieur, c’est-à-dire à la couture, elles sont brodées d’une longue raie de piquants de porc-épic de couleurs vives et variées, et souvent aussi de grains de verre bleus et blancs, et garnies de longues franges de cuir, formant à la cheville une épaisse touffe qui traîne un peu par terre. Le cuir de la culotte même est généralement d'un brun rouge ou d’un jaune rougeâtre, peint avec de l'argile; souvent aussi il est blanc et marqué de raies noires transversales au-dessous du genou. Le vêtement que les Anglais appellent breechcloth (nokké) est d'usage parmi eux, comme chez toutes les nations de l'Amérique septentrionale. Il se compose, en général, de morceaux d'étoffe de laine, étroite et rayée de blanc et de noir, qu’ils font passer entre les jambes et puis sous la ceinture par devant et par derrière, où elle retombe dans toute sa largeur. Leurs souliers (hwmpé), de peau de cerf ou de bison, sont généralement simples et peu ornés ; toutefois, quand ils veulent se parer, ils en portent de plus élégants, qui alors sont brodés avec des rosettes ou de longues raies de piquants de vorc-épic de différentes couleurs, ou avec des grains de verre. Les hommes qui ont fait un coup portent autour de la cheville une queue de loup qui traine par terre derrière eux, où bien des lanières de peau de loutre garnies de drap rouge du côté de la chair, et formant aussi une longue queue par terre. Dans l'été, quand les hommes sont chez eux et qu’ils se promènent en grande toilette, ils portent à la main l’éventail de plumes d’aigle.
Généralement les enfants mâles vont nus, et he se couvrent d'une robe qu’en hiver.
Les filles sont vêlues de cuir, même en été. Les femmes portent un long vêtement de cuir, à manches ouvertes, et une ceinture autsur du corps. Le bas de cette robe est : souvent découpé et frangé de différentes manières. Elles s’ornent le poignet de bracelets de fer, et le cou de colliers de grains de verre; elles portent aussi des pendants d'oreilles. Les souliers de ces femmes sont sans ornements et unis. Chez ces peuples le tatouage est très-commun ; mais tous ne portent pas,àbeaucoup près, les mêmes figures sur le corps. Ordinairement il n'y a que le côté droit de la poitrine ét la moitié du bras correspondant qui soient marqués de lignes noires parallèles el d'un petit nombre d’autres figures; quelquefois aussi l’avant-bras et quelques doigts. Les hommes ne se tatouent pas le visage. On leint les ongles en bleu foncé.
Les villages de ces Indiens sont des agglomérations de cabanes en terre, rangées sans aucun ordre et sans régularité. Entre chaque cabane, il y a un grand nombre d’échafaudages de pieux, à plusieurs étages, sur lesquels on sèche le maïs. Ces cabanes sont rondes, légèrement voûtées par le haut, avec une entrée défendue par une espèce de porche. Quand les habitants sont absents, cette entrée est bouchée par des branchages et des ronces. Pour fermer l'ouverture elle-même, on suspend au devant ne peau séchée et fortement tendue sur des bâtons, que l’on pousse de côté quand on éntre. Au milieu du toit de la cabane, il y a une ouverture pour donner passage à la fumée, et qui est défendue contre la pluie et le vent par une espèce de cage arrondie, faite de bâtons et de rameaux et qu’on recouvre de peaux en cas de besoin. L'intérieur de la cabane est vaste, propre et assez clair. Quatre gros pieux, placés au centre, supportent le toit avec des poutres de traverse. Le pourtour intérieur de l'édifice est formé par douze à quinze gros pieux de quatre à cinq pieds de haut, entre lesquels on en a placé d'autres plus petits et plus rapprochés. Sur le plus élevé reposent de longues poutres biaisant vers le milieu, et qui, placées fort près les unes des autres, soutiennent le toit. On les recouvre extérieurement avec une espèce de nattes, faites de rameaux de saule liés ensemble avec de l'écorce. Telle est la charpente de la cabane sur laquelle on étend ensuite, d'abord du foin, puis de la terre. Les hommes et les femmes, aidés des parents el des amis, s’occupent en commun de sa construction. Le soin des cabanes, la fabri-
cation des armes, la guerre et la chasse, sont l'ouvrage des hommes, qui prennent aussi part à la moisson; toutes les autres occupations sont le partage des femmes, qui, quoique généralement bien traitées, sont néanmoins chargées des travaux les plus pénibles. Ce sont elles qui vont chercher de lourdes charges de bois pour le chauffage, qui portent l’eau, qui cassent la glace en hiver et la transportent dans les cabanes, qui font la cuisine, qui tannent les peaux, qui cousent les vêtements, qui font les plantations, et qui récoltent les fruits de la terre. Au milieu de la case, il y a un trou rond dans lequel on allume le feu, el au-dessus duquel on suspend la marmite. Ce foyer est garni tout entier de pierres placées perpendiculairement. Le bois est posé en büches modérément grosses, Sur le bord extérieur du foyer, en se réunissant et se croisant au centre. C’est là qu'on l’allume, et on le pousse en avant à mesure qu’il brûle. Les Indiens n'aiment pas à faire de grands feux. La famille s'assied autour du foyer, sur des siéges bas, faits d'osier pelé et recouverts de peaux de bison ou d'ours. Autour des parois sont suspendus divers effets, les meubles, les ustensiles, etc., dans des sacs de cuir; les sacs de nuit en parchemin peint, les harnais des chevaux; tandis que sur des cadres parliculiers sont étalés des armes, des palins, des souliers à neige, et des tas de viande et de maïs. Les lits ou coucheltes sont rangés autour des murs de la cabane. Ils se composent d’une grande caisse carrée de parchemin ou de peau, avec une entrée carrée ; ils sont assez grands pour contenir plusieurs personnes qui s'y couchent très-commodément et très-chaudement, sur des couvertures de laine ou des peaux. |
Les cabanes d'été sont très-fraiches et exemptes de toute mauvaise odeur; devant la porte de celles d'hiver, on construit une cloison de branches de saule, que l’on couvre de peaux, et qui sert à défendre du vent extérieur, et surtout protége le foyer contre les courants d'air. Quarid les Mandans et les Meunitarris sont dans leurs cabanes, ils s’asseyent autour du feu et s'occupent de toutes sortes de travaux de ménage. L'homme est ordinairement nu, et s'amuse à fumer du tabac. Les femmes ne sont jamais oisives. En hiver, ces Indiens se rendent, avec la plus grande partie de ce qu’ils possèdent, dans les forêts du voisinage, où ils ont construit leur village d'hiver, qui se compose de cabanes en tout semblables aux autres ; seulement elles sont un peu plus petites. Dans l'intérieur de ces cabanes, il y a une séparation où l’on fait entrer les chevaux le soir, et où on leur donne du maïs; pendant le jour, ils restent dans les prairies et se nourrissent dans les bois d’écorce de peuplier. Dès qu'ils quittent leurs cabanes pour un temps un peu long, les Mandans et les Meunitarris mettent leurs bagages sur de pelits traineaux composés de deux planches minces et étroites, et attachées ensemble par des courroies, auxquelles sont adaptées des lanières de cuir qui servent à attacher les chiens.
Les Mandans et les Meunitarris, comme tous les Indiens de ces contrées, pratiquent parfois, dans les environs de leurs villages, ce que l’on appelle des caches. Ce sont des Lrous creusés dans la terre, et si artistement, qu'il est fort difficile de les trouver. On voit souvent les Indiens se rendre de leurs villages d’hiver à ceux d’été pour y chercher divers objets dont ils ont besoin, car ils y laissent Loujours une partie de leurs effets.
Les Mandans sont très-hospitaliers; ils invilent souvent leurs amis à venir les voir; alors on mange et on fume. Leurs pipes sont faites de pierre rouge ou d'argile noire, souvent aussi l'argile n’est que peinte en noir, ils ont aussi des godets de pipe en bois doublé de pierre. Le tuyau est simple, long, rond ou plat, et de même forme que chez les Dacotas. Le tabac des blancs est trop fort pour eux, par l'habitude qu'ils ont de faire cntrer la fumée dans les poumons. Les Mandans servent leurs mets dans des plats de bois; ils font usage de grandes cuillers jaunâtres et ventrues, faites de corne de bigorne; celles quign'ont pas de ventre sont faites de corne de bison. Leurs aliments varient beaucoup.
Les Indiens qui habitent des villages stables ont sur les nomades l'avantage qu'ils ne tirent pas exclusivement leur nourriture de la chasse, mais encore des terres qu'ils cultivent, ce qui leur offre toujours une ressource certaine en cas de besoin. Les plantes qu’ils cultivent sont le maïs, les fèves, la citrouille et le tabac. Le labourage des champs de maïs, dont chaque famille cultive quatre à cinq acres, se fait au mois de mai, et c’est au mois d'octobre que se fait la moisson, à laquelle hommes, femmes et enfants travaillent en commun. Les Mandans mangent à peu près de toute espèce d'animaux, excepté le cheval et l'hermine. Le breuvage des Mandans est l’eau, car ils ne savent pas faire des boissons fermentées, comme les nations de l'Amérique méridionale. Ils aiment beaucoup le sucre, et ils salent leurs mets. Ils aiment aussi beaucoup le café et le thé bien sucrés. |
Deux et parfois trois familles habitent en commun une cabane indienne. La polygamie est d'un usage universel. Les femmes sont fort adroites pour tous les travaux du ménage. Une grande partie de leur temps est employée au tannage des peaux. Les trois nations savent aussi fabriquer des vases de terre de différentes formes et grandeurs. L’argile dont ils se servent est d’une couleur d’ardoise foncée, et devient, par l’action du feu, d’un jaune rougeâtre. On mêle cette argile avec du granit réduit en poussière par le feu; une pierre grosse et ronde à la main, l’ouvrière forme le creux du vase en y enfonçant cette pierre, tandis qu’elle l'empêche de se fendre extérieurement, et le polit au moyen d’un morceau d’écorce de peuplier. Quand le vase est achevé, on le remplit de copeaux secs; on en entoure aussi le dehors, après quoi on le brüle; on peut alors s’en servir pour faire cuire les aliments. Quant à leurs bateaux, les Américains du nord se montrent beaucoup plus adroits que les Brésiliens, les Patagons et les autres nations de l'Amérique méridionale. On en voit, chez les Mandans, qui sont faits de peau de bison, et si légers qu'un seul homme peut les porter sur ses épaules ; ils sont parfaitement ronds, et tendus sur plusieurs morceaux de bois recourbés et se croisant.
Quand un jeuneIndien a le désir de se marier, et qu’il s’est assuré du consentement de sa maîtresse, il s'efforce d'obtenir celui du père. Lorsqu'il lui a été accordé, il amène plusieurs chevaux, qu'il attache à la cabane de sa fiancée, qui les remet à son père; celui-ci prend alors d’autres chevaux (s’il n’en a pas un'assez grand nombre ses amis lui en donnent}, et il les attache à son tour à la cabane de son futur gendre. La quantité de chevaux donnés doit toujours être égale. Après cette espèce d'échange, la fiancée fait cuire du maïs, et en apporte chaque jour un plat à son futur. Au bout de quelque temps, le jeune homme se rend à la cabane de sa maitresse, cohabile avec elle, et le mariage est conclu. Le jeune couple s'établit dans la cabane du beau-père, si mieux il n'aime en construire une nouvelle; quelquefois même il arrive que les deux époux se séparent de nouveau. Le beau-père, par la suite, joue le premier rôle dans la cabane; tout se fait pour lui, tout dépend de lui.
Les couches des femmes sont d’une facilité remarquable; elles ont coutume, aussitôt qu’elles sont délivrées, d’aller se baigner dans la rivière, fût-elle couverte de glaçons. Au bout de dix jours on regarde l’enfant comme sauvé. Les Indiennes ont pour leurs enfants des berceaux qui sont faits d’un sac de cuir que l’on suspend, par une courroie, à l’une des poutres de traverse de la cabane.
Les enfants sont libres d'agir comme ils le veulent ; on s’efforce par tous les moyens possibles d’exciter chez eux le sentiment de la volonté et de l'indépendance. Si, par hasard, une mère fait une observation à son fils, il lui répondra par un soufflet, et parfois même il en fait autant à son père, qui baisse la tête et dit : « Gelui-là sera un jour un brave guerrier. » Les hommes traitent leurs femmes si brutalement, que bien souvent ces malheureuses sortent de leurs cabanes pour aller se pendre
à un arbre. Elles obtiennent peu de dédommagement pour leurs rudes travaux ; elles n’ont même pas la jouissance de posséder pour elle les plus beaux habits; ce sont les hommes qui jouissent du privilége de la toilette. Les Indiennes qui ont épousé un blanc ne veulent plus travailler. Les sœurs ont de grands priviléges chez les Indiens; tous les chevaux volés par les jeunes gens leur appartiennent. Quand un Indien revient à cheval : d’une expédition, s’il rencontre sa sœur, il met pied à terre sur-le-champ, et lui donne sa bête. En revanche, s’il désire posséder quelque objet qui appartienne à sa sœur, il va sans cérémonie le lui demander, et il l’obtient aussitôt.
La pruderie n’est pas le défaut des femmes indiennes; elles ont souvent deux ou tunis amants, et même davantage, et l’infidélité est rarement punie. Quand un Indien enlève une femme mariée, le mari se venge en s’emparant de ce que le séducteur possède de plus précieux, et celui-ci est obligé de le laisser faire. On ne reprend jamais la femme qui s'est laissé enlever. Quand on épouse une fille ainée, on a des droits sur toutes ses sœurs. Une des principales occupations des jeunes gens est de tenter leur fortune auprès des jeunes filles et des femmes ; cette recherche et le soin de se parer remplissent presque tous leurs instants. Ils ne trouvent pas beaucoup de beautés cruelles. Ils ont une manie toute particulière de publier leurs exploits dans les champs de l'amour, surtout quand ils se rendent, dans leurs plus beaux habits, auprès de leur maîtresse. Ils croient ne pouvoir mieux lui plaire qu’en lui faisant connaître le nombre de leurs victoires, et ils marquent celles des belles dont ils ont triomphé par des paquets de rameaux de saule dépouillés de leur écorce et dont l'extrémité est peinte en rouge. Ces bâtons sont de deux espèces; la plupart ont deux ou trois pieds de long; d’autres cinq ou six. Ces derniers, se portant seuls, sont peints en bandes circulaires alternativement blanches et rouges, dont le nombre indique celui des victoires. L'autre espèce de bâtons, qui sont plus courts, ne sont peints en rouge qu’à la pointe, el alors c’est chaque pelite vergette qui fait connaître les triomphes, qui, réunis après cela en un seul paquet, forment un faisceau assez volumineux. Les petits-maitres indiens portent avec eux plusieurs de ces faisceaux quand ils partent pour une expédition amoureuse. Chez les Mandans, ces bâtons, qu’ils appellent mih-hirouché-kehkarouche, sont généralement unis; mais, chez les Meunitarris, il y a d'ordinaire au milieu du faisceau un bâton plus long que les autres et dont l'extrémité est ornée d’une touffe de plumes noires. Ces plumes représentent la favorite, et le galant ne manque pas de dire, à chaque femme, que c'est pour elle qu’il a déployé cet étendard. = Il n’est pas permis à une belle-mère d'adresser la parole à son gendre jusqu’au moment où il est revenu à la maison, lui rapportant le-scalp d’un ennemi et son fusil; après cela, elle peut lui parler. Cette coutume, dit le prince de Wied-Neuwied, existe aussi chez les Meunitarris, qui l’ont sans doute empruntée des Mandans.
On voit chez les Mandans et les Meunitarris, comme chez loutes Les nations lidicenes de l'Amérique du nord, des hommes-femmes, que les Canadiens nomment bardäches, et connus chez les Maidans sous le nom de mih-decké. Ces hommes, qui s’habillent en femmes, se livrent à toutes les occupations de celles-ci. Les jeunes gens les traitent absolument comme des femmes, et entretiennent avec eux certaines relations contre nature. Ces hommes-femmes prétendent qu’une inspiration d'en haut leur a ordonné d'embrasser cet état comme leur médecine ou leur salut, et rien ne peut les disauasler de leur projet.
Les Mandans montrent un grand désir de s’instruire, et des dispositions à saisir les choses d’un ordre élevé. S'ils étaient moins attachés aux préjugés qu’ils'ont hérités de leurs ancêtres, il serait très-facile de les éclairer. Les mauvais exemples qu’ils reçoivent trop souvent des blanes qui habitent leur pays, el qui n’ont d'autre but que de
gagner de l'argent, ne sont pas faits pour attirer de leur part un grand respect ou pour les rendre meilleurs ; et si on ne les a pas trouvés favorablement disposés pour la reli- gion chrétienne, c’est en grande partie la faute des Européens. La vie inactive qu’ils mènent , et qui est enracinée chez eux, devient un grand obstacle à leur faire adopter une autre manière d’être ; mais leurs dispositions pour le dessin, pour la musique, etc., sont frappantes. Ils aiment le langage figuré, et disent souvent à leurs oppresseurs de dures vérités. On trouve souvent chez ces hommes une énergie de caractère portée au plus haut degré. Plusieurs se sont tués par amour ou par un sentiment d'honneur blessé. Ils ont une mémoire extraordinaire; il y en à qui peuvent raconter toute lhistoire de leur nation sans commettre la plus légère erreur.
Les Mandans et les Meunitarris sont très-fiers et ont beaucoup d’ambition. Ils mettent à tout ce qu’ils possèdent une valeur imaginaire, bien supérieure à celle que ces objets ont en réalité. Ainsi, une petite peau d’hermine se paye seize florins d'Allemagne.
En général, les hommes sont forL paresseux, sauf toutefois quand ils peuvent se livrer à leurs exercices favoris : la chasse et la guerre. Du reste, à tout prendre, ces peuples ne sont pas dangereux, et quoiqu'il ÿ ait parmi eux beaucoup d'hommes grossiers et sauvages, ils sont assez bien disposés pour Îles blanes, et, chez les Mandans surtout, on trouve un grand nombre d'excellents hommes. Il ne manque pas de voleurs, principalement parmi les femmes et les enfants. Les querelles sont fort rares chez eux; mais il n’en est pas de même des duels qui sont fréquents.
Ces Indiens sont fort propres el se baignent presque tous les jours, en hiver comme en été; cependant ils ont souvent les mains très-sales, couvertes de couleur et de graisse, comme parfois tout le corps. Les femmes ont moins de propreté que les hommes, surtout pour leurs mains, ce qui provient des pénibles travaux auxquels elles se livrent. Les Indiens prétendent que les blancs sentent mauvais, parce qu'ils se lavent trop rarement le corps. Généralement ils portent les ongles fort longs, et sont fort tolérants pour la vermine, ce dont leur épaisse chevelure et même leurs robes de bison n’offrent que trop de preuves. Il paraît, du reste, que ces insectes ne sont pas fort dangereux pour. les blancs. Ils se cherchent mutuellement ces petits hôtes, et les mangent; les femmes en font souvent présent aux hommes.
Les sauvages habitants des prairies sont extrêmement adroit$ et endurcis au mal. Ils aiment à se baigner, au cœur de l'hiver, dans de l’eau glacée, et vont dans cette saison nus jusqu’à la ceinture, c'est-à-dire sans autre vêlement que leur robe de bison. La natation est un de leurs principaux exercices, et ils s’y livrent dès leur tendre jeunesse. Ils montent souvent à chèval à nu, et courent les uns sur les autres. [ls sont aussi excellents archers. Chez eux, tous Les sens sont perçants et fort exercés.
Comme chez la plupart des nations de l'Amérique du nord, il existe chez les Mandans et les Meunitarris des bandes ou associations qui se distinguent par des marques exté- * pieures et des lois particulières. Ils ont trois espèces de sifilets de guerre (ihkocheka), qu'ils attachent autour du cou, et qui font partie des marques distinctives des bandes qui partagent les hommes en six classes.
La première bande est celle des meniss-ochkta-ochaté, c'est-à-dire les chiens fous ou les chiens dont on ne connaît pas le nom. Elle se compose de jeunes gens de dix à quinze ans, qui portent pour ihkocheka un aileron d’oie sauvage, dont l'os est fort petit. Quand ils dansent, trois d’entre eux ont un long morceau de drap rouge qui leur pend du cou jusqu’à terre; de même que toutes les autres classes, ils ont un chant particulier pour accompagner leur danse. Quand de jeunes garçons veulent entrer dans la première bande, pour devenir des hommes, ils s'adressent aux membres de cette bande, en leur donnant le litre de père, et cherchent à apprendre la danse et le chant et à
acquérir le grade et le sifflet de guerre pour certains objets de prix, tels que des costumes de laine, du drap, des chevaux, de la poudre, du plomb, etc.; et c’est leur père qui paye pour eux. S'ils trouvent quelqu'un qui consente à leur vendre le grade, ils ont droit sur-le-champ à toutes les distinctions de la bande, et le vendeur renonce à toutes ses prétentions; mais alors il cherche à acheter, à son tour, l'entrée dans une bande supérieure. Les danses des diverses classes sont les mêmes quant au fond ; mais à chacune s'attache un chant différent et quelquefois des pas particuliers.
La seconde classe ou bande est celle des héhderoucha-ochaté, c'est-à-dire la bande du corbeau, et se compose de jeunes gens de vingt à vingt-cinq ans. Il arrive souvent que des jeunes gens restent pendant six mois ou plus longtemps sans faire partie d’aucune bande: ils vont alors à celle du corbeau, et disent : « Père, je suis pauvre, mais je voudrais bien acheter de toi. » Si le propriétaire y consent, ils reçoivent la plume du corbeau, que cette bande porte sur la tête, un double ikkocheka, composé de deux ailerons d’oie attachés l’un à l’autre. Chacune de ces bandes à un chef, qui décide de la vente des droits et des attributs; c’est à lui qu'on s'adresse dans les difficultés qui surviennent. On dispose ensuite une fête qui se prolonge pendant quarante nuits; on y danse, on y mange et l'on y fume. Les frais sont pour le compte des acheteurs, qui cèdent, en outre, pendant tout ce temps, leurs femmes aux vendeurs, jusqu’à ce que les pères soient satisfaits et remettent aux acheteurs leur propriété, ce qui termine la fête.
La troisième classe ou bande est celle des charak-ochaté, ou des kana-karakachka : ce sont les soldats, ou les guerriers les plus distingués. Quand ils dansent, ils se peignent le haut du visage en rouge.et le bas en noir; leur sifflet de guerre est grand et fait de l'aileron d’une grue. Leurs insignes sont deux longs bâtons droits, entourés de peau de loutre, qu’ils appellent manna (le bois), et auxquels ils suspendent des plumes de hibou. Quand ils vont à la guerre, ils plantent ces bâtons en terre devant l’ennemi, et ilne leur est pas permis de les abandonner, non plus qu'aux Européens leurs drapeaux. Ils ont un chant et une danse, et doivent acheter des places dans les classes supérieures. Leur chichikoué, ou crécelle, est fait de fer-blanc ;'il est de la forme d’un petit chaudron, avec un manche; ils possèdent aussi deux pipes dont ils se servent pour fumer dans certaines occasions particulières : deux hommes sont chargés de garder et de porter ces pipes. Toutes les classes supérieures peuvent en même temps faire partie de la bande des kana-karakachka, parce qu’elle est destinée à maintenir la police; mais il va sans dire que tous les membres doivent s'être entendus pour l'achat. Si un seul homme vote contre la vente, l'affaire ne peut se conclure. Il y en a quelquefois qui ne donnent pas leur consentement sur-le-champ, afin de faire monter plus haut le prix de l'achat, el revendre ensuite d'autant plus cher. Ces soldats forment un comité qui dirige Loutes les principales affaires, surtout quand il s’agit d'entreprises générales, comme Changements de demeure, chasses au bison, clôtures de villes, etc. Si les troupeaux de bisons sont dans le voisinage, ils les surveillent et ne permettent pas qu'ils soient troublés par des individus isolés, jusqu’à ce qu'une chasse générale puisse être organisée. |
Pendant ce temps, si quelqu'un tire un loup ou quelque autre animal, les soldats lui enlèvent son fusil et lui donnent parfois des coups, ce qu’il est obligé de souffrir ; on n'épargne pas, en pareil cas, les chefs. Les blancs qui demeurent dans le voisinage, et qu'ils appellent ouachi, sont soumis aux mêmes lois, et il est arrivé souvent que les soldats ont enlevé aux fendeurs de bois du fort leurs haches, ou leur ont défendu de ne leurs travaux, de peur qu’ils ne troublassent par leur bruit les troupeaux de bisons.
Les membres de la quatrième classe ou bande, qui est celle des meniss-ochaté, ou des chiens, portent, en dansant, un grand bonnet de drap bigarré, auquel est attachée une grande quantité de plumes de corbeau, de pie et de hibou, et qui est orné de crins de diverses couleurs et de bandes d’hermine; ils ont aussi un grand sifflet de guerre, fait de l'aile d’un cygne. Trois d’entre eux ont alors, pendante sur le dos, la même lanière de drap rouge dont nous avons parlé à l’occasion de la première bande. Leur tête est généralement ornée d’une’épaisse touffe de plumes de hibou, de corbeau ou de pie, qui retombe par derrière, et souvent aussi ces trois espèces de plumes sont mêlées ensemble. A ces trois hommes, décorés de longues lanières de drap rouge, et qui sont les chiens proprement dits, on a le droit de jeter un morceau de viande par terre ou dans la cendre du foyer, en leur disant : « Tiens, chien, mange! » et ils sont obligés de se jeter dessus et de le dévorer tout cru comme des chiens et des animaux de proie. Le chichikoué de celte bande est formé d’un bâton d’un pied ou de dix-huit pouces de long, auquel sont attachés un grand nombre de sabots d'animaux.
La cinquième bande se compose de berach-ochaté, les bisons ou les loups ; ils portent, en dansant, la peau de la tête d’un bison, avec sa longue crinière et sa corne; mais les deux plus vaillants d’entre eux, choisis parmi tous, et à qui, après cela, il n’est permis, dans aucun cas, de fuir devant l'ennemi, portent sur la tête une imitation complète d’une tête de bison tout entière avec les cornes, et regardent à travers les yeux artificiels, entourés d’un cercle de fer ou de fer-blanc. Cette bande est la seule qui porte un ihkocheka de bois; et, dans la société, il y a une femme qui, lorsqu'ils dansent, leur présente un bassin avec de l’eau pour se rafraichir; mais elle ne peut présenter cette eau qu'aux plus braves qui portent la tête entière de bison. Dans cette occasion, elle est vêtue d’un beau costume neuf en cuir de bigorne, et se peint le visage de cinabre. Les hommes s'attachent par derrière un morceau de drap rouge, avec une figure qui représente une queue de bison, et ils portent les armes à la main. Les hommes à la tête de bison se tiennent toujours, pendant la danse, en dehors du groupe, imitant les mouvements et le beuglement de cet animal quand il court de côté et d'autre, inquiet et timide, regarde autour de lui, etc.
La sixième bande est celle des champsi-ochaté, ou les chevreuils à queue noire. Elle se compose d'hommes âgés de plus de cinquante ans, mais qui dansent pourtant encore. Deux femmes appartiennent à cette bande; elles la servent pendant la danse, font cuire des mets, distribuent de l’eau fraiche et rendent d’autres offices de ce genre. Les hommes de cette bande portent tous autour de la tête une couronne de griffes d’ours, et autour du corps toutes les marques distinctives de leurs exploits, telles que plumes, touffes de cheveux aux bras et aux jambes, scalps, peintures, etc.
Ces bandes, ainsi que toutes les autres danses, s’achètent et se vendent ; et dans ces occasions, ainsi qu’il à été dit, il faut que l’acheteur abandonne sa femme au vendeur pour tout le temps que dure la fête. Si c'est un jeune homme qui n’est pas encore marié, il fait souvent un long voyage, pour aller dans un autre village demander à un de ses amis de lui prêter sa femme; celui-ci l'accompagne alors, et remet sa femme tous les soirs après la danse. Il arrive souvent que cet ami amène avec lui, à la danse, trois ou quatre femmes, ou même davantage, et les remet à son soi-disant père, c’eslà-dire aussitôt que la danse, le repas, la fumerie et le calcul des coups ou exploits sont terminés. Dans ces occasions, une femme se présente après l’autre; elle passe la main par-dessous le bras de l’'homme.qu’elle veut favoriser, et va se placer à l'entrée de la cabane, où elle attend qu'il la suive. Souvent celui qu’elle a invité demeure assis et baisse la tête; alors la femme retourne chez elle, et revient avec des objets de prix, tels que des fusils, des robes, des couvertures de laine et autres ebjets semblables, qu’elle
dépose successivement devant lui, jusqu’à ce qu ’il soit satisfait, qu’il se lève et qu il la suive dans le bois.
Il y a encore d’autres danses qui se vendent et $ achètent, comme, par exemple, une seconde des kana-karakachka, et la danse de la tête à demi tondue ichoché-kakochochaté, que la plus basse classe peut acheter.
Il y a aussi la danse du meniss-chéh-ochaté, old dog dance, la danse des vieux chiens.
La bande des chiens peut l'acheter de celle des bœufs, avant de devenir bœüfs euxmêmes, ou de pouvoir entrer par achat dans la bande des berock-ochaté. A la danse des vieux chiens, on se peint en blanc et les mains en rouge et en noir; on porte des plumes qui pendent en arrière de la tête, et autour du corps une lanière de peau d’ours.
A Rouhptare et chez les Meunitarris, qui l'ont achetée des Ariccaras; a lieu la danse dite chaude (wadaddéch-ochaté). Les petits chiens dont on ne connait pas le nom la conduisent. Pour la danser on allume un grand feu et l’on éparpille par terre une quantité de charbons ardents, au milieu desquels les jeunes gens doivent danser les pieds nus, ainsi que le reste du corps; leurs mains avec l’avant-bras, et les pieds jusqu'au-dessus de la cheville, sont peints en rouge; sur le feu il y a une marmite dans laquelle cuit de Ja viande coupée par morceaux; et quand elle est cuite, ils sont obligés de tremper la main dans l’eau bouillante, au risque de se brûler, pour y prendre la viande et la manger. Ceux qui viennent les derniers sont le plus mal partagés, parce qu’ils sont forcés de rester plus longtemps dans l’eau. Pendant la danse, ils portent à la main le chichikoué et leurs armes. | |
Chez les Mandans, les femmes sont divisées de la même manière que les hommes, en quatre classes, d’après l’âge. La classe la plus jeune s'appelle eruhpa-mih-ochaté:(la bande du fusil); elles portent derrière la tête une couple de plumes d'aigle, se peignent la figure et ont leur danse.
La classe suivante, dans laquelle elles s’achètent, est la bande de la rivière, passanmih-ochaté. Quand les femmes de cette bande dansent, elles portent, attachée sur le devant de la tête par un bandeau blanc, une ee d’aigle qui penche à gauche et dont le tuyau est enveloppé d'herbe.
Les femmes du foin, chan-mih-ochaté, conidanb la troisième classe; elles mettent leurs plus beaux habits quand elles door ét ne chantent que la chanson du scalp.
Enfin, la quatrième classe est celle de la vache blanche, pthou-tack-ochaté. Les femmes se peignent un des yeux de la couleur qui leur plait, mais généralement en bleu deciel. Ces femmes, qui sont pour la plupart âgées, sont tatouées de lignes noires, depuis la bouche jusqu’au bas du menton; elles sont coiffées d’un large morceau de peau de bison blanc, ressemblant à un bonnet de hussard, et qui est orné d’un plumet.
Ces sociétés ou bandes donnent lieu à beaucoup de fêtes, de chants, de musiqueetde danses. Leurs amusements musicaux sont d’un genre fort simple. Le chant des diverses nations indiennes de l'Amérique septentrionale est, à peu de chose près, le même. IL se compose de cris poussés de temps à autre et souvent interrompus par.de grands éclats de joie ; il est accompagné de grands coups frappés sur le tambour pour marquer la mesure, pendant que d’autres hommes agitent le chichikoué. Indépendamment de ces instruments, les Mandans ont encore de longs sifflets de bois, à l'extrémité inférieure desquels voltige d'ordinaire une plume d’ Gus attachée à un cordon. D’autres sifflets, appelés ilucochka, sont plus gros, d’une Pres de vingt pouces, et ont des trous sur lesquels on pose les doigts; c’est en cela qu'ils diffèrent de l'ihkocheka ; ils
sont parfois ornés de peaux el d’autres objets. Ce sont là tous les instruments de musique de ces Indiens. Ils ont encoretplusieurs autres jeux pour se divertir. Celui que les Canadiens français appellent billard, skohpe dans la langue du pays, se joue par
deux jeunes gens armés de longs bâtons, souvent entourés de cuir, et auxquels sont suspendus une foule d’objets différents. Sur une longue lanière droite et unie, ou sur une route bien aplanie, dans le village ou dehors, on fait rouler un petit cerceau rond, recouvert de cuir; on court après et on lui jette le bâton. Le jeu dépend de la convention faite d'avance, d’après laquelle le bâton doit demeurer dans le cerceau ou à côté. Les Meunitarris appellent ce jeu mah-kache.
Les femmes sont fort adroites au jeu de la grosse balle de cuir, qu’elles font tomber alternativement sur le pied et sur le genou, la renvoyant et la rattrapant toujours, et la tenant ainsi pendant fort longtemps en mouvement sans que jamais elle touche la terre. Ce jeu donne lieu à des primes qui sont souvent très-élevées. La balle est ordinairement fort jolie et artistement recouverte de piquants de porc-épic coloriés.
Quand le temps est beau, vers la mi-mars, les garçons et tous les jeunes gens jouent avec un cerceau, autour duquel sont placées plusieurs bandes de cuir qui se croisent en divers sens. Le diamètre du cerceau est d'environ un pied. On le roule ou on le lance; après quoi l’on jette et l’on enfonce de côté, un bâton pointu, dans le tissu, et celui qui approche le plus du centre a gagné. |
Aussitôt que la débâcle a eu lieu, au printemps, les jeunes gens courent le long de la rivière et lancent ce cerceau dans l’eau. On appelle ce jeu wah-gachi-wihha. En été, les Mandans et les Meunitarris se divertissent souvent à courir dans la praïrie, les environs des villages leur offrant les localités les plus favorables à ce jeu. Vingt jeunes gens et plus courent souvent les uns contre les autres; ils sont nus, et il y a parmi eux des coureurs très-vigoureux et très-prompts, et l’on fait à cette occasion de fort gros paris.
Ils sont extrêmement superstitieux, et, dans les affaires un peu importantes, les Mandaus et les Meunilarris se laissent guider par des motifs de crédulité. Ils ont les idées les plus fantastiques sur la nature dont ils sont environnés ; ils croient à l'existence d’une foule d'êtres différents dans les corps célestes ; ils leur offrent des sacrifices, implorent leur secours dans toutes les occasions, pleurent, gémissent, jeûnent, s'imposent de cruelles pénitences pour se rendre les génies favorables, et ajoutent surtout une grande foi aux songes. Quelques-unes de leurs traditions ont du rapport avec les révélations de la Bible, comme, par exemple, l’arche de Noé et le déluge universel, l’histoire de Samson, etc.; mais il reste à savoir si ces récits ne leur ont pas été communiqués par les chrétiens aves lesquels ils ont eu des relations, ce qui est fort vraisemblable. Bien qu’ils n'aient pas embrassé les doctrines chrétiennes, il parait qu’ils en ont adopté quelques parties qui leur ont paru frappantes et intéressantes.
Ces Indiens sont tellement absorbés par leurs préjugés et leurs superstitions, qu'ils expliquent tous les phénomènes de la nature d’après les folles idées que leur fournit leur imagination.
Chez toutes les nations de l'Amérique septentrionale, il y a une classe de personnes qui se livrent particulièrement à tout ce qui a rapport aux conjurations et à la médecine. Chez les Mandans, elles prennent le nom de numank- choppenih (hommes de médecine).
Les occupations principales des Indiens, après le soin de décorer leurs belles parures, de se regarder dans la glace, de fumer, de manger et de dormir, sont la chasse et la guerre : ce sont elles qui remplissent la jée grande partie de leur temps. Leur principal gibier est le bison. Les hommes vont ordinairement à la chasse en corps et à cheval, afin d’être plus en sûreté, dans le cas où ils rencontreraient des ennemis en plus grand nombre qu'eux. Leurs harnais ressemblent fàicelui des Pieds-Noirs, et la selle est à la hongroise. Ils achètent quelquefois des brides des blancs ; elles sont doublées de drap rouge et bleu et très-ornées. Quand ils sont à cheval, ils ont toujours le fouet à la main; le manche en est ordinairement fait de bois; ils ne portent
jamais d’éperons. En été, les troupeaux de bisons sont épars au loin dans la prairie, et leur poursuite exige alors plus de temps et d'efforts; mais en hiver; lorsqu'ils se rapprochent du Missouri et cherchent un asile dans la lisière des forêts, on en tue souvent un grand nombre en fort peu de temps. Les Indiens restent parfois huit à dix jours hors de chez eux, dans leurs expéditions de chasse. Ils reviennent ordinairement à pied, parce que tous leurs chevaux sont chargés de viande. Les bisons sont généralement tués à coups de flèche et à la distance de dix à douze pas. Quand il fait très-froid, si les bisons restent, malgré cela, au loin dans la prairie, les Indiens chassent peu, préféraut souffrir de la faim et ne vivre que de maïs et de fèves; et puis, lorsque, à l’entrée du printemps, on voit beaucoup de bisons noyés descendre la rivière sur des glaçons détachés, ils savent adroitement nager entre ces glaçons, sauter par-dessus et ramener les animaux sur la rive, où ils mangent cette chair demi-pourrie, qui ne leur inspire aucun dégoût. Il est remarquable, dit M. le prince de Wied-Neuwied, à quel point leurs chiens affamés connaissent et utilisent les expédilions de chasse de leurs maîtres. Quand les chevaux reviennent chargés de viande, les enfants du village ont coutume de faire entendre un eri de joie que les chiens comprennent fort bien. Ils se mettent aussitôt à hurler, et courent dans la prairie du côté où la chasse a eu lieu, pour se réunir à leurs parents les loups, et dévorer les restes abandonnés par les chasseurs.
Lorsque les Indiens ont tué un animal, ils commencent par manger tout le foie, l’estomac, la moelle des gros os et les rognons. Les entrailles et la peau appartiennent à celui qui a tué le gibier. S'il arrive un homme de distinction qui ait fait un coup au moment où un animal vient d’être tué, et qu’il en désire la langue ou quelque autre bon morceau, on ne peut le lui refuser. Les Mandans et les Meunitarris ne se servent point de chiens pour la chasse. Ils ont des cerfs et des elks dans les bois, des cabris et des grosses-cornes dans les prairies ou dans les montagnes Noires et autres montagnes des environs. Pour prendre les cabris, qu’ils appellent koké, ils établissent des parcs, mais non pour les bisons; ils poussent les cabris dans l’eau et les y tuent avec leurs casse-tête; mais cela ne peut se faire que dans quelques cas particuliers. Les Meunitarris font des parcs à cabris plus fréquemment que les Mandans. On cherche, à cet effet, une vallée en pente douce, située entre des collines et avant à son extrémité une descente escarpée. Sur le sommet des collines, on établit deux lignes convergentes, d'un ou deux milles de long, formées de branches isolées. Au bas de la côte on construit, avec des pieux et des branches, une espèce de clôture ou de claie, de quinze à vingt pieds de long, remplie et couverte de branches de pin. Un certain nombre de cavaliers poussent les cabris entre les extrémités écartées des deux lignes de branches, et les suivent après cela d’un pas rapide. Les animaux effrayés s’élancent en avant, suivent l’enfoncement et finissent par se précipiter dans la clôture, où on les prend en vie, ou bien on les tue à coups de fouet. LT
Les ours sont rares dans ces environs, et les Indiens n’aiment pas beaucoup cette espèce de chasse, parce qu’elle est souvent périlleuse sans que le profit en compense le danger. | |
Les renards et les loups sont quelquefois tués à coups de fusil, de même qu’en hiver les lièvres blancs ; les deux premiers animaux se prennent aussi dans des piéges. Ceux qu’ils dressent contre les loups sont très-forts et formés par un tronc d'arbre qui relombe. Le loup des prairies n'est pas facile à prendre étant fort prudent. On prend les renards dans de petits piéges que l’on couvre de branchages et de têtes de bison, pour en cacher l'entrée. On rencontre partout dans la prairie des piéges de ce genre, qui sont entourés de petits bâtons, pour empêcher que l'animal n’y entre par le côté. Les castors se traquent au moyen de piéges en fer, que les Indiens achètent des mar-
chands. Les animaux plus petits, tels que l’hermine, se prennent avec des piéges en crin que l’on dresse devant leurs Lerriers. On dit que la chasse aux oiseaux de proie est fort remarquable. L’oiseleur s'étend dans un trou creusé exprès, et assez long pour contenir toute sa personne. On le couvre de branchages et de foin; sur la surface on placé des morceaux de viande, et l’on y attache une corneille ou quelque autre oiseau de ce genre. L'oiseau de proie s’abat sur la viande, et le chasseur le saisit alors par les serres. On prend de cette manière l'aigle à queue noire et blanche, le quilion ou oiseau de médecine des Canadiens. Les Indiens y attachent un grand prix.
Après la chasse, la guerre est une des occupations des Indiens; et la gloire des armes est la plus haute à laquelle ils aspirent. On sait que la valeur des Indiens est très-différente de celle des blancs : s’exposer à découvert au feu de l'ennemi ne serait pas, à leurs yeux, de la bravoure, mais de la folie. C’est la ruse qui leur donne la supériorité. C’est dans-l’espionnage, dans l’art de cacher leurs mouvements et dans les attaques au point du jour qu’ils mettent leurs forces. Celui qui tue beaucoup d’ennemis, sans éprouver Jui-même aucune perte, est regardé comme le meilleur guerrier ; faire un coup est pour eux l'affaire la plus importante. Quand un jeune homme veut se faire une répu-
tation sous ce rapport, il commence par jeüner pendant quatre ou sept jours, aussi longtemps que ses forces le lui permettent; il se plaint, il pousse des cris au seigneur de la vie, il invoque le secours des puissances célestes, et ne retourne dans sa case que le soir pour coucher. Si le seigneur de la vie le fait rêver d’un animal ou d’un morceau de bois de cerisier, c’est bon signe. S'il fait bientôt un coup, sa renommée est consolidée. Mais quel que soit le nombre de coups par lesquels il se distingue, s’il ne fait pas des présents d'objets de valeur, il n’ést point considéré, et on dit de lui qu’il a fait, à la vérilé, beaucoup de coups, mais qu’il est aussi à plaindre que ceux qu'il a tués. Du reste, quelque nombreux que soient Les coups qu’un homme a faits, il ne lui est pas permis de placer de petites Louffes de cheveux à ses habits, s’il ne porte pas un sifflet et s’il n’a pas été partisan, c’est-à-dire chef d’un détachement de guerre. Quand un jeune homme, qui n’a pointencore fait ses preuves, se trouve être dans une expédition, au premierdeses Coups qui tue un ennemi, il se peint sur le bras une raie en spirale, de la couleur qui lui plait, etila le droit de porter une queuedeloup tout entière autour dela cheville. Sile premier il a touché l'ennemi, et s’il le tue, il peint une ligne qui tourne en biaisant autour du bras, et puis une seconde qui la croise en sens opposé, avec trois raies transversales. Au second ennemi, il se peint la jambe gauche en rouge brun. S'il tue également ce second ennemi, avant qu'aucun de ses camarades ait été Lué, il peut mettre deux queues de loup entières autour de ses pieds. Au troisième coup, il se peint deux raies longitudinales sur le bras, toujours avec trois raies transversales accouplées. C’est là le coup qui fait le plus grand honneur. Après le troisième exploit, on ne le marque plus. S'il tue un ennemi après que d’autres personnes du détachement en ont déjà tué, il s'attache à la cheville une queue de loup dont le bout a été coupé. Dans tout gros délachement de guerre, il y a toujours quatre partisans, quelquefois sept; mais il n’y en a jamais que quatre véritables; les autres s'appellent de mauvais partisans. Pour devenir chef, il faut commencer par avoir été partisan, puis tuer un ennemi dans une expédition où l’on n’est pas partisan. Quand on suit, pour la seconde fois, un autre partisan, il faut être le premier à découvrir la peupladeennemie, tuer un hommede cette tribu et avoir possédé la peau entière d’un bison blanc femelle : sans cela on ne saurait prétendre au titre de noumakchi (chef). Tous les guerriers portent autour du cou de petits sifflets de guerre (ihkocheka), qui sont souvent très-élégants et décorés de piquants de porc-épic. Aussitôt que l’on se jette sur l'ennemi, chacun siffle et pousse en même temps le cri de guerre. Ce cri est aigu, et on le fait trembloter en frappant, à plusieurs reprises et avec
vitesse, de la main sur la bouche. Ceux qui jeunent et qui rêvent pour faire un bon coup, ont le ‘droit de porter une peau de loup. Autant on à fait de coups, autant on peut porter de plumes d’aigle dans les cheveux.
Tous les Indiens, dans leurs expéditions de guerre, se construisent, le soir, une espèce de fort; ils s’y trouvent, en quelque façon, en sûreté contre une surprise. Ils - posent toujours des sentinelles la nuit, dans leurs expéditions, aussitôt qu'ils approchent de l'ennemi, et envoient souvent des éelaireurs fort loin en avant. Dans ces occasions, les Indiens sont très-vigilants et dans une activité perpétuelle. Après les combats, on n’enterre point les morts; si on n’a pas le temps de les emporter, on les laisse sur le terrain. Les Mandans, les Meunitarris et les Corbeaux ne martyrisent jamais leurs prisonniers, comme les nations d'Orient et les Pahnis. Aussitôt qu'un prisonnier est entré dans un village et y a mangé du maïs, on le regarde comme faisant partie de la nation même, et personne ne l’insulte. Mais il est arrivé souvent que les femmes sont allées au-devant d’un prisonnier, et l'ont tué avant qu'il entrât au village, surtout lorsque leurs maris ou leurs fils avaient péri dans le combat. IL est rare que les Indiens fassent des prisonniers du sexe masculin dans leurs combats. En général on les tue.
Lorsqu'un jeune homme veut devenir partisan, il consacre une pipe de médecine, toute simple et sans ornement. Il a eu soin auparavant de se concilier la bienveillance des jeunes gens par des présents, et celle de toute l’armée céleste par un jeûne et ses gémissements de quatre jours, qui servent aussi à la consécration de sa pipe. Il s'adresse ensuite aux jeunes gens et les prie de le soutenir-dans son projet. Quand il a trouvé un assez grand nombre de personnes disposées à entreprendre une expédition, et lorsqu'elle a été décidée, ils dansent, mangent et s'amusent pendant plusieurs nuits, et se meltenit aussi ordinairement en marche pendant la nuit. Les femmes ne font jamais partié de ces expéditions. En partant, les guerriers sont mal vêtus et ne sont pas peints. Ils ne partent pas tous ensemble, mais isolément ou du moins par petits détachements. Parvenus à une certaine distance du village, ils font halte sur quelque colline isolée; on s’assied en cercle, on ouvre les sacs de médecine; le partisan tire sa pipe de médecine et la fume.
Lorsque les guerriers reviennent de leur expédition après avoir fait des coups, ils se peignent le visage et souvent tout le corps.en noir, et portent les scalps suspendus à des perches. Les femmes et les enfants vont au-devant d’eux, et ils rentrent dans le village en dansant la danse du scalp. On répète ensuite cette danse pendant quatre nuits. Si la campagne a eu lieu au printemps, et si après cela il n’y a plus aucun membre de la nation de tué, on continue à danser jusqu’à la chute des feuilles; si, au con- (raire, c'est en automne que l'expédition est sortie, on danse jusqu’au printemps. Si, dans l'intervalle, quelqu'un de la nation est tué, toutes les réjouissances cessent immédiatement. Pour se livrer à la danse du scalp, les Indiens se peignent de différentes manières; ils se placent en demi-cercle, marchent en avant ét en arrière, chantant, battant du tambour et jouant du chichikoué. Les femmes dont les maris ont conquis les scalps, les portent attachés à de longues verges.
Les hauts faits exéculés par un détachement de guerre sont tous complés au parlisan. C’est à lui qu’appartiennent les scalps, ainsi que les chevaux enlevés. L'homme qui à Lué un ennemi est un brave et compte un coup; mais la principale gloire en revient au partisan, quand même il n'aurait vu lui-même aucun des ennemis tués. Quand il revient chez lui, les vieillards et les vieilles femmes lui chantent le chant du scalp, honneur qui l’oblige de faire à tous des présents de prix. Il donne tous les chevaux qu'il a enlevés, ainsi que tous Les objets qui ont quelque valeur. Après une de ces expé-
ditions, il est pauvre, mais il a acquis une grande réputation. Les partisans heureux deviennent chefs et acquièrent une haute considération dans leur nation. Les jeunes Indiens vont à la guerre dès l’âge de quatorze ou quinze ans.
Les Mandans et les Meunitarris s'étendent jusqu'aux montagnes Rocheuses; dans leurs guerres contre les Pieds-Noirs, contre les Ojibouais, ils vont jusqu’à Pembina. Leurs autres ennemis sont les Dacotas, les Ariccaras, les Assiniboins , les Chayennes. Ils sont en paix avec les Corbeaux.
Ils ont pour armes : d’abord l'arc et la flèche. Le premier se fait de bois d’orme ou de frêne; car on n’a pas dans ces contrées de bois de bonne qualité, et il est souvent couvert d’ornements. Dans ce cas, on attache à chaque extrémité un morceau de drap rouge de quatre à cinq pouces de long, dont on entoure l'arc, qui est orné de grains de verre blancs, ou de rangées de piquants de porc-épic teints, ou bien encore de petites bandes d’hermine. A l'extrémité supérieure de l'arc on adapte ordinairement une touffe de crin peint en jaune. Le carquois, au haut duquel est attachée la gaine de cuir de l’are, est fait de peau de panthère ou de bison; dans le premier, le poil est en dehors, la longue peau est pendante, et elle est garnie du côté dela chair, de même que chez les Pieds-Noirs, de drap rouge orné de grains de verre blancs disposés en diverses figures. De fort beaux carquois de ce genre se font en peau de loutre; on y attache un grand prix. Aux deux bouts du carquois on laisse retomber, comme ornement, d’étroites lanières de peau.
Les flèches des Mandans et des Meunitarris sont travaillées avec goût. Quoiqu’au premier aspect toutes ces flèches se ressemblent parfaitement, il y a cependant une grande différence dans la manière dont elles sont fabriquées. On assure que, de toutes les nations du Missouri, ce sont les Mandans qui fabriquent les flèches les plus belles et les plus solides. Les pointes de fer en sont épaisses et fortes, les plimes entièrement collées, et l’entourage autour de la pointe et à l'extrémité des plumes est de nerfs d'animaux très-fins et très-égaux. Sur toute la longueur est tracée une ligne rouge en spirale qui doit représenter la foudre. Les pointes de fer faites par les Meunitarris sont plus minces el moins bonnes; ce peuple ne colle pas aussi bien les plumes, et se contente de les attacher par les deux extrémités, comme font les Brésiliens. La pointe en est triangulaire, longuette, plate et bien pointue; ils les fabriquent euxmêmes avec du vieux fer. Elle s'attache légèrement au bois de la flèche, et elle reste ordinairement dans le corps qui a été blessé. On n’empoisonne jamais les flèches. Autrefois toutes les pointes se faisaient avec des pierres aiguës.
Presque tous les Mandans et les Meunitarris ont des fusils; les Mandans les ornent de petits morceaux de drap rouge, qu’ils attachent aux anneaux de cuivre, dans lesquels on passe la baguette. Indépendamment de la baguette qui appartient au fusil, tous les Indiens en portent à la main une autretrès-longue, dont ils se servent habituellement. La giberne est en cuir ou en toile, souvent ornée de grains de verre’ou de piquants de porc-épic, et leur pend sur le dos à une courroie ou à une large et forte bande de drap. | Leurs haches et massues de guerre sont de différentes espèces. Il y en a qui:portent à l'extrémité d’un bâton une grosse pierre ovale, quelquefois recouverte de cuir. D’autres ont de petites haches de fer. Le grand casse-tête, avec la large pointe de fer sur le côté, s'appelle manna-okatanhé ; et une simple massue noueuse en bois est nommée mannapauiché. Plusieurs Mañdans portent en outre des lances. On voit aussi chez cesfindiens des boucliers, mais qui ne diffèrent en rien de ceux des autres nations. Tous portent par derrière, à leur ceinture, leur grand “pa pelas qui leur est indispensable, tant à a chasse qu’à la guerre.
Les Mandans et les Meunitarris se battent bien à leur manière, et l’on cite même d’eux quelques traits de bravoure. |
Les plaies guérissent chez les [ndiens avec une étonnante rapidité. Dans les blessures faites par des flèches, on a coutume de leur faire traverser toutes les chairs, pour que le fer n’y reste point. Il arrive souverit que dans les combats, des hommes et des femmes sont scalpés, qui reprennent ensuite connaissance et guérissent.
Les maladies sont communes chez les Indiens. Les Mandans et les Meunitarris sont sujets à des ophthalmies; il y en à beaucoup de borgnes ou qui ont une taie sur un des yeux. Dans les inflammations des yeux, leur traitement consiste à se gratter le globe de l'œil avec une espèce d'herbe tranchante comme une scie, jusqu’à ce que le sang coule, et c'est peut-être à cela qu'il faut attribuer la perte de cet organe. Ils souffrent beaucoup derhumatismes, de la toux et d’autres maux semblables, ce dont il ne faut pas s'étonner, puisqu'ils vont à demi nus dans les plus grands froids, et sebaignent dans de l’eau glacée. Les bains de vapeur qu'ils prennent dans une cabane hermétiquement fermée, où l’on jette de l’eau sur des pierres échauffées, ont souvent des résultats, très-favorables. En sortant de ces bains, ils vont se rouler dans la neige ou se jeter dans la rivière au milieu des glaçons; mais ils ne rentrent pas après cela dans la chaleur, comme on le fait dans les bains russes. IL y en a qui souffrent de la goutte et dont les membres se déjettent, mais tous ceux qui ont pu supporter ces remèdes violents sont ensuite beaucoup plus forts et plus endurcis. Parfois aussi ils se font piétiner le corps, principalement sur le ventre; usage qui se retrouve chez les Brésiliens. On marche alors sur eux avec tant de force qu’il en résulte souvent des squirres aux entrailles ou des tumeurs au foie. Le bain de vapeur s'emploie contre toutes les maladies. |
Lorsqu'un Mandan ou un Meunitarri vient à mourir, on ne laisse pas le corps long- .temps dans le village; on le transporte à deux cents pas environ, sur un échafaudage étroit, de six pieds de long, et reposant sur quatre pieux d’une dizaine de pieds de haut, qu'ils appellent un machotté; mais auparavant on enveloppe le corps dans des robes de bison ou dans une couverture de laine. Le visage, qui a été peint en rouge, est tourné vers l’orient. Un grand nombre de ces échafaudages entourent leurs villages ; et quoiqu'ils avouent que cet usage est nuisible à la santé des habitants, ils n'y renoncent pourtant pas. On y voit aussi de petits cercueils qui renferment des corps d'enfants altachés avec une toile ou une peau. Les corbeaux se perchent d'ordinaire sur ces échafaudages, et les Indiens n'aiment pas ces oiseaux, parce qu’ils mangent la chair de leurs parents. Quand on demande à un Mandan pourquoi il n’enterre point ses morts, il répond : « Le seigneur de la vie nous a dit, à la vérité, que nous venions de la terre et que nous y retournerions ; mais nous avons pourlant commencé depuis peu à placer les corps des défunts sur des échafaudages, parce que nous les aimons et que nous voulons pleurer en les regardant. » Ils croient que chaque homme a quatre âmes, une noire, une brune, et une d’une couleur claire; que cette dernière retourne seule vers le seigneur de la vie. Ils disent qu'après la mort on va habiter plusieurs.villages situés vers le midi, et qui sont souvent visités par des dieux. Les hommes vaillants et distingués vont au village des bons, et les méchants vont dans un autre. Ils y vivent comme ils vivaient auparavant ; ils y ont des aliments et des femmes; ils chassent et font la guerre. Ceux qui ont bon cœur et font beaucoup de présents aux autres, retrouvent là de tout en abondance; leur existence est conforme à la conduite qu’ils ont tenue sur la terre.
Ils portent pendant une année le deuil de leurs morts; dans ces occasions ils se coupent les cheveux, s'enduisent le corps d'argile blanche ou grise, et se font fréquemment des
entailles aux bras ou aux jambes avec un couteau ou une pierre à fusil tranchante, de sorte qu’ils paraissent tout couverts de sang. Dans les premiers jours qui suivent le décès, on n’entend que des pleurs et des gémissements. Un parent, ou quelque autre personne, vient souvent pour faire ce qu’ils appellent couvrir le mort. Ilapporteavec lui une ou deux couvertures de laine ou de toile rougé, bleue, blanche et verte, et, aussitôt que le corps est posé sur l’échafaudage, il y monte et le recouvre avec ce qu'il a apporté. Cet ami reçoit alors en présent un cheval de la famille affligée. Quand on apprend d'avance que quelqu'un va se présenter dans celte intention, on attache immédiatement un cheval à l’'échafaudage, et celui qui est venu couvrir le mort, après avoir accompli ce devoir pieux, détache sans façon le cheval et l’'emmène. Lorsqu'un Mandan ou un Meunitarri est tué à la guerre et que la famille en reçoit la nouvelle, sans que l'on ait pu rapporter le corps, on roule une peau de bison et on la porte hors du village. Tous ceux qui veulent pleurer le mort se rassemblent et jettent sur le cénotaphe une foule d’objets de valeur, dont ils font présent aux assistants, pendant que la famille se coupe les cheveux, pleure et gémit. Les Mandans ne se coupent pas les phalanges des doigts en signe de deuil, comme les Pieds-Noirs; quand ils le font, c’est comme pénitence ou sacrifice au seigneur de la vie.
Pour un Français ou pour un Anglais la langue des Mandans est difficile à prononcer, mais elle l’est beaucoup moins pour un Allemand ou un Hollandais, parce qu’ils ontune foule de syllabes gutturales. Il n’y à qu’un petit nombre de syllabes nasales; mais, en revanche, ils parlent souvent en entr’ouvrant à peine la bouche, et d’une manière fort indistincte, et en adoucissant beaucoup les voyelles. ;
Les CHocHonis mènent une vie errante. Depuis le milieu de mai jusqu'aux premiers jours de septembre, ils restent sur les eaux de la Colombia, vivant de saumon que ce fleuve nourrit en abondance; puis, l’automne venu, ils descendent vers les plaines du Missouri, y forment des alliances avec les Têtes-Plates, pour se garantir des attaques des Pakis, et ils se livrent ensuite à la chasse du bison. Francs et communicatifs avec les étrangers, les Chochonis leur donnent volontiers le peu de vivres qu'ils ont.
Ils sont de taille médiocre; ils ont les pieds gros et plats, les chevilles grosses. Leur teint ressemble à celui des Sioux; il est plus foncé que celui des Meunitarris, des Mandans et des Panis. Les hommes et les femmes laissent flotter leurs cheveux épars sur les épaules. Quelques hommes les partagent pourtant, avec des courroies de cuir ou de peau de loutre, en deux queues égales pendant par-dessus les oreilles sur le devant du corps. Les Chochonis se coupent les cheveux à la hauteur du cou, quand la peuplade est afiligée d’un grand deuil, comme celui de la perte de plusieurs guerriers distingués. |
D'un caractère sociable, doux et gai, ils aiment la parure. On ne saurait dire quel est au juste leur gouvernement. Chaque individu relève de lui-même, et le chef n’a pour lui que l’action du conseil. Ce chef est ordinairement le guerrier le plus brave; c’est un rang qui n’est ni conféré par des cérémonies, ni caractérisé par des insignes. Dans sa famille, l'homme est maître et despote : il peut vendre ses femmes et ses filles.
La polygamie est en vigueur chez les Chochonis; mais on n’y peut, comme chez les Mandans et les Meunitarris, épouser sa propre sœur. Les filles sont fiancées en bas âge, el échangées par le père contre des chevaux et des mulets. A l’âge de puberté, c'est-àdire à quatorze ou quinze ans, on remet la jeune fille à son mari, et le père fait un cadeau égal à celui qu’il a reçu lors des fiançailles. Loin d’être jaloux, les Chochonis trafiquent des faveurs de leurs femmes. |
Chez les Chochonis, la femme est chargée des plus rudes travaux de la maison; l'homme ne se réserve que les périls du combat et le soin de son cheval. Ils regardent
comme une humiliation d'aller à pied à une certaine distance. Du reste, les chevaux sont assez nombreux pour que tout le monde en ait, femmes et hommes. Leurs chevaux sont beaux et pleins de vigueur; chaque guerrier en a toujours un ou deux attachés à un pieu près de sa cabane. La guerre étant le premier besoin des Chochonis, nul ne peut espérer de marquer dans sa tribu, s’il n'a fait ses preuves de courage. Tuer un ennemi n’est rien, si l’on ne rapporte pas sa chevelure du champ de bataille. Qu'un guerrier mette à mort beaucoup d’adversaires dans un combat, il n’en aura pas les honneurs si d’autres que lui ramassent les chevelures des morts. Les armes ordinaires du guerrier chochoni sont l'arc et les flèches, le poggamogou, une lance, et un bouclier.
L'habillement des hommes consiste en une robe, une collerette, une chemise, de longues chausses ou bas, et des mocassons ou chaussons. La robe est ordinairement de peaux de grosse-corne ou de cerf rouge, de peaux de castors, de marmottes, d’élans, de jeunes loups, quoique la peau du bison soit préférée à lout cela. On passe ces peaux en y laissant le poil; les robes descendent jusqu'au milieu de la jambe. Mais la pièce la plus élégante de l'habillement des Indiens est la collerette, dont le collet est une bande de quatre à cinq pouces, coupée le long du dos d’une peau de loutre. Le museau et les veux en forment une extrémité, et la queue une autre. À cetle bande on laisse les poils; puis on attache sur l’un des bords, d’un bout à l’autre, cent ou deux cents petits rouleaux de peaux d’hermines. On fixe des glands faits de franges de la même peau au bout de la queue pour en mieux faire ressortir la couleur noire, Le milieu du collet est, en outre, orné de coquilles perlières. Ces collerettes sont très-estimées ; on ne les donne que dans les occasions importantes. La chemise est de peau d’élan ; elle descend jusqu’à mi-cuisse : ses bords sont quelquefois unis, d’autres fois terminés par la queue de l'animal. Les coutures pratiquées sur les côtés sont garnies de franges et de piquants de porc-épic. La partie inférieure de la chemise garde la forme naturelle des jambes de devant et du cou de l'animal, décorés d’une légère frange. Les chausses sont aussi faites de peau d’élan ; le mocasson ou chausson est en peau de cerf, d’élan ou de bison, passée et sans poil. Il est orné de figures failes de piquants de porc-épic.
L'habillement des femmes diffère peu de celui des hommes. Quoique plus courte, la robe est portée de la même manière; la chemise, les mocassons diffèrent. Le principal ornement de la chemise des femmes est sur la poitrine, où l’on voit des figures bizarres faites avec des piquants de porc-épic. Les femmes ont, comme les hommes, une ceinture autour du corps. Les enfants seuls portent des colliers de verroterie. Les adultes les suspendent aux oreilles en petites pendeloques, et les entremêlent de morceaux d'huîtres perlières. Quelques hommes en parent leurs cheveux en y ajoutant des ailes et des queues d’oiseaux, notamment des plumes du grand aigle, qu'ils recherchent beaucoup. Les colliers sont faits, soit de coquilles marines, soit d’écorces aromatiques, qu'ils tressent et tordent de la grosseur du doigt. Les hommes ont quelquefois un collier d'os ronds semblables à des vertèbres de poissons ; mais le collier préféré, le collier le plus honorable, est fait des griffes de l'ours brun. Ces griffes sont alors suspendues à une lanière de cuir; on les décore de grains de verroterie; et les guerriers sont tout liers de les porter au cou; car tuer un de ces animaux est un exploit équivalent à celui de tuer un ennemi.
Echanger son nom avec son ami est une marque de politesse chez ce peuple, de même que la cérémonie d’ôter les mocassons est un gage de sincérité et d’hospitalité. Quand un Chochoni fait ce dernier acte, il semble dire : « Puissé-je marcher pieds nus, Si je vous Lrompe; » ce qui, dans un pays semé de plantes épineuses, est la plus terrible des imprécations. Les noms des Chochonis varient dans le cours de leur vie.
A chaque nouvel exploit, un adulte ou un homme fait a le droit d’en changer.
Sous le nom générique de Tres-PLATES, on comprend les KiLLamoxs, les CLASTOPS, les Teumnouxs, les CaTLAMAHS; ces peuples ont entre eux de grandes ressemblances tant physiques que morales. Ils sont en général de petite taille, mal faits et d'un extérieur repoussant. La couleur de ces Indiens est le brun cuivré; ils ont la bouche grande, les lèvres épaisses, le nez de moyenne grandeur, charnu, élargi aux extrémités, avec de grandes narines. Les yeux sont presque toujours noirs.
Le nom de Têtes-Plates est venu à ces tribus de l’usage où ils sont d’aplatir la tête aux nouveau-nés. Pour oblenir cet aplatissement, la mère place son enfant dans une machine qui lui comprime la tête, et l’y laisse dix à douze mois ; les garçons plus longtemps que les filles.
Ces peuples ont le caractère doux et affectueux. Ils sont questionneurs et grands parleurs; ils ont de l'intelligence , de la finesse et une excellente mémoire. Tout ce qu’ils voient ‘excite leur curiosité; ils répondent sensément à toutes les questions, et apprennent facilement les langues étrangères. Chez eux, la femme n’est pas dans l’état d'infériorité que l’on remarque parmi les autres peuplades. 11 leur est permis de parler librement devant les hommes; on les consulte, on les écoute, on suit même leurs avis. La conduite des pirogues, qui ailleurs repose sur les femmes, est ici commune aux deux sexes. Les travaux du ménage sont partagés. Les hommes ramassent du bois, font le feu, aident à vider le poisson, à bâtir les maisons, à construire les pirogues, à fabriquer les ustensiles. Les femmes recueillent les racines, fabriquent divers objets avec le jone, l’acorus, l'écorce de cèdre et le bear-grass.
Ils ont le vice des jeux de hasard, dont ils connaissent un grand nombre, assez perfectionnés pour la plupart. Dans le commerce, ces Indiens montrent de l'intelligence, de la finesse, même de la subtilité. Naturellement soupçonneux, ils refusent constamnent la première offre, quelque élevée qu’elle soit. Ces habitudes de calcul, étrangères à toutes Les autres tribus indiennes, leur sont venues de leurs rapports fréquents avec les brocanteurs de la Colombia, Le lieu du grand marché est à la chute même du fleuve, Toutes les nalions voisines s’y rassemblent à des époques fixes; celle des plateaux de l'est, et celle du liltoral de l’ouest, chacune avec les produits de son sol, de son industrie ou de sa chasse.
Leur costume diffère beaucoup de celui des Chochonis. Les hommes portent une petite robe qui ne va qu’à mi-cuisse; quelquefois aussi des couvertures tissues de la laine de leurs moutons. La robe des femmes ne commence qu'à la ceinture. Les plus estimées sont en bandes de peaux de loutre de mer, que l’on tord et que l’on entrelace avec des liens d'herbe ou d’écorce de cèdre.
Au rebours des indigènes de la montagne, ces sauvages ne portent ni bas ni mocassons; vivant sous un climat chaud et sur une plage unie, ils n'ont pas besoin de chaussure. Ils se coiffent avec un chapeau fait de bear-grass et d’écorce de cèdre entrelacée; ce chapeau est conique avec un bouton de même forme au sommet. Quelquelois ces sauvages se tatouent ou se laissent tatouer. La plus grande passion des hommes et des femmes est celle de la verroterie blanche et bleue.
Les Kansas ou Konzas habitent les bords de la rivière de leur nom. Moins nombreux que les Osages, ils sont plus redoutables par leur courage. Leur gouvernement est une espèce d’oligarchie républicaine, présidée par des chefs, Le plupart héréditaires, mais qui souvent sont éclipsés par des guerriers illustres. Toute affaire importante est soumise à l'assemblée des guerriers, qui décident à la majorité des voix. Le peuple est divisé en trois classes. Le gros de la nation se compose de guerriers ou chasseurs; les jongleurs et les cuisiniers forment les deux autres classes. Les jongleurs, qui sont en
même temps prètres et magiciens, ont une grande influence sur les affaires publiques par leurs divinations, leurs sortiléges, et par l'interprétation des rêves. Quoi qu’il en soit, ils se montrent assez bons jongleurs; ils s’enfoncent de larges couteaux dans la gorge en répandant le sang à gros bouillons; ils insèrent des bâtons aigus dans leur nez, ou ils rejettent par les narines des os qu’ils ont avalés auparavant; d’autres percent leur langue d’un bâton, et se la font couper pour rejoindre ensuite les morceaux, sans qu’il reste aucune trace de l'opération. Les cuisiniers sont au service du public, ou attachés à quelque personnage marquant : ce sont quelquefois d'anciens guerriers qui, se trouvant affaiblis par l'âge ou accablés d’infirmités, et ayant perdu toute leur famille, se voient obligés d’embrasser cette profession; chargés en même temps des fonctions de crieurs publics, ils convoquent les chefs aux conseils ou aux festins.
Les Osaces proprement dits sont disséminés en trois villages qui, un jour, pourraient bien former trois peuplades particulières : les grands Osages, les petits Osages, et les Osages de l’Arkansas : le nombre de ces derniers s’accroit journellement.
Ces peuples sont redoutés comme une nation brave et belliqueuse par les peuplades au sud et à l’ouest de leur territoire; mais ils ne sauraient lutter avec les guerriers des nations septentrionales, munis de bons fusils rayés, et envers lesquels ils jouent sagement les rôles de quakers du désert, en continuant de faire une guerre implacable aux sauvages de l'occident, nus et sans défense, ou seulement armés de flèches et de lances. IL faut croire cependant que, par la suite, ils sauront mieux résister à leurs voisins du nord, s’il est vrai qu’ils possèdent aujourd'hui quatre pierriers provenant d'un fort espagnol, et deux canons de bronze donnés par le gouvernement des États- Unis, qui paraît vouloir.les amener promptement à une civilisation européenne.
Les Osages ont pour mets ordinaires des épis verts de maïs préparés avec de la graisse de poisson, des citrouilles bouillies et des viandes. Ils sont hospitaliers par ostentation. Lorsqu'un Américain des États-Unis entre dans un village, l’usage veut qu'il se présente d’abord à la cabane du chef, qui lui sert un repas où son hôte mange le premier, à la manière des anciens patriarches. Ensuite, tous les personnages les plus importants du village invitent l'étranger, et ce serait leur faire une grande insulte que de ne point obéir à l'appel; en sorte que dans une même après-dinée, on peut recevoir douze à quinze invitations; c’est le cuisinier qui les fait, en criant : e Venez et mangez, un tel donne un festin; venez et jouissez de sa libéralité. »
Dans les villages, les cabanes sont dressées sans ordre, et quelquefois si rapprochées, qu'elles obstruent le passage. Pour surcroît d’embarras, les chevaux parquent la nuit au milieu des rues, lorsqu'on a lieu de craindre que l’ennemi ne rôde dans le voisinage. Du reste, leurs habitations sont fraîches et très-propres.
Les Panis ou PAWNEES, que les Espagnols appellent Padoucas, forment une nation nombreuse, disséminée sur les bords des rivières Plates et Kansas, et divisée en trois branches principales : les grands Panis, les Panis républicains, et les Panis loups, qui quelquefois se font la guerre. Ils ont la stature haute et élancée, les os des joues fort proéminents et la prononciation gutturale. Leur gouvernement a la forme d’une aristocralie héréditaire.
Is selivrent à la chasse du bison, qui abonde dans leur territoire, ce qui neles empêche pas de s’appliquer à la culture des champs, ni de penser à l'avenir, en faisant des provisions pour l'hiver. Ils coupent les citrouilles en tranches fort minces, qu'ils font sécher au soleil, afin d’avoir de quoi donner à leur soupe quelque consistance pendant toute l’année. Ils ont des troupeaux d'excellents chevaux, dont ils prennent le plus grand soin; cependant ils font la guerre à pied, en cherchant des positions où ils puissent se servir avec avantage de leurs armes à feu.
Les habitations sont de forme ronde avec une saillie vers la porte; chaque membre de la famille a sa chambre particulière. Ils aiment les jeux d'exercice, auxquels ils se livrent dans des places publiques de 700 à 800 pieds de long, préparées exprès de chaque côlé du village. |
Les Omanas, que quelques voyageurs appellent, à tort, Mahas, formaient autrefois une tribu nombreuse; mais les guerres cruelles qu'ils eurent à soutenir contre leurs voisins, et la petite vérole, les ont beaucoup réduits; ils n'ont plus maintenant que bien peu de jeunes gens vigoureux. Ces indigènes ne diffèrent pas beaucoup des autres Indiens; seulement ils ne sont pas aussi bien faits que les Sacs.
Comme nous l'avons dit, la petite vérole leur a causé de grands dommages; aussi en sont-ils presque tous marqués; plusieurs même en sont devenus aveugles, d’autres borgnes, et d’autres enfin ont des taies sur les yeux. Leur visage est marqué de raies rouges; chez les uns, le front et le menton sont peints en rouge; d’autres n’ont de raies que sur les joues. Peu d’entre eux ont le nez aquilin ; leurs yeux sont rarement rabaissés aux coins; en général, ils les ont petits, quoique quelques-uns, par exception, les aient assez grands. Ils portent leurs cheveux retombant sans ordre sur le cou; aucun n’a la tête rasée, et tous sont fort sales et misérables. La physionomie des femmes est laide; cependant leur visage n’est pas tout à fait aussi large el aussi plat que chez les Sacs et les Renards. Leur costume ne diffère pas ORNE de celui des autres tribus; et, comme celles-ci, elles portent des rangs de wampum dans les trous de leurs oreilles.
Le costume des hommes se compose des culottes que nous avons décrites pour les Sacs et les Renards, et leurs épaules sont couvertes d’une peau de bison. Ils sont armés d’arcs et de flèches renfermées dans des carquois de peau, et jetés en travers sus leur dos. |
Le prince de Wied-Neuwied fut témoin d’une danse d Omahas. Il raconte que le coryphée, homme fort et de haute taille, portait sur la tête un panache colossal, semblable à ceux de quelques tribus brésiliennes, mais travaillé moins artistement; il se composait de longues plumes provenant de la queue et des ailes de hibou et d'oiseaux de proie. Le danseur, qui tenait à la main un arc et des flèches, avait le haut du corps nu, sauf une peau blanchätre qui lui couvrait l’épaule droite et la poitrine. Ses bras, son visage et toutes les parties nues de son corps étaient peints de raies et de taches blanches; sa culotle, rayée en travers d’une couleur foncée, était garnie par le bas d’un grand nombre de franges; il portait en outre un tablier. Sa taille athlétique ajoutait encore à son air naturellement martial et sauvage. — Un autre homme, plus jeune que celui-ci, mais également d’une taille herculéenne, tenait à la main une massue de guerre, blanche et ornée à la poignée d’une peau de putois. Nu jusqu’à la ceinture, il avait sur la tête un bonnet de plumes. Ces deux hommes, ainsi que plusieurs jeunes gens, formaient une ligne et avaient en face d'eux d’autres Indiens, aussi placés en ligne, mais assis Au milieu de la réunion , le tambour résonnait dans une mesure accélérée, tandis que plusieurs. individus secouaient en cadence leurs massues pourvues de sonnettes, et que toute la compagnie, dont la majorité des membres étaient peints en blanc, chantait : haï! haï ! ou bien : hi! hi! etc., en s'interrompant, de temps à autre, pour pousser une vive acclamation. La manière de danser consiste à pencher le corps en avant et à sauter en l'air des deux pieds à la fois, sans néanmoins s'éloigner beaucoup de terre; puis à secouer les armes et à les élever à des instants déterminés; le tout au bruit du tambour, qui continue à battre vivement. — Quand ils se sont livrés à ce violent exercice pendant une heure environ, on jette à terre, devant eux, un tas de tiges de tabac, présent accoutumé dans ces occasions, et qui est Le signal de la clôture de ces jeux.
Les Poncars ou Pons des Français sont une tribu d'Omahas, dont ils parlent aussi à peu près la langue. Mais ils en sont depuis longtemps séparés et habitent les deux rives de l'Eau qui Court et les bords du Punctsa-Creck, que Clarke et Lewis appellent Poncara. Autrefois ils vivaient, comme les Omahas, dans des huttes de terre, à l'embouchurede la rivière; mais leurs puissants ennemis, les Dacotas et les Pawnees, détruisirent leurs villages, et depuis ce temps ils ont adopté la manière de vivre des premiers, c’est-à-dire qu'ils demeurent dans des tentes de cuir, et qu'ils ne s'arrêtent pas longtemps dans le même lieu. Quant aux formes extérieures el au costume, ils diffèrent peu des Omahas. C’étaient de braves guerriers; mais, comme leurs vainqueurs, la petite vérole et la guerre leur ont été nuisibles,
Les Poncars ont les traits fortement marqués, les os des joues proéminents, le nez aquilin, et les yeux noirs et expressifs. Ils laissent croître leurs cheveux qui pendent jusque sur leurs épaules et même plus bas; les chefs seuls les portent un peu plus courts, et les rassemblent par derrière en une tresse. Ces Indiens vont nus jusqu’à la ceinture, et portent autour du cou un ruban orné. Leurs oreilles sont percées de grands trous, auxquels pend un ornement de coquillages. Les chefs laissent encore croître leur barbe sous le menton, laquelle, du reste, ne se compose que de quelques poils longs et épars. Ils portent au poignet un étroit bracelet de métal; leurs culottes sont fort simples, et une grande peau de bison complète leur toilette. Cette peau est remplacée chez les chefs par une couverture de laine blanche.
Les Dacoras, ou Sioux des Français, forment encore aujourd’hui une des nations indiennes les plus nombreuses de l'Amérique du nord. Le pays qu’ils parcourent s'étend depuis le Big-Sioux-Riou., entre le Missouri et Le Mississipi, le long de ce dernier jusqu’au Root-River, et au nord jusqu’à l'Elk-River, puis se dirigeant en ligne droite vers l’ouest, ce qui comprend les sources de Saint-Peter’s-River, joint le Missouri au-dessous des villages des Mandans. Les Dacotas se subdivisent en diverses branches qui, à quelques différences près, parlent toutes la même langue.
Les traits de ces Indiens sont moins réguliers que ceux de beaucoup d’autres nations du Missouri; mais il n’y a pas une grande différence dans leurs physionomies. Les Dacotas ont, en général, les os de la face très-forts et ceux des joues proéminents, levisage allongé, | les yeux longs et peu ouverts, le nez tantôt aquilin, tantôt long et un peu recourbé, le teint d’un brun foncé. Ils portent les cheveux longs et pendants, souvent tressés par derrière en queue ; les hommes âgés les laissent tomber naturellement; mais ils les coupent derrière le cou et les écartent sur le front. Chez les jeunes gens, ils sont souvent partagés, et une large boucle plate retombe sur le nez. Tous ces Indiens sont chasseurs; ils poursuivent les animaux que l’on peut prendre, et dans leurs voyages, ils couchent sous des tentes de cuir faciles à transporter. Les Dacotas possèdent des chevaux et des chiens ; ils mangent ces derniers. Autrefois les Dacotas du Missouri étaient dangereux pour les blancs; mais aujourd’hui, à l’exception de la branche des Ianhtoans ou Yangtons, ils jouissent d’une assez bonne réputation et vivent en paix aves les Européens. Ceux d’entre ces Indiens qui demeurent dans le voisinage des blancs s’allient souvent avec eux par des mariages, et se fient à leur protection. Ils deviennent alors des chasseurs paresseux, nonchalants, et par conséquent fort pauvres. |
Les hommes sont nus jusqu’à la ceinture, et couverts seulement d’une grande peau de bison blanche ou peinte. Ils portent dans les oreilles de longs cordons de coquilles de wampum, blanches et bleues, et quelques jeunes gens se parent la tête de deux ou trois plumes dépouillées de leurs barbes, excepté à la pointe. Ils portent sur le dos un carquois de euir qui contient leurs flèches et auquel est attaché le fourreau de l’are; ils tiennent celte dernière à la main. M, Bodmer, qui accompagnait le prince de Neuwied, fit au
crayon le portrait d’un de ces naturels. Cet homme se présenta en grande toilette, le visage peint en rouge avec du cinabre, et de courtes raies noires parallèles sur les joues. Sur la tête, il portait des plumes d'oiseaux de proie, placées sans ordre; c’étaient des trophées de ses exploits, une indication des ennemis qu'il avait tués. Elles étaient attachées horizontalement par des bandes de drap rouge. Les oreilles étaient parées de longs cordons de grains de verre bleu, et sur la poitrine pendait, à un cordon passé autour du cou, la grande médaille d'argent des États-Unis. Sa culotte, ou ses leggings de cuir, peinte avec des croix et des raies de couleur sombre, était ornée extérieurement avec beaucoup de goût d'une large bande brodée avec des piquants de porc-épic en figures rouges, bleues et jaunes. Ses souliers étaient également ornés et de la même manière. Sa robe de bison était blanche par le bas, et à la main il tenait son tomahawk ou hache d'armes. Il paraissait très-flatté de servir de modèle, et il garda pendant toute la séance la position qui lui avait élé ordonnée, ce qui est, en général, fort difficile pour les Indiens. | |
Les femmes dacotas ressemblent assez à celles des autres Indiens dont nous avons déjà parlé; seulement leurs traits sont moins larges et moins plats que chez les femmes des Sacs et des Renards, et il y en a quelques-unes dans le nombre qui sont assez jolies. -
Les tentes des Dacotas ont la forme de grands pains de sucre; elles sont pointues par le haut, faites de gros pieux et recouvertes de peaux de bison cousues ensemble. Ces peaux sont ratissées des deux côtés, au point qu'elles deviennent transparentes comme du parchemin, et laissent pénétrer le jour dans l’intérieur des tentes. Au sommet, à l'endroit où les pieux se réunissent, se trouve l'ouverture par laquelle s'échappe la fumée et que l’on cherche à mettre à l’abri du vent au moyen de soupapes ou d'ailes formées avec la peau de la tente. Une longue perche, uniquement destinée à cet usage, et qui s’attache à l'extrémité supérieure du bord de la couverture de la tente, est placée de manière qu’une de ces ailes, posée perpendiculairement, se tourne toujours du côté d’où vient le vent. Au lieu de porte, il y a une fente sur le devant de la hutte, et elle se bouche ordinairement avec un morceau de peau tendu sur un cadre. Au centre de la hutte on entretient seulement un petit feu. À côté de ces tentes de cuir on plante en terre des pieux, auxquels on suspend divers ustensiles, des cadres pour étendre les peaux nouvellement préparées, pour attacher des sacs et des poches de parchemin, peints de diverses couleurs, ou bien pour garder les armes, telles que les arcs, les flèches, les carquois, les lances, les massues de combat et les boucliers de cuir.
Une des plus importantes occupalions des Dacotas est le vol des chevaux; cette action, quand elle a lieu au détriment d’autres nations, est regardée comme un exploit, et honorée autant et même plus que la mort d’un ennemi.
Les chiens sont précieux à ces Indiens; ils en ont de deux espèces : l’une sert à tirer les fardeaux , et l’autre à chasser. Les premiers ressemblent beaucoup aux loups; ils en ont la taille et la force ; leur couleur est souvent la même; d’autres fois, noire, blanche ou blanche tachetée de noir; et ils ne se distinguent des loups que par la queue qui est un peu plus retroussée. La voix de ces animaux n’est pas un véritable aboiement, mais plutôt une sorte de hurlement; et il est facile de voir qu'ils sont alliés au loup, lequel, même pendant le jour, s'approche des huttes indiennes, et qui, par conséquent, s’accouple souvent avec les chiennes. Les seconds descendent tous de chiens européens, dont ils ont l’aboiement.
Les Dacotas ont une singulière manière de traiter leurs morts. Ils les enveloppent de couvertures et de peaux, et les placent, tout habillés et peints, avec leurs armes et autres ustensiles, sur un échafaud soutenu par quatre piliers, où ils restent jusqu’à ce
qu'ils soient corrompus ; après quoi on Îes enterre. Ceux qui sont tués en combattant sont enterrés sur le champ de bataille. Même en temps de paix, ils déposent leurs mortsdans la terre, et les protégent contre les loups par des bois et des épines. D’autres fois, ils déposent leurs morts dans les branches des arbres, sur le tronc desquels on pratique un petit berceau, qui sert de retraite aux parents lorsqu ils viennent pleurer et gémir, cérémonie qu'ils répèlent souvent plusieurs jours de suite. Les parents du défunt se coupent les cheveux en signe de deuil, se frottent d'argile blanche, et distribuent tous les objets de prix qu’ils possèdent et leurs plus beaux habits aux personnés présentes. |
Les Indiens dacotas qui habitent les environs du Fort-Pierre sur le Teton-River, font, en général, partie de Îa tribu de Tetons ou Tentons, mais il existe parmi eux quelques Yangtons. Ils sont, en général, fort musculeux, de moyenne taille, et ressemblenten tout aux Dacotas des autres tribus. Ils se peignent les joues en rouge, quelques-uns le tour des yeux en blanc; ils se marquent quelques points noirs sur le front, ou bien un cercle blanc avec des points noirs sur chaque joue. Plusieurs de ces indigènes portent dans les oreilles des cordons de wampum; mais la plupart préfèrent des rangs de grains de verre bleu ou blanc. Ils se tatouent la poitrine de raies noires ou-bien de
petites figures. Ces Indiens laissent croitre leurs cheveux aussi longs que possible, et les tressent par derrière en une longue queue qu'ils ornent de plaques rondes ou de roseltes de cuivre. On voit de ces Dacotas qui ont trois de ces queues, une par derrière, et une de chaque côté.
Leurs femmes portent les cheveux retombant naturellement, séparés au milieu de la tête; la ligne de séparation est peinte en rouge. Leurs robes sont en cuir, peintes en rouge et noir. Leurs souliers sont ornés avec goût et garnis de piquants de porc-épie, coloriés et disposés en toutes sortes de figures.
Les Dacotas, en général, attachent un grand prix à la vaillance; c’est pourquoi ils: élalent toujours, d'une manière visible, les marques distinctives de leurs exploits. Du
ombre de ces marques sont surtout les touffes de cheveux aux bras et aux jambes, ainsi que les plumes sur la Lête. Celui qui, en présence du parti opposé, touche un ennemi mort ou vivant, a le droit de placer une plume horizontale dans ses cheveux. Celui qui tue un ennemi de sa propre main, place une plume perpendiculaire. Si l'enpemi est Lué d’un coup de fusil, on place dans les cheveux un petit morceau de bois représentant la baguette. Quand un guerrier s’est distingué par différents exploits, il acquiert la faculté de porter un grand bonnet à plumes avec des cornes de bœuf; le bonnet, de plumes d’aigle attachées à un bandeau de toile rouge retombant par derrière le long du dos, est fort estimé de tous les peuples du Missouri, et on ne l'échange jamais que contre un bon cheval. Il est permis à celui qui le premier découvre l'ennemi de porter une petite plume à laquelle on a enlevé les barbes, excepté à l'extrémité. Enfin, celui qui a fait un prisonnier, porte un bracelet d'une forme particulière.
Les Dacotas ne savent pas guérir les malades, mais ils sont habiles à panser les blessures. Avant leur mort, ils ont coutume de fixer la manière dont ils veulent être ensevelis : sur un échafaudage, dans un arbre ou dans la terre. |
Les Dacotas se livrent souvent au sangkodeska-kutepi, ou jeu du cerceau. Il consiste à lancer au travers du cerceau des bâtons marqués de cuir.
La vie de ces hommes, si l’on en excepte la chasse et la guerre, se passe à manger, à fumer, à dormir et à fabriquer des armes. |
Les CoRBEAUx ou Crows des Anglo-Américains, sont aussi appelés, par les Mandans, Éaiderouka ; et le nom qu’ils se donnent eux-mêmes est Apsarouké. Le territoire qu'ils habitent est borné, au nord, par le Yellow-Stone-River (rivière de la Roche-Jaune), et
*SOAXDNID SOUVIPUT
*XAVA4HON SNAHIGNI
s'étend, autour du Bighorn-River, jusque vers les sources de Ja Chayenne et les monlagnes Rocheuses.
Ces Indiens sont un peuple nomade et chasseur, qui ne demeure point dans des villages stables, comme les Ariccaras, les Meunitarris et les Mandans; ils ne se livrent à aucune culture, si on en excepte une très-petite quantité de tabac, qu’ils ont coutume de semer. Ils voyagent avec leurs tentes de cuir, chassent le bison et toutes sortes de gibier, élèvent beaucoup de chevaux et de chiens; mais ils ne se nourrissent point de la chair de ces derniers. De même que chez tous les Indiens du Missouri, il existe parmi les Corbeaux diverses associations. Ces associations ont chacune une danse qui leur est particulière; le droit d'y prendre part s’achète, comme chez les autres tribus indiennes.
Les Corbeaux sont les plus fiers d’entre les Indiens. Ils méprisent souverainement les blanes, qu’ils ne tuent point, mais qu'ils pillent souvent. Pour ce qui regarde le physique de ces Indiens, et leur manière de s’habiller, ils ressemblent aux Meunitarris, les deux peuples n’en ayant formé, dans l'origine, qu’un seul, ainsi qu’il est aisé de le reconnaître au rapport de leur langage. Les femmes des Corbeaux sont très-habiles aux travaux manuels; leurs costumes de cuir de bigorne, brodés et peints, et leurs chemises brodées en piquants de porc-épic coloriés, sont d’une beauté extraordinaire, ainsi que leurs robes de bison, aussi peintes et brodées. Les hommes fabriquent leurs armes, qu'ils parent avec beaucoup d'élégance, surtout leurs grands ares, incrustés de corne de bigorne ou d’elk, et souvent aussi recouverts de la peau d’un serpent à sonnettes. |
Ces sauvages sont très-superstitieux ; par exemple, ils ne veulent jamais fumer leur pipe quand il y a une paire de souliers suspendus dans leur cabane. Ils éprouvent encore une espèce de crainte à la vue d’un bison femelle. Quand un Corbeau rencontre un de ces animaux, il se tourne vers le soleil et lui adresse ces mots : « Je veux te la donner. » 1l s'efforce alors de tuer l’animal, et quand il a réussi, il le laisse à terre, et dit encore au soleil : « Prends-la, elle t’appartient. » Du reste, ils ne font pas de la peau de ces bisons femelles le même usage que les Mandans. Les objets les plus sacrés pour ces peuples sont le soleil, la lune et... le tabac; aussi tous les enfants portent-ils une petite porlion de ce végétal autour du cou, bien enveloppée comme une amulette.
Les Corbeaux vendent quelquefois leurs femmes, qui du reste sont les plus dissolues de toutes les nations du Missouri. Ils n’enterrent pas leurs morts ; mais, de même que les Mandans, ils les placent au milieu de la prairie, sur des échafaudages isolés. Une femme de la nation des Corbeaux, étant sur le point de mourir, témoignait une grande inquiétude, dans la crainte qu'après sa mort on ne la déposât dans la terre à la manière des blancs. Dès qu’on l’eut tranquillisée à ce sujet, elle rendit le dernier soupir avee la plus grande tranquillité d'âme.
Ils se frottent de castoreum, dont ils trouvent le parfum agréable; ils le délayent avec une couleur rouge; mais cet usage n’est pas exclusif à celle nalion.
Par l’apparence extérieure, les AssiNiBoins diffèrent peu des Dacotas, dont ïls sont une tribu anciennement détachée; ils ne sont cependant pas aussi grands et aussi efflanqués que ceux-ci. Leur visage est large, avec les pommeltes proéminentes et de larges bajoues. Ils ne portent pas les cheveux aussi longs que les Dacotas, et chez plusieurs, ils ne descendent guère plus bas que les épaules; quelques-uns pourtant les portent fort longs, partagés en deux ou trois queues, et retombant quelquefois autour de la tête et sur le visage comme la crinière d’un lion. Ils se coiffent de bonnets de cuir ronds et blancs, d’étroites bandelettes de peau nouées en travers de la tête, ou portent simplement des plumes dans les cheveux. Leur coiffure la plus remarquable est
celle qui représente deux cornes; cette coiffure est faite de bandes blanches d'hermine, ayant par derrière une large bande de drap FEUSS retombant jusqu’au mollet, et sur laquelle est attachée une crête droite de plumes d’aigle, blanches et noires, qui commence à la tête et se prolonge jusqu’au bout en rang serré. Le tout est orné de deux cornes de bœuf. Il n’y a que les guerriers distingués qui aient le droit de porter ce bonnet.
Les Assiniboins vivent, comme les Dacotas, en simples chasseurs, dans leurs tentes de cuir qu’ils emportent avec eux, el ne se livrent à aucuñe espèce d'agriculture. Leur nourriture principale leur est fournie par les troupeaux de bisons qu'ils poursuivent, en été, dans les prairies, loin des rivières, et, en hiver, dans les forêts qui bordent ces rivières, où, dans cette saison, ces troupeaux viennent chercher de la pâlure et un abri. C’est avec la chair de ces animaux desséchée, pulvérisée et mêlée de suif, que les femmes préparent le pemmican, qui forme le principal aliment des sauvages dans leurs courses. Souvent, quand les chasses leur ont été défavorables, ces Indiens sont en proie à la famine. Alors des familles entières meurent de faim; ils sont obligés de manger toutes sortes d'animaux, et la chair des chiens morts est pour eux un mets très-délicat ; ils se nourrissent beaucoup de chevaux pour obvier au manque de vivres dans les temps de disette. En comparaison des autres nations, ces indigènes ne possèdent pas beaucoup de ces derniers animaux; ils les sellent et les brident de la même manière que les Meunitarris. La corde de poil de bison, attachée à la mâchoire inférieure du cheval en guise de rênes, est toujours longue, et l'animal la traîne après lui sur le pavé, quand il n’est pas attaché. Beaucoup se servent de grands étriers de parchemin, en forme de souliers, et tous tiennent à la main un petit fouet court, fait de bois d’elket orné de différentes manières. Les chiens allégent les travaux des femmes. Ge sont eux qui trainent les fardeaux.
Les Assiniboins partagent les coutumes et les superstilions des Dacotas. Ils sont braves dans les combats; ils se glissent dans les villages des Mandans et des Meunitarris, tuent les habitants à coups de fusil, et enlèvent les chevaux au milieu des habitations. Les hommes qui, pendant leur vie, ont montré de la bravoure, ne doivent point être placés, après leur mort, sur des arbres; leurs corps doivent être exposés par terre, attendu qu’ils sauront bien se tirer d’affaire eux-mêmes; ce qui n'empêche pas les loups de les dévorer, bien qu’on les couvre de pierres et de bois. Les autres corps sont exposés comme ceux des Dacotas, et souvent on en met trois ou quatre sur un même arbre. |
Les Assiniboins sont vêtus de robes de bison et se parent de la manière la plus variée et la plus fantastique. La plupart se peignent la figure avec du cinabre, d’autres sont tout à fait noirs; ils portent des plumes d’aigle et d’autres oiseaux de proie dans leurs cheveux; quelques-uns fabriquent des bonnets de peau de loup qu’ils colorent en rouge; d’autres attachent des feuilles vertes autour de leur tête, et traînent par terre après eux de longues queues de loup, marque d'honneur indiquant les ennemis tués.
Les Indiens Preps-Norrs forment une nation nombreuse qui se subdiviseen troistribus parlant la même langue. A l'extérieur ils ne diffèrent pas beaucoup des autres habitants du haut Missouri. Ils sont vigoureux, bien faits, souvent beaux ; quelques-unes de leurs femmes et de leurs filles sont fort jolies. Ces Indiens ont les bras et les jambes plus minces que les blancs; leurs mains et leurs pieds sont ordinairement petits, d’un brun noirâtre, avec les veines très-marquées. Chez la plupart des Pieds-Noirs, le nez est aquilin, les yeux brun noir, Leurs cheveux sont noir de jais, assez roides, mais moins brillants que ceux des Brésiliens. Ils ont la barbe et le poil peu épais, et ils l’arrachent avec soin au moyen d'un fil tordu ou d’un morceau de fer-blanc recourbé. Chez les vieillards, les
cheveux sont gris. La couleur ordinaire de ces Indiens est d’un beau brun rouge vif, quelquefois cuivré. Cetle teinte se voit déjà chez les petits enfants ; les nouveau-nés sont seuls un peu plus clairs. De même que les enfants brésiliens, les jeunes Pieds-Noirs ont le ventre gros et proéminent , et les membres minces.
«+ Les Pieds-Noirs ne déforment pas leur corps. Aucune des nations du Missouri ne se perce le nez ni les lèvres, à l'exception de la seule tribu des Chopouniche où Pierced-Nose- Indians, qui habite les montagnes Rocheuses, et qui se perce la cloison du nez. Ce n’est qu'aux oreilles seulement que les Pieds-Noirs pratiquent un ou deux pelits trous, dans lesquels ils portent des rangs de grains de verre alternant avec des cylindres blancs de dentalium, qu'ils reçoivent en échange des nations de l’ouest des montagnes Rocheuses, et même beaucoup d’entre eux n’en portent-ils pas, et leurs longs cheveux touffus cachent ces parties. Ils nepratiquent pas le tatouage, mais plusieurs portent au bras des entaillés parallèles, et beaucoup manquent d’une ou de deux phalanges des doigts. Ils se fardent avec du rouge de vermillon, que les marchands leur procurent et qu'ils rendent luisänt en y mêlant de la graisse. Les Pieds-Noirs ne se peignent pas le corps. I y en à qui ne se peignent en rouge que le tour des paupières, ou qui se font quelques raies sur les joues; d’autres, enfin, se peignent le visage Lout entier en noir, les paupières el quelques raies seulement en rouge. Chez les femmes et les enfants, on ne remarque que la couleur uniformément rouge de cette partie. Les cheveux de ces Indiens pendent en désordre sur les yeux et autour de la têle; mais les jeunes gens qui tiennent à l'élégance, les séparent régulièrement, les peignent et les lissent. Souvent on voit des deux côlés, près des tempes, un petit coquillage attaché à une mèche de cheveux; d'autres portent sur le côté gauche du front une mèche de cheveux entourée d’un fil d’archal ou de fer, et parfois ils portent cette même mèche des deux côtés.
Les Pieds-Noirs habitent sous des tentes de cuir dont la distribution intérieure est la même que chez les Dacotas, les Assiniboins et les autres hordes errantes et chasseresses du haut Missouri. Ces tentes de bison tanné ne durent guère plus d’un an; au commencement, elles sont blanches et propres ; plus tard, elles deviennent brunes el même noires autour de l'ouverture par où s'échappe la fumée; plus tard encore, elles se montrent lransparentes comme du parchemin et fort claires à l'intérieur. On voit rarement des tentes peintes ou ornées de figures dessinées; il n’y a que quelques chefs qui en possèdent, Quand ces cabanes sont démolies, elles laissent après elles un cercle de mottes de gazon. Elles sont souvent entourées de quinze à vingt chiens, que l'on ne mange point, mais dont on se sert pour tirer ou pour porter des fardeaux ; la manière dont ils les chargent , ainsi que les chevaux, est celle des autres nations dont nous
avons parlé plus haut. A côté des tentes, les Indiens placent leurs travails, qu'ils appel
lent manesté, et qu’ils empilent en forme de cône, ce qui Les fait ressembler aux tentes, si ce n’est qu’ils ne sont pas recouverts de cuir. C’est là que l’on suspend les boucliers ou pare-flèches, les sacs d'emballage, les selles et les brides ; et très-haut, sur des cordes, à l'abri des dents des x de la viande, les peaux et autres objets semblables, coupés par bandes et sur des couches étroites. Souvent aussi on suspend et l’on attache à une perche séparée, ou bien au-dessus de l’entrée de la tente, le sac ou le paquet de médecine, c’est-à-dire l'appareil magique. Le mobilier de la case consiste en robes de bison, en couvertures de laine pour coucher dessus, et plusieurs sacs de parchemin peint, parfois en forme de croissant, garnis de cordons de cuir et de franges ; en plats de bois, en grandes cuillers faites de la corne de bigorne, qui est très-large et très-creuse; en vases à boire faits de corne, en chaudrons, quelquefois aussi en batterie de cuisine de for-blanc qu’ils achètent des marchands, et en différents autres petits objets. Au milieu de la tente brûle le petit feu, dans un cercle formé de pierres, au-dessus duquel on suspend
le chaudron. On peut aussi compter comme faisant partie du mobilier les harnais des chevaux. En général, on attache seulement à la mâchoire inférieure du cheval un long cordon de poil de bison Lors, ce qui sert à le fixer à la prairie. La selle ressemble beaucoup à celle dont on se sert en Hongrie; elle se compose de deux planches plates et larges, formant entre elles un angle, et qui reposent le long des côtés du dos dg l'animal; par devant et par derrière, elle a un appendiee qui s'élève tout droit à une assez grande hauteur, et d'où pendent des franges de cuir. Cette selle se couvre d’une peau el une autre esl placée dessus. Ces deux peaux servent la nuil de lit au cavalier. Les Pieds-Noirs aiment, comme objet de luxe, de belles housses failes de peaux de panthère qu'ils tirent principalement des montagnes Rocheuses. La peau de celte panthère est placée en travers, de façon que la longue queue retombe d’un côté; elle est doublée de drap écarlate qui forme une large bordure tout à l’entour. |
Au nombre des meubles indispensables aux hommes, il faut encore compter la pipe. Celles qu’ils fabriquent sont moins belles que celles des Dacotas, qu'ils estiment beaucoup et qu'ils cherchent à se procurer par des échanges. Les véritables pipes des Pieds- Noirs sont faites de tale vert, ou bien d’une pierre noirâtre que l’on trouve dans les montagnes Rocheuses. Elles sont souvent en forme de globe ou de poire, et reposent sur un pied cubique. Le tuyau est en bois, large, plat ou rond, quelquefois entaillé comme un serpent. Les plus belles sont les pipes de médecine, auxquelles nous avons donné le nom de calumet. Elles sont ornées de têtes ou de becs de pic rouge, et d’un grand éventail de plumes. On les retrouve, plus ou moins ornées, mais toujours dans le même modèle, à toutes les fêtes, à tous les traités des peuplades de l'Amérique du nord. Quand les Pieds-Noirs fument, ils placent à terre un morceau de bousede bison desséchée, sur lequel ils posent le godet de là pipe, ou bien une espèce de gâteau rond fait avec les barbes et les cônes de certaines plantes aquatiques. Le tabac qu’ils fument se compose de petites feuilles rondes du sakakomi (arbutus uva ursi), qu’ils appellent kocksinn. Quand on visite un de ces Indiens dans sa tente, la première chose qu’il fait est de prendre sa pipe, qui, selon l’usage, circule dans la société, de droite à gauche. Souvent le maître de la maison envoie quelques bouffées au soleil et à la terre; puis on aspire deux ou trois fois, et l’on passe la pipe plus loin. On fait entrer la fumée dans le poumon, après quoi on la renvoie. Le dernier fumeur ne fait jamais circuler la pipe en arrière, mais il la donne à celui qui est assis en face de lui, et elle continue à passer de droite à gauche.
Les Pieds-Noirs, de même que la plupart des tribus du Missouri, sèment çà et là Jes graines du tabac, après avoir brûlé la place qu’ils destinent à cette culture, et la plante qui y croît ne se fume que dans les occasions solennelles.
Les Pieds-Noirs, comme tous les Américains, sont superstitieux, et il est rare de voir un homme qui ne déploie pas quelque habitude ou quelque particularité qu’il a adoptée comme un lalisman, et dont il s’imagine que dépend la réussite de ses plans et de ses entreprises. Il y en à qui secouent des sonnettes avant de fumer leur pipe; d’autres crachent de divers côtés avant de boire; d’autres encore marmottent quelques paroles ou une $orte de prière avant d'entreprendre quelque travail. La plupart de ces Indiens ont adopté quelques singukiers usages de ce genre; mais, par malheur, ils n’aiment pas à communiquer leurs pensées à ce sujet, de sorte qu’il est fort difficile d'en découvrir l'usage.
Les hommes de médecine, ou docteurs des Pieds-Noirs, sont très-maladroits ; ils crachent sur les plaies des blessés, de l'eau qu'ils prennent dans la bouche, et quelquefois aussi, de la salive. Du reste, ils ne lavent jamais ces plaies, et le second jour le sang caillé y est encore. Ces médecins possèdent quelques remèdes actifs tirés du règne
végétal, qui sont d’un effet très-efficace contre la morsure des serpents. Ils ont, du reste, toujours recours au tambour dont le fracas insupportable inspire la plus grande confiance. Les Pieds-Noirs confectionnent leur aouanaï (chichikoué), espèce de tambour, avec du cuir, du bois et dela peau de vessie. Ils mettent aussi beaucoup de confiance dans la médecine des blancs, dont ils recherchent souvent les secours ; mais il y en a parmi eux qui sont tellement affectés de maladies syphilitiques, qu’il est impossible de penser à les guérir. Quand les Indiens sont guéris par leurs médecins, ce qui a quelquefois lieu au moyen de bains de vapeur, ils leur font de grands présents, ou bien l’homme de médecine fait monter fort haut son mémoire.
Quand un Pied-Noir vient à mourir, on ne l’enterre point, s’il est possible. On le couvre de ses plus beaux habits, qu'on lui attache sur le corps; on lui peint le visage en rouge, puis on l'enveloppe, sans ses armes, dans une robe de bison, et on le dépose dans quelque lieu inaccessible, dans une forêt, une caverne, un rocher, sur une rive escarpée, et l’on couvre son corps de pierres et de bois, afin d'empêcher les loups de s'emparer du cadavre. Quand il est impossible de trouver un emplacement solitaire, on laisse le mort dans une espèce de cabane, et souvent on est obligé à la fin de l’enterrer, ou d’en faire aux blancs un présent précieux, ce qu’il n’est pas permis de refuser. Les parents se coupent leurs longs cheveux, les couvrent, ainsi que le visage et les vêtements, d’une argile gris blanchâtre; et tant que dure le deuil, ils s’habillent le plus mal qu’ils peuvent. 11 leur arrive aussi souvent de se couper une phalange d’un doigt, pour témoigner leur douleur. La croyance de ces Indiens, quant à la destinée des morts, c’est qu'ils sont dans un autre pays, où il ne leur manque rien, et où on les à souvent entendus s'appeler les uns les autres, pour fumer ensemble et se réunir, Aux funérailles des riches Indiens, on a coutume de tuer plusieurs chevaux sur leurs tombeaux. A la mort d’un de leurs parents, les Pieds-Noirs s’assemblent chez le décédé, et les hommes même pleurent et se lamentent. Le corps est enscveli d'ordinaire dans la journée, et si le défunt est mort dans la nuit, l’ensevelissement a lieu dès le lendemain malin.
La langue des Pieds-Noirs ne manque pas d'harmonie, et, comme tous les idiomes du nord de l'Amérique, elle n’est pas difficile à prononcer pour les Allemands.
Ce peuple Lire sa nourriture et ses vêtements principalement des troupeaux de bisons qu’il poursuit, et contre lesquels il dispose souvent, en hiver, de grands parés fermés. Les cabris et surtout les grosses-cornes leur fournissent le cuir dont ils ont besoin pour la confection de leurs habits les plus fins. Ils mangent pour ainsi dire de tous les animaux, excepté toutefois de l'ours. Ils ont aussi une grande aversion pour les amphibies. Le règne végétal leur fournit encore plusieurs espèces de racines. Les femmes et les enfants déterrent ces racines avec un outil de bois fait exprès, et les vendent aux blancs, enfilées à des cordons. Il y a surtout une racine qui est amère, et qu'on fait cuire avec du jus de viande; alors elle est très-nutritive, et une fois qu'on s’est accou- tumé à sa saveur, on ne la trouve plus désagréable. La racine de tabac des Canadiens est une espèce de navet que l’on enfonce dans la terre avec des pierres échauflées, el aussitôt qu’elle est mangeable, elle devient noire comme le tabac. Ces racines, mêlées à la queue de castor, forment un morceau des plus friands des Indiens. Les Pieds-Noirs obligent leurs enfants à mâcher de la viande dès que leurs premières dents paraissent, et, en revanche, on voit des enfants déjà grands teter encore leur mère. L’eau-de-vie est pour ces Indiens l’objet de la plus grande prédilection; pour en obtenir, ils donnent tout ce qu'ils possèdent, jusqu’à leurs vêtements. Dans l'ivresse, ils sont moins dangereux que d’autres peuples, et on assure même qu’ils ont le vin tendre. Il n’est pas rare de voir un Indien échanger sa femme contre une bouteille d’eau-de-vie.
L'habit des Pieds-Noirs est fait de cuir tanné, et leurs plus belles chemises de cuir sont fabriquées de peau de grosse-corne qui, lorsqu'elle est neuve, est d’un blanc jaunâtre et fait un effet fort agréable. Tout autour de ces chemises se trouve, en général, une bordure à laquelle on a laissé le poil. Elles ont des demi-manches, et les coutures en sont garnies de touffes de cheveux d'homme ou de crins de cheval teints de différentes couleurs, et dont la racine est entourée de piquants de porc-épic. Autour de l’ouverture par laquelle passe le cou, elles sont garnies d’un rabat doublé de drap rouge et orné de franges ou de rangs de piquants de porc-épic, jaunes et bigarrés, ou bien de grains de verre bleu. Quelques-uns font tous ces nombreux cordons qui retombent, d’étroites bandes d’hermine, ornement devenu fort coûteux par la rareté de ces petits animaux de proie. Aussitôt que la chemise commence à devenir sale, on la peint en rouge brun, mais neuve elle est beaucoup plus belle. Leurs leggings ou culottes sont faites comme celles des autres Indiens, et ornées, comme elles, de touffes de cheveux ou de cordons bigarrés de piquants de porc-épic; leurs souliers, qui sont faits avec le cuir de bison ou d’elk, sont aussi brodés de piquants de porc-épic, mais avec cette différence que la couleur des ornements change dans chacun; ainsi, si Les ornements de l’un sont jaunes, ceux de l’autre sont blancs, mode qui n'existe pas dans le bas Missouri, où les deux souliers sont d’une couleur uniforme.
La peau de bison, qui forme la principale pièce de leur costume, est toujours teinte du côté tanné. On y remarque des lignes noires parallèles, avec un petit nombre de figures variées, telles que des pointes de flèches ou autres mauvaises arabesques; il y en a qui représentent les exploits de guerre, en noir, en rouge, en vert et en jaune. Ces figures peignent la prise des prisonniers, des morts, des blessés, des armes et des chevaux enlevés, du sang qui coule, des balles traversant les airs el autres objets semblables. Ces robes sont brodées des plus vives couleurs et ornées d'une bande transversale de piquants de porc-épie, partagée en deux parties égales par une roselte semblable. Le fond de la peau est presque toujours rouge brun avec les figures noires. Pendant l'été, on porte ces robes avec la fourrure en dehors; l'hiver, on met le poil en dedans; l’épaule et le bras droits restent ordinairement libres. Les Pieds-Noirs por- Lent à la main une aile d'aigle ou de cygne, ou une queue d'oiseau de proie, en guise d'éventail ; la poignée en est garnie de cuir. ou de drap de couleur. Chaque individu lient à la main son fouet, ainsi que son arme, son fusil, et porte sur le dos, en bandoulière, son carquois ou sac de peau contenant ses flèches, et auquel s'attache un étui pour l'arc, de même genre, mais plus étroit. Il place à une courroie passée sur l'épaule, Sa giberne et son cornet à poudre, tandis qu’un grand couteau de chasse est fixé par derrière, dans sa gaine, à un ceinturon de cuir.
Le costume des femmes est semblable à celui des autres Indiennes du Missouri; il consiste en une longue chemise de cuir qui descend jusqu'aux pieds et qui est nouée au-dessus des hanches avec une ceinture, souvent ornée de plusieurs rangées de dents d'elk, de boutons de métal et de grains de verre que l’on y a cousus. Sur la poitrine, ce vélement se ferme en travers, un peu largement; il a les manches courtes et larges, garnies de beaucoup de franges, qui retombent comme dans le costume national polohais, mais seulement à la hauteur, à peu près, du coude. L’avant-bras demeure nu. Le bas de la chemise est également garni de franges, et découpé en festons. Les femmes ornent leur costume de cérémonie de piquants de porc-épic peints, et d’étroits cordons de cuir, ou {bien de rangs diversement disposés de grains de verre bleus et blancs sur le bordisupérieur et autour du haut du bras. Les Indiens n’aiment pas à voir sur la peau des grains de verre d’autres couleurs, de rouge, par exemple; quant au contraste des nuances, leur goût est juste; c’est ainsi qu'ils portent dans leurs cheveux noirs, du
rouge, et sur la peau, qui est brune, du blanc, du bleu de ciel ou du jaune. Les femmes sont fort adroites à travailler les habits et à Lanner le cuir; les hommes ne confectionnent que l'appareil à fumer et les armes. Comme dans les autres tribus, ce sont les : femmes qui sont chargées de tous les travaux pénibles. Elles savent fort bien teindre, et se servent, pour la couleur jaune, d’une espèce de mousse jaune citron, qui croit sur les arbres des montagnes Rocheuses. Une racine donne la belle couleur rouge, et ils tirent plusieurs autres couleurs très-vives des matières que leur fournissent les blancs. Les petites filles des Pieds-Noirs sont vêtues de la même manière que les femmes, et souvent leur costume est garni, autour des bords, de dents d’elk, que les Indiens achètent fort cher. |
Les mariages chez les Pieds-Noirs ne sont accompagnés d’aucune cérémonie particulière; on pare la femme et on l’emmène. On fait savoir le prix d'achat au père, par un ami ou par quelque autre homme; s’il accepte, on remet la jeune fille et le mariage est conclu. Si l’homme en est fatigué, ou si la femme ne se conduit pas bien, il la renvoie sans façon; cela ne cause aucune querelle. Elle prend ce qui lui appartient else retire; les enfants restent la propriété du mari. Cependant, quelquefois, ils punissent avec une grande sévérité l’infidélité de leurs femmes, auxquelles ils coupent le nez. Ils leur coupent aussi les cheveux comme punition, et ces malheureuses ont honte, après cela, de montrer leur tête qu'elles s'efforcent de couvrir. Celle qui a eu le nez coupé, est répudiée sur-le-champ par son mari; personne ne l'épouse plus, et ces femmes sont obligées de travailler moyennant un certain salaire, ou de soigner les enfants pour vivre. On à vu des maris qui ont tué leurs femmes dès qu’elles avaient eu des relations avec un autre homme; souvent même, ils se vengent sur l'amant, à qui ils enlèvent ses chevaux et d’autres objets de valeur, tandis que celui-ci est obligé de les laisser faire. On voit de ces Indiens qui ont jusqu’à six ou huit épouses, dont, par un singulier contraste avec ce que nous avons dit plus haut, ils se montrent fort généreux envers les blancs, auxquels ils offrent aussi de petites filles Loutes jeunes. Les Pieds-Noirs ont souvent beaucoup d'enfants, qui courent tout nus, jouent et nagent dans la rivière comme des canards. Les garçons vont nus jusqu'à treize ou quatorze ans; mais les filles reçoivent plus tôt leur petit vêtement de cuir. Les Pieds-Noirs sont tranquilles dans leur intérieur, mais ils ont plus de colère que les autres nations. Des duels ont quelquefois lieu, et la vengeance du sang s'exerce dans la plupart des cas. Quand un Indien est Lué, ses parents se vengent, s'ils le peuvent, sur le meurtrier; et s'ils n’en trouvent pas l’occasion , ils s’en prennent au premier membre de sa famille qu’ils rencontrent; mais aussi la vengeance du sang se rachète par des objets de valeur.
On trouve chez les Pieds-Noirs les associations dont nous avons déjà parlé pour les Assiniboins. Tous les nouveaux admis dans ces associations sont obligés de payer un droit d'entrée, qui est plus considérable pour les hommes de médecine et pour les riches. Si une femme, dont le mari fait partie d’une association, a eu des relations avec un autre homme, toute la bande s’assemble dans une tente; on y fume, et, la nuit, quand tout est plongé dans le sommeil, après être entré de force dans la tente de cette femme, chacun agil comme il lui plait avec elle; puis on la renvoie, non sans lui avoir coupé le nez. Le mari n’a pas le pouvoir d'empêcher cette exécution; il est obligé de répudier une telle femme. On lui dit alors le motif pour lequel on a agi de la sorte, el il à son recours contre le séducteur: :
Dans leurs combats, les Pieds-Noirs vont quelquefois à demi nus ; d’autres fois, ils montent à cheval dans leur plus beau costume; quelques-uns se distinguent par;des boucliers richement ornés, et par de magnifiques bonnets de plumes. Les guerriers distingués ont une Louffe de plumes de hiboux ou d’oiseaux de proie, qui pend sur le
derrière de la tête, et parfois des peaux d’hermine ornées de sonnelles, de bandes de drap ou de boutons brillants. Leur manière de combattre ne diffère en aucune façon de celle des autres Américains du nord. De petits détachements se glissent autour de l'ennemi et essayent de le vaincre par les embuscades, la ruse ou les attaques imprévues ; ces attaques ont toujours lieu au point du jour. Ils forment de longues lignes de tirailleurs, et tirent de fort loin et très-mal. Les femmes et les enfants soignent les blessés ; ils poussent de grands cris et des lamentations. L'ennemi lue sans distinction, les hommes, les femmes et les enfants, à coups de fusil, de flèche, de lance et de cou- Leau; il scalpe aussi les femmes, que souvent encore on fait prisonnières et que l’on emmène en esclavage; dans ce cas, elles ne sont pas maltraitées. Quant aux tourments que les nations de l'Amérique du nord faisaient subir autrefois à leurs prisonniers, on n’en trouve plus aucune trace chez les Pieds-Noirs. |
Lorsque les guerriers se rapprochent du camp, après un combat, ils se mettent à chanter, et l’un d’eux court en avant, à pied ou à cheval, s’avançant vers les tentes, en serpentant. On lève en même temps les scalps en l'air, on les secoue et on les montre de loin. Si quelqu'un s’est emparé d’une arme, il la lève également en l'air, se nomme et crie que c’est lui qui l’a prise. Après un combat heureux, les hommes entonnent le chant qu’ils appellent Anénaï, ce qui veut dire: « Ils sont peints en noir. » Ils se rassemblent alors à côté des tentes, s’asseyent en plein air, le visage peint en noir, leurs legqings et robes lachetées de noir, et se mettent à chanter sans accompagnement de musique. Ce chant n’a point de paroles. Les armes des Pieds-Noirs ne diffèrent pas beaucoup de celles des autres Indiens; mais elles ne sont pas aussi belles, ni aussi bien travaillées que chez les Corbeaux. Leur pays ne produisant pas de bois propre à faire des arcs, ils échangent un cheval pour se procurer le bois nécessaire à ces armes, el le carquois de peau de panthère. Au bout de ce carquois, ils laissent pendre la queue de l'animal; elle est garnie de drap rouge du côté de la chair, brodée en grains de verre et ornée des deux côtés de bandelettes de peau en forme de glands. Ils se servent encore de boucliers ou pare-flèches; ces boucliers sont ronds, faits de cuir épais, ordinairement peints en vert ou en rouge, et ornés de plumes et de Loutes sortes de signes superstitieux. Quand ils se disposent à combattre, ils roulent autour de leur tête, comme un turban, la gaine de leur fusil, qui est en cuir; des peaux de loup leur sont alors fort utiles, surtout quand ils veulent observer l'ennemi. Ils les portent en sautoir sur l'épaule, s’en enveloppent la tête quand ils veulent approcher de l'ennemi sans en être vus, et se couchent par terre, derrière une hauteur, de telle façon qu’on les prendrait. pour des loups blancs.
Les Pieds-Noirs sont de terribles mendiants; ils ne cessent de vous harasser de leurs supplications. Le vol des chevaux est devenu chez eux un art véritable; le plus adroit voleur de chevaux est un personnage distingué.
Ces Indiens ont imaginé plusieurs espèces de jeux pour se divertir. Dans Fun, ils se placent en demi-cerele et forment plusieurs petites piles de grains de verre ou d’autres objets qui font les enjeux. L’un d'eux prend en main de petits cailloux, et les remue de côté et d’autre, en chantant et avec des mouvements mesurés, pendant qu’un autre doit deviner le nombre de ces cailloux. Des sommes considérables sont souvent gagnées et perdues à ce jeu. Les Pieds-Noirs ont aussi des danses de divers genres. Nous n’en décrirons que deux, qui sont les principales. La première, qui s'appelle danse de la médecine, et qui est exécutée par les femmes, n’a pas lieu tous les ans. On construit une grande cabane de bois ; les femmes revêtent leur plus beau costume, et toutes portent un?grand bonnet en plumes sur la tête. Les femmes qui ne figurent pas dans celte danse, et les hommes, forment les spectateurs. Quelques-uns de ces derniers battent le
tambour et secouent l’aouanai ou chichikouëé. Pendant plusieurs jours de suite, la danse continue sans aucune variation; mais le dernier jour, en terminant, on figure des parcs de bisons. Les hommes, les enfants et les femmes qui ne dansent pas, forment deux lignes divergentes qui partent de la loge de médecine, dont les femmes sortent en se trainant sur les mains et les pieds, en imitant la manière des bisons femelles. Plusieurs hommes jouent le rôle des bisons mâles, qui sont d’abord repoussés par les femmes; mais alors, ainsi qu’il est d'usage dans cette espèce de chasse, on allume des feux au vent de la loge, dans laquelle les femmes se retirent dès qu’elles commencent à sentir la fumée, ce qui termine la fête.
La danse de la chevelure a lieu quand on a tué des ennemis. Les femmes s’habillent alors comme les hommes, et prennent aussi leurs armes. Si les femmes ont assisté à l'expédition dans laquelle ces ennemis ont élé tués, élles se peignent la figure en noir. Une femme porte la chevelure du vaincu, et quelquefois plusieurs, selon le nombre que l’on en a; d’autres fois, elle est portée par une vieille femme, qui se tient alors à part et danse seule, tandis que toutes les autres forment un rond, et que les hommes accompagnent la danse sur le tambour. Il y a aussi pour les hommes la danse des braves ou guerriers. Ceux-ci forment un cercle, et plusieurs d’entre eux dansent au milieu, imitant tous les gestes d’un combat et déchargeant leurs fusils. Dans cette circonstance, ils sont peints comme pour aller combattre.
Les OxiBuais, que les Anglais appellent Chipewais, et les Français Sauteurs, habitent le vaste pays qui s'étend entre le lac Supérieur, le Red-River, l’Assiniboin-River, et plus loin, vers le nord, près du Lake-Winipick. Ils forment une nation nombreuse et brave, mais divisée en plusieurs pelites compagnies.
Les Indiens ojibuais n’ont rien de bien remarquable; ils sont de moyenne taille, mais avec les membres forts; ils portent les cheveux retombant naturellement sur les épaules ; du reste, ils diffèrent fort peu des Crihs, dont ils ont les mœurs et les usages.
Les. Ojibuais parlent la langue algonquine, qui est en même temps celle des Potowatamis, des Oltawais, des Crihs, des Muscotins et d’autres tribus. Les Français avaient donné, dans l’origine, à toutes ces petiles bandes d’une seule et même nation, des noms différents, ce qui a jeté une grande confusion dans l’histoire de ces peuples. Quelques voyageurs prétendent qu’ils sont anthropophages.
Les CorNEILLEs forment une des tribus les plus guerrières, les plus rusées et les plus pillardes des montagnes. Ces Indiens sont surtout grands voleurs de chevaux. Ils ont l’air belliqueux, et sont d’un caractère inquiet, porté au brigandage; ils ont quinze cents hommes d'armes; mais leurs hostilités perpétuelles avec Les Pieds-Noirs et leurs mœurs vagabondes les minent insensiblement.
Leur pays renferme plusieurs curiosités naturelles, entre autres une abondante source jaillissante de naphte; on y trouve aussi deux solfatares, dont l’une s'appelle la Montagne-Brülante, et qui contient beaucoup de houille anthracite; on fait la descrip- Lion la plus terrible de ses feux cachés, de ses vapeurs pestilentielles.
La conduite des Nez-PERCÉS est empreinte de dévotion, leur probité est sans tache, leurs intentions sont pures et l’observance des rites de la religion qu’ils professent est uniforme et très-remarquable. « On croirait voir, dit le capitaine Bonneville dans son ouvrage intitulé : Aventures et expéditions dans l’intérieur de l'Amérique septentrionale, une nation de saints plutôt qu'une horde de sauvages. »
Il y a des Haut-Nex-Percés et des Bas-Nez-Percés; ils ont le caractère aimable, En voici deux exemples rapportés par le capitaine Bonneville :
Ce voyageur fut accueilli, chez les Bas-Nez-Percés, avec les plus grandes prévenances et logé dans la maison du vieux chef, Au moment du départ, le bon vieillard prit le capitaine
à part pour lui exprimer combien il Faimait, et pour lui dire qu'il désirait lui offrir un beau cheval comme une marque de son estime. En achevant ces mots, il fit un signe à un de ses gens qui amena en effet un jeune cheval bai superbe. Le capitaine fut touché de cette marque d'affection; mais il connaissait trop bien les Indiens pour ne pas savoir qu'un présent en appelle un autre; en conséquence, il présenta au vieux chef un beau fusil. Après avoir ainsi amplement acquitté la dette de la reconnaissance, et tandis qu'il se disposait à transporter sa selle sur le cheval qui venait de lui être donné, le vénérable patriarche le tira par la manche, et lui présenta une vieille Indienne ridée, vraie momie, et qui s’approcha de fui en pleurant.
« Voici ma femme, dit le chef; c'est une bonne femme; je l'aime beaucoup; elle aime le cheval, elle l'aime infiniment; elle pleurera longtemps sa perte; je ne sais comment faire pour la consoler; elle m'afilige le cœur. » Il fallait bien que le capitaine essayât de calmer la douleur de la tendre vieille. Quoiqu’elle eût passé l’âge de la coquetterie, il lui offrit une paire de boucles d'oreilles de verre. Elle s’empressa de s’en parer, et, à compter de ce moment, elle cessa de regretter le coursier. Le capitaine se crul, après cela, maitre de partir; mais, comme il allait mettre le pied dans l’étrier, le vénérable chef s’avança une seconde fois, tenant par la main un jeune Nez-Percé qui paraissait bouder. « Vous voyez mon. fils, dit-il; il est très-bon, excellent cavalier; c’est lui qui a toujours pris soin de ce très-beau cheval; il l’a élevé, il en a fait ce qu'il est; il l'aime comme un frère; il aura le cœur bien gros quand ce beau cheval quittera le camp. » Que pouvait faire le capitaine? Il lui restait une hache qu’il présenta au jeune homme. Aussitôt sa figure s’épanouit, et il se retira aussi satisfait que sa mère l'avait été de ses boucles d'oreilles. Cette fois, le capitaine se flattait que rienne le retarderait plus; mais le vieux chef lui adressa la parole une troisième fois, em posant une de ses mains sur la crinière du cheval, et en soulevant le fusil de l’autre. « Ce fusil, dit-il, sera ma grande médecine. Je le presserai contre mon cœur; je l’aimerai toujours à cause du bon ami qui me l'a donné. Mais un fusil, par lui-même, est muet; je ne saurais le faire parler. Si j'avais un peu de poudre et quelques balles, je le prendrais avec moi, el j'irais, de temps en temps, tirer un cerf; et puis, quand je rentrerais chez moi, je dirais, en posant le gibier devant ma famille affamée : Voilà ce que j'ai tué avec le fusil de mon bon ami le chef blanc, celui à qui j'ai donné ce très-beau cheval. IL n’y avait pas moyen de résister à une pareille invocation. Le capitaine donna de la poudre et des balles, mais se hâta de mettre le beau cheval au galop pour éviter de nouveaux témoignages d'amitié de la part du vieux Nez-Percé. |
Le capitaine trouva parmi eux le véritable propriétaire d’un cheval qu'il avait acheté quelque temps auparavant à un sauvage d’une autre tribu. L'Indien, après avoir prouvé jusqu'à l'évidence l'identité de l'animal, ajouta : « N'importe, vous l’avez acheté de bonne foi : vous avez plus besoin de chevaux que moi; gardez-le; c’est un bon cheval; traitez-le bien. » |
Les Sxosnokors, malgré leur pauvreté et leur indolence, ne sont pas absolument dépourvus d'industrie; ils fabriquent d’assez bonnes cordes et même du fil assez fin, qu'ils tirent d’une espèce de graminée; ils font aussi des vases avec de pelils morceaux de bois entrelacés, qu’ils mettent en état de contenir de l’eau au moyen d'un peu de cire. Ces sauvages donneraient tout ce qu’ils possèdent pour le plus petit morceau de miroir cassé, afin de pouvoir contempler leurs figures pâles et décharnées. Ils sont, en général, très-pauvres, privés de presque tous les agréments de la vie, et extrêmement indolents. Ils ont une assez singulière manière de chasser l’antilope. Quand la neige a disparu, et lorsque la terre s’est ramollie, les femmes cueillent de l’absinthe dans les champs où elle croit la plus touffue ; puis elles en construisent une haie d'environ trois
pieds de haut, dont elles entourent un espace de terrain d’une centaine d’arpents, ne laissant qu’une seule ouverture pour que le gibier y puisse entrer. Gela fait, les femmes se cachent derrière l’absinthe, ferment l'entrée et attendent patiemment qu'il se présente des antilopes, qui entrent souvent en grand nombre dans cette enceinte. Dès qu’elles y ont pénétré, les femmes donnent le signal, et les hommes accourent. Un seul entre dans l’enclos, et se met à pourchasser ces animaux, courant jusqu’à ce qu'il soit fatigué; après quoi il est remplacé par un de ses camarades. A la fin, les pauvres antilopes sont si harassées, que quand les hommes entrent tous à la fois, il ne leur reste plus qu’à les abattre à coups de pioche. Ce qu’il y a de plus remarquable dans cette chasse, c'est qu’un animal agile et prompt comme l’antilope continue à faire le tour de ce fatal enclos sans jamais essayer de franchir la barrière peu élevée qui l'entoure.
Les Indiens surnommés Dienus-pe-PiTié sont extrêmement misérables, ne possèdent point de chevaux, et sont privés de tous les objets qu’ils auraient pu se procurer par des relations avec les blancs. Ils ont pour armes des arcs et des flèches à pointes de caillou, avec lesquels ils chassent le cerf, l'élan et le mouton des montagnes. Ils sont répandus dans les pays des Shoshokors, des Têles-Plates, des Corneilles et des Pieds-Noirs ; mais ils habitent toujours les cavernes et les lieux les plus isolés, Les traqueurs remarquent souvent les traces de leurs pas dans les montagnes; ils voient de loin se dérouler la fumée de leurs feux ; mais il est fort rare qu'ils les rencontrent, et bien plus rare encgre qu’ils parviennent à leur parler, tant leur timidité est grande, tant ils ont peur des étrangers. Ces êtres infortunés, qui semblent former le dernier chainon qui lie l'homme à la brute, sont des êtres dignes de mépris pour les traqueurs créoles,
Les TRAQUEURS INDÉPENDANTS, quoique d'origine européenne, se sont façonnés à toutes les coutumes des indigènes. Parmi les chasseurs qui s'engagent au service des compagnies de pelleteries, les uns ont des traitements fixes et reçoivent des armes, des chevaux, des piéges , ele. Ceux-ci sont sous les ordres des commandants, dont ils doivent suivre les instructions. On les appelle traqueurs à gages. Les traqueurs indépendants vont et viennent, au contraire, où illeur plait; ils ont leurs propres chevaux, leurs armes et leurs équipements, ils traquent et trafiquent pour leur propre compte, et disposent de leurs peaux et de leurs pelleteries en faveur de ceux qui leur en donnent le plus haut prix. Parfois, quand ils se trouvent dans les parages dangereux, ils s'attachent au camp de quelque trafiquant; alors ils sont obligés de se soumettre aux règles ordinaires du traquage, et de prendre leur part de service établi pour le maintien du bon ordre et de la sûreté du camp. En retour de la protection qu’ils reçoivent, ils sont tenus de vendre au commandant du camp tous les castors qu’ils prennent pour un prix stipulé d'avance, et s'ils préfèrent en disposer ailleurs, ils lui payent une somme de trente ou quarante dollars, comme droit de rachat.
On ne saurait faire un compliment plus flatteur à un traqueur indépendant que de l'assurer qu’on l’a pris pour un Indien ; à dire vrai, limitation est parfaite. Ses cheveux, qu'il laisse croître, sont peignés avec soin : tantôt ils retombent négligemment sur ses épaules, tantôt ils sont tressés et noués avec des peaux de loutre ou des rubans de diverses couleurs. Une chemise de chasse de calicot, de couleurs brillantes, ou de cuir verni, lui tombe jusqu'aux genoux; puis des jambards de forme singulière, ornés de cordons, de franges et d’une foule de grelots, rejoignent sur les pieds une paire de riches mocassins des meilleures fabriques indiennes, élégamment brodés en grains de verre. Une couverture écarlale ou quelque autre couleur éclatante, pend sur leurs épaules et est nouée autour de la ceinture par une écharpe rouge, dans laquelle ils placent leurs pistolets, leur couteau et le tuyau de leur pipe. Le fusil est couvert d'ornements de cuivre et renfermé dans une gaine de peau de daim frangée et ornée de
plumes. Le cheval du traqueur est encore plus richement et plus bizarrement harnaché. La bride et la croupière sont couvertes d’une profusion de grains de verre et de cocardes ; la tête, la crinière et la queue sont entremêlées de plumes d’aigle qui flottent au vent. Pour compléter ce grotesque équipement, le fier animal est fardé de vermillon ou d'argile blanche, nuances qui forment le plus singulier contraste avec la couleur naturelle de la robe. À
Lorsqu'il reste célibataire, le traqueur indépendant n’a pas d'objet plus cher que son cheval; mais du moment où il prend femme, et son choix se fixe toujours sur une Indienne, il s'aperçoit bientôt qu'une créature plus capricieuse va devenir désormais l’objet de ses soins et de ses attentions. La beauté qu’il honore de sa main sent ses idées s'élargir avec sa nouvelle dignité; elle dispose de la bourse de son mari et même de son crédit pour paraître avec l’éclat convenable. L'épouse d'un traqueur indépendant ne doit pas ressembler à une squar ordinaire. En premier lieu, il faut qu’elle ait un cheval pour son usage particulier, et ce cheval ne doit pas être une vieille rosse telle que les Indiens en donnent à leurs squaw pour les porter, elles et leurs enfants, mais le plus bel animal qu’elle a pu trouver. Il faut qu'il soit caparaçonné avec une richesse extraordinaire. De chaque côté de la selle pend un esquimout, espèce de poche dans laquelle elle dépose les ornements et les bijoux qu'elle n’a pu placer sur son cheval ou sur sa personne. Par-dessus elle étend avec soin un drap et des couvertures de coton imprimées. Elle est, comme de raison, plus prodigue encore d’ornements quand il s’agit de sa personne. Ses longs cheveux, arlistement nattés, retombent, avec une apparente négligence, des deux côtés sur sa poitrine; son chapeau est orné de plumes bigarrées, sa robe, qui pour la forme ressemble à celles des femmes blanches, est d’une étoffe rouge, verte et quelquefois grise, mais toujours la plus fine possible. Ses jambards sont du travail le plus recherché, et ses mocassins lui serrent exactement le pied et la cheville, que les Indiennes ont en général fort jolis; ses bijoux, ses bagues, ses pendants d'oreilles, ses colliers sont en aussi grand nombre et aussi riches que le permet la fortune de son mari. Pour achever sa toilette, elle jette sur ses épaules une couverture d’une couleur très-éclatante, et s’élançant sur la selle de son coursier caracolant, elle suit partout son mari avec amour et fidélité, jusqu’au dernier soupir.
Quand il y a plusieurs femmes de traqueurs indépendants dans le même camp, la concurrence la plus vive s'établit entre elles pour ce qui regarde la toilette, au grand détriment de Ja bourse de leurs maris. Elles ne songent qu’à s’éclipser l’une l’autre, et ne le cèdent en rien à cet égard aux directrices de la mode de nos contrées civilisées.
L'équipement d'un traqueur se compose d’un fusil, d’une livre de poudre, de quatre livres de plomb, d’un moule à balle, de sept piéges, d’une hache, d'une cognée, d’un couteau, d'une alène, d’un poëlon, de deux couvertures de laine; et quand les provisions sont abondantes, il emporte sept livres de farine. Il a en général deux ou trois chevaux pour lui, son bagage et ses pelleteries. Deux traqueurs vont ordinairement ensemble afin de se prêter un mutuel appui. S'ils étaient plus nombreux, ils échapperaient difficilement aux poursuites des Indiens.
Leur service est périlleux, el bien plus aujourd'hui qu’il ne l'était autrefois, car depuis que les Indiens ont pris l'habitude de trafiquer sur les pelleteries avec les blancs, ils ont appris à connaître le prix du castor; aussi regardent-ils les traqueurs comme des braconniers qui viennent leur enlever les trésors de leurs eaux; aussi n’hésitent-ils | pas à assassiner tous ceux qu’ils rencontrent isolés ; ils se délivrent à la fois d’un compéliteur, et s’enrichissent de ses dépouilles. IL faut malheureusement convenir qu'ils sont souvent poussés à ces actes d’hostilité par des trafiquants qui cherchent à nuire à leurs rivaux. jé:
Lorsque deux traqueurs entreprennent une grande rivière, ils commencent par cacher leurs chevaux dans un endroit solitaire où ils puissent paître sans être aperçus. Ils construisent ensuite une petite cabane et un canot avec un tronc d'arbre. Dans cette frêle embarcation , ils suivent la rivière en silence, et le soir ils dressent leurs piéges. Ils y retournent dans le même silence au point du jour, et quand ils ont pris un castor, ils le rapportent à la cabane, l’écorchent, étendent la peau sur des piquets pour la faire sécher, et en mangent la chair. Le corps, suspendu devant le feu, tourne par son propre poids et se rôlit ainsi parfaitement ; la queue est le morceau de roi; ils la coupent et la font griller devant Le feu au bout d’un bâton; elle passe pour un mets plus délicat encore que la langue ou la moelle d’un bufle.