ÉTATS - UNIS
Le territoire de la république fédérale des États-Unis, depuis que la Louisiane et les Florides y ont été annexées, égale en étendue les plus vastes empires du monde. Séparée du Nouveau-Brunswick et du bas Canada par une ligne conventionnelle, l’Amérique- Unie se voit ensuite bornée, au nord, par une limite naturelle qui suit Le fleuve Saint- Laurent, à partir d’une ligne tracée au nord du lac Champlain jusqu’au fleuve, et qui, en traversant les grands lacs Ontario, Érie, Huron et le lac Supérieur, la sépare des possessions brilanniques du haut Canada.
La limite passe, à l’ouest de ce dernier lac, par les lacs Seiganah et Bois-Blanc (Whitewood), le lac de la Pluie (Rain-Lake), et la partie occidentale du lac des Bois, et de là se dirige directement, à l’ouest, jusqu’à la rivière de Columbia. De là elle descend en ligne droite jusqu’au 42° degré de latitude, retourne ensuite, à l’ouest, jusqu’au 110° méridien, redescend jusqu’au 38° parallèle, se prolonge, à l’ouest, jusqu’au 105° degré de longitude, redescend encore jusqu’à la rivière Rouge (Red river), dont elle suit le cours jusqu’au lieu appelé Pecan-point, d’où elle redescend perpendiculairement jusqu’à la rivière de la Sabine, longue d’une centaine de lieues, dont elle suit les sinuosités jusqu’à la mer. |
Son territoire présente, de l’est à l’ouest, une longueur de 1,250 lieues au nord et de 270 au sud, et une largeur de 485 lieues sous le 94° méridien. Sa superficie est évaluée à 313,000 lieues carrées, dont un quinzième est couvert d’eau. Ses côtes ont un développement de plus de 1,200 lieues, dont 800 sur l'Atlantique et 400 sur le golfe du Mexique.
Cette vaste contrée est partagée en deux parties à peu près égales par le Mississipi;
. mais, dans celle à l’est du fleuve, on compte deux millions d'hectares d’eau. En obser-
vant encore qu’il n’y a guère d'établissement européen au nord-ouest de la rivière des
Hlinoïs, on réduit à moins de 20 millions d'hectares l’espace dans lequel s’agite la
civilisation américaine.
La population civilisée, qui surpasse le nombre de 12 millions, se trouve presque tout entière à l’est du Mississipi, et un cinquième de cette population est concentré dans les provinces qui formaient la Nouvelle-Angleterre. C’est de ce foyer primitif, ainsi que des autres États situés sur l’océan Atlantique, que les colons se sont répandus vets les contrées de l’intérieur et de l’ouest. Les États-Unis, qui surpassent en étendue le double de la Chine propre, sont plus de onze fois moins peuplés.
Le district du Marne, le plus septentrional de tous, forme, depuis 1820, un État divisé en dix comtés, renfermant une population de 400,000 habitants. La capitale est Porrzanp, jolie ville de 12,000 à 13,000 âmes, où l’on remarque un observatoire d’où la vue s'étend au loin sur les innombrables îles qui bordent la côte,
Les Indiens PENOBscoTT qui habitent ce pays, vivent paisiblement dans le giron de
l'Église catholique. Leurs sachens veillent à la sainteté des mariages, et lorsque tant d’autres tribus s’éteignent, leur population va tous les jours en augmentant.
Les habitants de l'État de New-HawpPsuirE sont fameux par la construction des navires. Le principal port est PORTSMOUTH, où l’on construisit l’America, vaisseau de 64 canons, lancé au mois de décembre 1782, et dont le congrès fit présent au roi Louis XVI.
Le VErMONT, qui abonde en pâturages, a des bœufs et des moutons renommés. La population, évaluée à 300,000 âmes, fait un commerce assez considérable avec le Canada; dans la guerre contre les Anglais, en 1814, elle n’a pas démenti la réputation d'intrépidité qu’elle avait méritée dans les guerres de l'indépendance. Cet État a pour chef-lieu la ville de Montpellier.
Le Massacnusers peut être placé au nombre des États de second rang; il renferme 600,000 habitants, et, d’après un voyageur récent, plus de 65,000 personnes sont occupées à l’agriculture, 36,000 dans les diverses manufactures de coton, de laine, de toiles, de verreries, de papiers, de savon, dans les fonderies, etc., et 14,000 dans le commerce; le surplus de la population est emploÿé dans les administrations, dans l’instruction publique, ou comme artisans, et il y a bien peu d’oisifs. Aussi l'Européen qui visite cette contrée est-il frappé de l’aisance qui règne dans les familles, résultat de l’activité industrielle. |
« Le dimanche, dit M. A. Levasseur, il est impossible de distinguer à la mise, et l’on pourrait même dire aux manières, un artisan de ce que l’on appelle dans la société un gentleman. La multiplicité des écoles et le droit qu'a tout homme de s’occuper des affaires publiques répandent jusque sur les artisans une instruction et une rectitude de jugement qu'on chercherait vainement dans les classes moyennes de France. » Boston est la capitale de cet État, et s’honore d’avoir donné le jour au célèbre Franklin. Aucune cité n’approche de cette ville pour l'élégance et la propreté de ses rues.
Le Massachusets a une milice régulière qui forme une armée de 50,000 fantassins, 2,000 cavaliers et 1,500 artilleurs aveë 60 pièces de canon. Parmi les sectes religieuses, celle des congrégationalistes domine; elle adopte les dogmes de Calvin ; mais d’après son régime ecclésiastique, chaque congrégation des saints forme une société indépendante, gouvernée par ses propres chefs, et non par des synodes, comme chez les presbytériens.
Fondé par un ministre chassé comme hérétique par les congrégationalistes du Massachusets, l'État de Raope-IsLanp fut peuplé par des baptistes, secte qui adopte les dogmes de Calvin, et dont le régime ecclésiastique est celui des indépendants. Cette république tire son nom de Rhode-Island (l'ile de Rhode), que le sol, le climat et la situation avaient fait regarder comme l’Eden de l'Amérique; mais que la guerre de l’indépendance a assez appauvrie pour que les effets s’en fassent encore ressentir aujourd’hui. La jolie ville de PROVIDENCE, située sur le continent et qui a souvent 150 bâtiments marchands en mer, est un des deux chefs-lieux de l'État de Rhode-Island.
Ces quatre États forment, avec celui de Connecricur, le territoire de la NOUVELLE- ANGLETERRE. Le Connecticut est, relativement à la superficie, la plus peuplée de ces divisions ; il renferme 30,000 habitants, presque tous congrégalionalistes. Observateurs très-rigides des devoirs prescrits par leur religion, ils ne permettent pas que les dimanches on joue à aucun jeu chez soi, ni même que l’on monte à cheval ni en voiture dans l’intérieur des villes. Mais cette espèce de fanatisme est largement compensé par l'instilution de leurs écoles et leur hospitalité qui sont dignes d’éloges. Dès 48414, le fonds des écoles s'élevait à 1,201,165 dollars. — Le fermier de ce pays, libre, heureux, s'habille de bons draps fabriqués chez lui. L'état de la culture et celui des routes annoncent partout une civilisation déjà avancée.
MOEURS, USAGES ET COSTUMES, d 261
Le conseil législatif du Connecticut siége allernativement à HarTrorp et à New- Haven. Nous devons citer aussi Cornwal, célèbre par son école des missions étrangères, dont le but est d’instruire et de convertir à la religion chrétienne les indigènes de l'Amérique et de l'Océanie.
Le mouvement industriel et intellectuel qu’on remarque dans toutes les contrées de la Nouvelle-Angleterre est le résultat d’un fait d’une haute importance qui a présidé à la fondation de ses premières colonies. M. Alexis de Tocqueville s'exprime ainsi à cet égard :
« Les émigrants qui vinrent s'établir sur les rivages de la Nouvelle-Angleterre apparlenaient tous aux classes aisées de la mère patrie. Leur réunion sur le sol américain présenta dès l’origine le singulier phénomène d’une société où il ne se trouvait ni grands seigneurs ni peuple, et pour ainsi dire, ni pauvres ni riches. Il y avait, proportion gardée, une plus grande masse de lumières répandues parmi ces hommes que dans le sein d'aucune nation européenne de nos jours. Tous, sans en excepter un seul, avaient reçu une éducation assez avancée, et plusieurs d’entre eux s'étaient fait connaître en Europe par leur talents et leur science. Les autres colonies avaient été fondées par des aventuriers sans famille; les émigrants de la Nouvelle-Angleterre apporaient avec eux d’admirables éléments d'ordre et de moralité; ils se rendaient au désert accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants. Mais ce qui les distinguait surtout de tous les autres, était le but même de leur entreprise. Ce n’était point la nécessité qui les forçait d'abandonner leur pays; ils y laissaient une position sociale regrettable et des moyens de vivre assurés. Ils ne passaient point non plus dans le Nouveau-Monde afin d'y améliorer leur situation ou d’y accroitre leurs richesses; ils s'arrachaient aux douceurs de la patrie pour obéir à un besoin purement intellectuel; en s’exposant aux misères inévitables de l'exil, ils voulaient faire triompher une idée. »
Le grand État de New-York : est arrosé par la belle rivière d'Hudson, et la plus grande masse de son territoire se prolonge derrière la Pensylvanie jusques aux lacs Ontario et Érié. En s’avançant au sud, ce pays jouit d’un climat plus modéré que la Nouvelle-Angleterre; mais c’est là que commence le domaine de la fièvre jaune. En 47314, cet État renfermait 50,291 habitants ; en 1840 on y en a reconnu 2,400,000.
Le gouvernement fait sa résidence à Albany, qui s'agrandit rapidement, mais qui ne saurait effacer New-York, la plus commerçante et une des plus peuplées des villes de l'Amérique. New-York est située dans l’île de Manhattan; elle est le centre du commerce et de la librairie de l'Union. On y trouve plusieurs sociétés savantes. Si les anciens quartiers ont des rues étroites et tortueuses, les nouveaux sont composés de rues belles et larges. Parmi ces dernières on cite Broadway (rue Large), qui traverse la ville sur une longueur de plus d’une lieue, et qui a 80 pieds de large.
Le voyageur qui arrive à New-York doit, en descendant à l'hôtel, faire inscrire son nom sur un livre à ce destiné. Mais, en revanche, on ne connait pas en Amérique cet esprit tracassier qui, dans toute l’Europe, met sur une même ligne l’homme qui voyage pour la science et le marchand. Il suflit, pour que vos malles ne soient point ouvertes, que vous déclariez, sur l'honneur, que vous n’avez rien de prohibé.
Les Anglais qui, sur le continent, montrent tant d’arrogance envers les étrangers, ne paraissent pas aimer à entrer en explication personnelle avec les Américains; et si quelque chose les blesse, ils n’osent même pas témoigner hautement leur mauvaise humeur. |
IL n'y a qu'un seul hôtel à New-York, le Globe, qui soit établi à l’européenne et où
1 Nouvelle-York.
l'on dine séparément à la carte. L’arrangement si commode, en Europe, de loger à l'hôtel et de manger où bon vous semble, n'existe point en Amérique. On est obligé ici de payer ensemble logement et nourriture à tant par jour; si l'on veut être confortablement, il faut payer deux dollars et demi ‘ par jour. Il est juste de dire qu’on fait jusqu’à quatre repas. .
Tout en Amérique se fait méthodiquement et par tout le monde à la fois : dans les auberges, le signal de se réunir est donné par un gong chinois. À cet appel, les hommes se rendent dans la grande salle à manger, tandis que les dames et les personnes dont elles sont accompagnées gagnent une salle particulière. Le déjeuner se compose de thé, de café, de beurre et d'œufs. À trois heures ordinairement, et à deux heures le dimanche, le gong retentit de nouveau, et les voyageurs se précipitent dans la salle à manger. Heureux ceux qui peuvent trouver une place, car il arrive souvent que la salle peut à peine contenir la moitié des convives. Les deux dernières collations ont lieu à sept et à dix heures du soir. Les vins se payent à part et sont à un prix très-élevé.
Vouloir jouir du chez soi dans l'hôtel, en se faisant servir dans son appartement, est une disposition coûteuse ? et qui n’a pas de résultats satisfaisants. On se trouve, en effet, dans son propre salon à la merci des domestiques de la maison qui sont tous négligents et sans complaisance, bien qu’ils soient préférables à ceux dont on se sert en ville. On sonnera dix fois pour le même objet, et dix personnes différentes se présenteront à chaque coup de sonnette sans jamais vous apporter ce que vous avez demandé. Cela provient sans doute de ce que ces domestiques n’ont aucune gratifica- Lion à espérer du voyageur. Ces individus sont presque tous étrangers. Il est extrêmement rare de voir un Américain entrer en service; sa fierté y répugne. Quant aux maîtres, ils ne savent pas traiter leurs domestiques, et cela se comprend assez : servis hier encore par des esclaves, ils le sont aujourd’hui par des hommes qui se croient leurs égaux. |
On rencontre à New-York beaucoup de nègres qui, pour l'ordinaire, sont cochers, bateliers, commissionnaires. Ils sont libres, mais également avilis par la loi et par l'opinion publique. Il leur est défendu de contracter mariage avec les blancs, et l’on voit même rarement ces derniers causer avec eux. Ils sont paresseux et mauvais domestiques, mais excellents comme stewards ou garçons de table. Il en est un petit nombre de riches, et ils ont une église à part. Ils mettent une grande pompe dans leurs cérémonies, surtout lors des funérailles.
Le New-Jersey forme une espèce de péninsule qui commence, au nord, par des montagnes abondantes en minerais de fer et de zinc. Il renferme un grand nombre de rivières qui font mouvoir une multitude de moulins et d'usines; on n’y rencontre point de grandes villes: et la population de Trenton, la capitale, n’est que de 5,000 âmes. Parmi les habitants de ceile province, qui se distinguèrent dans les guerres pour la liberté, quelques-uns descendent de ces Hollandais qui avaient compris le Jersey oriental avec le New-York sous la dénomination de Novum-Belgium. I y a encore des descendants des Suédois qui, établis sur la Delaware, avaient tenté de fonder une Nouvelle-Suède. — Ces deux faibles colonies ont été absorbées dans le grand nombre d'Anglais, principalement quakers qui vinrent chercher la liberté religieuse dans cette contrée.
La PENSYLVANIE ou PENNSYLVANIE forme la transition entre les zones chaude et froide
4 Le dollar vaut 5 fr. 50 c.
à gi qui veut joindre un parlour (salon) à sa chambre à coucher, doit payer pour cette location
des États-Unis, et des constitutions robustes peuvent seules résister aux brusques changements qui naissent de cette position. Les Pensylvaniens se distinguent par leur activité, leur courage et leurs bonnes mœurs. Plus éclairés que ceux du New-York, plus tolérants que ceux de la Nouvelle-Angleterre, les habitants de la Pensylyanie ne sont pas corrompus par l'esprit exclusif du commerce, et dédaignent les préjugés qui, dans les États du sud, accompagnent une classe d'esclaves. La constitution démocratique repose sur de bonnes institutions municipales; la tolérance religieuse n’a de bornes que celles de la morale universelle, et cette conscience de l’homme qui se refuse à l’athéisme. La population est, pour un tiers, composée de quakers et d'Anglais épiscopaux, qui habitent Philadelphie et les comtés de Chester, de Bucks et de Montgomery.—Les Irlandais, en général presbytériens, occupent les contrées de l’ouest et du nord ; on les nomme quelquefois Écossais-Irlandais, parce qu'ils sont pour le plus grand nombre originaires du nord de l'Irlande. — Les Allemands sont au nombre d'environ 150,000 à 200,000 individus, répandus dans les comtés de Lancastre, d'York, de Dauphin et de Northampton, ou sur les premières rampes des montagnes Bleues; ils descendent des Allemands qui vinrent de la Souabe et du Palatinat.
La milice de cet État ne dépasse pas 416,000 hommes, ce qu’il faut attribuer à la doctrine religieuse des quakers, laquelle leur défend de prendre les armes.
La ville principale de cet État est PHiLapELPmiE, grande place de commerce qui a 200,000 habitants, y compris ceux des faubourgs. Elle fut construite sur les plans de William Penn, fondateur de la province; ses rues principales ont cent pieds de larseur, et cette ville est la première des États-Unis pour la variété, la richesse et la supériorité de ses manufactures.
Parmi les nombreuses institutions publiques de cette ville, nous devons mentionner le Penitentiary, établissement qui a donné lieu à tant de controverses, mais dont le mérite est certain, puisque le détenu en sort corrigé ; il n’y a pas d'exemple que celui qui en est une fois sorti, y ait été ramené pour un crime nouvéau.
Get établissement à pour principe le solilary confinement (reclusion solitaire). Chaque prisonnier, séparé des autres, est seul dans sa cellule, qu’il ne peut quitter que le jour de l'expiration de sa peine, laquelle peut avoir une variation ae une à douze années de détention. Jusqu'à cet instant, toute communication lui est interdite, non-seulement avec ses compagnons d’infortune, mais encore avec les étrangers qui visitent cette importante institution, à moins que ces derniers ne soient munis d’une permission spéciale du directeur, ce qui est très-diflicile à obtenir. Le prisonnier est done tout à fait solitaire, et n’a d'autre distraction que celle que lui fournit son travail, et qui seule peut lui faire supporter ce terrible isolement. Il devient laborieux, forcé par la nécessité, par le désespoir, pour combattre l’ennui, les tourments de sa reclusion. Il résulte de cette nécessité, l'habitude, le besoin du travail, qui devient tel, que, pour infraction à la discipline, il n’est pas d’autre punition que d’en priver les prisonniers, pour un ou plusieurs jours, selon la gravité du fait.
Nous pensons que, pour donner une idée plus précise de ce système, il est bon de donner quelques détails succincts sur la construction et l’organisation intérieure de la prison. C’est ce que nous allons essayer de faire.
Au milieu d’une vaste cour, ceinte d’une très-haute muraille, se trouve le D composé d’une rotonde, d’où sept corridors très-longs partent du centre comme autant de rayons. Trois de ces corridors ont un étage supérieur, et les uns et les autres contiennent les cellules des prisonniers, qui y sont rangées symétriquement chacune avec sa porte en fer s’ouvrant du dehors; de sorte qu’un gardien placé au milieu de la salle suffit pour veiller sur tous les corridors du rez-de-chaussée, qu’il parcourt de l'œil en
quelques secondes. Chaque cellule occupe un espace de huit pieds de large sur douze d'élévation ; elle ne reçoit le jour que par Le haut, au moyen d’une fenêtre très-étroite. La chaleur y est amenée en hiver au moyen de tuyaux en métal, chauffés avec de l’eau chaude; d’autres tuyaux sont tenus propres par de l’eau qu'on y fait passer tous les jours. Un enclos deux fois aussi long que la cellule et entouré d’une haute muraille se trouve joint à chacune des cellules du rez-de-chaussée, afin que le prisonnier puisse y prendre l'air pendant une heure chaque jour. Il sort et rentre à cet effet de sa cellule par une petite trappe placée vis-à-vis de la porte, et qui s'élève et redescend à l’aide d’un mécanisme extérieur. Le prisonnier ne peut pas plus être vu dans cet enclos que dans sa cellule même, excepté par le gardien placé au sommet de la rotonde pour surveiller les prisonniers, qui doivent tous, à la même heure, passer dans l’enclos où chacun d'eux reste isolé. Les femmes, qui occupent l'étage supérieur, ne pouvant avoir l’avantage de ce petit enclos, ont par compensation chacune deux cellules.
On introduit la nourriture des prisonniers dans les cellules par une ouverture pra- Liquée dans la porte et fermant à clef. Elle se distribue trois fois par jour : en hiver, à sept heures du matin, à midi et à cinq heures du soir; en été, à six heures, à midi et à sept heures du soir. Le déjeuner se compose d’une boisson faite avec du cacao, appelé coco, et du pain. À midi, ils ont du bouillon, trois quarts de livre de viande et des pommes de terre. Le soir, une bouillie de maïs et de mélasse. | |
Le nombre des cellules est de cinq cent quatre-vingt-dix, pouvant contenir un nombre égal de prisonniers, qui ne sont surveillés que par douze gardiens sans armes.
Le travail des prisonniers consiste en tisseranderie ou en cordonnerie, et-ils y sont instruits, dans les commencements, par les gardiens, qui, du reste, ont la consigne d'éviter, autant que possible, toute conversation avec eux. On fabrique chaque semaine, dans la prison, jusqu’à cinq cents paires de bottes et de souliers. Le revenu que l’on en tire est destiné à couvrir les frais de l'établissement, et les prisonniers n’en reçoivent absolument rien, même lors de leur sortie.
Les dimanches et les jours de fête, on ouvre les portes des cellules pendant le service divin, qui se dit avant et après midi. Le prisonnier reste derrière sa porte entr'ouverte, de sorte qu’il peut entendre le prédicateur placé au bout du corridor; mais il ne peut pas plus le voir qu’il n’en est vu. Tout est arrangé de manière à ce que le détenu ne puisse être connu de personne. Aussitôt que la sentence qui le condamne a été prononcée, on le conduit au Penitentiary dans une voiture fermée de tous côtés. Avant de le faire descendre, on lui couvre la tête d’un mouchoir noir, et deux hommes, le tenant sous les bras, le mènent jusqu’à sa cellule, de sorte qu’on ne peut le reconnaitre, tandis qu'il n’a lui-même aucune idée du local où il se trouve. Après avoir subi sa peine, il est reconduit de la même manière, et il quitte la prison sûr de n'avoir été vu que par le gardien, et que personne, excepté le directeur, ne sait son nom; Car il ne connaît pas lui-même ceux des autres prisonniers.
Malgré l'excellence de ce système de reclusion, toutes ces précautions rappelleraient un peu, par leurs formes, celles de l'inquisilion, si l’on ne songeait au résultat que l'on s’est proposé et que par ce moyen l'on obtient mieux que par tous ceux employés jusqu’à ce jour.
Selon M. Isidore de Lowenstern, il n’est point, dans l’Union, de ville d’un esprit aussi social que Philadelphie. « S'il n’y a que peu de voyageurs, dit-il, qui aient fait celle remarque, c’est qu’ils avaient négligé de se munir des recommandations nécessaires pour être admis dans la bonne société, et que la facilité avec laquelle les connaissances se font généralement aux États-Unis, leur avait fait regarder cette précaution comme inutile. Mais c’est cet abus même qui a rendu l'admission aux cercles de ce
que je nommerai l'aristocratie de Philadelphie si difficile ; nouvelle preuve de la maxime que les extrêmes se louchent. »
On n’est pas dans l'habitude d'inviter au diner, qui se fait dans la journée; les réunions ont lieu le soir, soit pour prendre le thé, soit pour assister à des soirées qui se terminent par des soupers. Cet usage parait résuller de ce que la société dont nous parlons se compose d'avocats, d'employés de l'État, de négociants, etc., en un mot, des personnes occupées dans le jour. Il ne reste donc que la soirée, le dimanche étant, ainsi que dans toutes les contrées où domine le rite anglican, consacré aux exercices pieux.
Deux motifs nous engagent à nous arrêter aux mœurs de Philadelphie : l’un, c’est qu’elles donnent l’idée la plus juste de la classe supérieure des États-Unis; le second, c’est que, ainsi que le dit l'écrivain cité plus haut, ces coutumes paraissent être sur leur déclin et qu’on n’en parlera bientôt plus que, comme chez nous, des manières du bon vieux lemps. On voit en toutes choses percer le désir d’imiter les façons et le luxe européens. Les distinctions de rang ont, en Amérique, leurs partisans aussi zélés que dans l’ancien monde; seulement celte tendance ne peut être ostensible. Déjà les négociants et les gens d’affaires ont soin de séparer leurs demeures de leurs bureaux : les comptoirs, les magasins ont leur place assignée près de la rivière; leur habitation en est éloignée autant que possible.
L'idée que la fortune et la position sociale ne leur constituent aucune prérogative, est insupportable aux femmes, qui émettent leurs opinions-antirépublicaines avec une franchise au moins égale à la dissimulation de leurs maris. Les dames déploient donc toute leur adresse, toute leur sollicitude pour établir entre elles et les classes inférieures une ligne de démarcation ; et tandis que le mari, quelque dignité qu’il occupe, surtout s’il est dans la magistrature, devra distribuer des poignées de mains à tout savetier, la femme évitera soigneusement toute personne dont la condition ne lui paraîtra pas égaler la sienne.
Comme conséquence de cette distinction, on remarque dans les soirées de Philadelphie une société composée en grande partie de personnes bien élevées, et la différence de leurs manières avec les nôtres ne saurait être attribuée à un défaut de sentiment des convenances; elle résulte plutôt de causes locales, de la diversité des mœurs et coulumes de chaque pays.
L’étranger est frappé tout d’abord du respect, de la déférence dont on entoure les femmes , de la place qu'elles occupent dans la société américaine. Afin de masquer son insouciance pour le charme de leur présence, l'Anglais prodigue aux dames une sorte de considération; mais il n’en est pas de même chez les Américains : leurs témoignages de soumission illimitée sont réels; et si Les femmes n’ont pas, au Nouveau-Monde, des adorateurs chevaleresques, elles ont assurément des serviteurs très-humbles.
Nous empruntons le passage suivant à M. Isidore de Lowenstern :
« Ladhes…, à ce mot magique qui annonce leur approche, comme celle de souverains, tout homme se lève, soit à table, soit au spectacle, avec les signes du plus profond respect. En tout lieu on doit leur céder les premières et les meilleures places, devoir désolant, mais impérieux pour ce pauvre Américain, si heureux quand il a une fois réussi à placer son corps et ses jambes dans Le repos le plus complet. All for Ladies (tout pour les dames)! s’écriait un vieil Américain, ivre et en lambeaux, faisant le Ganymède d’une vieille sorcière à laquelle il offrait un verre de gin. »
On retrouve les prérogalives des femmes aussi bien dans les transactions civiles que dans les rapports sociaux; en revanche, ces dames sont assujetties à une contrainte qui nulle part n'est poussée aussi loin : chaque personne se constituant gardienne de
la vertu de l’autre, toutes doivent veiller sur leur conduite, au moins en apparence, avec un soin rigoureux.
La beauté des dames est remarquable; rarement en d’autres endroits on voit autant de belles figures réunies. Aux charmes d’un joli visage, elles joignent encore l'esprit et l'amabilité. Malheureusement tous ces avantages sont perdus pour la société; car la contrainte qui leur est imposée les oblige à paraître froides et guindées, à dérober, sous le voile d’une indifférence glaciale, le plus admirable attrait de leur sexe, les grâces. L’enjouement en société exposerait, sous un régime puritain , à la perte de la réputation, et les Américains pensent que l’aristocralisme est incompatible avec des manières vives et pleines d’aisance : aux prétentions des classes inférieures, ils ne savent opposer d'autre barrière qu'une roideur qui, pour être ici de bon goût, serait fort ridi-
cule chez nous.
e Je m’entretenais un soir dans un cercle avec une dame, dit M. de Lowenstern : sa
conversation élait libre, aisée, engageante sans pruderie ni affectation, et elle y mettait l'abandon, mais la réserve de la bonne compagnie du continent de l'Europe, où elle avait passé plusieurs années. — Quelle femme aimable! dis-je en m'adressant à mon voisin après l'avoir quittée ! — Oui, fut sa réponse ; mais.., enfin, l'on dit... , Pon croit... , il paraît... — Qui donc, après cela, voudrait être aimable dans un tel pays? La coutume usitée en Angleterre, mais observée ici avec encore plus de rigueur, de ne pouvoir adresser en société la parole à aucune dame ou demoiselle qu'on ne lui ait été présenté dans toutes les formes, est des plus gênantes. Et même, après avoir été présenté en règle, l'étranger n’ose encore, cette première fois, s’entretenir avec la dame que peu de moments; il est toujours observé, et une conversation soutenue entrainerail de suite des chuchotements. Plus une dame est belle et aimable, et plus elle est en butte aux observations, ce qui ôte tout le charme de leur société et les rend froides, ou plutôt embarrassées.
» En Europe, si l’on est présenté à une dame ou placé près d’elle, dans toute réunion où le ton de la maison est une garantie que l’on n’y rencontrera que des personnes convenables, c’est elle qui fera Les frais de la conversation, qui mettra l'étranger à son aise. Combien de questions générales la dame ne peut-elle pas lui adresser, sur son arrivée, le séjour qu'il veut faire, et tant d’autres qui sont également sans conséquences; tandis que l'étranger ne peut se borner qu’à des réponses, de crainte d'imiter ce Jeune imbécile qui, sur la recommandation de son père de demander à tout le monde des nouvelles de leurs enfants, fit cette question à certain abbé! Mais ce n’est pas ici qu'un étranger pourra trouver cette facilité; la dame restera roide, et, quelques moyens qu'elle possède, muette comme une statue, attendant que l'étranger entre en matière, peut-être même qu’il lui adresse un compliment à l'américaine : malheur à lui s’il ne sait en trouver! Enfin la conversation reste languissante, et souvent c’est au moment où elle commence à s'animer, qu'il faut l’interrompre. » ;
Les dames sont toujours mises avec le plus grand luxe, même pour rester chez elles; elles se servent pour leur toilette de la soie et des étoffes les plus coûteuses, même quand leur fortune n’est que médiocre. Celles qui sont riches se font un point d’hon- . neur de suivre les modes parisiennes. Elles étalent une profusion de fleurs; mais elles ne portent pas ordinairement de joyaux.
Dans toute réunion, la simplicité républicaine règne parmi les hommes. Avant d'entrer dans un salon, ils déposent leurs chapeaux, ce qui leur donne une contenance raisonnablement embarrassée. Au reste, ils sont préférables avec leur roideur naturelle, que lorsqu'ils veulent singer le fashionable ; car alors ils sont d’un ridicule achevé; et mieux vaut encore les voir faire le télégraphe avec les bras qu'avec le chapeau.
Un fait digne de remarque dans les mœurs des États-Unis, c’est le libre arbitre laissé aux jeunes personnes, lorsqu'il s’agit du choix d’un mari. La coutume ne permet pas aux parents d'intervenir dans cette importante affaire. Il suffit que le prétendant soit accepté par la demoiselle : elle lui apportera sa dot, quelque considérable qu’elle puisse être. Cette indépendance a parfois de tristes conséquences. Ainsi, l’on a vu des demoiselles appartenant aux premières familles de l'Union, s'attacher à des aventuriers sans nom, qui souvent même étaient mariés dans leur pays. Dépouillées de leur apport en mariage, et aussitôt abandonnées, ces infortunées n’ont plus qu'à déplorer l'irréparable malheur dans lequel les a jetées leur aveuglement propre et celui de leurs père et mère, ou plutôt la misérable vanité de tous; car ces unions n’ont pour motifs qu’une ridicule ambition qui pousse les Américains à rechercher pour leurs enfants un rang et des titres qui ne se trouvent que parmi les étrangers.
Ceci nous conduit à rapporter une petite aventure arrivée à M.de Lowenstern, dans une des villes des États-Unis. Nous laisserons parler le voyageur :
« J'étais, dit-il, en visite chez madame G...., lorsqu'une dame entre dans l’appartement avec beaucoup de pétulance, et, les how do you do, my dear, à peine échangés, elle se met à me toiser de la tête aux pieds et à demander de suite : The gentleman is a stranger? (Monsieur est étranger?) Madame G... se hâte de présenter M. L....…, ami du comte de... « Donc un Français! » s’écrie la dame (et un comte, pense-t-elle, mais en se gardant bien de le dire tout haut). « Non, un Allemand.— Comment, un Allemand? mais j’en suis charmée! Quelle excellente rencontre! Ma fille étudie l’allemand; elle a eu pour maître le docteur X., de Berlin. Quelle bonne occasion de vous faire parler ensemble! Pouvez-vous venir aujourd'hui? Pouvez-vous venir demain ? »
» Madame G...., qui sentait l’inconvenance des manières de son amie, se chargea de répondre pour moi, en disant que j'aurais cet avantage probablement le lendemain. La dame de la prendre au mot, et, s'adressant à moi : « Pouvez-vous venir nous voir demain à midi? voici mon adresse. Où est ma carte? Je ne trouve pas ma carte; mais c'est vraiment désolant! (Elle fouille dans son ridicule...) Ah ! la voici. Mistress Quiss.…, twenty fifth street. Venez à midi, à midi précis; vous demanderez Wistress Quiss…. N'oubliez pas; vous avez mon adresse, Mistress Quiss.….., tiwenty fifth street. » Puis, s'adressant à madame G...., « Quel plaisir ! un Allemand; je suis folle de cette nation et de leur langue. Gœthe est mon auteur favori... À propos, comment le prononcez-vous, monsieur ? Ah bien! très-bien! vous prononcez tout autrement que le docteur X., etc., etc. »
» Je pris congé de cette dame, assez décontenancé, et je m’en allai avec la précieuse adresse. Le lendemain je fus exact; à midi précis je me rendis à son invitation. On m'allendait, et je fus introduit au premier. Mistress Quiss.….. me reçut avec beaucoup de grâce. « Charmée de vous voir, M. L.... » Puis, me présentant à sa fille, qui était assez jolie : Miss Quiss.…, voici M. L..., le German gentleman. » Mais la jeune miss n'était pas encore disposée à nous accorder la faveur de sa compagnie; il fallait bien se faire désirer, attendre un peu. Elle continua donc à jaser pendant toute une demiheure avec une dame qui était sur le point de parlir, et qui déjà même tenait la parte pour s’en aller.
» Cependant la maman, tout en jetant sur sa fille des regards courroucés, s'entretenait avec moi, et faisait rouler la conversation sur les distances qui séparent les diverses classes de la société, et sur la nécessité de maintenir ces distinctions. Je ne pus cacher ma surprise d'entendre la bouche d’une républicaine exprimer de pareils sentiments : « Où donc avez-vous jamais rencontré une femme républicaine? » s’empressa-t-elle de me répondre avec un orgueil tout féodal; et elle continua, pour me convaincre entièrement de la pureté de ses sentiments aristocratiques, à se lamenter
sur les désagréments auxquels une dame de condition (papa était peut-être le pelit- fils d’un illebr) se trouvait exposée en Amérique par la hardiesse du mob, c’est-à-dire de la canaille, affirmant qu’on ne pouvait se préserver de ce contact impur qu ’en évitant avec cette classe toute espèce de relation, en se barricadant chez soi pour jouir de son intérieur. Or, par ce mot intérieur, il ne faut pas entendre que madame s'occupe des soins du ménage. En Amérique, c’est le mari qui conduit la maison, qui va le matin au marché faire ve emplettes, tandis que madame étudie Schiller ou Gæthe, ou discute la façon ou le prix d’une robe avec un des descendants de ses aïeux resté fidèle au métier.
» Mademoiselle trouva enfin qu'il était temps de ne pas seulement me faire admirer
la beauté du revers de sa taille, et, sans laisser à sa mère le temps de continuer son discours, chose au reste qui n’était pas facile, elle commença à me parler allemand, secondée dans la conversation par une de ses amies qui venait d'arriver, et avec laquelle elle entama une discussion germanique, après avoir croisé avec beaucoup de srâce ses jambes l’une sur l’autre. Nous avions donc tout le temps, maman et moi, de continuer notre discours sur la distinction des classes; mais, voyant qu’elle n’avançait pas vers le but principal qu’elle se proposait dans cette conversation, et qui était d’apprendre si dans mon pays j'appartenais au mob ou à la classe des gens de condition, elle laissa tomber ce lieu commun, et recommença sur le chapitre des langues.
» Mistress Quiss.…. « Je suis toujours heureuse quand j'entends parler allemand (sourire modeste de ma part), et je me flatte d’être une grande amie de votre nation. J'adore les Prussiens. — (Je crois devoir sourire une seconde fois.) Je suis né Autrichien, madame, — Vraiment ! Mais c’est égal, vous parlez tous la même langue. — Oui, madame, mais on ne loue pas trop l’idiome de l’Autriche.— Oh ! faites-le-nous entendre. Mais parlez done, miss Quiss.…. (Or la langue de la jeune miss n’était pas encore restée une seconde en repos.)— Mais, chère maman, vous voyez bien que nous ne parlons qu'allemand, c’est si drôle; cela nous divertit beaucoup. » Madame, s'adressant à moi : « Ma fille parle aussi français. Parlez donc français avec M. L.... » Nous parlâmes français, puis italien. Je fis compliments sur compliments. Madame Quiss.... devenait de plus en plus charmante. « Mais, monsieur L..…., vous parlez donc toutes les langues? » Obéissant à une sotte vanité, je réponds d’un air modeste : « Ah! seulement quelquesunes. —ÆEh bien, lesquelles?—Telle langue, telle autre, puis celle-ci... — Mais c'est prodigieux ! Et laquelle de ces langues préférez-vous ?— Moi (avec beaucoup de satisfaction), le ture. » La demoiselle : « Ah le ture! je voudrais bien entendre parler turc; de grâce, dites-nous-en quelques paroles. » Je pince ma bouche très-gracieusement, puis je commence : « Her dil hassederim ghusell kess aghessi *. » Madame s’écrie : « Mais c'est charmant. Qu'est-ce que cela veut dire? » Je traduis. La mère et la fille sourient de la manière la plus aimable. Mistress Quiss….. : « C’est très-amusant, et j'espère bien que vous nous ferez le plaisir de venir nous parler turc quelquefois. » La jeune miss ne bouge plus sur sa chaise, et devient attentive. — Mistress Quiss..….. « Comment avez-vous donc fait pour apprendre cette langue? — Madame, j'ai parcouru l'Orient, et c’est dans ce voyage que j'ai appris le turc et quelques mots d’arabe. — Ah! mon Dieu! que de choses intéressantes vous avez dû voir! » Je m°’ aperçois avec satisfaction que j'inspire un intérêt toujours croissant, et je commence à prendre gränd plaisir à la conversation. « Que c’est beau d’avoir vu tant de choses, d’en pouvoir entretenir ses amis! Mais, en vérité, je crois que cela doit vous suffire maintenant. Ne trouveriez-vous donc aucun charme dans les jouissances de la vie domestique? — Il est vrai, madame,
! J'aime toute langue parlée par une jolie demoiselle.
chaque chose a son temps. » Madame Quiss...., continuant sur ce chapitre qui semble l'intéresser vivement : « N’avez-vous donc point de parents, point d'amis dans votre patrie? — J'en ai, madame, mais ils ne me gênent nullement; ma famille a dû se faire à mes nombreuses absences. » Madame Quiss...., avec la curiosité la plus marquée : « Avezvous des parents bien proches? » Puis elle ajoute, comme en badinant : « Mais vous n'êtes point marié? » Et moi, tombant de mon haut, tout déconcerté : « Pardon, madame, je le suis.» Mistress Quiss..….., avec un sourire amer : « Vous êtes marié! » (Avec mépris) : « Ah! » (Avec force) : « Et où aviez-vous laissé votre femme pendant votre voyage en Turquie? » Je réponds, tout bouleversé : « Mais, madame, elle m’accompagnait. — Vraiment, et... » (Changeant de ton, avec une amabilité forcée, et les lèvres pincées) : « Vous allez souvent au spectacle? — Quelquefois, mais.…..— Votre littérature est excellente... » (Puis, se tournant vers sa fille) : « Que faites-vous done, mademoiselle ? Vous oubliez que vous avez donné rendez-vous à votre modiste. —Il est vrai, chère maman. » Miss Quiss..…. et son amie se lèvent, et recommencent à s’entretenir, mais cette fois en bon anglais. Je m'aperçois avec effroi que je suis le sujet d’une conversation satirique; je regarde tour à tour la mère et la fille; enfin, ne comprenant plus rien à ce changement subit, à ce froid glacial pour l'intéressant Allemand, je prends le parti de me lever. Madame Quiss..….., sans bouger de son sofa, et d’un signe de tête fait avec toute la grandezza americana, c’est-à-dire à la manière d’une pagode chinoise, s’empresse de me congédier. Je me tourne vers mademoiselle, elle me présente de nouveau le revers de la taille.
» Tant de grâces me rendent enfin à moi-même. Je prends la liberté de regarder fixement madame Quiss.…, je souris, et mes yeux semblent lui dire, en parodiant Hamlet :
Oui, mon crime est horrible, abominable, affreux; Mais est-il donc plus grand que la bonté des dieux ?
Mais voilà que je tombe moi-même dans le goût des Américains, qui ne peuvent rien écrire, füt-ce même une dissertation sur l'art de Carême, sans y mêler de la poésie.
» Cependant le signe de tête se répète d'une manière plus impéralive, et madame Quiss... clôt l’entrevue en me disant d’une voix sépulcrale : Z hope to see you again ‘! ce que l’on pourrait traduire, en bon français, par : Va-t’en au diable... imbécile. »
Le petit État de DELAWARE, qui a pour capitale Dover ou Douvres, est florissant par son agriculture.
L'État de Maryzan» est surtout riche en tabacs. Séparé en deux par la baie de Chesapeake, il a pour capitale la petite ville d'ANNarots, siége du gouvernement.
Le district Fépéraz ou de CozumBraA forme un territoire qui appartient à toute l'Union; c’est la plus petite des divisions politiques des États-Unis : elle ne dépasse pas en superficie 147 kilomètres. Au milieu s'élève la Cité-Fédérale, à laquelle on a donné le nom illustre de WasminGrTon, ville qui depuis 1801 est la résidence du gouvernement central.
Le Capitole s'élève sur une éminence des plus belles, d’où l'œil découvre toutes les parties de la ville et la vaste étendue des campagnes environnantes. C’est un grand et bel édifice surmonté de trois dômes, et bâti en pierre de taille à gros grains, dont la teinte légèrement jaune n’a rien de désagréable à l'œil. Il renferme deux salles spacieuses destinées aux séances de là chambre des représentants et du sénat, une autre pour les assemblées de la cour suprême des États-Unis, et une troisième pour
! J'espère vous revoir, monsieur.
pl
la bibliothèque nationale. Il fut incendié en 1814 par les Anglais, qui se conduisirent comme des Vandales lorsqu'ils prirent Washington; mais aujourd'hui, il est sorti de ses cendres, plus vaste et plus riche qu’à cette époque. « La chambre des représentants est une magnifique salle de forme circulaire, de quatre-vingt-seize pieds de diamètre et de quarante-huit de hauteur. Quatorze colonnes de marbre soutiennent le dôme, et sont réunies sous la corniche par des festons de damas rouge. La galerie pour le public, élevée de vingt pieds au-dessus du sol de la chambre, règne dans toute l'étendue derrière les colonnes. Au centre est assis le président, du fauteuil duquel sept passages vont rayonner à la circonférence; les membres sont placés sur des siéges disposés en rangées concentriques, faisant face au président. Chaque membre a un fauteuil bien rembourré, et un pupitre muni de tout ce qui est nécessaire pour écrire, au-dessous duquel est un tiroir fermant à clef. » La salle où se réunit le sénat est plus petite, mais de la même forme que celle des représentants : le diamètre de l’hémicycle n’est que de soixante-quinze pieds. |
Le territoire cômpris sous le nom de ViRGINIE s'étend depuis la baie de Chesapeake jusqu'aux rives de l’Ouro. Ce pays est partagé en deux parties par les montagnes Bleues, ou les Alleghanys. Celle de l’ouest a de magnifiques points de vue et ressemble à un parc immense; l’autre enrichit les cultivateurs par l'excellent tabac, le froment et le riz qu’elle produit. La première est presque exclusivement habitée par des blancs; la population de la seconde est en grande partie formée d'esclaves noirs ; et tandis que le culte presbytérien domine dans les montagnes de l’ouest, le rite anglican règne dans la portion orientale. On rencontre le long des montagnes Bleues une race d'habitants très-forts et très-grands; on voit rarement parmi eux un homme qui ait moins de six pieds de haut.
Il existe entre les riches et les pauvres une distinction touchante qui rend le gouvernement plus aristocratique que celui des autres États ; mais le petit nombre d'hommes riches, éclairés et intelligents, qui forment l’oligarchie virginienne, a montré, dans les affaires générales de la confédération, l'esprit le plus opposé à la monarchie; c’est dans ce sens qu'on à désigné la Virginie comme le siége de l'esprit démocratique. Dans celte patrie de Washington et de Jefferson, on néglige les sciences et les lettres. Les gens du bas peuple s’enivrent et se battent avec toute la fureur des sauvages; dans leurs combats, un œil poussé hors de l'orbite, une oreille arrachée à coups de dents, ne comptent pour rien. Les Virginiens riches aiment les courses à cheval, ce qui les a engagés à élever des chevaux excellents. Livrés à des plaisirs champêtres, ils fuient le séjour des villes. Il en résulte que la capitale, RicamonD, ne contient pas plus de seize mille âmes.
La population de la Virginie s’accroit. lentement; les finances paraissent être dans un état satisfaisant; on connait ici une taxe sur les propriétés, pour le principe de laquelle les autres Anglo-Américains témoignent une telle répugnance qu’on n’a jamais pu létablir parmi eux.
La CAROLINE Du NORD ne possède qu’un bon port de commerce, appelé New-BERN. La plus grande partie du territoire est une forêt à goudron, lequel forme la principale branche d'exploitation; on élève aussi des bêtes à cornes et des porcs dont la viande est exportée aux Antilles. Près de la petite ville de Charlotte, dans la partie méridionale, on exploite des mines d’or importantes et des dépôts d’alluvions aurifères très-riches ; cette exploitation occupe 20,000 individus, et produit, année commune, une valeur de 4 à 5 millions de dollars.
En parcourant cet Élat, on s'aperçoit partout que l’on approche des régions tropicales; la douceur du climat, la couleur des naturels, le nombre de nègres employés
aux travaux pénibles, enfin la culture du riz, du tabac et du coton, en fournissent des preuves à chaque pas.
Pourvus de talents naturels, mais n’ayant aucune instruction, les CAROLINIENS du nord vivent dans l’indolence, au sein d’une contrée fertile. On ne leur connaît aucune espèce de religion, et ils sont trop adonnés aux plaisirs sensuels; mais ils sont hospitaliers. Dans les montagnes, les nouveaux colons, d’origine irlandaise ou écossaise, conservent un rigide presbytérianisme; ils ont des mœurs sévères et un grand amour du travail.
La CAROLINE du sud a pour capitale Cozumgra, qui est le siége du gouvernement. Le haut pays jouit d’un climat tempéré, tandis que les côtes éprouvent de très-grandes chaleurs.
Ce pays exporte du riz, de l’indigo, du tabac, des peaux, du coton, du bœuf, du pore, de la poix, du goudron, de la térébenthine, de la cire végétale, des bois de construction, des cuirs et des plantes médicinales.
Durant la mauvaise saison, Charleston, ville de 35,000 habitants est le rendez-vous des riches planteurs; la politesse et l’urbanité de ses habitants en rendent le séjour agréable. Les CHARLESTONNAIS, hors de leur commerce, n ’ont que de bien médiocres connaissances; en revanche, ils ont une santé excellente; leurs amusements consistent à tirer au blanc, à jouer à la paume à la manière basque, et à voir des courses de chevaux ; les dames sont renommées pour la vivacité de leur danse...
La GéorGie, qui, pour le sol et le climat, ressemble à la Caroline du sud, a des mines d’or qui produisent annuellement plus d’un million de revenu. Le coton, abondant ici, passe pour être d’une qualité supérieure. MizLenGevieee, chef-lieu de cet État, n’a que 2,500 habitants; mais sa fondation ne date que de 1807.
La FLORIDE ne formait qu’un district; mais, au commencement de 1840, elle s’est constituée en État, et a adopté une constitution. Ce pays offre le même climat que le précédent , avec un plus grand nombre de lacs, de marais, de plaines sablonneuses, et de savanes privées d'arbres.
Sous les rapports historique et physique, cette contrée est inséparable des États-Unis.
Fondé en 1818, l’État d'Izzinois, tire son nom du peuple ainsi appelé. Ses villes sont peu considérables ; et VanpaLIA, son chef-lieu, n'avait, en 1830, que 500 habitants ; M. d'Orbigny lui en donne 1,580.
Les SAwANEES, les ILLINoOIS et les PorowarTomies, peuplades indigènes de l'Illinois et de l’Indiana, ne sauraient se déterminer à une vie sédentaire et agricole. Dans ces derniers temps, un prophète, qui prétendait avoir vu apparaitre la Divinité, a essayé de les réunir en une confédération militaire. Quelques rapports lui donnent le nom de Skenadaryo, et lui attribuent la doctrine politique et morale la plus élevée; les sages de l'antiquité avoueraient ses pures et nobles maximes; mais, selon d’autres relations, où il est nommé Maygouis, ses idées et ses discours ne paraissent être que ceux d’un fanatique allié du gouvernement du Canada, d’un ennemi implacable des États-Unis, qui veut en même temps empêcher ses compatriotes de vendre leurs terres aux Américains, et de les mettre en culture pour leur propre compte. Ce prophète, après avoir livré aux généraux américains des combats opiniâtres, a fini par succomber et est tombé au pouvoir de ses ennemis.
Quoique ces Indiens mènent une vie misérable, leurs idées morales ont pris un certain essor. Une femme sawanee ayant rencontré seul, dans les forêts, un voyageur américain qui cherchait à lui inspirer des sentiments tendres, lui répondit avec dignité : Oulamav, mon époux, est toujours devant mes yeux, et m'empêche d’apercevoir aucun autre homme.
État démembré de la Virginie, le KeNTuCKY a reçu son nom de la principale rivière qui se jette dans l'Ohio: il est situé en face de ce dernier Élat, sur la rive gauche du fleuve. Il a une superficie de 40,000 milles carrés. La capitale est Francrorr, ville de 95,000 habitants. |
Ce pays, plus montueux que celui de la rive opposée, serait très-fertile s’il était bien cultivé, le sol en étant partout mélangé de chaux. Les arbres y sont d’une grosseur extraordinaire; les plus communs sont le hêtre, le sycomore et l’érable à sucre.
Dès qu’on a mis le pied dans cette contrée, la funeste influence de l'esclavage se fait sentir. Au lieu des riants vergers, des vertes prairies, des champs d’orge.et de froment cultivés avec intelligence et soigneusement enclos, qui aitiraient vos regards sur la rive droite du fleuve, on n’y voit que quelques rares plantations de tabac. Les élégantes maisons de l'Ohio sont remplacées par de grandes chaumières qui ressemblent à celles de la dernière classe du peuple dans le nord de la Pensylvanie. Et derrière ces habitations on aperçoit les misérables huttes des nègres, autour desquelles rampent une foule d'enfants destinés à l’esclavage.
Son climat tempéré, moins exposé que les États voisins aux maladies endémiques, est peu sujet aux variations de l'atmosphère.
La fertilité de cette contrée serait une source inépuisable de richesse pour ses habitants s’ils savaient en tirer parti : le labac, bien cultivé, y deviendrait un article de commerce important; le blé et l'orge donnent d’abondantes récoltes; les fruits sont délicieux; le coton réussit très-bien dans le midi; mais toutes ces cultures, excepté celle du chanvre, qui fournit le principal article d'exportation à la Nouvelle-Orléans, y sont négligées. L'aspect de ce pays, entrecoupé de vallées et de coteaux, la plupart couverts de forêts natives, est extrêmement pittoresque. Le sol est presque partout mêlé de chaux.
L'État de Kentucky n’a fait, sous aucun rapport, les progrès qu’auraient dû lui assurer la fertilité de son territoire et les avantages de sa situation. La mauvaise réputation de ses habitants en éloigne les paisibles émigrants qui songeraient à s’y établir. La majeure partie de la population est composée des descendants des anciens colons, que l’on a nommés bachwood, parce qu’ils furent les premiers qui pénétrèrent dans les forêts de l’intérieur du pays. Les Indiens, avec lesquels ils ont été longtemps en guerre, leur ont communiqué la férocilé de leur caractère implacable. Un Kentuckois reste, pendant des mois entiers, en embuscade dans les bois pour y attendre l'instant qui doit assurer sa vengeance : le pardon est un sentiment inconnu chez ces hommes féroces, et le sang de leur ennemi peut seul éteindre leur haine.
La population du Kentucky est de 57,000 habitants, y compris 15,000 esclaves : les planteurs y tiennent le premier rang; les négociants, les hommes de loi et les manufacturiers viennent après eux; le clergé et les médecins viennent un degré plus bas; enfin la dernière classe se compose des artisans, des cultivateurs qui n’ont point d’esclaves en propre, et ils ne sont pas mieux trailés par leurs compatriotes que ne le sont les nègres. |
Le pouvoir de la religion est nul sur l'esprit rebelle des Kentuckois, et toute espèce de culte est l’objet'de leurs railleries. Les institutions littéraires et les académies pour l'instruction de la jeunesse n’ont, jusqu’à présent, exercé qu’une influence bien faible sur leurs mœurs. |
L'État d'Inprana commence à quelques milles de la ville de Cincinnati. Il est arrosé par le grand Wabash, qui le sépare des Illinois, et par le grand Miami, qui coule à l’ouest. Le lac Michigan le borne au nord, et l'Ohio au midi. Get État s'étend du 47e degré 50’ au 47e 10/ de latitude nord, et du 7° 40” au 10° 47’ de longitude ouest. Il est compris, ainsi que l'État de l'Ohio, dans la grande vallée du Mississipi. Sa silualion est moins
élevée que celle de ce dernier État, et ses points culminants sont les Knoles, ou montagnes d'Argent, qui courent au-dessous de Louisville, dans une direction nord-est.
Le climat de l’Indiana est plus chaud que celui de l'Ohio. Le coton et le tabac y sont cultivés pour la consommation du pays. Les vallées sont semées de bouquets de sycomores et de hêtres ; près des cataractes on trouve beaucoup d’érables, de noyers et de cotonniers. Les montagnes sont couvertes de sassafras et de bois de campêche. À cause de l’absence de communication, la fertilité de l'Indiana est presque nulle pour le pays. Les rivières qui l’arrosent ne sont navigables sur aucun point, à l'exception toutefois de l'Ohio, qui baigne ses limites méridionales, et cet Etat ne peut remédier, comme ses voisins, à ce grave inconvénient par des canaux, la rareté du numéraire s’y faisant sentir plus que dans toutes les autres parties de l'Union.
La population de cet Élat est, en général, moins estimable que celle de l'Ohio. Le sud est le séjour ordinaire des Kentuckoiïs, que leurs dettes ou quelque autre cause du même genre ont forcés de quitter leur pays; et le nord-ouest est habité par les Francais émigrants du Canada. Cet État devient ainsi le refuge de vagabonds et d’aventuriers de toute sorte. Ce pays se ressent de leur fâcheuse influence; la plupart des villes, quoique fondées à une époque antérieure à celle de l'Ohio, leur sont inférieures à tous égards. Le caractère léger des habitants se refuse à tout ce qui a un caractère stable et solide. Les habitants de l’Indiana n’ont point de vertus sociales et ne se rendént jamais entre eux aucuns des services les plus ordinaires d’un bon voisinage. Les Américains de l’est, dont les établissements offrent un aspect plus satisfaisant, habitent l'intérieur de l'État et Les bords du Wabash. Leurs mœurs sont fort douces, et ils vivent dans une union qui fait ressortir les mauvais exemples de leurs voisins. Un grand nombre d'Irlandais et d’Allemands se sont répandus dans les villes, et y exercent les professions de cabareliers, d’aubergistes, de boulangers et d’épiciers.
La population de l’Indiana s'élève à 215,000 âmes ; son admission comme État indépendant, dans l'Union, date de 1815, et sa constitution diffère en beaucoup de points de celle de l'Ohio.
Le chef-lieu de cet État est InvranapouS, qui renferme environ 2,000 habitants.
. Le costume des habitants du district de Harmony, dans l'État d’Indiana, n’a rien de bien caractéristique; c’est un mélange et une mauŸaise imitation de toutes les modes de l’Angleterre; des bonnets, des chapeaux de paille ou de feutre, des redingotes, desfracs, des manteaux écossais, etc. Les femmes aussi cherchent à imiter les modes des villes; elles portent de grands chapeaux, avec des voiles volant au caprice de la brise, el des manleaux écossais, ce qui forme un contraste fort bizarre au milieu des bois solitaires qu’elles habitent. Lecostume d'hiver des hommes est assez bien imaginé, maisilparaîtcependant extraordinaire aux yeux d’un étranger. Ils portent des surtouts faits d'une couverture «le laine comme on en met aux chevaux, blanche ou verte, avec quelques raies de couleur dont on profile pour faire le collet, les parements et les basques; quelquefois ces surtouts sont rayés comme la fourrure du zèbre. Par ce moyen, ils se procurent des habits épais de laine avec des ornements bleu foncé, jaunes, verts ou noirs.
Cedistrict produit principalement du maïs, qui parvient à la hauteur de douze à quinze pieds, et dont lesépis sont très-grands et très-lourds. On sesert pour cultiver la terre d’une charrue assez différente de celles que l’on emploie en Europe, et les bœufs y sont altelés à l’aide d’un joug d’une forme toute particulière. Il se compose d’un morceau de bois long, épais, recourbé, qui se passe sur le cou des deux bœufs, et duquel partent deux arcs en bois qui s’attachent autour du cou de l’animal, lequel, par conséquent, ne tire point avec, la tête, mais avec le cou et la poitrine. Au lieu de battre le blé, on se sert communément de chevaux que l’on attache deux à deux et que l’on fait courir dans
une aire ronde construite au milieu des champs, sur le terrain même où le froment a été récolté:
Avant 1809, il existait encore dans les forêts du Harmonÿ une race d’indigènes, grands, forts, vêlus d’une espèce de tablier appelé breechcloth, armés de l’arc et de fiches: quelques-uns d’entre eux possédaient de vieux fusils, et ils étaient, en général, excellents archers. Leurs cabanes, construites à l'embouchure du Wabash, étaient faites de gros paquets de roseaux et garnies en dedans de peaux de cerf. Ces indigènes se
rasaient la tête, à l'exception d’une mèche de cheveux par derrière, comme les Indiens du bas Missouri et du Mississipi. Ils se peignaient le visage en rouge, et se montraient fort disposés pour les blancs, qu’ils visitaient dans leurs “habiläliofis. surtout quand le temps était mauvais. Mais aujourd’hui tous ces Indiens ont disparu de l'État, sans y laisser de traces de leur présence.
Les premiers navigateurs étendirent à toute là contrée au midi des monts Alle- -ghanys le nom de Æloridas ou Pâques-Fleuries, donné d’abord au cap sud-est et à la péninsule, que les indigènes appelaient Tegesta. Ge promontoire fut découvert en 1519, par Ponce de Léon, navigaleur espagnol, allant à la recherche d’une miraculeuse fonlaine de Jouvence dont l'existence se fondait sur une tradition conservée parmi les Caraïbes des Antilles. Quelques Français s'étant fixés dans ce pays négligé par les autres puissances, qui alors ne cherchaient que des mines d’or, Philippe Il, roi d’Espagne, jaloux de la possession exclusive de toute l'Amérique, ÿ envoya une flotte chargée de détruire ce nouvel établissement. Par une barbarie digne de ce temps, les colons qui avaient échappé au massacre furent pendus à des arbres portant cel écriteau : Non pas comme Français, mais comme hérétiques. Dominique de Gourgues, marin gascon, indigné du meurtre de ses compatriotes, vendit ses terres, construisit quelques vaisseaux, $’associa une élite d'aventuriers chevaleresques, cingla vers la Floride, surprit, battit, écrasa les coupables, fit sauter leur fort, et phil à à son tour les prisonniers, avec cel écriteau : Von pas comme Espagnols, mais comme assassins. Après avoir ainsi vengé l'affront national, il s’en retourna en Europe, et, réclamé par l'Espagne, il fut heureux que son nom reslât dans l'oubli.
La FLORIDE est naturellement divisée en deux parties : la Floride orientale, qui comprend une péninsule baignée, à l’est, par l’océan Atlantique, et, à l’ouest, par le golfe du Mexique ; la Floride occidentale, qui, au nord, longe une partie de ce golfe.
TALLAHASSEE, dont la population était, en 1830, de 2,600 individus, est la capitale de la Floride.
Les CHErokis, grâce aux missionnaires baptistes et moraves, semblent avoir eu la faculté rare de se ployer à la civilisation au lieu de se laisser absorber. Ils ont aujourd'hui dés maisons commodes, des fermes, des villages, élèvent de nombreux bestiaux qu'ils vont vendre aux habitants des villes voisines. Plusieurs ont étudié les arts mécaniques, et sont aujourd’hui charpentiers ou forgerons; et, s’il faut en croire les relalions des missionnaires moraves, la plupart savent lire, écrire et calculer. Les de Lissent les étoffes, et fabriquent le beurre et le fromage. |
En 1836, le 4 juillet, l’ancien territoire de MicxiGan fut constitué en État, et admis, à ce titre, dans l'Union. Il a pour chef-lieu Dérroir, petite ville dont les maisons sont en bois. On rencontre dans ce pays des Caippaways et des Orrawas, peuples que nous décrirons plus loin. , ;
L'État de l’Onxo est borné, au nord, par le lac Érie, à l’ouest par l'État d'Indiana, au sud par le fleuve qui lui donne son nom, et à l’est par la Pensylvanie; il a une élendue de 4,000 milles carrés, et se divise en soixante et onze comtés : la population s'élève à 72,000 âmes. Cet État forme l'extrémité orientale de la grande vallée du
Mississipi, qui a les monts Alleghanys à l’est, et les montagnes Rocheuses à l’ouest ; cette vallée s’abaisse graduellement en s’approchant du Mississipi, et s'étend à plus de 1,000 milles vers le sud. L'État de l'Ohio tient le milieu entre la montueuse Pensylvanie et le marécageux État de Mississipi. Son climat est tempéré et peu sujet aux variations: le sol en est inépuisable, et quoique beaucoup de parties aient été cultivées depuis plus de trente ans, sans recevoir d'engrais, il est toujours d’une fertilité étonnante.
En traversant l'État de l'Ohio, il est facile de s’apercevoir que les richesses n’y sont pas accumulées sur un seul point, et qu’elles se répandent avec égalité dans toutes les parties. Les villes et les villages y sont construits avec beaucoup plus d'élégance et de goût que dans la Pensylvanie, ou que dans les autres Etats du nord; les maisons de campagne, les fermes toujours bâties en briques, quelquefois en bois, sont jolies et trèscommodes.
Les routes y sont très-bonnes, et il est rare que les voyageurs trouvent l'occasion de faire entendre leurs plaintes ordinaires sur leur mauvais élat, et sur le peu de confortable des auberges. Enfin, tout dans cet État annonce une heureuse médiocrité, fort éloignée de la grande richesse, mais qui repose sur des bases bien plus solides ; l’industrie persévérante des cultivateurs et la fertilité du sol.
Les crimes, dans l’État de l'Ohio, sont bien plus rares que dans ceux du nord, dont la population est généralement moins bien composée. Le peuple de cet État est aussi éloigné de la grossièreté et de l'ignorance des Américains de l’est, que de la finesse et . de la duplicité des Yankees, où Américains du nord.
La capitale de cette province est CINCINNATI.
Les diverses nuances de la société ne sont pas encore aussi bien prononcées ici que dans les autres parties de l’Union. Cependant elles tendent chaque jour à se faire sentir davantage, et elles se développent tout autant que peut le permettre le combat perpétuel entre la richesse et le luxe, l'ambition et les sciences d’une part, et, de l’autre, l'ignorance et la pauvreté.
Les États de TENNESEE et d’ALABAMA n’ont rien qui mérite notre attention. On voit dans ce dernier pays beaucoup de Cherokis.
Le Muississrrr, érigé en État en 1817, s'étend depuis la rive gauche du Mississipi jusque près de l’Alabama. La ville principale est NaATCHez.
L'État de la LouIstaNE comprend aujourd’hui : 4° le Delta du Mississipi; 2° les parties de la terre ferme occidentale située entre la rivière des Adayes, nommée Sabina ou Mexicana, à l’ouest, le golfe du Mexique au sud, le Mississipi à l’est, et le 33° degré de latitude au nord ; 3° la partie de la Floride occidentale, appelée Féliciana, et occupée par les Américains.
La Louisiane à une étendue d'environ 500 lieues de longueur sur 300 de largeur. Elle est productive en coton, sucre et riz. La population actuelle doit dépasser 300,000 âmes. La capitale est la NOUVELLE-ORLÉANS, qui parait destinée à devenir l'Alexandrie de cette autre Égypte; cette ville, qui renferme déjà 60,000 habitants, voit chaque jour en accroître le nombre, aussi bien que l'étendue de son commerce, la splendeur et l'élégance de ses nouvelles habitations.
La Nouvelle-Orléans est divisée en deux parties par une rue très large, nommée Canal-street, dont l’une forme l’ancienne ville habitée par les Français et les Espagnols, tandis que les Américains se sont établis dans l’autre. |
On trouve des noms français, lels que rue des Chartres, rue Saint-Louis, rue Royale, etc., dans la première, et des noms anglais, comme Camp-street, etc., dans l'autre. L'extérieur des maisons présente cette différence : celles du quartier français
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sont construites dans le style de ce pays, et crépies avec de la chaux, tandis que dans les maisons bâties à l'anglaise, les briques restent à découvert. Quant au plan des maisons, les Américains ont suivi la mode française en les construisant grandes, longues et très-hautes, de sorte qu’elles servent d'habitations à plusieurs familles, et que le rez-de-chaussée est occupé par des magasins et des boutiques ; tandis que les petites maisonneltes, dans le nord, ne sont occupées que par une seule famille, selon la coutume de l'Angleterre.
Cette dernière disposilion est des plus agréables, puisque, tout en jouissant ainsi d’un parfait chez soi el du confortable, on économise pour l’ameublement; car chaqueétage ne se composant que de deux chambres, on ne fait que peu de frais pour l’ameublement «des étages supérieurs. Tout le luxe et la splendeur se trouvent réunis au rez-de-chaussée et au premier, comprenant chacun deux pièces, dont l’une sert de salon, et l’autre de salle à manger; le second, où mille objets se trouvent entassés, est-réservé pour servir de chambre à coucher et de toilette aux maîtres ; les enfants et les domestiques occupent le troisième el les mansardes ; la cuisine est reléguée sous terre avec les caves.
La partie de la ville la plus peuplée et la plus belle est ceHe qui longe le fleuve, les autres quartiers étant presque déserts ou habités par la populace et les hommes de couleur : usage contraire à celui des autres villes des États-Unis, où l’on ne trouve, près des quais, que les bureaux, les magasins des négociants et les habitations des ouvriers, tandis que le monde élégant, ou plutôt l'aristocratie naissante, fuit l’odeur du goudron et les bords de l’eau. |
Cette circonstance doit être attribuée à ce que la Nouvelle-Orléans n’est habitée, en grande partie, que par des négociants qui n'y séjournent que pendant l'hiver, les étrangers retournant au nord, et les créoles passant l'été à leur campagne ou à leurs plantations.
Tout le monde est commerçant à la Nouvelle-Orléans, de sorte qu’il n'existe point de ville qui, par rapport à sa population, possède un nombre aussi limité d'ouvriers, ce qui a pour conséquence de rendre le prix du travail des plus exorbitants. Les avocals y sont nombreux comme partout en Amérique; les médecins et les apothicaires n’y nanquent pas non plus, et ces derniers, pour l'ordinaire, cumulent les deux professions, en y ajoutant encore le commerce de la parfumerie.
L’'Américain des Élats du midi a, de lui-même, l'opinion qu'il est plus civilisé que ses voisins du nord. Cependant, s’il n’en a pas les mœurs cyniques, il ne possède pas non plus ses bonnes qualités. Toute sa supériorité se borne à une éducation superficielle qu'il acquiert par la lecture; car il n’emploie pas, ainsi que le font ses compatriotes du septentrion, le temps à des travaux manuels; il regarde ceux-ci comme des paysans, tandis que lui-même joue le rôle de seigneur féodal, et traite comme des serfs jes infortunés esclaves qu'il occupe.
Les méridionaux sont plus hospitaliers, surtout lorsqu'ils se trouvent sur les plan- {ations; car, outre que c’est là surtout qu'il peut satisfaire sa vanité à peu de frais, l'ennui le pousse naturellement à rechercher la société. L'amour du travail qui caractérise l'Américain du nord, est remplacé, chez celui du midi, par le désir unique de satisfaire ses passions. Ainsi, l'étranger ne trouve que le dégoût, là où il espérait rencontrer les plaisirs innocents, dont il avait senti l'absence parmi les populations purilaines.
Ici, l'on use avec excès des boissons fortes, et non-seulement les gens du peuple, mais des négociants riches et considérés prennent, avant le diner, jusqu’à douze verres de grog où de wisky punch. |
Tout hôtel américain est pourvu d’une antichambre où l’on sert à boire toutes sortes
de vins et de liqueurs, et devant lequel ces messieurs passent rarement sans y entrer prendre, debout et à la hâte, leur verre de gin ou de bitters, ainsi que le font chez nous les cochers de fiacre dans les cabarets.
Le bar (comptoir) est, aux États-Unis, le commerce le plus avantageux, le plus productif; aussi l’on en trouve jusque sur les bateaux à vapeur. Mais c’est principalement à la Nouvelle-Orléans que l'entrepreneur peut réaliser de beaux bénéfices ; car il a soin d'établir deux fois par jour, de une heure à deux, et de huit à onze heures du soir, un buffet dont les provisions sont offertes gratis aux boarders de la maison. En revanche, les étrangers qui y prennent leur luncheon (second déjeuner) sont trailés de manière à compenser largement la prodigalité faite en faveur des habitués.
Quant au peuple, il s’abreuve d’une liqueur plus à sa portée, et nommée tom; elle est composée d'œufs, de sucre, d’eau-de-vie et d’eau chaude. En y mettant assez de ce dernier liquide, cette préparation n’aurait rien de désagréable; mais on imagine aisément que la dose en est toujours assez minime.
La gloutonnerie est commune aux habitants des deux régions ; mais ceux du sud ont en outre uné propension pour la boisson, vice qu'ils ont emprunté aux Anglais dont ils ont encore adopté le vocabulaire de jurements si prohibés par les puritains. L'amour des femmes, du jeu, des récréations bruyantes et sans goût, telles sont leurs principales passions.
Peut-être faut-il attribuer cet esprit violent du midi, ce laisser aller aux passions, dont celles que nous venons de citer plus haut sont encore les plus innocentes, ce déréglement complet de mœurs, cette véhémence dans les actions, à l'esclavage qui règne dans cette partie des États-Unis, et qui donne à tout un aspect mel ESONrte et Hinbre.
Par Ja grande habitude qu'il a d’assouvir ses passions sur des êtres envers lesquels il exerce le droit du plus fort, l'Américain méridional a pris l'habitude de ce ton impérieux, tracassier, qui ne se plaît que dans des querelles presque toujours sanglantes, et qui repousse toute raison.
Avant l'achèvement de la nouvelle bourse, la vente des esclaves se faisait au café de la Bourse; l’ameublement de ce café n'étant pas très-somptueux, les crieurs publics montaient, à l'heure de la vente, sur des tables, et l’esclave se plaçait au-dessous de lui, debout sur une chaise adossée à la table; les chalands, les connaisseurs et les curieux se plaçaient ensuite en avant en demi-cerele, et la vente commençait.
IL y à une grande variation dans le prix des esclaves, selon le plus ou le moins de vivacilé dans le marché de coton. Ils vont quelquefois de 600 à 1,000 dollars, et même les bons ouvriers coûtent le double de ce dernier prix.
Le jour de la vente des esclaves est le mercredi ; ceux qui doivent êlre compris dans une vente particulière sont exposés dans la ruê, vis-à-vis du café de la Bourse, de midi à une heure. On voit alors, d’un côté, sept ou huit négresses et mulâtresses, assises sur des bancs, et autant de garçons de l’autre côté. Les femmes sont habillées avec soin, et presque élégamment; elles mettent beaucoup de coquetterie à nouer le foulard qu'elles portent sur la tête. Les hommes sont aussi proprement vêlus. Il s'entend que tout ce luxe n'appartient pas aux pauvres esclaves, et ne passe pas plus à l'acquéreur que le riche harnais avec lequel le maquignon pare son cheval pour Île faire valoir, ne devient la propriété de celui qui achète cet animal.
Ce qu’il y a de plus triste dans l'esclavage, à la Nouvelle-Orléans, c’est que celte dégradation continue de génération en génération, et l'individu né d’une mère esclave reste esclave lui-même, quels que soient l’état et la couleur de son père, le fils du planteur blanc étant aussi bien esclave que celui du nègre le plus foncé. Dans les Antilles, le
dd de blanc, jusqu’à un certain degré, devenait libre, quand même la mère ne l'était pas; chez les Américains, cet état dure jusqu’à la centième génération.
La liberté ne sert pas beaucoup, dans l'Amérique, à ceux qui ont seulement une goutte de sang nègre dans les veines. L'affranchi, ainsi que ses descendants les plus éloignés, sont assujettis à un égal avilissement. Ils sont exclus de tous les droits de citoyen; il leur est interdit de s’allier avec les blancs, et mêmeun contrat passé devant l'église deviendrait nul par la loi. Ils n’osent exercer aucun emploi, ni jamais se mêler aux blancs dans aucun lieu public; ainsi, par exemple, ils ont leurs places assignées aux spectacles, et ils ne se hasarderont jamais à en occuper d'autres. ;
La race connue, à la Nouvelle-Orléans, sous le nom de quarteroons, est celle qui souffre le plus de l'esclavage ou de ces restrictions. Issus, pour l'ordinaire, de planteurs blancs et de griffs, filles de blancs et de mulâtresses, ou de quarteroons même, ils ressemblent, par la blancheur de leur peau, à leurs pères, de sorte qu’un œil exercé peut seul reconnaître leur origine africaine à leurs yeux noirs et vifs, ainsi qu’à la nature et à l’ épaisseur de leurs cheveux.
Malgré la loi qui interdit toute instruction pour les esclaves, il y à des cas où ces filles sont élevées avec soin; quelques-unes même sont envoyées par leurs pères en Europe pour y recevoir une éducation brillante, don le plus funeste pour leur triste existence; car il peut se faire que le père, jaloux de ces doubles droits, n’affranchisse pas son enfant, ou ajourne cet acte d’un jour à l’autre, jusqu’à ce que la mort vienne le surprendre, et alors la pauvre victime se trouvera exposée à des humiliations et à des tourments d’autant plus durs qu’elle aura été élevée dans des idées d'indépendance el de liberté.
Il y a quelques femmes quarteroons qui, étant libres comme filles de mères affranchies, ou affranchies elles-mêmes par leurs pères, deviennent héritières de leur fortune. Ce sont ces quarteroons libres qui forment une caste à part. Il y en a qui possèdent des richesses immenses, et bien plus d'éducation que les créoles qui les méprisent. Alors, toute leur fortune et tous leurs avantages ne servent qu’à leur faire sentir plus fortement leur dégradation. Elles emploient tous.les moyens imaginables pour se mêler aux blancs, et préfèrent au bonheur de s’allier avec ceux de leur caste, vivre avec ces premiers comme maitresses. |
Avant que la question de l'abolition n’eût été agitée entre le nord et le midi, et n’eül amené ceux-ci au plus haut degré d'irritation, on admettait les quarteroons aux bals de certaines dames blanches ; mais depuis, cette faveur, même si minime, leur a élé retirée, et les bals se divisent aujourd’hui en bals blancs et bals de couleur. Dans ces derniers bals ne se trouvent que des femmes de couleur et leurs adorateurs blancs, et les Africains en sont rigoureusement exclus par les dames patronesses. Toutes ces dames mettent autant de soin à cacher la couleur provenant du sang maternel qu’à faire ressorlir la ressemblance qu’elles tiennent de leur père, et, pour cela, elles s'appliquent sur le visage et la gorge une bonne dose de poudre blanche, qui fait un effet singulier, quand elles sont échauffées par la danse dont elles s’acquittent fort bien et avec beaucoup de grâce.
IL y a encore d’autres bals, outre ceux dont nous venons de faire mention; mais ils sont composés d’une société trop mêlée, quoique de sang blanc, pour que nous en parlions ici avec plus de détails. Les femmes qui fréquentent ces bals viennent la plupart du nord, pour des spéculations qui ne sont pas des moins lucratives dans cette ville où l'on est fort peu difficile sur le choix des divertissements.
Quelque peu distingués que soient:ces bals, l'entrée n’en est pas moindre de deux dollars (11 francs) par personne, On y exécute des contredanses, des cotillons et des
valses avec la musique de Strauss. Mais les Américains ont la coutume de valser si lentement, qu’on croirait les voir danser un menuet, et que l’on a tout le temps d’admirer la roideur de leurs mouvements.
A l'entrée de ces bals, on est visité de la tête aux pieds, sur tout le corps et dans toutes les poches, comme par des douaniers, pour s'assurer qu'on ne porte point d'armes cachées, précaution qui peint mieux que des pages entières le caractère violent des habitants de la ville que nous décrivons.
La moindre querelle, le moindre mot, entraine des disputes sanglantes, souvent même la mort, et c’est ce qui a amené le funeste usage de porter des armes sur soi. On n’est pas seulement exposé, à la Nouvelle-Orléans, aux querelles résultant de la violence des passions, mais à la rencontre d’aventuriers qui font le métier d’assassins.
IL faut attribuer la multiplicité des crimes dans ce pays à l'impunité. La loi n’est sévère que contre l’esclave, ou plutôt elle n’existe pas pour lui. Son maitre peut le tuer, et il en sera quitte pour une amende, à laquelle il échappe le plus souvent, puisqu’il faut, pour le convaincre, des témoins blancs ; car, sur un fait de cette nature, le témoignage de l’homme de couleur n’est pas reçu. Le criminel n’a pas plus à craindre, à la Nouvelle-Orléans, la désapprobation publique que la poursuite des lois. La police est cependant assez nombreuse; mais elle n’est établie que par rapport aux noirs, pour les surveiller, les punir et les reprendre quand ils s’enfuient. Le principal soin de Ja police est de s'emparer de tout homme de couleur que l’on trouve dans les rues après le coup de canon qui donne le signal de la retraite, et qui se tire, en été, à neuf heures, et, en hiver, à huit heures du soir. Tout nègre pris ainsi, et qui ne peut légitimer sa sortie ou par un billet de son maitre, ou par des papiers qui prouvent qu'il est libre, est de suite conduit au calabozo (nom espagnol donné à la prison), où il est gardé jusqu’à ce que son maitre vienne le réclamer, ou qu’il puisse prouver qu’il est libre; dans le cas contraire, il est mis en vente après un certain temps, pour couvrir les frais de détention. Cet usage n'existe pas seulement à la Nouvelle-Orléans, mais dans tous les États où il y a des esclaves.
Au nombre des amusements, il faut encore citer trois théâtres, dont deux sont anglais (Saint-Charles et the American theatre), et le troisième, un théâtre français. Le premier donne des opéras et des divertissements, des ballets, des tragédies, des drames. Les chanteurs en sont assez bons, mais le public ne les goûte point. C’est ce qui arrive généralement en Amérique pour tout ce qui n’est pas entièrement mauvais; le bon goût des Américains est tel qu'il n’y a que les choses détestables qui soient applaudies par eux.
= Ledernier deces théâtres possède un public juge pluscompétent quant au goût, mais qui manque d’impartialité. Comme partout ailleurs, les petits-maîtres y donnent le ton, ce dont ils s’acquittent avec une pétulance trop lourde pour être gracieuse. Le second, l'American theatre, est pour les farces et d’autres pièces qui attirent la populace. Les pièces qu'on y joue sont aussi exagérées qu'il le faut pour un pareil public.
Quelque facilité qu'aient les dames de la Nouvelle-Orléans de se procurer les modes de Paris, on reconnait néanmoins dans leur toilette un peu du goût espagnol, surtout dans la coiffure. :
Les créoles sont aimables; mais tout respire en elles une sorte de tiédeur, une nonchalance qu’elles n’apportent cependant ni dans l’amour, ni ‘dans la haine. S'il faut en croire certaines personnes qui ont longtemps séjourné à la Nouvelle-Orléans, quelquesunes d’entre elles se livrent par jalousie à des cruautés inouïes envers leurs esclaves.
Les incendies sont fréquents à la Nouvelle-Orléans, et résultent autant de la négligence avec laquelle on garde les cheminées, que de l’insouciance américaine. Le plus
souvent ils sont dus à la manie des feux d’artifice que tous les habitants, quels que soient leur âge et leur sexe, partagent, et qui forment le principal amusement du dimanche, et se tirent au milieu des rues.
Lorsque le feu a une fois pris, on peut avoir l'assurance qu’il ne sera pas éteint de sitôt. Outre que la cathédrale tarde beaucoup à donner l'alarme, on n’entend ni tambour, ni aucun signal qui puisse rassembler le monde, ce qui au reste devient inutile, puisque les personnes employées aux pompes peuvent seules agir.
En Amérique, les pompes à feu sont très-petiles, et traîinées par des hommes. Fort belles et d’une élégance finie, elles ne sont ni assez grandes, ni assez fortes pour lancer l’eau en quantité nécessaire et à la hauteur voulue. Elles sont desservies par des compagnies particulières, formées d'hommes de tous les rangs, et qui sont exempts du service militaire et libres d’impositions. Ils se distinguent par des manteaux et des chapeaux de toile cirée rouge ou verte, sur lesquels sont inscrits les nom et numéro de la compagnie à laquelle ils appartiennent. C’est sur ces hommes que repose le soin d’éteindre l'incendie; ils s’attachent à leurs pompes, puis courent de toutes leurs forces, en jetant des cris étourdissants, vers le théâtre du désastre, où ils arrivent si haletants et tellement essoufflés qu’il leur faut de suite du brandy pour se ranimer.
Dans ces occasions, ce qui frappe surtout, c’est le courage et l'audace qu'ils déploient, la témérité avec laquelle ils s’exposent dans des bâtiments déjà croulants; et, d'autre part, l'indifférence, le stoïcisme témoignés par les incendiés qui supportent leur perte sans la moindre émotion. La fermeté du caractère américain entre pour beaucoup dans cette insensibilité; mais elle résulte plus encore de ce que, presque toujours, les maisons et leur mobilier sont assurés au delà du prix réel.
- Nous emprunterons encore quelques lignes à M. J. de Lowenstern, qui fut témoin d'un incendie : è |
« Au moment où le feu avait le plus d'intensité, dit-il, je rencontrai une de mes cor- » naissances qui fumait tranquillement son cigare : À qui appartient cette maison qui » s'écroule, lui demandai-je? —A moi.—GComment? et vous me le dites avec un tel » sang-froid ? — Elle est assurée. Bonsoir, à demain. »
L'État d'Arkansas n’a rien qui puisse nous arrêter.
La province de Missouri, au nord de la précédente, a pour capitale JEFFERSON. L'une de ses villes, Sainr-Louis, doit son importance à sa position sur l’un des plus grands fleuves du monde et à sa faible distance de deux de ses principaux affluents : l'Illinois et le Missouri. æ
Les Indiens qui habitent les environs de cette ville sont forts, bien faits, d’une Laille. au-dessus de la moyenne, musculeux et charnus. Leur physionomie est expressive; ils ont les traits fortement marqués, les pommettes saillantes, les côtés de la mâchoire inférieure larges et anguleux, les yeux noirs, vifs, pleins de feu, et l’angle intérieur un peu rabaissé, surtout dans leur jeunesse, bien moins pourtant que chez les Brésiliens.
Les Sacs et les Renxarps sont les principaux habitants de ce district. Ils portent les cheveux rasés sur la tête comme ceux de Harmony, ne laissant qu’une petite mèche qu'ils coupent courte comme une brosse, et qui aboulit à une étroite queue tressée, à laquelle ils attachent la coiffure appelée queue de cerf, et qui se compose effectivement d'une touffe de poils de la queue du cerf de Virginie; ces poils sont blancs, mélés de quelques noirs, mais la partie blanche est teinte en rouge avec du cinabre. Les naturels ont donné à cette singulière coiffure Le nom de katenikunn. C’est à l'aide de ficelles et de quelques chevilles de bois que cet ornement s'attache d’une manière ingénieuse à la touffe de cheveux du derrière de la tête, tandis qu’au milieu, et caché parmi les cheveux, on place un pelit bâton en bois ou en os laillé, au bout duquel est adapté un
petit étui en os, dans lequel est fixée une grande plume d’aigle qui s’avance horizontalement par derrière. Cette plume est aussi souvent teinte en rouge avec le cinabre; elle est la marque distinctive d’un vaillant guerrier; celui qui se distingue en outre comme grand voleur de chevaux, acte fort héroïque aux yeux des naturels, ajoute encore au bout de cette plume une sonnette de serpent. La queue du cerf tout entière, quand on ne la porte pas, se roule, au moyen de lanières de cuir, dans la forme d’un gros
navet, et reste ainsi renfermée, afin que les poils se conservent lisses et dans leur posi-
tion naturelle. Ces Américains du nord s’arrachent avec soin les sourcils, la barbe et les poils de toutes les autres parties du corps; ils se servent pour cette opération d'un fil de fer terminé en spirale, entre Les tours duquel on saisit les poils. Ils ont aussi une manière fort originale de parer leurs oreilles. Au bord extérieur et postérieur, ils percent trois grands trous, l’un au-dessus de l'autre, et ils y suspendent des cordons, de petits cylindres, en forme de glands blancs et bleus, taillés de la coquille nommée venus mercendria, et auxquels ils donnent le nom de æampum. Quelques hommes se découpent tout le bord postérieur de l'oreille, en sorte qu'il ne tient plus que par le haut et par le bas, et l’ornent du cordon de wampum et d’anneaux de métal. Ils portent aussi autour du cou des cordons de ces morceaux de coquillage blancs et bleus.
Les femmes sont petites el trapues ; elles ont, en général, la tête ronde et grosse, le visage large, plat et arrondi. Elles partagent au milieu de la tête leurs cheveux qu'elles laissent croître naturellement, et les nouent par derrière en une espèce de queue grosse et courte, qu’elles entourent d'étoffe ou de rubans verts et rouges. Quelques vieillards portent les cheveux non rasés, mais ils sont en très-petit nombre. Les deux sexes ont le visage plus ou moins peint en rouge; chez les Sacs, les figures qu'ils s’y peignent sont rouges, chez les Renards, rouge et jaune, ou bien blanc, rouge et noir. Du resle, la manière de disposer des couleurs dépend de la volonté ou du caprice de l’individu. La plupart d’entre eux ont le tour des yeux et des oreilles rouge, et des raies de la même couleur descendent le long des joues, tandis que les autres parties du visage conservent leur couleur naturelle; ils se servent pour se teindre ainsi du cinabre. Chez les Indiens renards, la tête tout entière est rouge sans exceplion, avec une bande jaune ou blanche sur le front; la bouche et le menton sont peints avec la forme d’une main jaune, ou bien tout à fait noirs. Plusieurs de ces Indiens portent des chemises de calicot de couleur, et presque lous se couvrent de culottes de peaux indiennes appelées leggings par les Anglais. Ces culottes, séparées pour chaque jambe, retombent jusqu'aux souliers,*et sont ornées de franges de cuir par le bas; chacune des deux s’attache au haut de la ceinture avec une courroie. L'espace qui reste libre par devant ct par derrière, entre les deux culottes, est couvert par une étoffe de laine qui est ordinairement rayée de bleu et de blanc, et que l’on passe entre les jambes, puis par devant et . par derrière sous la ceinture, par-dessus laquelle une partie vient encore retomber. La ceinture et les genouillères sont ornées élégamment de perles de verre, et, dans Îa première, on voit, dans un fourreau orné de la même façon, un couteau long, large ct fort tranchant, dont ils se servent principalement pour scalper leurs ennemis et pour dépecer le gibier. Leurs souliers ou mocassins sont de peau de daim préparée et adoucie, et rabaltus avec leur rebord au-dessus de la cheville; beaucoup de ces Indiens les portent unis et sans aucun ornement. Quelques-uns se parent encore leslgenoux de peaux de cygne avec le duvet, et plus souvent encore de peaux de putois fortement marquées de blanc, et dont la queue poilue retombe jusqu’à terre ou au moins jusqu’à la cheville. D’autres portent des colliers et des bracelets de cuivre. Les hommes ne se montrent jamais sans armes ; ils portent des haches d’armes fabriquées par les blancs, qui contiennent par derrière le godet de la pipe, et dont le manche creusé sert de
tuyau à cette même pipe; ils donnent à cette arme, qui est en même temps un ustensile domestiqué, le nom de tomahäwk; d'autres se servent de la massue ordinaire des Indiens ; c’est un morceau de bois étroit, un peu aplati, dont la partie supérieure est recourbée en arrière, et dans l'angle saillant duquel est adaptée une plaque d'acier à deux tranchants et pointue par devant ; ils ont encore des lances formées d’une longue lame d'épée attachée à une perche recouverte de drap rouge el ornée d’une grande quantité de plumes noires de corbeau ou d’aigle, suspendues par touffes ou par longues rangées. L’arc est aussi compté au nombre de leurs armes offensives. L'Indien ne se sépare jamais de son atlirail de guerre; il le porte continuellement avec lui. Les femmes, comme les Brésiliennes, portent leurs paquets sur le dos suspendus à des courroies passées autour du front. Elles portent aussi avec elles leurs enfants couchés dans des berceaux fort commodes.
La langue de ces peuples n’a rien de barbare: elle renferme quelques sons gutturaux et nasaux; du reste, les sons se prononcent souvent d’une manière indistincte, ce qui les rend fort difficiles à transcrire. En général, toutes les langues de l'Amérique septentrionale sont plus difficiles à prononcer pour les Français et les Anglais que pour les Allemands, les sons gulturaux y étant très-communs. Quand on s'approche d'eux avec franchise et qu’on leur adresse la parole, les uns répondent d’une manière agréable et amicale; les autres, au contraire, restent froids et paraissent même animés d’intentions hostiles. Ils répèlent avec plaisir les mots de leur langue quand ils y sont invilés par les voyageurs, et ne font aucune difficulté de laisser faire leur portrait; seulement ils exigent chaque fois un présent. à |
Les Sioux, nation puissante, sont la terreur des peuplades sauvages, depuis le pays des Indiens Serpents et la rivière du Corbeau, au nord, jusqu’au confluent du Missouri et du Mississipi. |
Ils sont divisés en plusieurs tribus :
Les Minoa-Kanrones s'étendent de la prairie du Chien à la prairie des Français, et sont subdivisés en quatre tribus qui obéissent à différents chefs. Ils passent pour les plus braves de tous les Sioux, et sont beaucoup plus civilisés que les autres; eux seuls font usage de canots. Ils construisent des cabanes de troncs d'arbres, et s’adonnent à la culture de la terre; mais quoiqu'’ils récoltent un peu de maïs et de fèves, l'avoine sauvage, que la nature fournit à presque tout le nord-ouest de ce continent, leur sert principalement en guise de pain. Cette bande est généralement pourvue d'armes à feu.
La bande des WasperonGs, ou « gens de feuilles, » erre dans le pays compris entre la prairie des Français et la rivière Saint-Pierre.
Les SassiTonGs, divisés en deux tribus, chassent sur le Mississipi depuis la rivière Saint-Pierre jusqu’à celle du Corbeau,
La bande vagabonde des YanzTONGs du nord et du sud maintient son indépendance dans les vasies solitudes qui s'étendent entre la rivière Rouge et le Missouri; elle s’y confond en quelque sorte avec celle des Tirons, également divisée en branche du nord et du sud, et dispersée sur les deux rives du Missouri, depuis la rivière du Chien jusqu’au pays des Mahas et des Meunitarris. Le bison fournit à ces deux bandes la nourriture, le vêtement et l'habitation, ainsi que les selles et les brides de leurs chevaux, dont elles possèdent des troupeaux innombrables.
Les WascnpeconTEs forment la plus petite bande et font la chasse vers les sources de la rivière des Moines. Elle fournit aux Yanetongs du nord et aux Titons le peu de fer dont ils ont besoin ; du reste, ils paraissent être les plus indolents et les plus stupides de la nation. é
La guerre est la passion dominanke-des Sioux, qui sont les plus belliqueux et les plus
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