Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents
Europe. — Europa, une des cinq parties du monde, la plus petite pour la superficie, mais de toutes la plus peuplée, la plus riche, la plus éclairée et la plus puissante ; s'étend de 34° 52” à 76° 58’ latitude nord, et de 27° 5’ longitude ouest à 60° longitude est. Ses bornes sont au nord la mer Glaciale, à l’ouest l'Atlantique, au sud la Méditerranée , à l’est la rivière Kara, les monts Ourals, le fleuve Oural, la mer Caspienne, le Caucase, la mer Noire, la mer de Marmara et l’Archipel. Elle a 3,900 kilomètres de long, sur 3,500 de large. Sa population est d’environ 290,000,000 d'habitants.
Géographiquement, l'Europe est divisée en seize contrées principales, dont quatre au nord : les iles Britanniques, le Danemark, la Suède et la Russie : sept au centre : Ja France, la Belgique, la Hollande, la Suisse, l'Allemagne, l'Autriche et la Prusse : cinq au sud : l'Espagne, le Portugal, l'Italie, la Turquie et la Grèce. —Politiquement, l'Europé est actuellement partagée entre trente États souverains ou indépendants; ce sont : les iles Britanniques ou royaume-uni de la Grande-Bretagne, le royaume de Suède et Norwége, celui de Danemark ; les royaumes de France, de Belgique, de Hollande et de Prusse, la confédération germanique, la confédération suisse et l'empire d'Autriche; les royaumes de Portugal et d'Espagne (avec la république d’Andorre), les États sardes , la principauté de Monaco, le grand-duché de Toscane, les duchés de Parme, Modène et Lucques, les États de l'Église (avec la république de Saint-Marin) et le royaume des Deux-Siciles ; l'empire de Russie (y compris la Pologne), la république de Cracovie, l'empire ottoman, les principautés de Servie, Moldavie et Valachie, le royaume de Grèce et la république des îles Ioniennes.
L'Europe est découpée profondément par plusieurs mers intérieures et par des golfes nombreux. Les mers intérieures sont : la mer Blanche, la mer Baltique, la mer du Nord, la Manche, la mer Adriatique ou golfe de Venise, la mer de Marmara, la mer Noire, la mer d’Azov. Les principaux golfes sont ceux de Botnie, de Finlande, le Zuyderzée, les golfes de Gascogne, du Lion, de Gênes, de Lépante. Les détroits prin- Cipaux sont : le Skager-Rack, le Cattegat, Le Sund et Les deux Belts, entre le Danemark et la Suède, le Pas-de-Calais entre la France et l'Angleterre, le détroit de Gibraltar entre l'Espagne et l'Afrique, le détroit de Bonifacio entre la Corse et la Sardaigne, le détroit de Messine entre l'Italie et la Sicile, le détroit des Dardanelles ou Hellespont, et le canal de Constantinople ou Bosphore, entre la Turquie d'Europe et la Turquie
d'Asie. Beaucoup d’iles de toute dimension font partie de l’Europe; nous citerons : la Nouvelle-Zemble et le Spitzberg dans l'océan Glacial; la Grande-Bretagne, l'Irlande, les îles Hébrides, Orcades, Shetland, F&roer éñtre l'océan Atlantique et la mer du Nord ; les Baléares, la Sardaigne, la Corse, la Sicile, les îles Ioniennes , les Cyclades et les Sporades, Candie et Chypre, dans la Méditerranée. — Le sol de l'Europe orientale est plat, surtout au nord; elle n'offre que peu de montagnes, sauf sur les frontières, où les monts Ourals et le Caucase s'élèvent à d’assez grandes hauteurs. Partout ailleurs, l’Europe est hérissée de hautes montagnes : au centre s'élèvent les Alpes d’où sortent de nombreuses ramifications, formant elles-mêmes de nouvelles chaînes , et portant des noms particuliers; tels sont en Italie les Apennins ; en France, le Jura, les Vosges, Les Cévennes ; en Espagne, les Pyrénées, les monts de Gata, Estrella, de la Sierra-Morena,
des Alpuxarras; en Allemagne le Harz, le Bæhmerwald, l’Erzgebirge, le Riesengebirge, les Sudètes ; en Hongrie les Carpathes; en Turquie le Glioubotin, le Tchardagh, le Balkan : entre la Norwége et la Suède s'étendent les Dofrines ou Alpes scandinaves; dans la Grande-Bretagne les monts Cheviot et Grampian. — Les principaux fleuves de l’Europe sont (outre l’Oural, commun à l’Europe et à l'Asie) le Volga, le Don, le Dniepr, le Dniestr, les deux Dwina, le Danube, la Vistule, l’Oder, l'Elbe, la Meuse, le Rhin, la Seine, la Loire, la Garonne, le Rhône, l'Ébre, le Tage, Le P, etc. Parmi les rivières qui se jettent dans les fleuves, celles dont le couts est le plus étendu sont : la Kama, la Theiss, le Pruth, la Drave, la Save, la Varta. — L'Europe est presque tout entière comprise dans la zone tempérée; elle n’a que peu de territoires dans la zone glaciale ; aussi le climat y est-il en général doux et sain. L'aspect de l'Europe est moins brillant, moins riche que celui des belles contrées de l'Amérique et de l'Asie: le sol \ est moins productif; mais l’agriculture, bien mieux dirigée, fait produire immensément à la terre; nulle part il n’y a moins de jachères, de steppes et de lieux inhabitables; nulle part les animaux féroces ne sont devenus plus rares. — On trouve en Europe quelques mines d’or et d'argent, notamment en Transylvanie, en Hongrie, en Valachie, et dans les monts Ourals; le cuivre, l’étain, le platine ÿ sont plus communs ; Lous les autres métaux, surtout le fer, s’ÿY trouvent en abondance, ainsi que la pierre à bâtir, les marbres, le sel gemme, la houille, etc. — Presque tous les habitants de l'Europe sont de la race blanche caucasienne; ceux qui habitent le Nord appartiennent à la famille finnoise; au centre se sont répandues les familles celte, germaine et slave; au sud les familles ibère, thraco-pélasgique, turque, sémitique. — La religion dominante en Europe est le christianisme, mais il se divise én plusieurs églises, dites : catholique romaine (Italie, France, Espagne, Portugal, Autriche, Irlande et Belgique) ; grecque (Grèce et Russie); luthérienne; réformée ou calviniste (Allemagne, Suisse, Suède, Norwége, Hollande); anglicane (Angleterre) ; presbytérienne (Écosse). On y trouve encore le judaïsme, professé par les restes du peuple juif répandus par toute l'Europe, mais surtout en Allemagne, et l’islamisme, pratiqué par les Turcs. — La plupart des gouvernements de l’Europe sont monarchiques; mais les uns sont absolus (Russie, Autriche, Prusse, Danemark, une partie des États de la confédération germanique, l'Ttalie tout entière, la Turquie) ; les autres sont constitutionnels ét représentatifs (France, Grande-Bretagne, Hollande, Belgique, Espagne, Portugal, Suède et Norwége). Viennent ensuite quelques républiques : lés cantons de la Suissé, Cracovie, Saint-Marin, les îles Ioniennes, Andorre. Ces quatre derniers États sont sous là protection des puissances voisines, et n’ont qu’une ombre d'indépendance. De toutes les puissances européennes, il en est cinq surtout qui sont prépondérantes, ét de qui dépendent les destinées de l'Europe; on les nomme les cinq grandes puissances ; ce sont : la France, l'Angleterre, la Russie, l'Autriche et la Prusse. — Les lettres , les beaux-
arts, les sciences et leurs applications; le commerce et l’industrie ont atteint en Europe un degré de développement inconnu aux autres parties du monde. Les peuples de l'Europe règnent, par leur marine, sur toutes les mers; ils ont formé dans toutes les autres parties du monde des établissements importants : l'Amérique presque entière est occupée par lés Européens ; l'Afrique, l'Asie, l'Océanie ont aussi reçu d’eux de nombreuses colonies,
Cette contrée; qui correspond à la Zhrace, la Macédoine, l'Illyrie, l'Epire et la Thessalie des anciens, est généralement divisée par les Européens en cinq régions : Bulgarie, Bosnie avec la Croatie, Roumélie, Albanie, Macédoine avec la Thessalie; mais ces divisions sont inconnues aux Turcs. Ils divisent tout le pays en trois grands gouvernements ou eyalets : 1° eyalet de Roumélie ou Roum-Ili (comprenant les régions dités Roumélie propre, Bulgarie, Macédoine et Thessalié, Albanie ou Épire, Servie méridionale), chefs-lieux, Sophia et Monastir ;—2° eyalet de Bosnie (comprenant Bosnie propre, Croatie, Herzégovine); chef-lieu, Bosna-Seraï—3° eyalet des Iles, ou Al- Djézaïr (comprenant, outre les îles de Mételin, Rhodes, Chypre, Candie, Chio, Samos, ete, les villes continentales de Gallipoli en Europe; de Smÿrne, d’Isnikmid, de Biga, etc., en Asie); chef-lieu, Gallipoli. A ces divisions de la Turquie d'Europe il faut joindre les trois principautés tributaires : la Servie (mieux, Serbie), la Valachie, la Moldavie, qui depuis le traité d’Andrinople (1829) , ne dépendent plus guère que nominalement de la Porte. Longtemps aussi la Grèce propre, sous le nom de Livadie et Morée, ne fut qu’une des provinces de la Turquie. Ces eyalets ou gouvernements se subdivisent en livas ou sangiaks , c’est-à-dire bannières. Les eyalets nommés aussi pachaliks sont gouvernés par des pachas, et les livas indifféremment par des pachas ou des mutselimes. Deux chaînes de montagnes traversent la Turquie d'Europe, l’une, l’ancien Hémus, de l’ouest à l’est (elle se subdivise en Glioubotin, Tchardagh, Argentaro, Balkan), l’autre, les anciens monts Candavü , du nord au sud (elle part du Tchardagh et court jusqu’à la Grèce). Au nord dé là première chaîne coulent la Save (affluent du Danube) et le Danube lui-même : ces deux fleuves reçoivent à droite beaucoup d’affluents : l’'Unna, la Bosna, le Drin septentrional (Morava), l’Isker, etc. Dans la partie méridionale se trouvent à l’ouest le Drin méridional, là Voioussa, l’Aspropotamo ; à l’est la Salempria, le Vardari, le Kara-sou, la Maritsa. Le climat, très-varié, est chaud hors des hautes montagnes. Les côtes, très-découpées, surtout au sud, offrent beaucoup de ports et de baies : Constantinople est un des plus beaux ports du monde. Le sol est très-fertile en général, et, quoique mal cultivé, il produit béaucoup de grains, de fruits exquis, de plantes tinctoriales, potagères, oléagineuses, etc. Beaucoup de gros bétail, dont partie à l’état sauvage; vers à soie, abeilles, gibier, poisson en abondance. Argent et or (près de Ghiustendil), cuivre, fer, plomb, sel, houille, alüun, marbre, etc.; eaux thermales et minérales. Industrie médiocre : cependant les Turcs Sont très-habiles en quelques parties (essence de rose ou atar, préparation du safran, téinturerie rouge, velours et autres soieries; tapis, mousselines peintes, sabres, fondéries de canons); mais en général ils n’inventent ni n’adoptent de procédés nouveaux, et sont prodigieusement en arrière de l'Europe. Le commerce est peu prospère, à l’intérieur il se fait par les Grecs et les Arméniens; à l'extérieur, il est aux mains des Européens (Vénitiens et Génois autrefois; Français,
Anglais, Italiens et Autrichiens aujourd'hui). Quoique bien moins nombreux dans la Turquie d'Europe que les populations sujettes, les Turcs ne se sont Jamais mêlés avec elles; ce qui a fait dire avec raison que les Turcs ne sont que campés en Europe. .
Gouvernement. ILest absolu ; le souverain se nomme sultan, padischah ou Grand Seigneur, empereur, et ne peut se marier. La cour est nommée /a Porte, Sublime Porte, Porte Ottomane. La couronne passe généralement à l’aîné de la famille, fils ou frère.
Nous allons tracer un tableau rapide de l’état actuel du gouvernement ottoman.
Le Coran, livre sacré des musulmans, servant à la fois de code religieux, civil et politique, et le sultan étant regardé comme le successeur des anciens califes, il en résulte que Le prince est investi de tous les pouvoirs à la fois. Mais Le sultan, du moins depuis plus de deux siècles, n’exerce pas l'autorité par lui-même, et il a deux lieutenants qui sont censés le représenter. Le premier, sous le nom de mufti est à la tête des ministres de la religion et de la loi décorés du nom d’oulemas ou savants : le second, appelé grand viair, dirige le gouvernement civil et militaire,
Sous les ordres de ces deux grands dignitaires se trouvent tous les fonctionnaires de l'empire. Geux dont il est plus souvent question dans nos relations sont les pachas. Le mot pacha, qu'on prononce aussi bacha, est d’origine turque et signifie chef. Il sert de titre au grand vizir et au capitan-pacha, qui est le commandant en chef des forces navales de l'empire. Mais il désigne d’une manière plus générale les gouverneurs des provinces. On en distingue trois classes, suivant l'étendue des pays soumis à leur juridiction, et ils reçoivent pour emblème de leur autorité une queue de cheval suspendue au bout d’une pique, terminée par un pommeau doré. Les pachas du premier rang recoivent trois de ces queues; ceux du second rang, deux ; et ceux du troisième, une. L'usage des queues de cheval vient de la Tartarie, pays d’où les Turcs tirent leur origine.
La réunion du grand vizir, du mufti, du capitan-pacha, du defterdar (au trésor), du reïs-effendi (à l'extérieur), du kiaïa-bey, (à l’intérieur), et de tous les chefs d’administration en conseil, s'appelle divan; ce mot est d’origine arabe et signifie assemblée. Ainsi le divan est proprement le conseil de l'empire, et il traite de toutes les grandes affaires d'État. IL n’est pas besoin d'ajouter qu'il ne s’assemble qu’à Constantinople.
On suppose que les revenus de l'empire turc montent à près de 400 millions de francs ; mais le trésor n'en perçoit pas réellement la moitié.
Le gouvernement reconnait au reste deux classes de sujets bien distinctes : les musulmans, qui représentent les vainqueurs et constituent l'État proprement dit, et les non musulmans, c’est-à-dire les chrétiens, les juifs et les païens, qui représentent le parti vaincu, et qui sont soumis à la capitation. Les sujets non musulmans sont appelés du nom général de rayas, mot arabe qui signifie troupeau.
Il existe encore une classe de sujets, et celle-ci est privée de tout droit politique; c’est celle des esclaves. L'esclavage est admis dans les pays musulmans, comme il l’a été de tout temps en Orient : seulement il est de principe qu’un musulman né libre ne peut pas être fait esclave; et si un esclave embrasse l’islamisme, il reçoit ordinairement la liberté. Cette classe est malheureusement très-nombreuse. Les Turcs, ainsi que les Asiatiques en général, ont toujours recherché des esclaves des deux sexes, soit pour se décharger sur eux de toutes les fonctions pénibles, soit pour satisfaire plus librement leur penchant à la volupté, penchant qui est plus fort en Orient qu'ailleurs. Il n’est guère de musulman qui n’ail une femme esclave pour partager son lit, et quelques-uns en ont vingt et même davantage. Ce goût même a été commun à des chrétiens et à des juifs. Les esclaves sont nés dans une condition servile, ou ont été pris à la guerre, ou bien encore ils ont été achetés à prix d’argent de parents inhumains. Le nombre tend