PROVINCE DE LA BALTIQUE
Villes. — SAINT-PÉTERSBOURG ou PérersBoure, avec 497,933 habitants, dont plus de 50,000 allemands, chef-lieu du gouvernement de ce nom, capitale moderne de l'empire, siége ordinaire de l’empereur, d’un archevêque métropolitain russe et d’un archevêque catholique, pour tous les catholiques de l’empire russe et du royaume de Pologne. Gette ville, une des plus belles du monde, a été fondée en 1703 par Pierre le Grand, au milieu des marais traversés par la Néva, qui, par ses branches et canaux, la partage en plusieurs îles et y forme un port vaste mais peu profond. Saint-Pétersbourg peut être regardé comme .une ville ouverte n'étant environnée qu'en partie d’un fossé, et sa citadelle étant absolument inutile sous le rapport militaire. De toutes les grandes capitales de l’Europe, Saint-Pétersbourg est celle qui frappe le plus au premier aspect, par la largeur, l'alignement et la propreté des rues, par l'élégance et la régularité des édifices, par la situation avantageuse de ses bâtiments les plus remarquables; par les quais en grauit qui bordent la Néva, la Fontanka et autres canaux, et qui sont regardés comme les plus beaux de l'Europe. Ses principales places sont : la place du palais d'hiver; celle de l’Amirauté; la place d’Isaac, ornée par la belle église de ce nom, qui n’est pas encore achevée; la place du Sénat, sur laquelle vient d’être élevé le superbe bâtiment destiné à recevoir Le sénat et le saint-synode, et où l’on remarque surtout le monument colossal dédié par Catherine IE à Pierre Ier: la statue de ce monarque, ouvrage de Falconet, est posée sur un immense bloc de granit d’une seule pièce, du poids de 1,700,000 livres; la place du Théâtre, qui prend sa dénomination du grand théâtre, qui s'élève au milieu ; le champ de Mars ou Tsaritsin-Loug (le pré de la Tsarine), destiné aux exercices militaires et décoré de la statue de Souvarov; la place du premier corps des cadets, ornée d’un obélisque érigé en l'honneur du maréchal Raumiantzov; enfin la nouvelle place, formée par le palais d’Anitschkov et les nouveaux bâtiments de la bibliothèque impériale, au fond de laquelle on admire le nouveau théâtre d’Alexandre, un des plus élégants édifices de ce genre, derrière lequel s'étendent d'immenses bâtiments auxquels on a donné le nom de Palais-Royal; le centre de cette place est décoré d’un fort beau square. Ses plus belles rues sont : la perspective de Nevsky, où se trouve l’église de Kazan; cette superbe rue, en partie ornée d'arbres, est embellie par des édifices élégants et de magnifiques magasins; viennent ensuite les deux Morskoi, la Millionne, la Liteinéia, etc.
Parmi les principaux édifices qui décorent la nouvelle capitale des tsars, nous nommerons de préférence : le palais d'hiver, demeure ordinaire de l'empereur, bâtiment immense, mais d’une architecture lourde et défectueuse; une galerie le met en communication avec l'Ermitage, beau palais bâti par Catherine IT, dont il était Le séjour favori; on y admire la galerie de tableaux et le cabinet de pierres gravées, l’un des plus riches de l'Europe; le cabinet des bijoux et joyaux, où l'on conserve les diamants de la couronne, et entre autres le fameux diamant de 194 carats, un des trois plus grands qui existent; les bibliothèques de Voltaire, de Diderot et de d’Alembert; les superbes collections de tableaux et de statues qui ornaient la Malmaison, un des séjours favoris de Napoléon; c’est aussi dans ce palais qu'est situé le théâtre de la cour; le palais de marbre, bâtiment magnifique mais irrégulier, rentré après la mort du grand-duc Constantin dans les domaines de la couronne; le palais d’Anitschkov, bâti dans le goût italien; c’est pour ainsi dire la maison particulière de l’empereur Nicolas, où il demeurait lorsqu'il était grand-duc, qu'il habite encore quelquefois et qu’il paraît beaucoup affectionner : le palais de la Tauride, remarquable par l'élégance de son architecture, pär ses vastes galeries, par son jardin et parce qu'il a élé construit tout exprès par l’opulent prince Potemkin pour donner une fête à Catherine Il; le palais du grand-duc Michel, récemment construit; il se recommande par la beauté de son architecture, l'élégance et la richesse de son ameublement; on y voit une belle collection des armes et des uniformes de presque tous les peuples anciens et modernes. Viennent ensuite :. l’ancien palais de Saint-Michel, maintenant occupé par le corps du génie; sa construction rappelle les châteaux du moyen âge; il a été élevé par Paul Ier, à la suite d’une prétendue vision; c'est dans un de ses appartements que ce monarque termina sa vie d’une manière si tragique; l'hôtel de l'Académie des beaux-arts, regardé comme le plus beau bâtiment de Saint-Pétersbourg sous le rapport de la régularité et du grandiose de son architecture; la bourse, qui est un des plus beaux édifices de la capitale; l’amirauté, dont la flèche dorée, très-élevée, est le premier objet qui se présente en approchant de Saint-Pétersbourg; son immense enceinte renferme un vaste chantier où l’on construit des vaisseaux de ligne, et de grandes salles occupées par les objets intéressants qui forment le musée de la marine; le bâtiment de l’Académie des sciences; la banque des assignats; le bâtiment du sénat; le bâtiment du corps des pages, dans l’enceinte duquel se trouve l’église de Malte; l'hôtel de ville et surtout l'état-major, magnifique bâtiment semi-circulaire, élevé récemment vis-à-vis du palais d'hiver pour en former l'enceinte; un arc immense joint les deux parties de cet édifice, qui est surmonté d’une Victoire dans un char à six chevaux; on y à transféré tous les bureaux relatifs à l'administration de la guerre; vis-à-vis de l’arc s'élève le monument d’Alexandre, immense colonne d'ordre dorique, dont le fût composé d’un seul bloc de granit, n’a pas moins de 84 pieds anglais de haut, et 12 de diamètre; le monument entier surmonté de la statue de l’archange Michel, a 154 pieds de haut; M. Alexander le regarde comme supérieur à tous les monuments de ce genre anciens et modernes, On ne doit pas oublier le gostinoï-dvor avec ses deux galeries, dont celle du rez-de-chaussée a plus de 170 boutiques où sont étalées, comme dans un grand bazar, des marchandises de tout genre; le vaste local de la bibliothèque impériale; les manéges, rangés parmi les plus beaux de l'Europe; à l'entrée de celui de la garde à cheval sont placés deux belles
statues, imitation de celles qui ornent la place de Monte Cavallo à Rome; le nouvel arsenal, remarquable par son étendue et par ses beaux ateliers; on y admire surtout la fonderie; le corps des mines, où il y à un souterrain qui imite les différentes couches du sol dans les mines; le Smolnoï, monastère; l'institut de Sainte-Catherine ; le magnifique hôpital des pauvres malades ; la maison des enfants trouvés; le bâtiment de l’in-
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stitut des voies et communications ; les casernes, aussi remarquables par leur étendue que par leur nombre, et parmi lesquelles se distinguent celles des régiments des gardes Ismaïlovsky, Pavlovsky, Moskovsky et des chevalier-gardes; les vastes et beaux édifices du premier et du deuxième corps des cadets de terre; celui des orphelins militaires; le bâtiment des douze colléges.
Parmi les nombreuses églises de Saint-Pétershourg, on doit surtout nommer les suivantes : la cathédrale ou Notre-Dame de Kazan, construite sur le modèle de Saint- Pierre de Rome, mais dans des dimensions beaucoup plus petites; l’église de Saint- Isaac, dont la reconstruction sur un nouveau plan à commencé en 1822; une coupole très-élevée et quatre portiques décoreront l'extérieur de ce temple; chacun d’eux doit avoir huit colonnes de face et trois colonnes latérales à base et chapiteaux de bronze; elles sont toutes d’un seul bloc de granit, de 5 pieds 10 pouces de diamètre à la base et de 56 pieds anglais de haut; ce sera un des plus beaux monuments de l’architecture moderne; l’église de Saint-Pierre et Saint-Paul, située dans la forteresse de Saint- Pétersbourg ; elle se recommande par sa flèche hardie; elle renferme le caveau qui sert de sépuliure aux membres de la famille impériale; viennent ensuite celles de Saint-Nicolas, de Saint-Siméon, de la Transfiguration, etc. On ne doit pas oublier aux portes de la ville la belle église du couvent de Saint-Alexandre Nevsky, renfermant le riche tombeau de ce saint en argent massif; dans son enceinte se trouve un cimetière remarquable par la magnificence des monuments funéraires qu’il renferme. Nous ne citerons pas tous les hôtels magnifiques appartenant à des particuliers, parce qu’on pourrait . regarder Saint-Pétersbourg comme presque composé d’une suite de palais ; nous nommerons cependant ceux de Strogonov, de Bezborodko, de Cheremetev, de Gagarin, de Beloselsky, de Labanov.
Une foule d'établissements publics de tout genre ajoutent à l'importance et à la splendeur de la moderne capitale de l'empire russe. Nous signalerons à l’attention du lecteur les plus importants : l’université, fondée en 1819; on y a réuni l’école de droit, créée en 1805; on a le projet d’y ajouter une grande section pour les langues orientales, composée de onze professeurs et de plusieurs adjoints; elle possèdera une typographie, une bibliothèque et publiera un journal asiatique; 40 élèves seront instruits et entretenus dans ce bel établissement ; l’Académie chirurgico-médicale de Saint-Pétersbourg, fondée par Pierre le Grand et réorganisée par l’empereur Alexandre; c’est un des plus beaux établissements de ce genre; le nombre de pensionnaires qu'on y admet peut monter à 520 ; 386,000 roubles sont affectés aux dépenses annuelles qu'exige leur instruction ; l'institut central pédagogique, rétabli en 4898; il est placé au même rang que les universités et reçoit les jeunes gens qui se destinent à l’enseignement; la haute école de Saint-Pétersbourg, fondée en 1822 : on a le projet de la convertir en gymnase; l’Académie ecclésiastique de Saint-Pétersbourg, un des quatre grands établissements de l'empire, où l’on enseigne les sciences théologiques aux jeunes gens attachés à la religion dominante; la pension noble, annexée à l’université; les deux écoles militaires, connues sous le nom de premier et deuxième corps des cadets de terre; l’école d’artillerie de Saint-Pétersbourg, ouverte en 1809; le corps des cadets de la marine, fondé par Pierre I", auquel l’empereur Alexandre a ajouté, en 1803, une école de navigation pour 50 élèves; l'institut du corps des ingénieurs des voies et communications (ponts et chaussées), fondé en 4820; le corps des pages, espèce de collége militaire, dont les élèves font le service de la cour; l’école des beaux-arts, connue sous le nom d’Académie des beaux-arts; l’école des cadets des mines, à laquelle l'empereur Alexandre a donné en 1804 une nouvelle extension ; l'établissement oriental, fondé en 1823 pour former de bons drogmans, si utiles ct même indispensables dans
les nombreuses relations diplomatiques de la Russie avec les souverains de l'Orient ;
l'école de commerce; l'institut technologique, établi récemment pour former de bons
ouvriers et fabricants : 132 élèves y sont nourris et instruits; l’école impériale d’agri-
culture, fondée en 1801, et celle que la comtesse Strogonov a ouverte en 1802, dans
le même but; l’école de marine marchande, que l’empereur Nicolas vient de créer pour
former des capitaines et des pilotes habiles pour la marine marchande, ainsi que quel-
ques constructeurs de navires de commerce : la couronne y entretient trente-deux élè-
ves ; l’école vétérinaire; les deux gymnases; l’école principale protestante, où plus de
500 élèves sont formés à toutes les connaissances utiles dans les différentes conditions
de la vie : l’enseignement s’y fait en allemand; l'institut des demoiselles du couvent
Smolnoï, où 500 jeunes filles reçoivent aux frais du gouvernement une éducation soignée : on y enseigne en outre aux demoiselles qui appartiennent à la classe des filles
nobles, tout ce qui concerne les talents d'agrément et de société; l'institut de Sainte-: Catherine, où 180 jeunes filles de haute naissance sont élévées avec le plus grand soin.
L'institut de Sainte-Marie, pour les demoiselles bourgeoises ; la maison des orphelins militaires, réorganisée en 1805; l’école des filles de cette même maison; l’école des porte-drapeaux; la maison des enfants trouvés de Saint-Pétersbourg; les écoles allemandes de Sainte-Anne et de Sainte-Catherine sont de grandes écoles élémentaires qui ne doivent pas être passées sous silence. |
Les sociétés savantes et les associations qui ont pour but l'avancement de la civilisation, en luttant contre les préjugés et en répandant des notions nouvelles et de nouveaux moyens d’aisance, sont beaucoup plus nombreuses à Saint-Pétersbourg qu'on ne le croit généralement. On doit placer à leur tête l’Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, illustrée par tant d'hommes célèbres, et. renommée par les savants mémoires qu’elle publie; l'Académie impériale russe; l’Académie des beaux-arts; la Société libre des amis des sciences, de la littérature et des arts; l'Académie médico-chirurgicale, dont on a déjà parlé sous le rapport de l’enseignement ; la Société des amateurs de la langue russe; la Société de médecine; la Société pharmaceutique; la Société impériale de minéralogie; la Société libre économique; la Société libre d'économie rurale; la Société impériale philanthropique; la Société militaire; la Société pour lencouragement des écoles d'enseignement mutuel; la Société pour l’encouragement des artistes : elle entretient à Rome les meilleurs élèves qui sortent de l’école des beaux-arts.
Saint-Pétersbourg offre un grand nombre de collections scientifiques et de beauxarts, dont quelques-unes figurent à côté des premières de l’Europe. Parmi ses nombreuses bibliothèques, nous citerons : la bibliothèque impériale, qui est la plus riche de tout l'empire et une des plus grandes de l’Europe; celle de l’Ermitage, à laquelle est jointe la précieuse collection nommée bibliothèque russe, composée de 10,000 volumes d'ouvrages écrits tous dans la langue nationale; la bibliothèque de l’Académie des sciences, qui possède une précieuse collection de manuscrits orientaux, enrichie récemment par les trésors bibliographiques enlevés à la Perse, et par les magnifiques manuscrits persans dont le schah Fet-Ali à fait don à l’empereur Nicolas; c’est dans le même bâtiment qu'on a établi l'observatoire, par lequel les géographes russes font passer leur premier méridien, près duquel se trouve le fameux globe de Gottorp, dont l’intérieur représente le ciel, avec le lever des étoiles, leur passage par le méridien et leur coucher; sur sa surface est figurée la terre; il a onze pieds de diamètre. Viennent ensuite les bibliothèques de l’université, de l’amirauté, du palais de marbre, du corps des cadets, du couvent d'Alexandre Nevsky et de l'Académie des beaux-arts. Parmi les collections d’un autre genre nous nommerons :
le cabinet d'histoire naturelle de l’Académie des sciences, auquel celui de l’amirauté vient d’être ajouté; c’est un des plus riches qui existent; il s’est successivement enrichi par les voyages de découvertes faits en diverses contrées et par des achats considérables; la galerie impériale des tableaux à l'Ermitage, une des plus riches et des plus remarquables de l’Europe; le musée de sculpture et d'architecture de l’Académie des beaux-arts, et la petite collection du palais de Tauride, qui offrent ce que la Russie possède de plus précieux en fait de sculpture; le musée asiatique de l'Académie des sciences contenant le plus riche médailler oriental que l’on ait encore rassemblé; l’empereur régnant vient d'y joindre l’immense collection de monnaies persanes formée par M. Fraehn avec l'autorisation du ministre des finances, comte Cancrin, en les choisissant parmi les sommes que la Perse vient de payer à la Russie ; le médailler de l’Ermitage, remarquable surlout pour les monnaies et médailles nationales; la belle collection minéralogique du corps impérial des mines, où l’on admire en outre des curiosités de toute espèce, surtout des armes; les belles collections de modèles, de machines et d’ornements conservés à l’amirauté et surtout dans le local du corps des mines, le musée ethnographique que l’on vient d'établir; la superbe collection d'armes anciennes et modernes de l’ancien arsenal; le magnifique jardin botanique, dont on admire surtout la beauté et l’étendue des serres; il a été enrichi dernièrement de la belle collection de plus de mille plantes du Brésil recueillies par M. Riedel, attaché à l’expédition de M. Langsdorf. Saint-Pélersbourg, comme toutes les autres grandes capitales de l’Europe, possède plusieurs collections particulières remarquables, que d’après notre plan nous passerons sous silence; c’est dans Ics ouvrages spéciaux que nos lecteurs trouveront la description des objets que renferment les musées de Roumiantzow, de MM. Svignine et Orlovsky, et les galeries de tableaux de MM. Narichkin, Bezborodko, Strogonov, Moussin-Pouchkin, elc., etc.
Sous le rapport de l’industrie, Saint-Pétersbourg est la ville la plus importante de la Russie; bon nombre de fabriques de tapisserie, de miroiterie, de cristaux, de bronzes et autres sont entretenues aux frais de l’empereur, et servent aux autres de modèle et d'exemple : on y entretient de nombreuses relations de commerce, tant avec l'intérieur qu'avec l'extérieur. Les premières sont devenues faciles par le grand nombre de voies de communications qu’offrent les nombreux canaux. Les bâtiments qui tirent plus de sept pieds d'eau, ne peuvent arriver jusqu’à la capitale, et sont obligés de tranusborder leurs chargements à Kronstadt. Ce dernier port a reçu en 1835, 52 bâtiments russes, 62 américains, 594 anglais, 17 brêmois, 28 hanovriens, 8 hambourgeois, 45 lubeckiens, 77 prussiens, 54 français, 142 mecklenbourgeois, 43 suédois, et 44 de différentes autres nations, total 4154 bâtiments (en 1716, la totalité des bâtiments qui y arrivèrent s'élevait à 16). À ce nombre il faut ajouter 1238 bâtiments de petit lonnage, dont 850 étaient chargés de marchandises; pendant la même année, 1259 bâtiments divers, dont seulement 34 bâtiments chargés de sel, ont quitté Kronstadt. Le commerce de Saint-Pétersbourg acquiert chaque année plus d’importance, et se répand au fur et à mesure que la culture du pays augmente. En 1789, les exportations ne s’élevaient encore qu’à une valeur de 19 #/, millions de roubles argent; en 1802, à 50 :/, millions; en 1830, au contraire, elles avaient atteint le chiffre de 411 millions :/, de roubles papier, et celui des importations, pendant la même année, s'élevait à 145 millions de la même monnaie. Les principaux articles exportés de Saint-Pétersbourg, consistent en cuivre, fer, chanvre, lin, potasse, huile de lin, (en 1832 on a exporté 3,678,900 pouds de ce dernier article), cordages, colle de poisson, cuirs de roussi, soies, toiles à voiles, toiles, graine de lin et céréales. Il n'existe point de bourse à Saint-Pétersbourg; les principaux établissements commerciaux sont:
société de commerce américaine, la chambre de commerce et la banque de virement.
Nous ne devons pas quitter Saint-Pétersbourg sans faire mention de son marché d'hiver (zimnoï rinok), qui offre un trait si caractéristique de cette grande métropole. L'Européen du midi est frappé d’étonnement en voyant s'élever sur une vaste place d'énormes pyramides formées de corps d’animaux entassés les uns sur les autres. Ce sont des bœufs, des moutons, des cochons, des poules; ensuite du beurre, des œufs, des poissons, enfin toutes sortes de provisions; le froid a rendu tous ces objets durs comme des pierres. Les poissons présentent encore toute la fraicheur de leurs couleurs naturelles ; on serait presque tenté de les croire vivants. Mais les autres animaux offrent un spectacle pour ainsi dire effrayant. On en voit des milliers, tout écorchés, rangés les uns à côté des autres, debout sur leurs pattes de derrière comme s'ils voulaient grimper les uns sur les autres, Leur dureté est extrême, on emploie la hache pour en couper des morceaux, les éclats volent au loin comme si on coupait du bois. Les provisions amassées dans ce marché y sont apportées des parties les plus éloignées de ce vaste empire, au moyen des traineaux; tout s’y vend à meilleur marché à cause de la facilité des transports et du grand nombre de vendeurs, et chacun se hâte d'y faire ses provisions pendant la durée temporaire de ce marché. Elles se conservent pendant longtemps lorsque l’on a la précaution de les mettre dans des caves garnies de glace qui se trouvent dans toutes les maisons. Du reste tous les marchés de la Russie du nord offrent, quoique sur une moindre échelle, le même spectacle pendant les froids rigoureux, qui donnent aux provisions cette dureté.extraordinaire et les préservent ainsi de la corruption.
Dans Les environs immédiats et dans un rayon de 40 milles on trouve plusieurs lieux remarquables; nous nous bornerons à signaler les suivants en avertissant qu’ils sont tous situés dans le gouvernement de Saint-Pétersbourg. — Kamenoï-Osrrov (lile de pierres), joli château impérial, où l’empereur Alexandre passait une grande partie de la belle saison. — Tsarsko-SeLo (Tsarskoïe-Selo), regardée comme la plus belle maison de plaisance de l'empire. — Pavzovskr, château impérial. — GarcarNA, maison impériale, d’une assez belle architecture et séjour favori de Paul Ier, qui y a fondé une colonie allemande; on en loue surtout les beaux et vastes jardins. | |
STRELNA, beau palais situé sur le golfe de Finlande; il appartenait au grand-duc Constantin. — PÉrERHOrF, château impérial bâti sur une colline près du golfe de Finlande, et attenant à un misérable village. On admire ses beaux jardins, dont les nombreux jets d’eau, les fontaines, les bassins, les cascades artificielles, les statues et les groupes vomissent de l’eau sous mille formes différentes, et rivalisent avec les fameux jets d’eau de Versailles. Près de ce magnifique château se trouve la fabrique impériale destinée à tailler Les pierres précieuses. — ORANIENBAUM, autre château impérial, situé sur la côte du golfe de Finlande, remarquable surtout par sa superbe orangerie et par la belle vue dont on y jouit; de ce point, on découvre entièrement Kronstadt, Saint-Pélersbourg, et une grande partie du golfe, la petite ville d’Oranienbaum est chef-lieu du cercle de ce nom.
KronsrapT, jolie ville, forte, régulièrement bâtie, sur la petite île Codlin, qui domine le golfe de Finlande, la place de la parade, la bourse, le grand bureau des douanes; mais surtout le dock où l’on radoube les vaisseaux, le canal de Pierre le Grand, l'hôpital et les casernes de la marine, les magasins et ses fortifications sont ce qu’elle offre de plus remarquable. Tout ce que l’on peut inventer en fait de chantiers, d’arsenaux, de fortifications, s’y trouve multiplié avec un luxe extraordinaire.
Plusieurs maisons de plaisance d’une beauté et d’une magnificence remarquables appartenant à des particuliers, embellissent les grands chemins qui mènent aux rési-
dences spéciales et aux lieux que nous venons de nommer. Nous citerons surtout celles des Narichkin, de Stcherbatov, Zavadowsky, Soltikov; elles ornent le chemin qui conduit de Saint-Pétersbourg à Péterhof; on peut dire que ce chemin est en entier couvert de maisons de plaisance.
Riga (Riolin ou Righo), chef-lieu de la Livonie et du gouvernement général militaire de ce nom, assez jolie ville, située sur la rive gauche de la Duna ou Dvina, non loin de son embouchure dans la Baltique, qui y forme un port vaste quoique peu profond. L'entrée en est étroite, et comme les profondeurs sont très-inégales, les bâtiments de fort tonnage sont obligés, pour s’alléger, de décharger une partie de leur chargement sur la rade de Dunamunde. 1,300 à 1,400 bâtiments viennent y jeter l'ancre chaque année; son phare a 110 pieds d’élévation, 12 miroirs en métal reflètent sa lumière, on peut l’apercevoir en mer à une distance de 16 milles des côtes. Ses maisons sont presque toutes bâties en pierres, mais ses rues sont fort étroites. Les bâtiments les plus remarquables sont : l'hôtel de ville, la bourse, la maison dite Schwarzenhœupier, le palais impérial, l'église cathédrale, celle de Saint-Pierre, dont on loue la tour très-élevée; le palais des états, le Catharineum, l'hôpital de Saint-George, la douane, le théâtre, la cour des corps des marchands el artisans, l'arsenal. On doit encore mentionner le monument des incendiaires, la colonne de la Victoire, élevée en 1817 par le commerce; les machines hydrauliques; le canal où les vaisseaux vont hiverner, et le beau pont de bateaux sur la Dvina, qui par sa longueur remarquable et par sa situation forme une promenade magnifique. Ses principaux établissements scientifiques et littéraires sont : le lycée ou Catharineum, le gymnase, l’école de navigation, la grande école des filles, la Société littéraire, la Société lettone, la Société libre d'économie rurale, Ia Société livonienne d'utilité publique et d'économie, la bibliothèque de la ville, l'observatoire, le musée de Himmsel. Riga est une des plus fortes places de l'empire et une des villes les plus commerçantes de l’Europe. |
Les autres villes les plus remarquables de la Russie BALTIQUE sont :
Derpr ou Dorpar, sur l’Empa, 10,000 habitants; petite ville du gouvernement de Livonie, remarquable par sa florissante université, son gymnase, son école normale des maitres d'école de campagne et par plusieurs beaux établissements tels que la bibliothèque, une des principales de l'empire, l'observatoire, le cabinet d'histoire naturelle, le musée, le jardin botanique, la riche collection de cartes géographiques, elc.
Mrrau, chef-lieu du gouvernement de Courlande, avec 13,000 habitants; elle est remarquable par ses établissements publics, parmi lesquels se distinguent le gymnasium illustre, le pensionnat particulier, la Société courlandaise, qui publie de savants mémoires, la bibliothèque, l'observatoire et Le cabinet d'histoire naturelle.
Revez, chef-lieu du gouvernement de l’Esthonie, ville fortifiée, avec un beau port et un môle rendu meilleur par d'importants travaux faits dernièrement, et dans lequei Stationne une partie de la flotte russe. Le gymnase, l’école de la noblesse et la bibliothèque sont ses principaux établissements publics ; le Catherinenthal, maison de plaisance impériale avec un beau jardin, se trouve dans ses environs immédiats. — L’ile de Dacoë. Les Esthoniens habitent principalement les campagnes; les vilies sont peuplées d’Allemands et de Russes.
Narva, petite ville du gouvernement de Saint-Pétersbourg, importante par ses fortifications, son port et son commerce; Charles XIL y défit les Russes le 20 novembre 1700. — JamBourG, jolie petite ville, nouvellement bâtie, avec plusieurs fabriques de draps, de batistes et de bas de soie.
HezLswerors, petite ville du grand-duché de Finlande, bien bâtie, avec un beau port sur le golfe de Finlande, el florissante par son commerce; elle a été beaucoup embellie et fortifiée par les Russes, qui en font la capitale du grand-duché, et y ont transféré l'université d’Abo; ses collections d'objets scientifiques et littéraires et sa bibliothèque deviennent tous les jours plus remarquables; le séminaire théologique dépend de l’université. Tout près est située la célèbre forteresse de Svéaborg, consistant en sept îlots fortifiés qui défendent un port magnifique et les chantiers de construction ; une grande partie de ses fortifications sont taillées dans le roc; selon M. Alexander ses vastes casernes peuvent loger douze mille hommes. Les immenses travaux faits par les Suédois et conlinués par tb Russes en ont fait une place Hits on l’appelle justement le Gibraltar de la Baltique.