ROYAUME DE SICILE
Le climat de cette île est des plus agréables. On ne peut voir un ciel plus beau, plus pur que celui de la Sicile. Les paysages y sont enchanteurs.
Le sol, volcanique et calcaire, a toujours été célèbre par sa fertilité.
- En Sicile, on se sert généralement des bœufs pour le labourage, comme pour les transports au moyen des chariots; pour voyager, on emploie les mulets, si remarquables par leur adresse à franchir les chemins escarpés, et par leur patience à supporter les plus rudes fatigues. Du reste, Le soin des bestiaux est loin d’être aussi important qu'il pourrait le devenir. Le gibier est commun ; la plupart des animaux sauvages du continent européen se trouvent en Sicile. Le miel d'Hybla est toujours renommé. La pêche la plus importante qui se fait sur les côtes est celle du thon. Les vers à soie réussissent parfaitement. | |
Il n’y a des établissements manufacturiers de quelque importance qu’à Palerme, Messine et Catane; ils fabriquent des soieries, des cotonnades, des toiles et des lainages. Un grand nombre des articles dont les habitants des campagnes ont besoin sont faits par eux-mêmes : ainsi se perdent les avantages de la division du travail et de l'emploi des machines ; de là, peu d’activité dans les échanges, peu de relations entre les villes et les campagnes, et stagnation générale dans le pays.
La variété des productions de la Sicile, la bonté de ses ports, la sûreté de la navigation autour de ses côtes, pourraient donner au commerce de cette île une grande importance, sous un gouvernement éclairé et avec plus d'activité de la part de ses habitants; mais la valeur des exportations ne s'élève qu’à 5,600,000 ducats, et celle des importations, à 6,750,000. Les principales exportations consistent en ‘soie, blé, sel, huile d'olive, sumac, vin, fruits, peaux de chèvres et autres. L'absence totale de grandes routes rend le commerce intérieur impossible et le pays peu sûr. Au commencement de ce siècle, la présence de la cour et surtout celle des Anglais enrichirent beaucoup celte ile : le commerce et l’agriculture prirent un grand essor ; la valeur des terres
fut presque doublée. Mais, livrée à elle-même depuis la paix, la Sicile est tombée dans l'embarras et la détresse.
Les employés du gouvernement sont si mesquinement rétribués, qu'ils sont trop souvent portés à commettre des exactions. Les hôpitaux et les autres établissements publics sont mal entretenus. L'éducation publique est dans un état misérable. L’administration de la justice offre un triste tableau : ce n’est pas que les lois soient mauvaises, mais l'influence de la fortune a trop de poids dans les décisions des juges.
Les mœurs siciliennes sont nettement tranchées. Les Siciliens se font remarquer par leur amour pour leur pays ; ils sont superstitieux, indisciplinés, méfiants; de tous les Italiens, ils sont ceux qui supporteraient le plus impatiemment le joug de l'étranger. Du reste, ils se montrent hospitaliers; comme les Napolitains, ils ont de l'esprit, du goût, de la finesse, mais une sorte de fierté sauvage les rend plus capables d'actions héroïques, de nobles écrits, de hautes découvertes, de grands crimes. Le goût de la musique est aussi vif chez eux que dans la péninsule italienne.
Il y a en Sicile des savants et des écrivains distingués : la littérature est le sujet de toutes les conversations; la poésie est le langage adopté par l'amour et la galanterie : il n’est pas un amoureux qui n'exprime en vers sa douloureuse passion. Les passe-temps du beau sexe sont les intrigues amoureuses; celles-ci ne sortent jamais à pied, on ne les voit qu’aux spectacles, à la messe ou chez elles. En général elles sont mieux que les hommes, ce qui est le contraire de ce qui se voit sur le territoire napolitain. Quelques villes sont en réputation pour la beauté du sexe : à Messine, les femmes sont plutôt agréables que belles; à Palerme, elles sont plutôt belles que jolies; à Syracuse, on admire la fraicheur de leur teint; à Trapani, on retrouve la régularité des profils grecs. Elles suivent les modes françaises avec beaucoup de recherche et d'élégance, car elles ont un goùt prononcé pour la parure.
Chez le Sicilien l’ivrognerie est regardée comme un vice honteux. On trouve encore dans les mœurs champêtres quelques traces des usages grecs : les paysannes ont conservé, de l'habillement grec, le long voile et la large ceinture; les pâtres aiment à disputer le prix du chant, consistant en quelques objets à leur usage.
En Sicile on n’a point encore compris qu’instruire le peuple, ce n’est point l’initier aux sciences, mais aux vérités morales qui s’allient si facilement avec les vérités de la religion. Les hommes influents n’ont point laissé établir la méthode de l’enseignement mutuel, il regardent l'instruction comme un bien funeste et dangereux. L’instruction élémentaire, en répandant l'usage de l'écriture, inspire plus facilement l'amour de l'ordre et de l’économie, met le peuple à même de profiter de quelques lectures à sa portée, entretient en lui le sentiment de ses devoirs, et dispose l’agriculteur et l’artisan à s'instruire des meilleurs procédés employés dans leur état.