‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 3)Chapitre 124 sur 146 · ILE DE CORSE · texte numérisé non relu

ILE DE CORSE

Gette île est l’une des cinq plus grandes de la Méditerranée. Elle est située entre 410 17! et 43° de latitude nord , et entre 6° 42” et 10° 12’ de longitude orientale. Elle a en superficie 495 lieues géographiques carrées.

L'histoire de cette île, depuis les temps les plus reculés jusqu’à l’époque où elle fut définitivement réunie à la France, dit l’auteur de la Géographie universelle, n’est qu’un . tableau fatigant de guerres, de révoltes et de carnage. Hérodote prétend qu’elle fut primitivement habitée par des Phéniciens qui la nommèrent Collista ; elle s’appelait précédemment Thérapné. Elle reçut ensuite une colonie de Lacédémoniens ou de Phocéens d’Asie qui la nommèrent Théra, du nom de leur chef Théras. Les fréquents rapports que l'ile eut avec la nation grecque lui firent donner par ceux-ci les noms de Cyrnos, de Cerneatis et de Corsis. Mais les Romains, après l'avoir enlevée aux Carthaginois, la désignèrent par celui de Corsica, dont l'origine est incertaine. Ces Phéniciens, ces Lacédémoniens, ces Phocéens nous semblent appartenir à l'antique race des Pélasges; c’est ce qui nous a déterminés à placer la nation corse parmi les débris de cette race célèbre.

Les anciens ne sont pas d’accord sur le portrait qu’ils nous ont laissé des Corses. Strabon les peint vivant de brigandages, et plus sauvages que les bêtes mêmes. « Toutes les fois, ajoute-t-il, qu'un général romain, après s'être avancé dans l’intérieur des terres, et y avoir surpris quelques forts, en ramène à Rome une certaine quantité d’esclaves, c’est un spectacle singulier que de voir leur férocité et leur stupidité. Ou ils dédaignent de vivre; ou, restant dans une apathie et une insensibilité absolues, ils fatiguent leurs maîtres, et font bientôt regretter la somme, quelque petite qu’elle soit, qu’ils ont coûté. » Cependant, comme le fait remarquer l'annotateur de Strabon, Diodore de Sicile témoigne tout le contraire : « Les esclaves corses, dit-il, paraissent l'emporter sur tous les autres, pour le service, dans toutes les choses utiles à la vie; leur physique les y rend singulièrement propres. L'aversion qu'ils ont toujours eue . pour leurs vainqueurs leur a fait conserver le type primitif de leurs ancêtres : ils sont encore sobres , courageux, hospitaliers et passionnés pour la liberté ; ils ont le regard vif, la taille moyenne et le teint légèrement basané. »

La Corse passa sous la domination des Goths après la chute de l'empire romain; elle ne se plia ni à la barbarie de ses maîtres, ni au régime féodal qu’ils ÿ établirent; et cette conquête fut un sujet continuel d’assassinats et de combats sanglants dont l'histoire n’a conservé qu’un souvenir confus. Au vin® siecle, les Arabes et les Sarrasins succédèrent aux Goths, mais leur occupation fut de courte durée : il était réservé à la république naissante des Génois de faire peser pendant neuf siècles, sur cetteîle, son joug cruel et tyrannique. Dans cet intervalle les Corses éprouvèrent toutes les vicissi-

tudes d’un peuple vingt fois arraché et rendu à ses oppresseurs. Rome même en brigua la conquête. Au xr° siècle, elle fut annexée au domaine du saint-siége, puis cédée aux Pisans; pendant les x et xiv® siècles, le pape la donna deux fois aux rois d'Aragon. En 1563, Gênes, qui en était devenue la maîtresse, la céda, et bientôt la reprit au duc de Milan; en 1553, Henri IT envoya des secours aux Corses et les délivra des Génois; mais six ans après, celte conquête leur fut rendue par le traité de Cateau-Cambrésis. Enfin la Corse, désespérant de voir l’Europe s'intéresser à son sort, eut, en 1564, recours à la révolte. Elle trouva dans son sein des hommes capables d'organiser et de diriger des insurrections, mais non de ces génies faits pour affranchir leur patrie. La tranquillité ne renaissait que chaque fois que Gênes promettait d’alléger le poids de sa domination; et dès que le gouvernement génois reprenait son autorité, c'était pour se jouer de ses promesses.

Pendant que les partis unis contre les Génois étaient divisés sur le choix d’un chef, un baron westphalien nommé Théodore de Neuhof, débarqué dans l’île pour prendre du service parmi les insurgés, y acquit un tel crédit, qu’il fut proclamé roi. Guerrier sans talent, monarque sans énergie, cet aventurier ne sut ni disperser les Génois, ni réunir les factions qui déchiraient son royaume éphémère. Deux fois il alla chercher en pays étranger des secours et des munitions qu’il ne pouvait obtenir des siens, lorsque pendant son absence une armée auxiliaire, fournie à Gênes par la France, réprima l'insurrection; mais l'ile ne fut pas plutôt conquise par les Français, en 1741, que l’on vit renaître la révolte. et reparaitre le roi Théodore. En 1749, la France remit encore l'ile sous le joug des Génois; cette fois ceux-ci trouvèrent dans Pascal Paoli un ennemi redoutable : il ne se contenta pas de vaincre ; il fut le libérateur et le législateur de son pays; et déjà il envoyait des députés dans les principales cours de l’Europe pour annoncer que les Corses régénérés et rendus à la civilisation, fatigués de la mauvaise foi de Gênes, se croyaient autorisés à proclamer leur indépendance, lorsque la république génoise, en 1768, céda son droit de souveraineté sur la Corse à la France.

Les habitants ne confondirent point dans leur haine les Génois et les Français : quelques-uns se soumirent volontairement; une campagne suffit pour détruire le reste du parti indépendant ; et Paoli, après avoir épuisé les ressources de son génie, se réfugia en Angleterre. Cependant, une circonstance imprévue ranima ses vertus républicaines : la révolution française venait d’éclater, Paoli reparut sur la scène politique. Aidé par les Anglais, il avait repoussé les troupes françaises, et croyait avoir fondé la république de Corse, lorsque le roi d'Angleterre se fit proclamer souverain de cette île. Mais les habitants avaient appris à juger le caractère anglais, et ce fut pour la France une conquête facile que celle qui les délivra de la suprématie de la Grande-Bretagne.

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