RUSSIE MÉRIDIONALE
OnEssA, bâtie sur une hauteur vers la fin du dernier siècle, dans l'emplacement même du chétif village tartare nommé Hadji-bey, près d’un petit golfe, qui forme un port défendu par une citadelle et des batteries. Cette brillante création de Catherine If, qui tient de l’enchantement, est due en grande partie à l'habileté du duc de Richelieu ; quelques années ont suffi pour transformer un espace aride et désert du gouvernement de Kherson en un territoire couvert de vergers et de villages populeux, au milieu desquels s'élève une des villes les plus florissantes de l'Europe. Rien n’a été épargné pour y attirer l’affluence des étrangers; dans l'endroit, dit un voyageur qui a bien vu et bien décrit, où naguère encore se trouvait le chélif palais du pacha de cette province, s'élève maintenant un superbe théâire où les artistes de toutes les nations viennent tour à tour faire admirer les chefs-d’œuvre de leur scène. Odessa est déjà la principale ville marchande de toute la mer Noire et le débouché principal des produits de la Russie méridionale. Son port est divisé par des digues en cinq parties; une citadelle Le pro- Lége; un phare a été élevé depuis le mois de septembre 1833 sur le cap Takli. Des rues larges et alignées, dont plusieurs ont de beaux trottoirs, des maisons bâties en pierres et la plupart à deux étages, des places publiques ornées de superbes allées d'arbres, un beau jardin public, la cathédrale russe, le bâtiment de l’amirauté, la douane, la bourse, l'hôpital et l’aqueduc que l’on construit, placent cette ville parmi les plus belles de son rang que compte l'Europe. Le lycée Richelieu, nommé généralement gymnase de commerce; l’école de droit, celle de navigation; le séminaire, l’école spéciale pour l'étude des langues orientales, fondée dernièrement pour former des interprètes; la pension des demoiselles nobles ; la Société rurale de la Russie méridionale; Le jardin botanique et le musée d’antiquités de la Russie méridionale sont ses établissements publics les plus importants. Le musée vient de s'enrichir de plusieurs antiquités et médailles trouvées récemment à Sisopolis et autres villes de la Mœsie inférieure, de la Thrace et dela Macédoine. Son port a été déclaré franc pendant trente ans à commencer de 1817. En 1830, 844 bâtiments y entrèrent, et, 945, exportant pour environ 15,360,000 roubles de denrées et marchandises diverses en sortirent. Dans les années fertiles l'exportation des céréales augmente cette Somme de plus d’un tiers. Odessa est le siége d’un gouverneur général militaire de la Russie méridionale. Nous ajouterons que l'on à déjà ouvert deux puits artésiens et que l’on se propose d’en ouvrir plusieurs autres dans la ville et les environs, afin de remédier aux inconvénients de l’aridité du sol. Odessa renferme une population d'environ 25,000 habitants.
Les autres villes les plus remarquables de la Russie méridionale sont :
Kuersow, chef-lieu du gouvernement de Kherson.
NixoLaïev, petite ville, bien bâtie et ornée de plusieurs édifices remarquables, tels que l’église principale, l'hôtel de ville avec deux belles colonnades sur les ailes, la douane, l’amirauté avec de beaux chantiers; mais qui manque d’eau potable. Nikolaïev possède une école des pilotes à laquelle est jointe l’école de l’architecture navale et ure bibliothèque, une belle collection de modèles de vaisseaux au dépôt de l'artillerie, où se trouve un musée formé des antiquités découvertes en Crimée et sur les rives du Dniéper ; elle est aussi le siége de l’amirauté qui dirige toutes les opérations des flottes de la mer Noire et des constructions qu’elles nécessitent. Nous avons déjà vu que c’est dans son port, formé par le Bog et l’Ingoul , que stationnent les galères de la mer Noire et les vaisseaux qui ne peuvent plus tenir la mer.
IEKATERINOSLAV Où CATHÉRINOSLAV, chef-lieu du gouvernement de eat ee, petite ville archiépiscopale, qui s'agrandit tous les jours ; elle a un séminaire ecclésiastique, qui compte dix professeurs , et un gymnase.
Tacanrock, petite ville, assez bien bâtie, au milieu d’une campagne d’une fertilité extraordinaire, avec un beau port sur la mer d’Azov, une forteresse et un gymnase de commerce. C’est l’entrepôt de tout le commerce que la navigation du Don alimente par des débouchés sans nombre qui y apportent à peu de frais les produits de toute espèce, si abondants dans la Russie, et surtout en bois de mâture, bois de construction, fer, chanvre, goudron, cuivre, potasse, salpêtre, blés et viande. L'empereur Alexandre mourut dans cette ville en 1825
Bakamour, très-petite ville, dans les environs de laquelle, vers le sud, on voit les restes d’une ancienne muraille élevée par les Tatars lorsqu'ils dominaient sur ces vastes plaines, alors désertes et dont une partie a déjà été livrée à l’agriculture; cette muraille était distribuée en trois lignes sur un espace de près de trois milles. Dans ces mêmes lieux on rencontre plusieurs Xourgans ou tertres élevés et semblables à ceux qui s'élèvent au-dessus des vastes déserts qui s'étendent depuis le Dniéper jusqu’à l'Oural d’un côté, et au Terek de l’autre. Une partie de ces élévations artificielles sont incon- Lestablement des tombeaux.
loursour, NixirA, ALouTcur et SoupaK, lieux remarquables par leur situation roman- tique, au pied de la chaîne de montagnes qui borde la côte sud-est de la Crimée; c’est la partie la plus tempérée et la plus fertile de tout l'empire; toutes les cultures les plus utiles de l'Europe méridionale et de l’Asie mineure pourraient y être établies avec succès.
THéoposiE (Caffa) , ville très-déchue en comparaison de ce qu’elle a été pendant Ja domination des Génois sur ces contrées, et plus tard, jusques en 1783, sous le gouvernement des kans de Crimée, mais encore importante par son port franc et son commerce; elle possède une douane, une quarantaine, un musée, une bibliothèque publique et un jardin botanique, où l’on cultive toutes les plantes indigènes de la Russie.
IEKATERINODAR, petite ville nouvellement bâtie, chef-lieu des Tchernomorsks ou Cosaques de la mer Noire, restes des fameux Zaporogues, dont la terrible et singulière association a été dissoute par Catherine IT en 1773. Bien différents de leurs ancêtres qui, établis sur les bords du Dniéper, près de ses cataractes, vivaient dans le célibat, n'avaient d’autres femmes que celles qu’ils enlevaient à leurs voisins et ne se repeuplaient qu'en s’emparant des enfants qu’ils rencontraient dans leurs terribles excursions, les Tchernomorsk sont mariés, cultivent avec succès un sol fertile et sont aussi renommés par leur bravoure que par leurs mœurs pacifiques.
Le territoire habité par les Cosaques du Don n'est fertile que sur les bords des fleuves et des riviéres. Tout le reste consiste en steppes, Les Cosaques sont commandés par
un hetman qu’ils choisissent eux-mêmes et qui jouist de beaucoup de prérogatives.
Wizna, grande et assez jolie ville, située au confluent de la Wilenka avec la Willia, et entourée de monticules qui rendent sa position une des plus pittoresques. Antique capitale du grand-duché de Lithuanie, fondée en 1320 par le grand-duc de Lithuanie Gaymin, Wilna est aujourd’hui le chef-lieu du gouvernement de son nom. Sa cathédrale, dédiée à saint Stanislas, est une des plus belles églises de la Pologne; elle remplaça en 1387 le célèbre temple de Perkunias, le dieu du foudre des Lithuaniens, qu'on ÿ adorait encore à cette époque; on y admire la magnifique chapelle de Saint-Casimir, dont le cercueil, en argent massif, ne pèse pas moins de 3,000 livres. Les autres bâtiments qui se distinguent le plus sont : l’église de Saint-Jean, remarquable par sa grande étendue et par les vastes bâliments qui l'environnent, consacrés aux établissements scientifiques et à l’université; celle de Sainte-Anne, d’une architecture élégante; et, dans le faubourg Antokol, la magnifique église de Saint-Pierre, bâtie par la famille des Pac; l'hôtel de ville, bel édifice; le palais du gouvernement; l’arsenal; et, parmi !les édifices appartenant à des particuliers , Les hôtels des Pac, des Oginski, des Radziwill, de Chodkiewiez, aujourd’hui Polowski, des Wankowiez, etc. L’immense château royal des Jagellons, agrandi et embelli par Sigismond Ier et Sigismond-Auguste, a été détruit par les Russes en 1797 et les années suivantes. Wilna était, jusques en 14830, la ville la plus importante de toute cette partie de l'empire, par ses nombreux établissements littéraires et par l’activité de ses presses. Mais après la catastrophe qui mit fin à l'insurrection polonaise, l’université érigée en 1587, renommée dans toute l’Europe par les célèbres professeurs qui y ont enseigné, et par les beaux établissements qui en dépendent , fut fermée pour punir la jeunesse lithuanienne de la part active qu’elle avait prise dans la cause de ses frères, et on n'y laissa que quelques écoles spéciales, tels que l'observatoire, les cabinets de physique et d'histoire naturelle, le laboratoire, la salle anatomique, la bibliothèque et le jardin botanique; le gymnase; l’école normale, nommée séminaire des maîtres d'école de campagee; l’école grecque de théologie et la Société médicale de Wilna. Gette ville est la résidence d’un évêque catholique, d'un évêque grec et Le centre d’un grand commerce intérieur, dont les plus importantes affaires sont faites par les juifs, qui forment plus de la moitié de sa population, qui s'élève à 50,000 âmes. |
Les autres villes les plus importantes de la Russie occidentale sont :
Kazan, grande ville assez bien bâtie, dont la majeure partie est située sur des collines non loin du Volga; la Kazanka la traverse. Elle a une citadelle en briques, dont l’enceinte est formée par de hautes murailles flanquées de tours; deux de ces dernières sont d’une hauteur remarquable. Presque entièrement détruite en 1774, Kazan s’est relevée plus belle qu'auparavant ; on loue surtout les constructions qui ont succédé aux ravages faits par l'incendie de 1815. Autrefois capitale du royaume tatare de Kazan , celle ville n’est aujourd’hui que le chef-lieu du gouvernement de son nom, et l'entrepôt du commerce entre la Sibérie et la Russie d'Europe, ainsi que le centre d’une assez grande industrie, dont les principaux produits consistent en draps, cuirs, ancres, tuiles, savon, cordonnets et un grand nombre d'articles sortis de ses fabriques de fer et d'acier. Cette ville, résidence d’un archevêque et d’une amirauté, possède une des quatre grandes académies ecclésiastiques de l'empire, avec seize professeurs et fréquentée par un millier d'étudiants; une université, fondée en 18053, dont dépendent l'observatoire, la bibliothèque, le jardin botanique, l'institut chimique et un médailler assez riche; on doit aussi nommer l’école normale pour former des maitres, l’école tatare, le gymnase, la typographie turque, où l’on a déjà imprimé plusieurs ouvrages dans cette langue; la Société des amis de la littérature nationale et l'institut pour former des
os EUROPE. — EMPIRE DE RUSSIE.
missionnaires et des prêtres parmi les Turcs (les Tatars des Russes), les Ttchérémisses, les Mordva et autres peuples. Son séjour est assez brillant et très-animé, surtout pendant l'hiver. C'est une des villes de l'empire dont l'accroissement a été le plus rapide ; on peut la regarder aussi comme la ville principale des Turcs soumis à l’empire ; leurs écoles, leurs fabriques et leurs ateliers les placent au premier rang parmi les peuples de ces régions.
SARATOY, située sur la rive droite du Volga, ville régulièrement bâtie et chef-lieu du gouvernement de son nom. Son industrie, mais surtout son commerce florissant , ont beaucoup contribué aux rapides progrès de sa population, qui la range aujourd’hui parmi les villes principales de l'empire.
ASTRAKHAN, jadis Capitale du royaume tatare et aujourd’hui chef-lieu du gouvernement de son nom, bâtie sur une des îles formées par le Volga, à son embouchure dans la mer Caspienne, qui en est éloignée de 24 milles, avec un port qu’on peut regarder comme le plus fréquenté que cette mer possède. Ses nombreuses églises, ses beaux vergers, ses vastes faubourgs, sa citadelle (nommée Krem ou Kremlin, comme celles de Kazan, de Novyorod et de Moscou) produisent une sensation agréable sur les voyageurs qui en approchent, mais qui est détruite à la vue de ses maisons, presque toutes bâties en bois, de ses rues irrégulières, boueuses et sans pavé. Astrakhan est Le siége d’un archevêché russe, d’un archevêché arménien et d’une amirauté dont dépendent les chantiers situés à l'embouchure du Volga, ainsi que d’un comptoir pour la pêche que l’on fait sur ce fleuve et dans ses parages ; elle emploie plusieurs milliers d'hommes et rapporte tous les ans plusieurs millions de francs. Favorisée par sa position, qui la fait communiquer avec les parties les plus riches et les plus fertiles de l’empire et avec les principaux ports de la mer Caspienne, cette ville est devenue l’entrepôt du commierce que fait la Russie avec la Perse, la Boukharie et l'Inde. Trois bazars ou kans, à la manière asiatique, sont destinés aux principales affaires commerciales qui se font exclusivement dans l’un par les marchands des villes russes, dans l’autre par les Asiatiques, et dans le troisième par les Indiens; ces derniers, quoique en petit nombre, font les affaires les plus importantes et vivent en communauté de célibataires dansrun édifice de bois. Astrakhan se distingue aussi par son industrie; les fabriques des étoffes de coton, de soie, celles de maroquin, de chagrin, de suif et les teintureries en sont les branches principales. Le séminaire eHestet av le gymnase et le jardin botanique sont les établissements publicsles plus remarquables; on en exporte beaucoup de caviar.
Une seule volonté souveraine et légalement illimitée gouverne la Russie. La qualification de samoderjetx, que se donne le souverain, et qui est la traduction du mot aulocrator (autocrate), par lequel se désignaient les empereurs de Byzance, indique qu’il tient son autorité de Dieu seul. Pour tout ce qui concerne les droits des particuliers et des corporations, des mesures extrêmement adoucies ont été établies. Chacun a le droit d'adresser directement des pétitions à l’empereur ; elles sont transmises à une commission spéciale qui en fait un rapport, et qui adresse la réponse du souverain aux pélitionnaires.
Un conseil de l'empire, présidé par l’empereur, délibère régulièrement sur toutes les affaires importantes, autres que celles de la politique extérieure, réservées au cabinet du souverain. Il se compose d’un nombre illimité de membres, parmi lesquels les ministres sont toujours compris; d’un secrétaire de l'empire et d’un président. Il se divise en cinq sections ou départements : la législation, la guerre, les affaires civiles et religieuses, l'administration et les finances, les affaires de la Pologne.
Le premier corps de l'État, le sénat dirigeant, ou le tribunal suprême, est le gardien des lois et veille à leur exécution : il surveille la conduite et la gestion de tous les hauts
fonctionnaires ; il promulgue les édits et les lois rendus par l’empereur; il nomme à un grand nombre d'emplois; il juge souverainement toutes les causes, à l'exception d’un petit nombre de cas, où il a recours à la clémence du monarque. Divisé en huit sec- Lions, dont trois résident à Moscou et cinq à Pétersbourg, le sénat exerce une autorité salutaire, surtout depuis que le gouvernement s’est occupé de grands changements relatifs à la législation, changements qui, tout en garantissant la force et l’action des lois pour le présent, ont en même temps élabli une base solide pour leur perfectionnement graduel dans l'avenir, et ouvert en quelque sorte une nouvelle ère pour l’avancement de la civilisation de la nation russe.
Le saint-synode, autorité suprême de l'église grecque, présente à tous Les emplois ecclésiastiques, surveille les droits de la religion nationale, mais seulement au nom de l’empereur. L'Église évangélique luthérienne a les mêmes droits dans la Finlande, l'Esthonie, la Livonie et la Courlande. Tous les autres cultes sont libres.
Le pays est divisé en cantons, comprenant environ 3,000 individus; chaque canton se subdivise en communes. Dans chaque commune il n’y a ni Journaliers, ni pauvres : chacun recoit le morceau de terre qu'il doit cultiver. Les habitants de la commune s’assemblent à certaines époques pour élire un chef et deux députés, qui, avec le secrétaire, forment une régence chargée de surveiller tous les travaux et exercent une sorte de juridiction inférieure. Dans chaque village, les habitants choisissent pour magistrat un des anciens, staroste, et, en outre, pour dix habitants, un déçatnik, qui est chargé de la petite police; mais dans chaque canton sont désignés trente surveillants pour maintenir la police. Les redevances individuelles sont réparties par l'assemblée de la commune. Il y a des lois qui protégent les paysans contre l'oppression des seigneurs : l'exécution de ces lois est confiée au gouvernement et au maréchal de la noblesse, nommé dans chaque district.
La police et l'instruction des affaires sont du ressort des tribunaux de chaque district; le juge de paix et Les assesseurs qui exercent cette juridiction sont élus pour trois ans par la noblesse; il y a aussi des assesseurs qui sont élus par les paysans. Le tribunal de district juge en première instance au civil et au criminel; un avocat impérial est chargé de protéger les paysans de la couronne. La police des villes est exercée par un gorodnilch, qui n’a jamais le droit de pénétrer dans le domicile d’un citoyen sans l'assistance d’un officier municipal. Le premier magistrat d'une ville, ou le prévôt des marchands, golova, n’est point nommé par le gouvernement ; il est élu par la commune, et il ne peut être destitué sans un jugement. C’est le chef de toute la bourgeoisie ; il préside le conseil municipal ; il est assisté de six assesseurs ou adjoints, qui forment un conseil chargé de régler et de répartir les contributions, et d’administrer les revenus communaux.
Les droits des marchands et des bourgeois sont réglés en première instance par un magistrat, assisté de maîtres de la bourgeoisie et de conseillers électifs. Telle est l’organisation municipale qui protége en Russie les habitants de toutes les classes. On y distingue trois sortes de juridictions : 1° les communes rurales; 2° les communes urbaines, toutes soumises au régime électif; 3° l'administration du plat pays, confiée aux délégués de la noblesse héréditaire. |
L'administration et la police de chaque gouvernement appartiennent à des fonelionnaires civils et militaires appelés gouverneurs, et à une régence. Une chambre des finances y correspond avec le ministre des finances et avec les receveurs de districts. La justice y est rendue par une cour civile et criminelle, dont une partie des membres est éligible, et par une cour d'appel, dont les membres sont inamovibles. Il y existe aussi un conseil de salubrité, un comité de bienfaisance, des consistoires grecs, catho-
liques ou protestants. Un maréchal de la noblesse, élu par celle-ci, préside à différentes époques une assemblée composée de députés élus par les nobles; il a sous ses ordres les maréchaux de districts.
Les gouvernements sont agrégés, au nombre de deux, de trois ou de quatre, suivant les circonstances, en gouvernements généraux, dont le nombre total, en y comprenant la Finlande est de quatorze. Les gouverneurs généraux peuvent être regardés comme de véritables vice-rois.
Le gouvernement russe respecte avec une politique éclairée tous les droits acquis, tous les priviléges de provinces, de villes, de classes; les seuls changements que les peuples conquis éprouvent, sont, en général, favorables à la liberté personnelle, industrielle et surtout religieuse. Le besoin des lois fondamentales s'était manifesté à l'esprit élevé d'Alexandre, et, sur les bords de la tombe, il méditait encore des réfor-
mes qu'une grande pensée pouvait concevoir, et qu'aujourd'hui une grande énergie
effectue.
Les revenus de l’État sont évalués à plus de 460,000,000 de roubles papier, ou à plus de1,610,000,000 defrances. Sil’on ne jugeait le budget de la Russie que sur l’apparence,
aucun État de l’Europe ne serait administré avec si peu de frais; mais il est à remar-
quer que plusieurs charges qui dans tout autre État figureraient, soit en recettes, soit en dépenses, ne sont portées sur aucun compte, et, sans entrer dans les caisses du trésor, servent à couvrir certaines dépenses ou sont supportées en nature par plusieurs classes d'habitants. C’est ainsi qus le fermage des pêcheries du fleuve Oural n’est point porté parmi les revenus publics, parce qu’il sert de paye, ou est assigné à perpétuité à certaines classes de la population; c’est ainsi que des gouvernements entiers sont souveut requis de fournir les denrées nécessaires à l’approvisionnement de Farmée, sans que ces fournitures soient portées en recettes et en dépenses dans le budget de l’État. Ici le travail des mines et le transport des métaux et du sel remplacent en totalité ou en partie la capitation; là des tribus entières en sont exemptes sous la condition de faire le service militaire toutes les fois qu’elles en seront requises; ailleurs, des nations payent l'impôt en fourrures ou en peaux que l'on emploie pour le service de l'armée; enfin, on ne porte dans les comptes de l'État ni les matières premières qu'il retire de ses domaines, ni les boulets que lui fournissent ses fonderies.
Les principales branches du revenu public sont :
49 La capitation (po douchnika dennghi), à laquelle sont assujétis les bourgeois (autres que les marchands), tous les paysans russes et différentes tribus; elle est évaluée à environ quatre francs par tête pour la population mâle seulement ; mais elle est répartie par l'autorité municipale, dans les communes urbaines et rurales, selon Le revenu présumé de chaque habitant.
20 La taxe sur le capital des marchands : celui-ci produit à discrétion l’état de son capital, sans contrainte ni examen judiciaire; mais ses priviléges et immunités relatifs au commerce, aux charges et à la considération personnelle, dépendent de la quotité plus ou moins forte de sa déclaration; ce droit est d'environ 43/, pour 100.
3° Les terres du domaine, dont le revenu est très-varié et très-important : il comprend l'obrok des paysans de la couronne, la rente des terres affermées, le produit des fabriques de la couronne; les paysans mâles appartenant aux domaines de la couronne payent annuellement dix francs par tête.
4° Les droits des douanes de terre et de mer : ces droits dépendent de circonstances qui en font varier la valeur ; mais les progrès de la civilisation russe en rendent chaque année le produit plus élevé.
59 Le papier timbré et Le droit sur la vente des propriétés immobilières (pochlina) : ce
droit, qui porte non-seulement sur les maisons et les terres, mais encore sur les vassaux, est fixé à 6 pour 100 du montant de chaque rente : on y comprend les patentes, les passe-ports ou permis de séjour.
6° Le monopole de la vente des liqueurs spiritueuses dans les cabarets : c’est le plus important des revenus de l’État.
7° Le monopole du sel : la couronne fournit tout l’empire, à raison d’un rouble le poud, quels que soient les frais d'exploitation; et, bien que la consommation annuelle de sel soit d'environ 20 millions de pouds, les frais de transport et d’extraction absorbent la plus grande partie des bénéfices ; mais la couronne règle par ce moyen le prix de cette denrée de première nécessité.
8° Le droit régalien des urines : il s'accroît de jour en jour par le lavage des terrains d’alluvion aurifères et platinifères de l'Oural.
92 Le bénéfice sur la monnaie : autrefois il était limité principalement au cuivre; maintenant il est peu profitable à la couronne.
40° L’impôt par lequel les marchands se rachètent du recrutement, et qui comprend la redevance que chaque seigneur paye à raison de 2,000 roubles par homme pour être dispensé de fournir le nombre de recrues fixé par le gouvernement.
11° Les amendes pécuniaires auxquelles sont condamnés les contrebandiers et les contrevenants aux règlements de police.
49° Le produit des pêcheries, des moulins, des bains et autres propriétés de la cou: ronne,
15° Le bénéfice des fabriques impériales.
14° La poste aux lettres, et autres moindres droits.
15° Le iassac, ou le tribut en pelleterie, payé par les hordes nomades.
Les forces de terre sont évaluées à 730,000 hommes armés; mais sur cette masse on ne compte qu’un peu plus de 600,000 hommes de troupes parfaitement régulières, et plus de 29,000 de troupes d'élite formant la garde : en temps de guerre l'armée est portée par les réserves à près d’un million d'hommes. Sous le règne d'Alexandre, on a tenté d'établir des colonies militaires ; ce premier essai eut lieu dans les environs de Novgorod , où il existe une grande étendue de terrain en friche. Des grenadiers furent cantonnés dans les villages de la couronne; les chefs de famille et les maîtres de fermes devinrent colons en titre ou maîtres colons; on construisit sur un plan uniforme de nouveaux villages qu’on peupla de paysans mariés qui jusque-là n’avaient point eu de fermes; chaque colon fut tenu d'entretenir chez lui un soldat avec son cheval et de pourvoir à sa subsistance; le soldat, en revanche, partageait ses travaux agricoles; dans chaque maison se trouvait outre le colon et le soldat, un aide ou suppléant qui se livrait aux mêmes travaux, et qui, choisi par le colon, était obligé de prendre la place du soldat en cas de maladie ou de mort : en conséquence, il portait l'uniforme et était assujéti aux exercices militaires. Les aides ou suppléants formaient au besoin un corps de réserve; les soldats colonisés pouvaient se marier comme les autres colons; en temps de guerre, ceux qui restaient prenaient soin des femmes et des enfants de ceux qui étaient en campagne. Les enfants appartenaient à la colonie tout entière; ils restaient chez leurs parents jusqu'à huit ans; passé cet âge, ils entraient dans les écoles de la colonie; à treize ans, ils étaient instruits au maniement des armes et à la culture des champs ; à dix-sept, ils étaient membres de la colonie sous le nom de cantonnistes : leur service devait durer vingt-deux ans, après lesquels ils pouvaient recevoir leur congé, en se faisant remplacer par leur suppléant.
. Toute cette population militaire, divisée en régiments et en compagnies, était régie par un code spécial et soumise à une discipline rigoureuse. Du gouvernement de
Novgorod, ces colonies s’étendirent dans ceux de Kherson, de Kharkof et d'Iekaterinoslav. En 1824, le nombre des soldats colonisés était de 80,000, qui, avec les suppléants et les cantonnistes devaient former un total de 240,000 hommes. Mais de 1829 à 1851, l’empereur Nicolas a modifié cette vaste institution dont il a arrêté les funestes progrès. Le but de l’organisation que nous venons de décrire était de faire à volonté, de chaque colon, un soldat ou un paysan. Ceci a été changé. L'élément militaire est complétement séparé de l’élément agricole. Maintenant les colonies militaires ne sont plus que les cantonnements stables d’une partie de l’armée; c’est-à-dire, d'environ 100,000 soldats.
L’état-major de l’armée se compose de trois feld-maréchaux et d’un grand nombre de généraux en chef, de généraux de division ou de lieutenants généraux, de généraux de brigade ou de généraux majors, et de colonels ou commandants de régiments qui reçoivent souvent le titre de général-major. Le traitement de ces officiers supérieurs. et même des officiers subaliernes est fort modique. Pour passer officier, il faut avoir fait ses preuves de noblesse, ou avoir été admis préalablement dans un institut militaire; néanmoins, de simples soldats peuvent aussi par leurs services s'élever à ce grade, et les plus hauts honneurs militaires ne sont point inaccessibles aux hommes de cette classe. C’est ainsi que l’on voit fort souvent des sous-ofliciers de la garde passer à l'armée avec le rang d’enseigne, et tout officier de ce grade est apte à devenir général. La paye d’un simple soldat n'excède pas 30 francs par an, sur lesquels on lui fait même encore à divers titres plusieurs réductions. Il reçoit en outre 3 baril de farine, 24 livres de sel, et une certaine quantité de gruau, de blé sarrasin. On lui donne chaque année un uniforme. L'armée se recrute à certains intervalles, ordinairement tous les trois ans. Ce recrutement frappe indistinctement tous les artisans et les paysans mariés ou garçons qui ont moins de 40 ans. Dans les temps ordinaires, cette sorte de conscription atteint un individu sur 500 mâles, et en temps de guere deux. Mais comme plusieurs tribus, telles que les Lapons, les Samoyèdes, les Kamtchadales, les Koriaks, les Tcheremisses, les Mordoniers, les Ostiaks, les Iakoutes, les Tchouvaches, les Boukhares, les Mandchoux et les Bouriaites, sont exemptes du recrutement ainsi que la plupart des Allemands et les classes privilégiées; comme les seigneurs de la Livonie, de la Courlande, de la Finlande, du gouvernement de Kiev et de douze autres gouvernements formés des provinces polonaises réunies à l'empire, obtiennent pour chacun de leurs serfs l’exemption moyennant 1,500 à 2,000 francs par tête, il en résulte que ce n’est que sur environ 25 millions d'individus que porte la levée de2 hommes sur 500, ce qui donne près de 100,000 hommes. IL est vrai que les Cosaques ne sont point soumis au recrutement. En vertu d’un oukase du 95 juin 18392, à partir du 15 janvier 1853, les Cosaques des gouvernements de Poltava et de Tchernigov fournissent chaque année cinq hommes sur mille, qui servent à compléter les régiments de cavalerie, et dont le temps de service est fixé à quinze ans. Chaque année, celte levée est opérée du 15 janvier au 15 février. Les Cosaques, après avoir servi pendant le temps désigné retournent dans leurs foyers; et leurs corporations seront tenues de pourvoir à l'existence de ceux qui n'auront pas les moyens de s’entretenir eux-mêmes. Les enfants mâles des cosaques nés pendant leur service ou après leur retraite, suivront l’état primitif de leurs pères. Depuis 1827, la population juive de la Russie fournit des recrues à l’égal des autres. La durée du service militaire est beaucoup plus longue en Russie que dans le reste de l'Europe : d’après l’ukase de 1827, elle a été fixée à 20 ans dans la garde et à 22 dans la ligne; avant ce décret il était plus considérable encore. Le recrutement de la marine se fait en même temps que celui de l’armée de terre; la durée du service est la même; son entretien n’est pas
plus coûteux. Des pensions sont accordées aux militaires que leurs blessures mettent hors de service. Depuis 1852, les pensions reçues sur la caisse de retraite et accordées aux généraux et aux officiers mutilés, sont réglées de la manière suivante : un général d'infanterie ou de cavalerie 6,000 roubles, un lieutenant général 4,500, un général-major 3,000, un colonel 1,200, un lieutenant-colonel 4,125, un major 1,050, un capitaine d'infanterie ou de cavalerie 975, un capitaine en second 900, un lieutenant 825, un sous-lieutenant 750, un enseigne d'infanterie ou de cavalerie 673. Les mêmes pensions sont réservées aux marins. De plus, on accorde pour frais de domesliques aux généraux 600 roubles, et aux autres officiers 300. Les militaires simplement blessés ne reçoivent que la moitié de ces pensions. Les militaires mutilés, s'ils sont malades, ont le droit de se faire traiter chez eux et sans frais, par des médecins de la couronne; les médicaments peuvent leur être servis également sans frais par les pharmacies particulières. Les villes leur fournissent le togémient, le chauffage et l’ éclairage. Eu 1831, une colonie d'invalides a été fondée avec OO on de l’empereur, près de Gatchina, entre Ingerbourg et la barrière de Mozine, sur la route qui conduit à Tsarskoïé-Celo. Cette colonie porte le nom de Slobvde-Pavslsvskaia; elle a pour but d'offrir aux sous-ofliciers et aux soldats de la garde impériale invalides, un asile qui les mette à l'abri de la misère, quand ils n’ont plus les moyens de subsister dans le lieu de leur naissance. Chaque maison possède un jardin et contient deux familles ; les frais de premier établissement sont à la charge de l’empereur, qui paye sur sa cassette une somme de 100 roubles à chacun des fnlidése Après leur mort, les enfants héritent seulement du mobilier. Les veuves chargées d'enfants en bas âge peuvent rester dans les maisons, et jouir du produit des terres jusqu'à l'entrée ie leurs fils dans les établissements d'instruction militaire, ou jusqu'à ce que leurs filles aient atteint l’âge de seize ans.
La marine russe, quoique organisée sur un pied respectable est loin d’avoir une importance égale à l’armée de terre: c’est une conséquence toute naturelle de la petite étendue des côtes que possède la Russie relativement à sa superficie. Toute la flotte, qui se divise en trois escadres, celle de la Baltique, celle de l’Archipel et celle de la mer Noire, porte au moins 6,000 bouches à feu, et plus de 33,000 hommes. Les côtes et les récifs de la Finlande et de l’Esthonie lui donnent de nombreux et d’habiles matelots, surtout pour la petite guerre ; mais elle n’est destinée qu'à dominer la mer Baltique et la mer Noire; plus loin, elle serait inférieure aux marines et aux équipages accoutumés à la grande mer.
On est dans une grave erreur lorsqu'on pense, avec beaucoup de géographes, que la Russie manque de fabriques et de manufactures. Même longtemps avant le règne de Pierre le Grand, cette contrée possédait des fabriques de cuir, de toiles à voiles, de cordages, de coutil, de feutre, de chandelles, de savon, dont les produits étaient exportés. Pierre I", Élisabeth, Catherine IL et Alexandre sont les souverains dont les règnes sont les plus mémorables pour les progrès de l’industrie. Mais c'est surtout depuis les dernières années de celui d'Alexandre et depuis l’avénement au trône de Nicolas que toutes les branches de l’industrie ont pris un grand essor ; non-seulement leur nombre s’est beaucoup accru, mais leurs produits se sont aussi perfectionnés. En 1812 on ne comptait encore dans tout l’empire que 2,552 ateliers avec 419,093 ouvriers; aujourd’hui les premiers s'élèvent à plus de 6,000, les seconds à 260,000. Les gouvernements de Moscou, de Vladimir, de Nijni-Novgorod, de Tambov, de Kalouga , d'Olonets se distinguent entre tous les autres par leur activité industrielle. Mais ce n’est pas seulement dans la fabrication des cuirs, du savon, du caviar, de la colle de poisson, des chandelles, de l'huile, de la toile à voile, des cordages, des