‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 3)Chapitre 35 sur 146 · SUÈDE · texte numérisé non relu

SUÈDE

Située entre 55° 20’ et 69° D’ de latitude nord, et entre 8° 30’ et 21° 45’ de longitude est, la Suède : est bornée au nord et à l’ouest par la Norwége, dont les monts Dofrines la séparent en grande partie; au sud-ouest, par le Skager-Rack, le Cattegat et le Sund, du côté du Danemark ; au sud et à l’est, par la Baltique, qui la sépare des États prussiens et de la Russie européenne, et dont la partie septentrionale, resserrée entre la Suède et la Finlande, prend le nom de golfe de Bothnie; au nord-est, le Tornea marque la limite suédoise vers la Russie.

Le climat de la Suède est moins froid que la température ne le ferait supposer. Le printemps est la partie de l’année la plus inconstante et la moins salubre. L'été est rapide, mais chaud, et la présence du soleil durant les longs jours dont jouissent les parties septentrionales, fait croître et mürir les grains avec une promptitude extraordinaire. L'hiver n’est point accompagné de vents violents, ei le froid, sec et continu, permet à la neige de se durcir et de rendre les routes faciles. La quantité de pluies qui tombe annuellement est peu considérable.

La Suède se divise en trois grandes régions : la plus septentrionale est le Nordland, au pays du nord; au centre c’est le Svealand ou la Suède, et au sud le Gætland ou la Gothie.

On croit que la Suède fut primitivement peuplée par les Finnois et les Goths, qui, vers l’époque de la décadence de l’empire romain, se répandirent dans les parties méridionales de l’Europe, et y exercèrent d’affreux ravages. Le christianisme y ful introduit dans le 1x° siècle par des missionnaires de France et d'Angleterre, surtout par Anscaire, qu'envoya Louis le Débonnaire ; mais il ne s’y affermit que dans le xr° siècle. Dans le xue, les deux royaumes de Gætland et de Svealand, dont cette contrée était alors composée, furent réunis en un seul par l’anéantissement de la ligne royale dans le premier; le même siècle vit fonder Stockholm. En 1588, mécontents d'Albert de Mecklenbourg, qu’ils avaient appelé au trône auprès avoir déposé Magnus IT, les Suédois reconnurent pour leur reine Marguerite de Danemark, et le traité de Calmar, en 1397, établit l'union de la Suède, de la Norwége et du Danemark, sous le sceptre de cette ambitieuse princesse. La Suède ne souffrit qu’avec peine le joug tyrannique des

‘ Le nom de la Suède parait dériver de celui de la peuplade de Suecia citée par Tacite.

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Danois : des révoltes éclatèrent dans son sein ; elle se créa un grand maréchal, Charles Canutson, qui eut un rival dangereux dans Jean de Salstad, archevêque d’Upsal ; elle se donna ensuite des administrateurs, dont le dernier, Sténon-Sture II, mourut en combattant contre le despotique Christian IT.

Gustave Wasa s'échappe du Danemark, où la perfidie l'avait conduit captif, vient chercher un asile dans les mines de la Dalécarlie, et, avec une poignée d’hommes courageux, chasse les étrangers de sa patrie , dont il est couronné roi en 4323. Ce prince embrassa la doctrine luthérienne, et laissa, en 1560, un trône affermi à Éric XIV; mais la gloire de la Suède pâlit sous ce prince et sous Jean et Sigismond; elle prit un nouvel éclat sous Gustave-Adolphe, qui joignit à ses Etats la Livonie, l’Ingrie, la Carélie, soutient avec succès le protestantisme en Allemagne,-dans la guerre de trente ans, et mourut victorieux à la bataille de Lützen, en 1632. Christine, sa fille, acquit une partie de la Poméranie et les duchés de Brême et de Verden; elle abdiqua par esprit philosophique, en faveur de son cousin Charles X, qui soutint des guerres contre les Polonais, et enleva aux Danois l’extrémité méridionale de la péninsule scandinave. Charles XI fit fleurir en Suède les sciences et les arts, et conclut l’heureux traité d'Oliva : il est suivi du belliqueux Charles XIT, qui pénètre dans le cœur de la Russie et ébranle un instant le colosse du Nord; mais il est vaincu par Pierre Ier à Pultawa, et termine, devant la forteresse danoise de Fréderikshald, sa vie aventureuse et chevaleresque. Ulrique Éléonore et son époux, Frédéric de Hesse, eurent un règne long, mais peu fortuné, qui vit prendre à la Suède Brême et Verden, une portion de la Poméranie suédoise, la Livonie, l'Esthonie, l’Ingrie, la Carélie et une partie de la Finlande.

Adolphe-Frédérie, qui monte sur le trône en 1751, est le chef d’une nouvelle dynastie, celle de Holstein-Gottorp; Gustave IE à un règne troublé par les factions politiques, et meurt assassiné, après avoir restreint l'autorité du sénat. Gustave IV, entraîné dans des guerres malheureuses, perd la Finlande et unenouvelle partie de la Poméranie suédoise; ses sujets le déposent en 1809, et élisent Charles XIIT. Sous ce dernier, la Suède enleva, en 1814, la Norwége au Danemark, qui reçut, comme un faible dédommagement, le duché de Lauenbourg. A la mort de Charles XIIT, en 1818, Bernadotte, élu prince royal en 1810, fut naturellement appelé au trône sous le nom de Charles XIV.

Les états de la Suède se composent des quatres chambres, de la noblesse, du clergé, des bourgeois et des paysans. Ils se réunissent tous les cinq ans. Ils ont seuls le droit de voter l’impôt et de régler les dépenses ordinaires et extraordinaires. La diète vote par ordre. Une simple majorité de deux voix dans chacun des trois ordres l’emporte ainsi sur l'unanimité du quatrième, réunie à l’imposante minorité des autres.

Les états comprennent 718 membres. La chambre des bourgeois en compte 74, dont près de Ja moitié sont des fonctionnaires salariés; 25 membres au plus dans cette chambre, 18 dans celle des nobles,122 dans celle des paysans, étaient en 1846 dans une posilion indépendante du gouvernement. L'ordre des nobles est aujourd’hui si pauvre, que beaucoup de ses députés sont hors d’état d’aller passer le temps de la session à Stockholm, et pourtant presque aucun des priviléges de la vieille noblesse n’a été supprimé. L’exemption de l'impôt subsiste toujours, non pour elle personnellement, mais pour les terres nobles, quels qu’en soient les détenteurs actuels. Ce privilége surtaxe de 54 à 225 pour cent le reste de la propriété foncière.

Le cabinet ministériel est formé de neuf membres. Une absence d’un an de la part du roi donne à la diète Le droit de disposer du trône. Un tribunal de douze magistrats, nommés par le roi, fait l'office de la cour de cassation. Ses membres sont justiciables de la diète, et, en certain cas, d’une haute cour, chargée de juger les ministres accusés de trahison ou de concussion,

Le bill des droits garantit la liberté individuelle et celle des cultes. Quant à la liberté de la presse, elle est gênée par des lois terribles, qui confondent avec l’ outrage au souverain la critique des actes ministériels, et créent une foule de délits mal définis, dévolus à un jury spécial. Pour s'affranchir de leur empire, l'écrivain n’a d’autre rejuge que de soumettre son manuscrit à une censure facultative, exercée par un comité nommé par la diète.

La constitution suédoise offre, par ses qualités et ses défauts, un juste milieu d’où le gouvernement peut faire osciller la bascule politique à droite ou à gauche, vers la noblesse et Le clergé, ou vers les bourgeois et les paysans. Son vice capital est de parquer la société en quatre castes, dont la moins nombreuse dans la nation est celle qui compte le plus de voix à la diète, et qui possède exclusivement les hautes fonctions civiles ou militaires et les charges de la cour : c’est la noblesse. Quelques-uns de ses membres sont propriétaires de vastes domaines, le reste vit du budget ou de la liste civile. Comme il suffit aux gentlemen du pays de faire valoir l’urbanité de leurs manières et de savoir commander une compagnie ou un régiment, ils puisent dans les gymnases les talents nécessaires à leur profession, l'escrime ou la danse, le dessin ou la musique, quelques éléments d'anglais, de français ou d'allemand, relevés d’un peu de grec et de latin. Sauf de rares exceptions, ils entrent dans le monde parfaitement élevés, mais doués d’une instruction médiocre. Ils aspirent à justifier leur titre de Français du Nord ; ils le sont en effet, mais de l’ancien régime. Nous savons, par exemple, comment un fils de famille parvient à ruiner une grande fortune ou à gaspiller un modeste héritage, par quelles transitions il passe des mains des usuriers dans celles des escrocs du grand monde, et lassé d’être leur victime dans les clubs et les tripots, finit par être leur complice. Ces exemples sont, toute proportion gardée, aussi communs en Suède qu’en Angleterre. Le contact de la noblesse inférieure avec les classes moyennes, et une fierté héréditaire, dédaignant le commerce et les professions libérales, rendent ces exemples plus dangereux. La rivalité existante entre la noblesse et le clergé n’est rien moins que favorable aux mœurs politiques. L'une cherche à dominer la bourgeoisie, l’autre le peuple des canpagnes. Le sentiment religieux ne peut que perdre à l’indifférence des nobles pour un culte que le clergé parait exploiter au profit de ses vues ambitieuses.

Lorsque le luthéranisme s'établit dans la péninsule scandinave, les esprits n”ÿ étaient pas préparés. Ceite révolution fut l’œuvre exclusive du gouvernement. Le peuple l’accueillit avec indifférence. Il ne vit d’abord dans le luthéranisme qu'une liturgie plus simple et plus sévère. L'opinion n’était pas encore assez éclairée pour apprécier la différence entre les dogmes catholiques et protestants. Gustave Ir se défendit d’avoir introduit une delle doctrine, et les paysans croyaient de bonne foi que la seule différence entre eux et les autres membres de la communion romaine consistait à entendre la messe en suédois. « Je conçois, observe M. Laing, que la réforme n'ait d'abord exercé aucune influence sur les mœurs du pays. Elle trouva l'esprit national excité par la glorieuse insurrection qui plaça Gustave sur le trône, mais indifférent sur tout le reste et ne connaissant du culte que ses rites. Le clergé a pris soin de le maintenir dans ces dispositions. Nulle part les cérémonies religieuses ne s’accomplissent avec plus de solennité et de recueillement. Les églises y sont d’une belle structure, bien entretenues; les prêtres, convenablement dotés, logés dans de bons presbytères, vivent dans les meilleurs termes avec les fidèles. Ils possèdent en général une instruction solide et variée, pourtant il est peu de sociétés chrétiennes où la religion exerce moins d'influence qu’en Suède sur la morale publique. Ne pourrait-on pas en conclure que ce pays n’a jamais possédé un esprit religieux et que le catholicisme était, par la sévérité

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de sa discipline, mieux assorti à l'âpreté de caractère el à l'ignorance des habitants?.. »

Le clergé et le peuple considèrent le christianisme d’un point de vue différent du nôtre. L'un possède une haute instruction théologique, l’autre une instruction élémentaire à peu près suffisante. Tout homme y sait lire et écrire ; mais l'éducation religieuse se borne à savoir du cathéchisme ce qu’il en faut pour recevoir la confirmation et la communion, connaître le rituel ordinaire et celui des mariages, des baptêmes et des services funèbres.

Le soin de l'instruction populaire ajoute un modeste bénéfice aux revenus du bas clergé; mais les instituteurs laïques leur font une utile concurrence. Le nombre de ces derniers est, y compris leur famille, le cent vingt-sixième de la population, ou environ 6,000 : ce qui fait supposer un pareil nombre d’institutrices :

« Au reste, dit M. Laing, jusque dans les rangs les plus pauvres, les pères sont euxmêmes les instituteurs de leurs enfants, et ils HOEN aussi inutile de payer des maitres d'école pour leur apprendre à lire et à écrire que des boulangers pour faire leur pain, et des couturières pour entretenir leurs vêtements. »

Il est à désirer que la liberté des cultes, qui n'existe dans ces contrées qu’en théorie, permette aux sectes dissidentes de se propager et ramène le clergé à sa véritable destiration : celle de veiller exclusivement aux intérêts moraux du pays. M, Laing, s’érigeant en sévère censeur des mœurs suédoises, fonde son opinion sur des données statistiques criminelles dont il reconnait lui-même l’inexactitude et l'insuffisance.

L'ordre des bourgeois comprend toutes les professions industrielles : chacune d’elles forme dans chaque ville une corporation que la loi protége contre toute concurrence étrangère. De même que le mérite est réputé un attribut de la naissance chez les nobles, ou une délégation du prince dans l'état-major de l’armée, la considération du citoyen dans la carrière qu’il a embrassée dépend, non de sa conduite, de son talent, de son caractère, mais des droits attachés à sa patente et à sa corporation. C'est là un mal inhérent à tous les ordres privilégiés. Chez les nobles, les prêtres, les militaires ou les magistrats, il est déguisé ou compensé par le sentiment de l'honneur, de la religion, ou par une éducation libérale. Dans les autres professions, les séductions de l’immoralité sont moins combattues, et la vanité à autant de prise sur elles que sur la plus haute aristocratie.

L'architecture et l’ameublement attestent cette disposition des mœurs; on y sacrifie le confort au elinquant, la solidité à l'apparence. On a du placage pour meubles, du papier doré pour tentures, des glaces, des lustres, des divans, des gravures francaises, à côlé de lits sans rideaux, de croisées sans jalousies, de lavabo sans cosmétiques ou de commodes sans tiroirs, ou bien cette partie du moblier est traitée sans aucune intelligence de ce bien-être matériel, que les autres peuples aiment à savourer dans leur intérieur. Cependant les réunions sont rares dans les grandes villes et même dans la capitale; mais là du moins on a les cafés et les cercles. Les deux principaux sont réservés, l’un à la noblesse, l’autre au haut commerce.

Bien que les paysans suédois aient le privilége de donner des représentants à l'État et soient affranchis de la féodalité telle qu’elle existe en Allemagne, en Pologne et en Russie, ils sont soumis par le gouvernement à certaines corvées. L'une des plus bizarres et des plus onéreuses est l'obligation de fournir des chevaux de poste aux voyageurs, moyennant la rétribution dérisoire de 35 centimes par lieue et par cheval, ou 70 centimes par mille suédois, un tiers de moins que ce qu'on paye en Norwége pour la même distance. Il est évident que cette chétive somme ne saurait indemniser le propriétaire de la perte de son temps et du travail des chevaux, surtout pendant les trois mois qui s’'écoulent entre les semailles et la moisson. N'est-ce pas d’ailleursunesource

d'abus que d'attirer à la maison qui sert de relais et parfois d’hôtellerie, bien qu’en général on prenne ses repas dans une taverne du voisinage, les valets de ferme de tout le canton? L'infraction à ce service est punie d’une aussi forte amende que celle qui frappe en Angleterre la contrebande. De nombreux préposés en surveillent l'exécution, et leur traitement fort modique, s'accroît d’une assez forte part dans Les amendes prononcées sur leurs procès-verbaux.

Une institution plus favorable modifie la condition des paysans; c’est l’indelta. On nomme ainsi l’armée de réserve, organisée en colonies rurales. Cette institution remonte à Gustave-Adolphe, qui en fit l'essai en Livonie, en 1626. Peu de temps après, quelques districts des États héréditaires demandèrent à être exemptés du recrutement forcé et de la contribution de guerre payable en argent, sous la condition de fournir et de tenir au complet un contingent déterminé, et de concéder à chaque soldat une habitation, des terres à cultiver, un droit de chauffage dans les forêts, et celui de prendre dans les fermes voisines les instruments et les chevaux de labour. Charles XI appliqua ce système à toute la Suède en 1680, et ses successeurs l'ont étendu à la cavalerie et à la marine. Les matelots ont leurs colonies sur les côtes de la Baltique. Tous les dimanches, le sous-officier passe en revue le peloton de sa paroisse ; chaque mois le capitaine réunit sa compagnie au chef-lieu du canton, et tous les ans, à la fin de l'été, l’indelta forme un camp de manœuvres. M. Laing rencontra à Westeras une de ces compagnies, composée d'environ cent hommes, parfaitement équipés, en veste blanche, épaulettes jaunes et pantalon bleu. Ils se rassemblèrent le soir à la porte de son hôtel, où logeait leur capitaine. Après l'appel et l'inspection, un des soldats sortit des rangs, et, tête nue, il récita à haute voix la prière du soir. Il la termina en entonnant un hymne que tous ses camarades chantèrent en chœur. Le lendemain, à la pointe du jour, avant de se remettre en route, la prière du matin fut dite, et l'hymne chanté avec le même recueillement.

La condition et le caractère des paysans varient suivant les provinces. Dans la partie méridionale, le blé, le lin, le chanvre, les pommes de terre, d’abondants pâturages, des lacs poissonneux, le voisinage de la Baltique dans sa partie la plus commerçante, d'assez bonnes routes, trois canaux importants, leur assurent une subsistance abondante et une aisance supérieure à celle des provinces de l’est et du nord.

Un mal grave affecte la prospérité du royaume plus profondément que celle des autres États du continent qui n’en sont pas encore délivrés. Toutes les industries, à l'exception de l’agriculture, y sont exercées par privilége et monopolisées en une sorte de hiérarchie féodale maintenue par des taxes onéreuses. Un système aussi monstrueux suffirait pour paralyser les forces productives de l’Angleterre; qu'on juge de sa funeste influence sur celles de la Suède. Là, pour raboter une planche, il faut deux hommes, dont l’un pousse le rabot et l’autre le tire à lui; pour scier une pièce de bois de huit à dix pouces de diamètre , il suffit chez nous d’un ouvrier armé d’une scie; là, on emploie deux hommes tenant chacun une poignée d’une scie à deux mains, et un troisième qui pèse sur la pièce pendant l'opération. — « Un chimiste avait commandé à un chaudronnier un alambic dont il lui avait donné le plan. Les robinets et certaines autres pièces devaient être fondues et soudées par l’ouvrier chargé de confectionner l'appareil. Mais un chaudronnier n’a pas le privilége de la fonte, il est dévolu à la corporation des fabricants de girdlet (on nomme ainsi une espèce de tourtière en fonte pour cuire des gâteaux de gruau). Notre homme fut donc poursuivi judiciairement pour exercice illégal d’une industrie étrangère à sa profession. En vain opposa-t-il la nécessité où il s'était vu de confectionner lui-même toutes les parties de l'appareil, dans les formes et les proportions données : il était en contravention, et il fut condamné à l'amende. »

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La position excentrique de la Suède, et la division des classes, élément principal de sa constitution politique, maintiennent seules cetle détestable organisation du travail. Chez nous, tout ce que la loi ne prohibe pas est reconnu légal; là, rien n’est légal que ee que la loi autorise; lorsqu'elle se tait, il faut une permission générale du gouvernesuent pour exercer l’une des mille branches d'industrie nées depuis la gothique institution des corporations et des maitrises.

Les observations faites par M. Laing sur l’industrie manufacturière et industrielle de la Suède se résument en quelques mots : « Industrie décrépite dans les langes où l’on comprima son berceau, et sous les restrictions, les prohibitions, les priviléges de toute nature. » On ne saurait attendre de trois millions d’âmes qu’elles se suflisent à elles-mêmes dans l’état de civilisation progressive où l’Europe s’avance, même sous le régime du despolisme éclairé. Mais le plus clair résultat de sa législation, c’est que le peu de manufactures qu'elle possède ne peuvent établir de concurrence à l'industrie ctrangère. Elle a de bonnes fabriques d'acier, de faïence, de glaces et de draps; mais ciles sont insuffisantes pour la consommation du pays. Stockholm et Guthembourg ont des raflineries importantes. L’horlogerie de Ia Suède est estimée. Ses manufactures d'armes, ses fonderies alimenteraient un état militaire bien plus nombreux que le sien. Ses limes et ses faux élaient naguère recherchées en Angleterre, en France et en Allemagne. Aujourd'hui on traite l'acier dans ces pays assez habilement pour ne pas redouter sa concurrence.

La construction des navires de commerce pourrait être une industrie plus favorable à la Suède; car elle a sous la main des bois de construction et de mâture excellents, du cuivre pour doubler leur coque, de la grosse toile pour leur voilure, de bonnes corderies, du goudron, el il en coûte moins cher à nos armateurs de les acheter prêts à ueltre à la voile que d’en requérir isolément les matériaux.

Le commerce serait pour la Suède une source de richesse plus féconde que l’industrie manufacturière. C’est principalement sur les produits du sol, préparés toutefois, mais de manière à leur laisser leur nature de matériaux, que roulent les exportations. Leurs articles principaux sont le fer et l'acier en barres, les bois de construction et de mâture, les ancres, les cordages, le cuivre, le cobalt, le laiton, l’alun, la potasse, la poix et le soudron, les lins, les cuirs, les fourrures, le poisson sec et salé. Mais ici se rencontre un obstacle qui paralÿysera, jusqu'à ce qu'il soit levé, le mouvement des étrangers. Youtes les villes du royaume ne peuvent pas commercer avec les étrangers; il en est qui ont ce droit : on les nomme stapelstader ; d’autres en sont privées : ce sont les upstader. En 1816, la législature prohiba l'importation du vin, de l’arak, du rhum, du thé, du porter et des Lissus de coton.

La Suède, dit l'écrivain anglais à qui nous empruntons ces détails, aura toujours un immense intérêt à rentrer dans la liberté commerciale. Elle possède avec abondance ce qui commence à manquer au midi de l'Europe, du fer et du bois. Ayant, depuis plus d'un siècle, cessé d’être redoutable comme puissance militaire, qu’elle s'exécute de bonne grâce, et puisse son gouvernement être assez éclairé pour abattre les serres ‘chaudes où son industrie n’a donné jusqu’à ce jour que des fleurs étiolées et des fruits vermoulus avant leur maturité! Qu'elle boive du porter anglais ou du vin de France, si, à celte condition, ses nordlanders, consommant en pain substantiel l'orge perdue à leur faire un détestable grog, envoient dans nos ports ou chez nos voisins des navires achevés, pour les vendre avec les madriers, le goudron, le fer et l'acier qui leur serviront de lest. Que leur manque-t-il pour entrer franchement dans cette voie au lieu de s’isoler ? Des routes? l'hiver leur en fait d'excellentes sur la glace. Des canaux? ils en ont plusieurs : le plus important, celui de Gothie, vient d’être achevé; il communique entre

le Catégat et la Baltique, à Sodekoping ; il a dix pieds de profondeur, vingt-quatre de large, et parcourt une étendue de vingt-cinq milles. D’autres sont ouverts depuis longtemps, et le plus ancien, celui de Leabord, date du règne de Charles XI. Des navires à vapeur font le commerce d’'Upsal, de Stockholm, de Gothemberg, à Hambourg, Stralsund et Dantzig. Il n’en faut pas davantage pour étendre des relations que l'esprit national des Suédois dirigera toujours du côté opposé au golfe de Finlande.

La navigation à vapeur a été un immense bienfait pour ces contrées. Les bâtiments à voile ne faisaient autrefois que trois voyages par an d'Umea à la Baltique; le Steamboat en fait un tous les quinze jours. Depuis quelques années, les habitants de la Suède méridionale sont venus en foule coloniser les forêts et les clairières de la Laponie; ils ont transformé en une jolie ville de 1,200 habitants le misérable bourg de Degersford. Les colons de l’intérieur ont quelques rapports avec ceux du haut Canada ou de la Nouvelle-Écosse; mais le sol et le climat leur refusent les avantages promis à ces derniers. Ils y fabriquent du salpêtre, qu’ils envoient au gouvernement en payement de leurs impôts, de la potasse, du goudron, article fort important si les restrictions qui pèsent sur le commerce étranger élaient modifiées, et si de nouvelles voies de communication favorisaient cette précieuse industrie, dont le bénéfice est presque nul, à cause des difficultés et des frais du transport des sapinières jusqu’au port du commerce. Presque toutes les fermes cullivent le chanvre et le lin, et on les tisse dans chaque famille pour les usages de la maison. Il en est de même dans le reste du pays. On n’y achète au dchors que l'indispensable, quand on ne peut le confectionner soi-même. C’est encore un des résultats les plus fâcheux des priviléges manufacturiers. Les colons les plus misérables, après avoir épuisé le peu de farine de seigle ou d’avoine provenant de leurs récoltes, sont réduits à vivre de l’écorce du pin; les plus économes font du pain mêlé de ces deux substances, après avoir préparé la seconde à la façon des montagnards norwégiens. Ils ont en outre de petites vaches qui, malgré leur chélive apparence, donnent d’excellent lait. Le gouvernement cède à ces colons des terres à défricher, à des conditions forts douces ; mais le pays sera pauvre tant que l’industrie restera soumise aux liens qui l’entravent.

En général les villes de la Suède sont très-peu peuplées; il ne faut pas s’en étonner: on ne connaît pas dans ce pays celte foule d’oisifs qui viennent consommer au sein des cilés leurs pensions ou les revenus de leurs terres; le propriétaire, le noble même, jouissent à la campagne et au sein de leur famille de toutes les douceurs de la vie domestique et des occupations agricoles, laissant aux fabricants el aux négociants à peupler les ports de mer et les villes.

STOCKHOLM, la capitale de Suède, offre durant l'hiver, une activité difficile à décrirc; c’est à l’époque des glaces que les habitants de l'intérieur de la péninsule scandinave se rassemblent momentanément dans les villes. Durant celle saison les fêles et les parties de plaisirs s’y succèdent chaque jour; Les bords du lac Mœlar se couvrent de traineaux, que des courses lointaines dispersent en longues files sur les flots glacés ou sur la neige qui blanchit la campagne; une musique militaire accompagne ces Joyeuses caravanes qui, après le diner, rentrent à la ville à la lueur des flambeaux. Le soir, la foule se porte au théâtre pour assister à la représentalion de quelque comédie nationale. Dans l'été, une société choisie se rassemble aux eaux de Ramlosa, en Skanie, et à celles de Maderoi, en Ostro-Gothie; ou bien l’atirait d’un spectacle militaire attire les curieux près des camps d'exercice des régiments nationaux. Des diners sous la tente et des bals en plein air succèdent aux évolutions militaires; le son du violon se mêle au roulement des tambours. |

La Suède possède deux universités, celle d'Upsal, une des plus célèbres de l'Europe,

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et celle de Lund; elle a, en outre, onze gymnases. En général, l'éducation publique est dirigée avec soin et succès dans ce pays; l'instruction primaire y est fort répandue.

La langue suédoise ressemble beaucoup à la danoise, et dérive évidemment de la même source que l’allemande; mais, comme elle est peu connue hors des limites de la Suède, les hommes de lettres de ce pays ont souvent publié leurs ouvrages en latin. La nécessité de chercher des renseignements dans les livres des autres langues, rend familiers aux littérateurs plusieurs idiomes étrangers, particulièrement le français, l'allemand, l'anglais et l'italien; en général, les Suédois ont beaucoup de facilité pour apprendre les langues. Les antiquités ont formé autrefois le principal objet de leurs recherches; les sciences physiques et l’histoire naturelle sont devenues, dans le -xvine siècle, leurs études favorites, et elles ont été cultivées avec un grand succès, surtout par Linnée, Bergman, Scheele. La poésie, l’éloquence et l'histoire comptent aussi plusieurs écrivains d’un grand mérite, et trop peu connus dans le reste de l'Europe. Le règne de Gustave IIT est regardé comme l’époque la plus brillante pour les hommes de lettres et pour les artistes, Les sociétés scientifiques et littéraires sont nombreuses et intéressantes : la Société des antiquaires fut établie dès 1668; la Société médicale, dès 1688 ; l’Académie royale des sciences le fut en 1739. II faut citer encore l'Académie suédoise, qui s’occupe du perfectionnement de la langue suédoise, et la Société des sciences d’Upsal, fondée en 1728. On ne compte dans la Suède entière qu’une cinquantaine d'imprimeries, dont un tiers se trouve à Stockholm; il se publie environ 400 ouvrages chaque année.

Les Suédois sont d’une haute stature et d’une constitution robuste, accoutumés à une vie frugale et simple, aux privations et aux fatigues, surtout dans les campagnes, où les mœurs sont honnêtes et hospitalières; ils forment un peuple essentiellement guerrier; ils sont doués, au suprême degré, de cette patience inallérable, de cette résignation à la souffrance, de cette abnégation des jouissances de la vie, de ce courage calme et persévérant, qui, de tout temps ont distingué les peuples du Nord. |

Après avoir parlé de la Suède et du peuple qui l’habite en général, nous entrerons dans quelques courts détails sur les différentes branches de la population.

Le DALÉCARLIEN, ou habitant de la province appelée Dalécarlie, est franc, probe, intelligent et grave. Ses réponses spirituelles contrastent souvent singulièrement avec son extérieur rude. Content de ses propres droits, il n’envie jamais les priviléges des autres. Il supporte plutôt l’insulle la plus vive que la moquerie froide. Le paysan de ces contrées est presque toujours lui-même propriétaire de la terre qu'il cultive, et quelque faible que soit son patrimoine, il lui donne pourtant ce caractère fier et décidé, qui perce dans toutes ses actions. À sa mort, son bien se partage entre ses enfants mâles ; il en résulte souvent des lots si faibles, que le nouveau propriétaire, ne pouvant tirer son existence de l’agriculture, est obligé d'y ajouter quelque autre branche d'industrie; mais tel est son attachement au patrimoine héréditaire, qu’il préfère en posséder la moindre partie, plutôt que de la vendre, même au delà de sa valeur; il est par conséquent rare qu’il s’en défasse sans y être forcé. Le Dalécarlien tutoie tout le monde; cependant il n’y a pas de province en Suède où les autorités soient plus respectées. Le Dalécarlien montre beaucoup de présence d’esprit dans les circonstances graves el imprévues; habitué à lutter contre les effets d’an climat dur et ®” d'un sol ingrat, il apprend de bonne heure à bien combiner les ressources de son activité. Il fait même ses ustensiles de ménage et d'agriculture, non-seulement pour son propre usage, mais aussi pour en vendre afin de suppléer par ce produit à une chélive récolte.

C'est principalement dans les années de détresse que l’on voit arriver, dans les pro-

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