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HOMME DE HARNTAD-HARAD. — FEMME DE WEMMENTROGS-HARAD.
( Scanie.)
et des testacés en grand nombre, parmi lesquels on distingue l’huître à perles. La Norwége est riche en minéraux : il existe à Etzwold une mine d’or peu importante; à Kongsberg, une mine d'argent; de nombreuses mines de fer de bonne qualité; des mines de cuivre d'une qualité supérieure se trouvent principalement à Bœæraas, dans le sud-est du diocèse de Drontheim; celles de plomb sont peu productives, il y en a dé cobalt, d’arsenic et d'alun. La seule grande mine de sel est celle de Waloe. On exploite aussi des carrières de granit, de marbre, d’albâtre, de pierre meulière, de pierres à aiguiser, d’ardoises et de pierre à chaux. Il y a de l'argile, des agates, des grenats, des améthystes et de l’ocre; l’aimant est assez commun pour être exporté. L'industrie se réduit en quelque sorte au travail et à la fonte des métaux. Il y a une fabrique d’armes à Kongsberg, qui peut suffire à l’armée, plusieurs verreries et raffineries de potasse, une manufacture de chapeaux et des tanneries à Christiania; une poterie à Bergen et des fabriques de gants à Drontheim. La navigation et la pêche sont, après l'exploitation des bois et des mines, les ressources les plus intéressantes de ce pays. Les exportations principales sont en bois de construction, fer, cuivre, poissons, bestiaux, cuirs, suifs, huile et blancs de baleine; verreries, potasse, granit, marbre, elec. On importe beaucoup de blé, des étoffes de laine, de coton et de soie, des épiceries et denrées coloniales, du vin et des liqueurs spiritueuses. Les monnaies, poids et mesures de Norwége sont encore les mêmes que ceux de Danemark.
Le gouvernement est franchement démocratique sous un roi. Tout Norwégien âgé de vingt-cinq ans, propriétaire, usufruilier ou fermier à vie d’un immeuble, jouissant dans une ville du droit de bourgeoisie, ou y possédant une maison ou un terrain d’une valeur de 750 francs en capital, est de droit électeur. A trente ans il est éligible, pourvu qu'il n'appartienne à aucun minisière, qu’il ne soit pas attaché à la cour, qu'il ne figure point sur le grand livre des pensions, et qu’il n'occupe aucun emploi subalterne dans une maison de commerce.
Il y a trois degrés d'élection; le vote est public.
Le storthing ou parlement est élu pour trois ans; chaque session est de trois mois, et peut s’élendre au delà de ce terme, si les affaires l’exigent. L'époquede chaque réunion est fixée par la loi fondamentale.
Dans les grandes circonstances, telles qu’une guerre, la mort ou l’abdication du roi, le gouvernement peut assembler un storthing extraordinaire, lequel ne doit adopter que des mesures provisoires, à la charge de les faire ratifier par un nouveau parlement régulièrement élu. Sous tous les rapports, les storthings sont indépendants du pouvoir exéculif. La sanction royale est même inutile pour assurer l’exécution d’un bill approuvé par trois législatures différentes. C’est ce qui est arrivé pour l'abolition de la noblesse héréditaire. Elle fut décrétée par les storthings de 1815 et de 1821. En 1894, malgré l'opposition du roi, et sous les yeux de l’armée suédoise qui avait envahi par ses ordres la capitale ou siégeait la puissance législative, cette grande mesure fut adoptée pour la troisième fois, et devint une des lois fondamentales de l'État.
Le storthing se composait, en 1836, de quatre-vingt-seize membres. Ce nombre n’est pas invariable; il suit les proportions de la population électorale. Tout député à un suppléant élu en même temps que lui pour le cas de démission ou de décès. Pendant toute la session, il a droit, indépendamment de ses frais de voyage, à une indemnité de deux dollars et demie par jour (environ 12 francs).
Sauf les exceptions que nous avons fait connaître plus haut, toutes les professions honorables sont représentées dans les storthings.
A celui de 1836, on voyait un professeur, quatre recteurs de paroisse; les villes les communautés y envoyént des négociants; les distriels ruraux, des cultivateurs, On
dirait les assemblées d’État de l'Amérique du Nord, ou plutôt une réunion de fermiers et de marchands, comme on en voit à Édimbourg ou à Haddinglon, un jour de marché. Les séances, ouvertes à neuf heures du matin, offrent un coup d'œil imposant dans leur simplicité. Le président et le secrétaire sont élus par l'assemblée et renouvelés tous les huit jours.
Au début de chaque session, après la vérification des pouvoirs et la formation du bureau, le storthing désigne un quart de ses membres pour composer le lagthing, ou chambre haute. Le reste de l'assemblée remplit les fonctions de chambre des communes.
La chambre haute est dans la législature le pouvoir délibérant ; elle n’a point l'ini- Liative; elle reçoit de l'odelsthing ou chambre des communes les projets de loi, et, après en avoir délibéré, elle les adopte, les rejette ou les renvoie avec des amendements. C'est elle qui juge les ministres accusés par l’autre chambre. Cette division du pouvoir législatif n’existe pas dans toutes les phases de la confection des lois.
Lorsqu'une motion est présentée et discutée pour la première fois, les deux chambres n’en forment qu’une; mais après l'opération analogue à ce que l’on nomme en Angleterre la seconde lecture (la première étant, comme on sait, une pure formalité), le storthing se divise en odelsthing et en lagthing.
« Cette dernière branche du pouvoir législatif serait, dit M. Laing, un phénomène fort curieux pour les radicaux; elle fonctionne aussi bien que nos évêques, nos ducs et nos barons. Elle se compose actuellement de huit fonctionnaires civils, cinq ecclésiastiques, deux avocats et neuf fermiers ou cultivaleurs; en tout vingt-quatre. Ils sont élus par un serutin de liste, moins par considération pour leur rang ou leurs fonctions, que d'après l'opinion que leurs collègues se sont formée de leurs lumières, de leur sagacité, de leur expérience. Sur les quatre-vingt-seize membres du storthing, quarante-six faisaient.partie des précédentes législatures. Les cinquante autres sont de nouveaux députés. »
L'influence du gouvernement étant nulle dans les élections norwégiennes, on ne connaît dans le parlement ni banc ministériel, ni banc de l'opposition ; il est fâcheux : sans doute qu'aucun ministre ne soit là pour répondre aux questions que son administration peut provoquer, ou pour prendre l'initiative des propositions importantes. Mais les Norwégiens se résignent sagement à cet inconvénient.
L'élocution des députés est simple et lucide, leur discussion substantielle et dégagée de toute observation parasite. Il n° y a là ni déclamateurs, ni improvisateurs dé mémoire; mais on y admire, ce qui est de meilleur goût et plus moral pour les esprits sensés, des hommes indépendants, d’une doctrine éprouvée, discutant sincèrement et s'éclairant par l’éloquence des faits.
La démocratie ne s’est maintenue dans la constitution de la Norwége que parce qu'elle était écrite dans ses vieilles mœurs : le système féodal n’y a jamais pris racine. Avant comme depuis l’époque où le Danemark abdiqua sa constitution dans les mains de l'aristocratie, le paysan norwégien est toujours resté libre dans sa personne et ses propriétés, et il n’a jamais reconnu de maître ni de suzerain.
Un des traits les plus saillants de l’état social dans ce pays, c’est la répartition de la propriété foncière et l'égalité générale qui en résulte entre les citoyens. Sur moins d'un million d’âmes, on compte quarante et un mille six cent cinquante-six propriétaires (un sur vingt-deux).
La féodalité n’existant plus en Norwége, on comprend que le droit d’ainesse y soil inconnu. Gependant la législation offre un remède au fractionnement indéfini qui résullerait de l'égalité des partages. Les fermes ou métairies se composent en général de
quarante à soixante acres de terre labourable et d’une certaine étendue de bois ou de pâturages contigus au corps de propriété, indépendamment du droit de pacage dans les montagnes voisines, tel qu’il existe dans les highlands de l'Écosse, en Suisse ou dans la Sierra-Morena. Le législateur prévient le morcellement des petites propriétés par l’odelsbaarn-ret, retrait lignager. Aussi les enfants ou les plus proches parents du vendeur d’un immeuble ont, pendant cinq ans, à dater du jour de la vente, le droit d'obliger l'acheteur à le leur délaisser moyennant remboursement du capital et de la plus value. Ce retrait s’étend aux droits successifs vendus à des tiers par l’un des hériliers, ainsi qu'aux lots provenant du partage des successions ou des communautés entre les hériliers ou entre les représentants du défunt et l’époux survivant. Il résulte de ce système, que si l’on ne remarque en Norwége ni pares, ni châteaux, ni grandes fermes, on n’est pas atiristé non plus par l'aspect de ces misérables enclos, dont le possesseur est réduit à l’aumône, en attendant la chétive récolte qui lui assurera à peine un mois de subsistance.
Les propriétés, dans leur médiocre étendue, fournissent une variété de produits qui suffisent aux besoins et au confort de la vie, Lelle que la comprennent ces modestes campaguards. Ils y sont bien logés, bien nourris. Les fabriques indigènes leur procurent de bonnes étoffes, leurs forêts un combustible abondant. Un travail sans fatigue, des loisirs sans inquiétude, le calme de l’esprit, trésors précieux qui disparaissent graduellement du sein de nos sociétés industrielles, tel est le partage de tous les habitants, y compris les laboureurs, les domestiques et les ouvriers. On remarque chez eux une urbanité, une politesse de langage, une affabilité, étrangères aux dernières classes de la société dans les États dont on vante à tant de titres la civilisation avancée. Ainsi vous ne trouverez pas dans les gens du peuple cette rudesse, cette brutalité qui déshonore les rapports mutuels de nos paysans et de nos ouvriers. Les Norwégiens n’ont pas des manières différentes dans leur intérieur et avec des étrangers. Chacun ôte son chapeau au premier venu qu’il rencontre, sans acception de profession ou de rang. Les enfants eux-mêmes ne s'abordent pas dans les rues sans se saluer. Ils aiment et cultivent presque tous la musique instrumentale, Passionnés pour la danse, ils consacrent aux bals et aux concerts leurs longues soirées d'hiver.
Si l’on en croit certains touristes, les Norwégiennes végètent dans une condition inférieure à celle des femmes du reste de l'Europe, Il n’en est rien : elles placent leur dignité et leur bonheur dans les soins domestiques et l'éducation de leurs enfants. Mais si la musique, la danse ou la toilette n’exercent pas exclusivement leur coquetterie, elles ne négligent pas ces talents secondaires. Elles y joignent seulement la coquetlerie la plus séduisante pour des hommes libres, celle de la raison et de la vertu.
La classe des cullivateurs salariés est l’une des plus heureuses du pays. Le propriétaire leur cède à un bout de la métairie, une chaumière avec étable, basse-cour et pâtis, où ils peuvent nourir deux vaches et cinq ou six moutons. Ce bail est fait pour toute leur vie et celle de leur femme; mais à la charge par eux de fournir un nombre donné de journées de travail. Ils reçoivent en sus un salaire modique et la nourriture. S'ils veulent quitter leur cottage, il faut qu’ils donnent congé trois mois d'avance; mais le propriétaire ou le fermier qui les emploie ne peut les renvoyer tant qu’ils exécutent fidèlement les conditions du traité. Leurs enfants logent à la ferme comme domestiques, et ils se distinguent en général de la classe des valets par leur zèle, leur bonne tenuc et leur ton respectueux sans servilité.
Les garçons de ferme occupent un corps de bâtiment nommé le rothy, au rez-dechaussée, composé d’une cuisine, d’une buanderie et d’une vaste pièce garnie de chaises ou de bancs, d’une grande table et d’un poële. C’est là que les tailleurs, cordonniers,
selliers, qui colportent leur industrie de village en village, viennent travailler pour la maison. L’étage supérieur est divisé en chambres à coucher ayant chacune sa croisée et aboutissant sur une galerie couverte, au moyen de laquelle on donne chaque matin de l’air à la literie. Le samedi, le rothy est lavé, et on l’assainit en y brûlant du genièvre. Tous ces détails, ainsi que la nourriture des domestiques, sont confiés à une fille de service.
Chaque ferme possède un atelier où des femmes cardent, filent et tissent la laine, sous la direction de la maîtresse de la maison ou d’une gouvernante qui la représente ct qu’on respecte comme étant de la famille. De cette manufacture domestique sortent de grossières mais solides étoffes, de bons gros draps de lit, du linge de table que la vétusté blanchira, des cotonnades et des linons pour les vêtements de femme.
La condition du cultivateur dans ce pays est, sous plusieurs rapports, analogue à celle des fermiers de la Nouvelle-Angleterre et des États du Nord de l'union améri- Caine. :
Ils sont mieux couchés que ne le sont nos ouvriers dans leurs méchantes couvertures de laine ou de coton; ils ont en abondance de bonnes fourrures, des peaux de chèvre, de mouton ou de renne, piquées et ouatées avec le poil de la bête.
Ils sont vêtus sans luxe, mais chaudement et commodément. En hiver, des bottes, des gants, de longs paletots; nulle part la livrée de l’indigence, partout au contraire, le costume du dimanche, à côté de l’habit de travail.
Le luxe des vêlements et l'usage plus fréquent du café, du sucre, des liqueurs et des vins de France, sont les traits caractéristiques de l’aisance, dans un pays où chacun vivant du produit de sa terre, conserve à sa table et dans son mobilier une simplicité uniforme. La moindre habitation a un parquet, des vitres, deux chambres à coucher, une pièce de réception ou de travail et une cuisine où l'on prend ses repas.
Des bords de la mer jusqu'aux montagnes et dans leurs vallées, la classe agricole est distribuée sur des corps de domaines d’une médiocre étendue, qu’elle exploite en pleine propriété. L'importance de ces fermes varie suivant la quantité de son bétail, de quatre à huit chevaux de labour, de vingt à quarante vaches ou bœufs, de vingt à quarante chèvres ou moutons. La moyenne de leur étendue est de trente à quarante acres. Insuffisantes pour les dispenser du travail, elles fournissent à leur famille # à leurs ouvriers une nourriture abondante, variée et de bons vêtements. |
Ces robustes cultivateurs, élite morale du pays, ne prodiguent pas leurs sueurs pour amasser de l'or; satisfaits de ce qu’ils possèdent, leur but est de chercher l’aisance dans l'usage direct des produits de leur industrie, et ils ne vendent que ce qu'il faut pour payer l'impôt et se procurer le peu de denrées exotiques qu'ils consomment, Ils construisent leurs maisons et tous les bâliments qui en dépendent, fabriquent leurs meubles, leurs chariots, leurs instruments araloires de bois ou de fer, tout ce qui garnit la ferme, sauf les vitres, la poterie, la quincaillerie et les objets en fonte ou en acier.
Les montagnards qui peuplent les forêts et les gorges du Fielde ou chaine de montagnes qui sépare dans le nord la Norwége de la Suède, forment une classe inférieure de cultivateurs. Propriétaires du sol comme leurs frères de la plaine, ils sont logés plus à l’étroit; mais leurs chaumières ont des croisées vitrées, des contrevents, un bon plancher de sapin. La rigueur d’un climat où l'hiver finit avec le mois de mai, et où les gelées blanches se prolongent jusqu’au mois d'août, s'oppose à ce qu’ils aient de bonnes récoltes de grains. Ils vivent de leurs troupeaux, des coupes de bois qu’ils expédient par le flottage sur leurs cours d'eaux torrentueux, et du produit de leurs chasses que leurs traineaux transportent sur les marchés de Pest et du sud. Leur pain est un
mélange d'avoine et de l'écorce la plus tendre qu’ils détachent du sommet des pins quand l'arbre jette sa séve, et qu’ils broient après l’avoir exposée au soleil ou dans un four improvisé sous terre. Les truites des lacs du Fielde leur procurent un savoureux aliment en été et de précieuses salaisons pour l'hiver. Ils tiennent le milieu entre la bourgeoisie rurale de la plaine et les Lapons. Aguerris aux travaux les plus rudes, ils reproduisent à notre imagination, dans leur constitution de fer, dans leurs formes athlétiques, dans la grossière simplicité de leur caractère, les antiques enfants d'Odin. L'égalité de leur condition assure leur bonheur par une fraternelle indépendance; ils forment dans chaque vallée une tribu distincte, qui vit isolée, et dont Its familles s'unissent fort rarement à celles des cantons voisins ou de la plaine. Aussi la plupart d’entre elles peuvent se prévaloir d'un arbre généalogique qu'envieraient nos meilleures maisons.
Malgré sa situation aux extrémités de l'Europe, la Norwége est évidemment en voice d'amélioration, el présente même une masse de lumières beaucoup plus grande que certaines contrées européennes les plus favorisées par la nature du climat, par la variété ct l'abondance des productions. L'université de Christiania possède des professeurs dis- Lingués et des collections scientifiques du plus grand prix. Sur les fonds de l'instruction publique, le gouvernement a fait exécuter, dans le royaume et au dehors, des voyages dans l'intérêt des sciences ; à Christiania et à Drontheim on a organisé des écoles d’enseignement mutuel, destinées à répandre ce mode d'instruction : déjà il est mis en pratique à Bergen, à Christiansand, à Kongsberg, à Laurvig, à Friderikshald, à Osterrisær, à Friderikstad et à Drammen; ainsi, sur une population d'un million d’inuividus, on compte environ 165,000 écoliers. L’instruction publique en France est loin de présenter un résultat aussi satisfaisant. Dix élèves de la classe des paysans sont élevés aux frais de l’État dans l’école royale d'agriculture. Christiania possède, depuis peu d'années, une école militaire pour le génie et l'artillerie. À Drontheim on a fondé une institution pour les sourds-muets. On s s'occupe d'améliorer le sort des aliénés; des caisses d’épargnes ont été fondées à Christiania, à Drontheim, à Bergen, à Cholet
.sand, à Drammen, à Arendal, à Moss et à Tœnsberg. On a organisé entre les villes des
côles, et entre le royaume et l'étranger, un service de bateaux à vapeur ; celui de la poste a élé établi dans plusieurs diocèses, et même dans le Finmark. Conformément à un vœu exprimé dans le storthing, les mines de fer de Kongsberg et plusieurs manufactures de toiles et d’éloffes de laine ont cessé d’être exploitées pour le compte de 1 État ; le levé trigonométrique de la superficie du royaume est sur le point d’être terminé, et celui des côtes se poursuit activement; enfin, des traités de commerce sout conclus avec l'Angleterre, les États-Unis, la Prusse et le Danemark.
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