‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 3)Chapitre 39 sur 146 · EUROPE. -— DANEMARK · texte numérisé non relu

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jouissent au contraire d'une liberté très-étendue. Ses provinces allemandes placent le roi de Danemark dans la confédération germanique, à laquelle il fournit un corps de 5 000 hommes; elles lui donnent une voix à la diète. Du reste, le gouvernement danois se montre paternel dans l'exercice de son pouvoir, et fort tolérant sous Le rapport religieux : la confession d’Augsbourg est la religion dominante; mais les catholiques, les réformés , les mennonites ou anabaplistes, les juifs mêmes sont admis sans distinction aux emplois et aux dignités publiques. »

Quoique le climat du Danemark ne soit pas nuisible à la santé des habitants, il se peut que l'humidité de l'atmosphère et la quantité de viande et de poisson salé dont le Danois fait sa nourriture habituelle, contribuent à rendre son caractère lourd, patient, difficile à émouvoir. « Autrefois, dit Malte-Brun, conquérant insatiable, aujourd'hui brave, mais pacifique, peu entreprenant, mais laborieux et persévérant; modeste et orgueilleux , hospitalier, mais non pas officieux; gai et franc avec ses compatriotes, mais un peu froid et cérémonieux envers les étrangers ; aimant ses aises plus que le fiste, plus économe qu'industrieux, quelquefois par vanité ou par paresse; imitateur des autres peuples, observateur judicieux; penseur profond, mais lent et minutieux; doué d’une imagination plus forte que riche; constant, romanesque et jaloux dans ses affections ; capable d’un grand enthousiasme, mais rarement de ces saillies d'esprit, de ces finesses qui surprennent le succès ou Fadmiration, très-attaché à son sol natal et aux intérêts de sa pairie; trop peu soigneux de la gloire nationale; accoutumé au calme ce la monarchie, mais ennemi de la servitude et du pouvoir arbitraire : tel est le portrait du Danois.

» Il est rare de trouver dans le Nord de ces brunes piquantes, que le soleil chaud de la France et de l'Italie a colorées de ses feux. Mais Les longs cheveux blonds, mais les teints de lis et de rose, mais les yeux bleus, grands, languissants, voilà les charmes dont le sexe s'enorgueillit dans le Nord. Ajoutez à cela une figure ovale, et plus de régularité que de finesse dans les traits, et vous aurez un portrait général des femmes du Nord. Leur teint devient dans la Norwége tellement éblouissant, qu’un habitant du Midi en attribuerait les vives nuances à l'usage du blanc et du rouge; mais l’usage de ces moyens de gâter la nature est presque inconnu en Danemark, même à Copenhague, où cependant l exemple de la cour autrelois l'avait autorisé.

» Comme nous n’avons pas envie de passer pour flatteurs, nous dirons franchement que le beau sexe dans ce pays ne sail pas assez Lirer parti de ses avantages naturels. L'éducation qu'on donne aux demoiselles vaut peut-être mieux que celle des Françaises, sous les rapports moraux et domestiques, mais on néglige trop les parties d'agrément. Cependant, la musique vocale et instrumentale est aujourd'hui généralement enseignée aux Jeunes demoiselles. »

Les classes élevées se distinguent par des mœurs plus sévères en réalité qu’en apparence, par des manières moins recherchées que polies ; dans les basses classes l'amour de l'ordre n’est pas une qualité rare, excepté chez le matelot qui, par son genre de vie, est poussé à prendre la plupart des vices des diverses nations. Le paysan est laborieux ; il shabille avec propreté; il aime à chanter et à danser, et paraît être plus heureux que dans le reste de l'Europe, et surtout qu’en France. Il est devenu propriétaire, comme dans ce dernier pays, par l'avantage qu'offre à ceux qui les possèdent la vente des terres seigneuriales par petites portions. Les corvées auxquelles il était assujetti sont depuis longtemps abolies, ou remplacées par une rétribution annuelle; beaucoup de

1 Malte-Brun, Description du Danemark. Géogr. math. phys. et polit., de Mentelle et Malte- Brun. ,

fermes sont louées à titre de bail héréditaire, ce qui n’a pas peu contribué à l'avancement de l’agriculture.

L'instruction est plus répandue en Danemark qu'en France; on trouve rarement un paysan ou un homme du peuple qui ne sache au moins lire. En 1822, le gouvernement permit l'introduction de l’enseignement mutuel dans les écoles élémentaires publiques : l’année suivante, le nombre de celles qui avaient adopté cette méthode était déjà de 204. L’enseignement mutuel ne se borne pas seulement à la lecture, à l'écriture, au calcul et à l'instruction religieuse; il comprend la langue nationale, l'histoire, la géographie, etc.

COPENHAGUE, la capitale du Danemark, est bâtie sur les iles de Seeland et d’Amak, séparées par un petit bras de mer, qui y forme un port superbe. C’est une des plus belles capitales de l’Europe, non-seulement par la beauté de sa position, mais aussi par la régularité de ses rues, la beauté de ses places et le grand nombre de bâtiments remarquables qui la décorent. La partie la plus petite, située sur l’île d’Amak, est nommée Christianshavn, tout le reste porte le nom de Kjobenhavn ; l'usage distingue encore dans cette dernière la vieille ville et la ville nouvelle; celle-ci nommée Friderikstadt dans les papiers officiels, est vraiment superbe, et peut être comparée aux plus beaux quartiers des principales résidences de l'Europe. Les deux grands incendies de 1795 et de 1807 qui ont occasionné de si grandes pertes à Copenhague, ont beaucoup contribué à l’embellir par le soin qu'a pris le gouvernement d'établir des règles d'après lesquelles devaient se faire les nouvelles constructions. Plusieurs rues ont des canaux, des quais et toutes ont des trottoirs en dalles de granit. Gette ville renferme un grand nombre d'établissements scientifiques.

On a pu, jusque dans ces derniers temps, considérer Copenhague comme le centre de l’industrie et du commerce du royaume; en 1826, on y comptait environ deux cent quarante distilleries, cinquante brasseries, trente manufactures de tabac, vingt de draps, cinquante de cotonnades, dix-huit de chapeaux, vingt-quatre de gants, trente de toile de lin, vingt-neuf tanneries et diverses autres fabriques qui occupaient en tout au delà de 44,000 personnes, ou près du dixième de la population; on estimait alors à plus de 5,000 le nombre de bâtiments qui entraient dans son port; mais le système prohibitif, a depuis cette époque, porté dans cette ville les fruits qu'on doit tôt ou tard en attendre : les étrangers ont cessé d’y venir chercher les eaux-de-vie qu'elle fabriquait; ses autres produits ne peuvent plus soutenir là concurrence étrangère; les Anglais et les Américains ont, par leur rivalité, porté un coup mortel à ses relations commerciales avec les Indes : elles est maintenant réduite au seul commerce de consommation ; toutes les affaires du Danemark se sont concentrées à Altona, dont le port jouit depuis longtemps d’une complète franchise. La ruine de l'industrie à considérablement fait baisser de valeur les maisons de Copenhague : on à vu même tout récemment des propriétaires vendre les leurs parce qu’ils étaient dans l'impossibilité de payer les contributions.

« Les mœurs de la capitale danoise, dit Malte-Brun, n’ont ni la platitude grossière de certaines autres villes commerçantes du Nord, ni la politesse soignée dahs laquelle Stockholm prétend avoir heureusement imité Versailles ; il faut distinguer à Copenhague la cour et le corps diplomatique de la masse des citoyens riches ou aisés. A la cour, le germanisme a longtemps été tellement dominant que l’on dédaigne même de parler danois; mais les augustes individus qui composent aujourd'hui la famille royale ont banni loin d’eux cet esprit antipatriotique; ils ont adouci la rigueur du cérémonial et adopté cette noble aisance qui distingua la France dans les derniers temps, en sorte qu'il y a aujourd’hui peu de cours plus nationales et plus

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