‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 3)Chapitre 80 sur 146 · ROYAUME DE GALICIE · texte numérisé non relu

ROYAUME DE GALICIE

La Galicie est l’État le moins éclairé de tous ceux dont se forme l'empire autrichien. Ce pays est régi par une administration supérieure dont le siége est à Lemberg, et qui a pour président un vice-roi.

Le caractère des Galiciens diffère généralement peu de celui des Polonais. Quoique le gouvernement autrichien ait aboli la servitude chez ce peuple, les propriétés terri- Loriales étant toutes entre les mains de la noblesse, le Galicien roturier s'intéresse peu à la prospérité de son pays, et l’inertie est si forte chez lui qu'il a besoin d’être contraint au travail ; il abandonne presque entièrement le commerce aux juifs.

Plusieurs peuples sont répandus dans la Galicie.

Dans la ci-devant haute Pologne on trouve les MAZURAKES qui ne paraissent pas avoir de caractères bien particuliers; les GORALES ou montagnards ont été décrits par Schultz : « Ils paraissent, dit ce voyageur, former une race particulière, distinguée des autres races slaves par une taille plus svelte, une physionomie plus marquée, un nez plus alongé, des lèvres plus fines. Leurs yeux plus petits et leurs os zygomatiques plus saillants les rapprochent néanmoins de la race slave. Plus vifs, plus agiles, plus ro-

bustes , plus dociles et plus rusés que les Slaves de la plaine, ils portent à ceux-ci une ancienne haine. Plus riches et plus puissants que les montagnards, les habitants de la plaine ne laissaient passer autrefois aucune occasion de les opprimer ou de leur intenter quelque chicane; les montagnards irrités ont plus d’une fois envahi la plaine et attenté aux propriétés de leurs oppresseurs , qui enfin n’osaient plus pénétrer dans les gorges des montagnes, certains de ne plus en revenir : mais depuis que la maison d'Autriche est en possession de ces pays, ces désordres ont cessé par le supplice de plusieurs Gorales, supplice qui a réprimé l’audace des autres. Ils se promènent encore dans ces montagnes, la hache à la main, malgré les défenses ; mais ce n’est plus que pour braver par leur contenance une loi qu'ils n’osent enfreindre par des actions, et tout voyageur peut maintenant traverser le pays, ou y séjourner en toute sûreté. D'ailleurs, la hache ne pouvait guère être interdite tout à fait aux Gorales ; c’est une arme nationale dont ils se servent avec la plus grande dextérité : ils la lancent à plus de quarante pas sans jamais manquer le but. Elle est aussi pour eux un ornement, et ils ne la quittent jamais, pas même dans leurs jeux et dans leurs danses.

» Les Gorales reviennent des plaines, au commencement de la mauvaise saison, apportant à peine de quoi pourvoir à leur subsistance. Le plus souvent, après avoir passé l'été au milieu des déserts à soigner les bêtes à laine, ils sont obligés de s'éloigner de leurs cabanes pour aller ailleurs chercher leur vie.

» Cependant quelques-uns d’entre ces montagnards possèdent des moyens de subsistance plus certains et plus abondants. Ce sont ceux qui, livrés aux métiers de tisserands, de colporteurs et de merciers, se répandent çà et là dans toute la monarchie autrichienne. Mais le chanvre et le lin que l’on cultive dans ces montagnes sont si gros, si durs et d’une si petite hauteur, qu'ils ne méritent pas d’être travaillés, quoique l’indigence des habitants les force à s’en occuper. Ces individus ont encore une industrie particulière : ils fabriquent des meubles grossiers, qui ne seraient recherchés nulle part ailleurs qu'en Pologne; mais l'espèce de bois dont ils se servent devient chaque jour de plus en plus rare. La stérilité du sol se refuse à produire du froment; l'orge et l’avoine y croissent, ainsi que le sarrasin, dont cependant la culture n’est pas bien connue dans ces montagnes. »

Ces hommes confectionnent eux-mêmes leurs vêtements. L'été, ils portent des calecons d’une forte toile de chanvre avec une chemise pareille, en dehors de la culotte, serrée seulement au milieu du corps avec une large courroie. En hiver, c’est un drap blanc très-grossier qui forme leurs caleçons; ils y ajoutent en guise d’habit une casaque très-courte, d’un drap brun, aussi grossier que l’autre. Ce drap qu’ils fabriquent euxmêmes est si Compacte que la pluie la plus forte ne saurait le pénétrer. Quant à leur coiffure, ils sont obligés de recourir au bourg voisin où ils se procurent des chapeaux de forme ronde. |

Les habitants des provinces centrales de la Galicie sont issus de la race appelée par les Polonais Russini, Rusniaques ou Rousniaques, pour les distinguer des Rosyanie ou grands Russes. Un voyageur s'exprime ainsi à propos des Rusnraques de la Galicie :

« Un air particulier dans la physionomie des habitants vous avertit que vous êtes au milieu d’une horde slave différente; ce sont les Rousniaques , gens moins civilisés encore, mais en revanche moins dépravés que les Galiciens : leur frugalité est encore plus grande que la leur; ils paraissent aussi plus adonnés au travail, quoique plus ignorants en agriculture. Je n’ai jamais vu, par exemple, des femmes galiciennes filer leur quenouille-en gardant leurs troupeaux comme on le voit chez les femmes rousniaques. Ils sont de la religion grecque; leurs curés sont mariés, et comme ils sont plus mal payés qne les autres ecclésiastiques, et qu’ils ont de plus la charge d’une famille,

ils sont dans l'honorable nécessité de travailler; ils préchent donc d'exemple, et ce n’est point en vain. »

La BUKOWINE ou Bokovine est unie sous le rapport administratif à la Galicie. La population de cet ancien boucan de la nation moldave est évaluée à plus de 260,000 habitants, qui se compose principalement de Moldaves? semblables en tout aux autres Valaques, et soumis à la domination de leurs boyards. On remarque aussi des colonies juives , arméniennes , magyares, etc.

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