‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 3)Chapitre 81 sur 146 · ET SES ANNEXES · texte numérisé non relu

ET SES ANNEXES

La situation générale des provinces que nous allons décrire, est celle-ci : Les monts Karpathiens ou Karpathes circonscrivent au nord et à l’est la vaste plaine où le Danube semble s'arrêter au milieu de son cours, et qui forme la partie principale de la Hongrie. À l’est de cette plaine , la Transylvanie comprend trois grandes vallées entre les branches des Karpathes. A l’ouest l'Esclavonie occupe l’espace entre la Drave et la Save. Plus loin, la Croatie s'appuie aux dernières branches des Alpes juliennes. Enfin, la Dalmatie descend sur les rivages de l’Adriatique.

On considère généralement la Hongrie comme une province autrichienne et c’est un tort ; elle forme un royaume distinct , devenu héréditaire dans la maison d'Autriche, mais régi par des lois et une constitution particulières. Le territoire hongrois se compose de quatre grands cercles ou arrondissements, subdivisés en comtés ou comitats. Ces cercles ou arrondissements sont : 4° le cercle en deça du Danube; ® le cercle au delà du Danube : 3° le cercle en deçà de la Theiss, et 4° le cercle au delà de la Theiss. La Slavonie, la Croatie, les colonies militaires, les districts des Heiduques, des Jazyges, de la grande et de la petite Gumanie , sont également compris dans le royaume de Hongrie. La grande principauté de FRE ENS située à l’est de la Hongrie, avec laquelle elle a, dans tous les temps, eu tant d’aflinité, est divisée en trois arrondissements administratifs , et jouit aussi d’une constitution qui lui est propre.

Le royaume de Hongrie est divisé en cinquante-deux comtés ou comitats, dont quarante-six sont situés dans la Hongrie proprement dite, trois dans la Croalie et trois dans la Slavonie. On ne comprend pas dans celte division les frontières militaires, qui ont une organisation toute spéciale, et en quelque sorte antihongroise, ni les districts des Jazyges, des Heiduques, de la grande et de la petite Cumanie, qui forment de petits États privilégiés.

Ce beau pays fournit ou pourrait fournir, à l’aide d'une culture habile, toutes Les productions de la zone tempérée. On y trouve en abondance du tabac de la meilleure qualité, du chanvre remarquable par sa solidité, du froment qui, au dire même des marchands de Trieste, est bien supérieur à celui de la Russie méridionale; du maïs, du riz, du coton, des vins justement célèbres, parmi lesquels nous devons rappeler en passant le Tokay, le vin rouge de Bude, les vins de Vilany et de Slavonie. Les entrailles mêmes de la Hongrie possèdent encore d’autres trésors bien précieux; nous voulons parler des mines d’or de Kremnitz, des mines d’argent aurifère de Schemnitz, de ces immenses mines de fer, de ces mines de cuivre proportionnément aussi nombreuses et aussi abondantes que celles de Sibérie et d'Amérique; de ces vastes salines qui se rencontrent principalement dans le comté de Saros; de ces houillères que l’on découvre presque

chaque jour dans la plupart des comtés. Enfin le Banat, ce jardin de la Hongrie, est arrosé, dans toute sa largeur, par le Témès, belle rivière qui roule des paillettes d’or.

Les cinquante-deux comtés, qui forment à vrai dire autant de petits États, sont malheureusement séparés par des haïnes et des jalousies mesquines, qui nuisent beaucoup à la prospérité générale du pays. Les habitants d’un comté regardent comme des élrangers, et presque comme des ennemis, Les habitants des comtés limitrophes. Dans bien des comtés on répare avec soin les routes du côté où se font les exportations, tandis que l’on néglige exprès tous les chemins du côté où se font les importations. Cet égoïsme étroit n’inspire que trop souvent les délibérations des assemblées et les déterminat:ons des magistrats. C'est un des principaux obstacles qui s'opposent au libre développement des richesses du sol de la Hongrie.

Les Hongrois ne savent guère profiter des richesses naturelles de leur sol. A l’exception des mines, qui sont exploitées pour le compte et par les soins du gouvernement autrichien, la plupart des propriétés sont loin de produire tout ce qu'on pourrait en attendre. L'ignorance et l’apathie des propriétaires, le manque de débouchés, les exigences des lois qui régissent la propriété, forment autant d’entraves aux progrès de l'agriculture et du commerce. En général, les prélats, les magnats, tous les riches seigneurs coufient la gestion de leurs grands biens à des intendants qui, jouissant d’un traitement fixe et n'ayant point d'intérêt à améliorer les domaines abandonnés à leur garde, ne se donnent aucune peine pour en augmenter la valeur. Ce sont les petits propriétaires qui savent le mieux tirer parti de leurs terres; malheureusement l’argent leur. manque souvent pour mettre en pratique les leçons qu'ils reçoivent, à de rares intervalles, des agronomes étrangers. On cite également plusieurs jeunes magnats qui, depuis quelques années, n’ont pas dédaigné d’administrer eux-mêmes leurs domaines, et qui, encouragés par les bons résultats qu’ils ont déjà obtenus, recherchent avidement toutes les inventions utiles à l’agriculture.

L'éducation des animaux est mieux te que la culture des terres. Les bœufs et les cochons de Hongrie sont très-recherchés dans les marchés de Vienne. Ce sont les cochons rouges de Szalonta et de Verocsi, qui fournissent ce lard délicieux dont les Hongrois sont si friands. Les haras sont dirigés d’une manière très-intelligente; mais on ne saurait trop vanter les excellents soins que les Hongrois prennent des moutons. Depuis l'introduction des mérinos, la race des moutons, en Hongrie, s’est tellement améliorée, que le plus clair du revenu de tout propriétaire de la campagne provient de la vente des laines. Les vers à soie n’ont pas réussi jusqu’à ce jour; mais les abeilles fournissent du miel et de Ja cire que l’on exporte en assez grande quantité.

La population de la Hongrie, que l’on évalue à onze millions d’âmes, est formée du mélange le plus hétérogène de peuples différant d’origine, de caractère, de mœurs et de langage. Les principaux sont d’abord les Hongrois proprement dits, puis les Slowaques, les Allemands et les Valaques. On appelle Honcroïs proprement dits, ou Magyars, les descendants de ces conquérants qui, au neuvième siècle, passèrent les monts Karpathes el envahirent la Hongrie sous la conduite de leur. duc Arpad. L’origine des Magyars a été lesujet de nombreuses et savantes controverses, dont nous ferons grâce à nos lecteurs, attendu qu’elles n’ont pas réussi à décider la question. Ge que nous pouvons affirmer, c’est que la structure de la langue des Magyars est entièrement asiatique, tandis que leur vocabulaire diffère de tous les idiomes connus. On rencontre aujourd'hui des Magyars, non-seulement en Hongrie et en Transylvanie, mais encore en Moldavie, en Bessarabie et en Bosnie. Quand ils arrivèrent dans les plaines qui baiguent le Danube et la Theiss, les Magyars firent une guerre terrible aux habitants, qui étaient presque tous Moraves, Bulgares ou Valaques; ils en tuèrent un grand: nombre,

firent les autres esclaves où les repoussèrent dans les montagnes. Les Magyars $’emparèrent ensuite des campagnes fertiles, des vastes pâturages, des forêts pleines de gibier et des rivières poissonneuses, Ils sont encore en partie les propriétaires du sol, et ils forment, en outre, l'élément principal de la noblesse actuelle; car les nobles d’origine slave ou allemande ne sont pas très-nombreux, et sont d’ailleurs pour la plupart entièrement magyarisés. On conçoit que depuis le dixième siècle bien des changements ont dù s’opérer dans la fortune de beaucoup de Magyars; aussi ne sont-ils plus tous riches; mais ceux qui sont ruinés ne jouissent pas moins des priviléges politiques attachés à leur caste, de même que les nobles les plus opulents. Le Magyar pauvre dédaigne ordinairement d’avoir recours au commerce pour réédifier sa fortune; il préfère se livrer à l’agriculture, et surtout à l'éducation des chevaux, son occupation favorite. Riches ou pauvres, les Magyars sont en général intelligents, braves, hardis, aimables et affectueux. Leur grand défaut est l'indolence. Les Allemands leur reprochent encore la haute opinion qu’ils ont d'eux-mêmes et de leur patrie, ce qui aux yeux de certains autres peuples, est loin d’être un défaut. Mais on peut leur adresser une critique plus fondée : nous voulons parler de cet amour de l'ostentalion, de ce besoin de paraître, qui est porté chez eux jusqu’à l'excès, et qui produit souvent les effets les plus désastreux dans des familles d’ailleurs fort respectables. L'extérieur des Magyars est agréäble; leur constitution est robuste; ils sont grands et bien faits; leurs traits sont réguliers, leur chevelure est généralement noire. La dignité de leur maintien, la douceur de leurs yeux, l'expression un peu sérieuse de leur physionomie, prêtent à toute leur personne un charme vraiment poétique. Ils sont passionnés pour la musique, et surtout pour la musique langoureuse. Presque tous leurs chants nationaux respirent la tristesse et la mélancolie. En résumé, la race des Magyars, qui compte plus de trois millions d’âmes, comporte tous les éléments d’un grand peuple.

Plus nombreuse que celle des Magyars, la race slave comprend au moins quatre millions d'habitants , et se subdivise en plusieurs branches, dont les principales sont les Slowaques , les Rasciens, les Croates et les Rusniaques. Tous ces peuples, issus de la même source, sont pourtant bien dissemblables sous le double rapport des facultés intellectuelles et de la conformation physique.

Les SLowaques , habitants des confins de la Moravie, ont beaucoup de iraits communs avec leurs voisins les Moraves et les Bohémiens. Ils sont gais, insouciants, aimant la danse et la musique avec passion; ils sont vifs, intelligents, et bien plus propres que les Magyars aux travaux des mines et des manufactures; mais ils sont loin de jouir de l'excellente réputation des Magyars, dont la probité et la droiture sont universellement reconnues. Les Slowaques, au contraire, passent pour être extrêmement rusés, faux et trompeurs. Des pantalons de drap, desbottines, un gilet de drap, sans manches, garni de très-gros boutons d'argent en forme de grelots ciselés et ouvragés à la surface, voilà ce qui compose leur Häbillenéned été : le tot ouvert et flottant par devant laisse voir la chemise, qui est brodée sur la poitrine, et quelquefois même sur les manches : une ceinture de cuir sert à maintenir les habits autour du corps, et renferme le briquet, l’'amadou, la pipe et le sac à tabac : dans l'hiver, une grande pelisse de drap ou de peau de mouton les garantit des rigueurs de la saison. Quant à la coiffure, elle varie dans les différents lieux : souvent nu-tête, les cheveux huilés et assez bien peignés, ils portent ici un large chapeau rond, là une espèce de long tuyau de poêle sans rebord, d’un pied et demi de hauteur; ailleurs une simple calotte de feutre. Les femmes s’annoncent de loin par le bruit que font leurs bottines à talons de cuivre, et ornées de grelots; elles portent un jupon de drap, et un corset sans manches, ordinairement de couleur foncée ; leur chemise, le plus souvent brodée sur les manches, présente quel-

quefoisunegarniture en dentelle grossière. Les jeunes filles secoiffent en cheveux, réunis par derrière en une queue garnie de rubans de toutes couleurs qui flottent sur le dos. Les femmes se coiffent avec une longue bande de toile, qui se place par le milieu sur la tête, vient croiser sur le menton, et les deux bouts, après avoir tourné en arrière du cou, reviennent tomber élégamment sur la poitrine : leur visage est tellement enveloppé par cet ajustement, qu’à peine on aperçoit leur nez. Gette coiffure assez bizarre garantit le cou da la froidure du vent.

Les CroaATEs ont l'aspect belliqueux, les manières hautaines, les traits durs; ce sont d'intrépides soldats. Les Rascrens ressemblent en tout point à leurs frères valeureux de la Servie qui ont fondé récemment un Élat indépendant.

Les RUSNIAQUES sont généralement laids, paresseux, ignorants, superstitieux ; enfin ils ont presque tous les défauts des paysans russes, sans avoir les qualilés qui dis- Linguent ces derniers. « Le mariage, dit Bohrer, n’est pas assujetti chez eux à un ordre légal bien fixe : leurs filles, qu’ils fiancent ordinairement à l’âge de cinq ou six ans, sont élevées dans là maison de leurs belles-mères jusqu'à l’âge de la nubilité ; mais quelquefois un ravisseur enlève une fille restée chez ses parents. Dans le village de Krasnibrod, près d’un monastère de l’ordre de saint Basile, il se tient un marché aux filles trois fois dans l’année. À Maté-Szalka, dans le comitat de Szathmar, il y a une réunion de ce genre tous les ans à la Sainte-Madeleine. Des milliers de Rusniaques y font un pèlerinage; les filles s’y présentent les cheveux flottants et ornés de guirlandes ; les veuves se distinguent par une couronne de feuilles vertes. Dès qu'un homme aperçoit une personne qui lui plaît, il l’entraine dans l’église malgré la résistance, peut-être simulée, : qu’elle ou ses parents lui opposent; s’il réussit à passer le seuil du temple, il est aussitôt fiancé. Le jour des noces, les deux familles se réunissent; la fiancée fait semblant de se cacher dans Ja foule; les autres femmes la découvrent et lui présentent leurs dons d'amitié. La loi défend aujourd’hui ces sortes de mariages; mais l'antique coutume se renouvelle encore en secret.

Les Szoracxs diffèrent, des autres Slaves parleur dialecte et par leurs mœurs. Cependant, le seul caractère physique qui les distingue est la couleur de leurs cheveux : ils sont d’un blond presque blanc; rarement on en trouve parmi eux quelques-uns qui aient les cheveux noirs. Ils vivent généralemeut en famille et d’une manière patriarcale. Le père confie le gouvernement de la maison à celui de ses fils qu’il en croit le plus digne; les autres respectent ses ordres, fût-il Le plus jeune. Les Szotacks ne contractent généralement de mariage qu'entre eux.

Les VALAQUES sont au nombre d'environ un million. Ils sont assez mal vus de leurs voisins. On attribue leur extrême indolence à la multitude de jeûnes et d’abstinences que leur imposent constamment les prêtres de la religion grecque. Accoutumé à se priver de nourriture, le paysan valaque se borne à récolter un peu de maïs avec lequel sa femmè lui prépare une sorte de gâteau ford lourd, et la mammaliga (1), mets :national en grande faveur chez ce peuple.

Mais si le Valaque mange peu, il boit beaucoup : s’enivrer avec une espèce d’eau-devie de prune appelée raki, est pour lui le nec plus ultrà des voluptés terrestres. Paysans et seigneurs, maitres et valets ont une commune passion pour celte liqueur, et se trouvent à peu près au même niveau sous le rapport de l'éducation. C’est avec tristesse qu'on voit cette population abandonnée à des penchants vicieux, car tous ceux qui ont

pu l'observer s'accordent à dire que cette nation ne manque d’aucune des qualités qui font les grands peuples,

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