‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 3)Chapitre 82 sur 146 · C’est la polenta des Italiens · texte numérisé non relu

C’est la polenta des Italiens

Le DALMATE est d’origine slavone; mais les citadins placés depuis le vire siècle sous la protection de Venise, ont adopté la langue, les mœurs, la dévotion, la jalousie et le cérémonial des Italiens d'autrefois. Une tribu particulière s’est établie dans l’intérieur de la Dalmatie sous le nom de Morlaques. Ils se nomment eux-mêmes Wlach, c’està-dire Valaques, mais ils portent l'empreinte d’une origine particulière : ceux qui demeurent au nord, sur Les bords de la Kerka, ont le Leint blanc, les yeux bleus, la chevelure blonde ; en même temps, ils ont le nez un peu aplati, la bouche large et un air de douceur; on dirait un mélange de Goths et de Tatares ; ceux qui demeurent plus au sud, le long de la Cettina et vers la Narenta, ont le teint olivâtre, le visage long, les cheveux noirs et l’air menaçant; tous parlent un dialecte slavon, mêlé de mots latins ou plutôt valaques.

Les Saxons transylvains sont vigoureux, bien conformés et de haute taille. Leurs discours ainsi que leurs actions annoncent de la méfiance ou le désir de tromper. Ils ont en général un caractère morose et mélancolique; aussi se réunissent-ils fort peu. Peut-être en doit-on chercher la cause dans l’économie, qui leur est si nécessaire. Les étrangers ne peuvent les trouver aimables ; ils leur paraissent même dédaigneux, tant ils mettent de réflexion dans les moindres actions de la vie.

Les SzEKLERS paraissent être un reste de Patzinakites qui ont adopté la langue hongroise. Voués au service militaire, ils vivent de leurs champs, de leurs bestiaux, de la coupe de Leurs bois,'et, quoique leur nom ait retenti relativement aux crimes de Rastadt, ils sont moins barbares que grossiers.

Les Jaszs ou JAzYGEs paraissent être une tribu de Kumans que servaient dans l’avantgarde comme archers. Les trois tribus kumaniennes jouissent d’un grand nombre d’immunités ; leur territoire fait partie du domaine de la couronne. Placées sous l'autorité directe du palatin du royaume, elles ont leurs tribunaux, leur système d'impôts, et même, à la diète, leur députation spéciale.

Le pays des Hernuques est, comme celui des Kumaniens, généralement platet marécageux, mais cependant très-fertile en blé, en vin et en tabac. On y élève de même un grand nombre des bestiaux. Les habitants, au nombre de 50,000, jouissent de priviléges qu'ils tiennent du régent de Hongrie Jean Corvin, qui les leur accorda au xv® siècle, en récompense de leurs services militaires. Ils sont gouvernés par un colonel-général ; ils ne payent pour toute contribution qu’une somme fixe de 22,000 florins.

On rencontre aussi des Français, des Allemands, des Italiens, des Arméniens, des Grecs et des Albanais appelés clémentins, du nom de leur chef Clément, qui émigra avec eux de la Turquie dans le cours du siècle dernier.

La constitution du royaume ne tient pas compte de toutes les différences de religion, de secte, de race, qui existent en Hongrie, et ne reconnaît que deux classes distinctes d'habitants : les nobles, c'est-à-dire tous ceux qui ont des droits politiques, et ceux qui ne sont pas nobles ou qui n’ont pas de droits politiques. La première classe, celle des privilégiés, est si nombreuse, qu’elle forme presque une démocratie. On peut l'appeler, si l’on veut, le corps électoral, ou, selon une expression récemment inventée en France, le pays légal ; ou bien encore on peut lui appliquer la désignation romaine de populus : la seconde classe, celle des non-priviligiés, recevra alors le nom de plèbe. Telle est la composition de la population en Hongrie, au point de vue politique, et d’après la constitution.

Les Hongrois aiment à faire des rapprochements entre leur constitution, qui est un monument intact de l’époque du moyen âge, et la constitution anglaise. En effet, la constitution hongroise est à peu près aussi ancienne que celle de la Grande-Bretagne, etressemble beaucoup à ce qu'était la vieille constitution anglaise avant les nombreuses

modifications qu’elle a dues au progrès incessant des lumières et de la civilisation dans ce dernier pays. |

La classe privilégiée (populus) se compose de quatre éléments : les prélats, les magnats, les simples nobles et les bourgs royaux, qui sont regardés comme équivalant chacun à un noble. Le nombre des familles nobles, en y comprenant celles des prélats et des magnats, est évalué à 70,000. On compte seulement quarante-néuf bourgs royaux, qui renferment environ 425,000 habitants. Les bourgs sont indépendants des comtés, et jouissent de certains priviléges analogues à ceux des bourgs d'Angleterre. Le Hongrois a le droit de posséder des terres, mais seulement dans la circonscription de son boue g. Il paye comme le paysan la dime et les impôts.

Les rene etles magnats n’ont pas d’autres droits civils que ceux des simples nobles ; mais ce sont eux qui composent la chambre haute, comme les pairs et les évêques d'Angleterre. D'ailleurs, le plus riche magnat, un Batyany, un Esterhazy, n’est pas : plus privilégié que le simple noble, réduit par sa propre infortune ou par les malheurs de ses pères à exercer la profession de boucher ou de cordonnier. On compte en Hongrie jusqu’à 800,000 nobles. Ce nombre serait hors de proportion avec le reste de la popula- Lion, si la noblesse hongroise constituait une aristocratie comme la noblesse d’Angleterre ou d'Allemagne. IL n’en est pas ainsi : on appelle familles nobles, en Hongrie, “celles qui sont exemptes des charges qui pèsent sur les paysans, et dont tous les adulles mâles jouissent des droits électoraux. IL y a donc des milliers de nobles qui cultivent de leurs mains le champ qui les nourrit. Il y en a dont la condition est encore plus humble, puisqu'ils travaillent à la terre comme des paysans, pour le compte d'autrui. Dans les villes on trouve des nobles exerçant tousles états, même les moins relevés. Ce sont principalement des nobles qui, en qualité de tailleurs et de bottiers, confectionnent ces coslumes nationaux si riches, si élégants, et ces belles bottes hongroises si renommées.

Cependant, on voit aussi, comme on le peut penser, un grand nombre de nobles qui sont riches et qui possèdent de belles seigneuries. D'autres, n'ayant qu’un revenu médiocre, vivent tranquillement dans leurs petits domaines, comme les gentilshommes campagnards de la Grande-Bretagne. Ce sont les fils des nobles de cette dernière classe qui, pour aider leurs familles, sont obligés souvent de prendre des terres à bail, de se placer comme intendants ou régisseurs chez de riches magnats, ou d’embrasser l’élat de médecin, de professeur ou d'avocat.

Le droit d’aiînesse n’est point en vigueur en Hongrie; aussi, dans le pays de montagnes, où les familles se sont multipliées assez paisiblement depuis des siècles, sans avoir autant souffert des troubles que les habitants des autres parties du royaume, les propriétés sont-elles divisées à l'infini. Dans les plaines, au contraire, les biens sont moins morcelés. Le Banat et le comté d’Arad ont été fort longtemps au pouvoir de la Porte; et lorsque les Turcs furent définitivement chassés de ces deux provinces, dans la dernière partie du siècle dernier, le gouvernement autrichien se trouva en possession de la plus grande partie du sol, et concéda à bas prix toutes les terres qui n'avaient plus de propriétaires légitimes. Depuis le dernier siècle, ces terres n’ont pas encorepu êlre beaucoup divisées; aussi n’est-il pas rare de trouver, principalement dans le Banat, qui est l’une des contrées les plus fertiles de la Hongrie et peut-être de l'Europe, de simples nobles qui ont un revenu annuel de 250,000 francs.

Le droit d'élire un roi, en cas d'extinction de la dynastie régnante, appartient à la nation, ainsi que celui de faire des lois, d'accord avec le monarque, et de s'imposer elle-même dans des diètes qui doivent être légalement réunies tous les trois ans.

Le roi traite de la paix ou déclare la guerre, mais à la condition d'entendre le vœu

de la nation. Il peut décréter la levée en masse de la noblesse; mais les contributions extraordinaires et les levées de troupes doivent recevoir la légalisation de la diète.

« Le roi, dit Malle-Brun, fait serment à la constitution et signe le diplôme du roi André, en protestant toutefois contre l’article qui « autorise les Hongrois à prendre les armes contre lui dans le cas où il violerait leurs priviléges. » Les rois sont obligés de faire exécuter les décisions des cours judiciaires, de ne destiluer personne sans jugement, de maintenir les limites du royaume, et de lui faire restituer celles des anciennes provinces que le sort des armes leur aurait fait recouvrer. Enfin, la Hongrie est un royaume indépendant et une monarchie tempérée par une assemblée aristocratique.

» Les diètes se composent de deux chambres, ou, comme on dit, tables, chacune subdivisée en deux ordres ; la première, ou la chambre haute, se compose des magnats, savoir : les archevêques et évêques, les princes, comtes et barons du royaume, et les gouverneurs des comitats ; la seconde est formée de la réunion des prélats, des abbés, des députés des comitats, de ceux des chapitres et de ceux des villes libres royales. Par un ancien abus, les magnats absents envoient des députés qui prennent place parmi les députés des comitats. On compte quelquefois dans ces assemblées jusqu’à 651 députés, parmi lesquels plus de 209 magnats. Les décisions de la diète se prennent en votant par quatre ordres; mais, dans éHhq dé ordre, c’est la majorité qui décide. Les députés sont liés par les instructions de leurs commettants. La dièle se réunit tous les trois ans au moins, soit à Bude, soit à Presbourg, dans une vaste salle, à l'extrémité de laquelle s'élève une chaire pour le président. Des tables sont placées dans toute la longueur : elles sont recouvertes de drap vert et de tous les objets nécessaires pour écrire. À la droite du président, mais plus bas que lui, siégent les évêques et Les autres dignilaires de l'Église, qui représentent le clergé. Les autres membres portentle costume hongrois, qui consiste en une veste de hussard, un pantalon de drap brun, un kalpac en fourrure, ct des bottes à la hussarde armées d’éperons. Chaque membre a l'épée au côlé: Les débats ont lieu en latin, langue dans laquelle la plupart des députés s'expriment avec facilité et même avec éloquence, bien que les discours ne durent jamais plus de dix minules.

» Les autorités chargées de l'administration des affaires publiques du royaume sont : un palalin ou vice-roi ( Nandor Ipsan) dont l'élection ne peut se faire que conjointement avec les élats; un commandant général; la chancellerie hongroise de Vienne jouit des pouvoirs les plus étendus, le conseil royal du gouvernement, ou conseil d'État, qui siége à Bude (consilium regium) , sous la présilence du palatin; le conseil du gouverneur général, formé de vingt-cinq conseillers , et la chambre des finances.

» L'administration des comitats est en grande partie indépendante de la couronne ; chaque comitat à un gouvernement qui correspond directement avec l’administration centrale; treize palalins, ou ipsans, possèdent leurs dignités par droit héréditaire, et les autres officiers du comitat sont élus par la congrégation, où assemblée de la province , quiles salärie de sa propre caisse. Les villes ont également leurs adminisirations municipales, et ressortissent à leurs propres tribunaux suprêmes. L’indigénat hongrois est requis pour remplir une place He Ads el c'est la dièle qui seuie naturajte les étrangers. »

Quant aux fibisiets militaires, leur administration dépend directement du sui aulique de guerre qui siége à Vienne. Elle est confiée, dans chaque régiment, à un nndant qui à sous jai plusieurs officiers. Toutes les affaires sont traitées militairement, ainsi que semble l’exiger une organisation par laquelle le peuple est à la fois soldat et cultivateur.

Le code civil et criminel est formé par la réunion des lois rendues par les divers

souverains et acceptées par les états; l'ouvrage de Stephan, ayant pour titre Tripartitum, est un code systématique d’après lequel on rend la justice. En certains cas exceptionnels, les tables de lois des districts servent à prononcer des peines. Cependant, d’après M. Beudant, les divers peuples des provinces ont chacun des coutumes particulières, des priviléges qu'ils obtinrent des différents princes qui les ont gouvernés et qui leur ont été assurés lors de la réunion; il en est même qui sont régis par le code germanique. À l'égard de l'application des lois, chaque peuple et chaque ville qui possèdent des lois spéciales ont leurs magistrats particuliers, et, généralement, nul ne peut être jugé que par ses pairs. Mais tous sont libres d’en appeler aux cours suprêmes, au moins pour les cas qui ne sont pas spécialement prévus par les lois.

L'institution du jury vient d’être décrétée Lout dernièrement dans le royaume de Hongrie. |

Les magnats ont jusqu’à un certain point , adopté les manières et les habitudes de la bonne société de l’Europe civilisée. La plupart ont passé une partie de leur vie à Vienne; quelques-uns ont visité l’Italie, l'Allemagne, la France ou l'Angleterre. Par leur con- Lact avec les hommes distingués qu’ils ont rencontrés à la cour de Vienne, un grand nombre de magnats ont acquis ce vernis d'élégance qui fait ressortir si avantageusement les excellentes qualités de leur caractère, et en même temps ils se sont dépouillés pour jamais de cette écorce rude, de ces allures bizarres qui autrefois constituaient le bon ton en Hongrie; aussi sont-ils accusés souvent par les Hongrois de la vieille école de s'être dénationalisés. Les simples nobles, qui à leur tour imitent les nouvelles manières des magnats, ont reçu pour cette raison le surnom de quarts de magnat.

Chez les autres nobles, parmi ceux qui n’ont pas encore cédé à l'influence de la mode, nous retrouvons un mélange curieux des coutumes du bon vieux temps d'Angleterre et des habitudes de la vie orientale. Le riche seigneur entretient une armée de domestiques, qui ne travaillent que le moins qu’ils peuvent, et un nombre égal de chevaux qui ne sont presque jamais montés. La chasse est un de ses amusements favoris; mais ce qu’il time par-dessus tout, c’est de passer son temps à fumer, étendu sur l'immense sofa qui fait le principal ornement de tout salon vraiment magyar, ou qui est établi sous un portique en dehors de la maison. C'est là qu’il reçoit les voisins qui viennent le visiter; c’est là qu’il écoute les rapports de ses intendants ou de ses avocals , car en Hongrie tout noble riche ou pauvre tient à honneur d'avoir au moins une demi-douzaine de procès à soutenir.

Presque tous les hommes comme il faut sont plus ou moins versés dans la connaissance des lois. L'étude du droit esten qu {que sorte le complément indispensable d’une bonne éducation. Quand un jeune homme a terminé son éducation générale, nonseulement il assiste à des cours de droit, mais il passe un certain temps chez un avocat ou chez un magistrat, afin d'être initié à la pratique des affaires. C’est à Pesth, à Eperies, et dans les autres villes ou siégent les cours des cercles (districtual tafeln), quel'on trouvele plus grand nombre de jeunes gens occupés à l'étude de la jurisprudence. Toute cette jeunesse est bien un peu légère, un peu turbulente; mais elle est loin de mériter la mauvaise réputation que voudraient lui faire les Allemands, et de justifier les alarmes continuelles qu’éprouve à son sujet le gouvernement autrichien. Cette espèce de stage que les jeunes Hongrois font chez un homme de loi est une très-bonne préparation pour les emplois publics, pour toutes les charges et les magistratures auxquelles peut aspirer, comme on sait, tout noble capable ou influent. D’ après ce que nous venons de dire il ne faut pas s'étonner si la conversation des Hongrois roule presque toujours sur des points de droit. Quand les nobles campagnards sont réunis ensemble, il est vraiment curieux de les entendre discuter, non pas seulement sur les questions géné-

rales, mais même sur les détails les plus délicats et les plus embrouillés d’une procédure obscure et compliquée. Cette manie de la controverse imprime naturellement une certaine sécheresse aux manières des Hongrois; cependant leur caractère est d’ailleurs si franc, si ouvert, et même si chevaleresque, qu'il est impossible de leur faire un crime de leur amour pour la chicane.

Les propriétaires hongrois sont tout à fait gentlemen , ils ont cette dignité de mainlien, ce respect d'eux-mêmes qui distinguent les hommes comme il faut. Grâce aux railleries et aux critiques du comte Széchengi, ils se sont défaits de la manie de cracher , qui leur a été souvent reprochée par les voyageurs. Le comte Széchengi ne passe rien à ses compatriotes; il attaque dans des ouvrages graves les abus qui pèsent sur l'administration et qui paraissent les ressources du pays ; en même temps, dans les journaux et dans des pamphlets spirituels, il accable sous le ridicule les torts et les petits travers de la société hongroise. |

« Les priviléges importants dé la noblesse, ditBebdant, quoique peu justes dans le fond, et surtout fort éloignés des idées actuelles de la plus grande partie de l’Europe, n’ont pourtant pas, à l'égard du paysan, tous les inconvénients contre lesquels on s’est plu tant de fois à déclamer amèrement, Il fut un temps sans doute où le paysan hongrois était réellement attaché à la glèbe; mais aujourd’hui il est libre, il s’en glorifie, et le bonheur n'habite pas moins sous le Chaume que dans les palais. Les lois et l’empire de l'usage sont tels, que le sort du paysan, en Hongrie, est souvent au-dessus de celui que la même classe peut avoir dans les contrées lés plus libres de l'Europe. La noblesse possède, à la vérité, toutes les terres, et, en général, a seule le droit de propriété; mais le seigneur est obligé de partager ses domaines en fermes d’un rapport déterminé, qu'il donne aux paysans cullivateurs. Geux-ci ont, par conséquent, comme dans les pays les plus policés de l’Europe, des terres à faire valoir, et auxquelles ils prennent un intérêt réel; la seule différence est que la location ne se paye pas en argent, mais en services de journées et en redevances. Comme services, le paysan qui a une ferme complète doit au seigneur 4 jours de travail par an, avec une charrette et un double attelage; comme redevance, le fermier doit livrer annuellement au seigneur le neuvième des produits de la terre (pour la première récolle seulement, car s’il y en a une seconde il ne doit rien), le neuvième des agneaux, des chevreaux, du produit des ruches, etc. Il supporte, en outre, diverses charges déterminées et proportionnées à différents droits qu’il peut acquérir. Mais si, avec la permission du seigneur, il a défriché une terre jusqu'alors inculte, il en jouit sans redevances , sans services , et le seigneur ne peut la reprendre qu’il ne soit suffisamment indemnisé de ses soins.

» Au moyen de ces transactions, qui sont loin, sans doute, d’être onéreuses, el dont parlout ailleurs beaucoup de fermiers et de petits cultivateurs se trouvent fort salisfaits, le paysan hongrois jouit réellement du prix de son travail. Il peut disposer comme bon lui se: ble des huit neuvièmes du produit de ses récoltes, qui lui restent pour compenser « :s frais et payer son industrie; il devient propriétaire de biens mobiliers, de troupeaux, etc., qui passent à ses enfants; mais il y a plus, le paysan hongrois est plus sûr de son existence que beaucoup de petits propriétaires, que nous retrouvons à chaque pas dans les autres États. Si, par un accident quelconque, ses récoltes sont perdues, ses bestiaux réduits, c’est sur le seigneur que retombe le soin de la famille, c’est lui qui pourvoit à sa nourriture, et qui même doit payer les dettes, remplir les engage- . ments que le paysan a contractés avec son approbation.

» Le paysan qui n’a point de terres à cultiver n’est pas plus maltraité de son seigneur. Habite-t-il une chaumière, c’est le seigneur qui a dù la faire construire, et qui fournit encore les matériaux pour l'entretien et les réparations : quant à lui, il ne doit annuel-

lement que dix-huit journées de travail. Occupe-t-il en outre une portion de terre, il en livre le neuvième en nature ou en argent; mais il ne doit de journées de service que dans le cas où la pièce qu’il cultive est au moins un huitième de ce qui compose une ferme entière. »

Les Hongrois sont très-sensibles à tous les jugements que l’on exprime sur leur compte dans les autres pays. Ils sont très-désireux d'entrer en relation intime avec les peuples les plus avancés de l'Europe, et surtout avec les Anglais. Chez les Hongrois, l'anglomanie est presque universelle. Ils ne se bornent pas à suivre les modes, à imiter la forme des équipages, à copier les usages des Anglais; mais depuis quelque temps ils recherchent avidement toutes les occasions d'étudier leurs lois, leur histoire, leur politique, de connaître et d'appliquer leurs procédés en industrie et en agriculture. Autant ils aiment les Anglais, äutant ils ont d’éloignement pour la Russie et son régime despotique. Cette antipathie est, certes, bien naturelle. Maintenant que la brave nation polonaise a été écrasée, quel peuple plus que le peuple hongrois est exposé aux attaques des armées russes et aux coups de la politique du cabinet de Saint-Pétersbourg ?

Les dames hongroises sont généralement renommées à tous les titres, comme filles, comme mères et comme épouses. Elles réunissent un grand nombre des excellentes qualités que l’on connaît aux Anglaises et aux Allemandes; elles sont bonnes, affectueuses, actives, intelligentes; elles dirigent leur ménage avec ordre et prévoyance, et souvent, tandis que leur seigneur et maitre, assis nonchalamment sur son divan, passe le temps à fumer et à bavarder politique ou procès, ce sont elles qui s'occupent des affaires positives et des intérêts sérieux de leur maison. La plupart des dames hongroises connaissent les principaux idiomes qui se parlent dans le pays. Outre la langue hongroise, elles savent l'allemand, le slawaque ou le valaque. Les jeunes personnes ont des notions de français ou d’italien, et possèdent aussi les talents d'agrément que nous donnons à nos filles. Les dames âgées ont reçu une éducation moins brillante, mais plus solide peut-être. On assure que dans certains comtés slawaques il faudrait bien se garder de conter des secrets en lalin devant elles.

Les dames de Hongrie doivent partager avec leurs maris les éloges et la reconnaissance des voyageurs. Il n’y a pas de pays dans le monde où les étrangers, et surtout les Anglais, reçoivent un accueil plus bienveillant. On a cherché à déprécier l'hospitalité hongroise; on a dit que les Hongrois pouvaient être hospitaliers à peu de frais, puisque les vivres sont à si bas prix dans leur pays; on a dit que l'étranger payait d'ailleurs amplement son écot en apportant de la distraction dans la demeure de ses hôtes, condamnés ordinairement à une vie monotone et isolée. À de semblables accusations, les esprits imparliaux peuvent répondre que les Hongrois ne se contentent pas de donner à souper et d'offrir un lil au voyageur fatigué qui a frappé à leur porte; mats toutes les fois qu’un étranger de bon ton est admis dans une maison, il y est traité € la manière la plus cordiale : on le met à son aise, on le prie de se considérer comme faisant partie de la famille, et il peut se persuader facilement qu’il a réellement trouvé une nouvelle famille. Ce n’est pas seulement dans la demeure du riche que l’on est reçu avec empressement ; dans les campagnes, Le plus pauvre curé, le moindre paysan offre de bon cœur tout ce qu’il a sans vouloir jamais accepter de payement. En voyage, si vous demandez votre chemin à un Hongrois, il ne se contentera pas de vous indiquer verbalement la direction qu'il faut suivre, il se dérangera exprès pour vous conduire, bien que l'indolence soit son défaut capital. S'il trouve l’occasion de vous être agréable ou utile, de vous donner quelque renseignement, de vous faire voir quelque curiosité, il la saisira avec plaisir, et vous fera les honneurs de son pays avec une bonne grâce parfaite,

comme il vous aurait fait les honneurs de sa propre maison, si vous étiez descendu chez lui.

Il paraît qu’autrefois, par excès de politesse , on faisait presque violence aux étrangers pour les retenir le plus longtemps possible. Le voyageur qui avait trouvé asile dans une maison devait y passer au moins trois ou quatre Jours; s’il insistait pour partir, on enlevait les roues de sa voiture. Il y eut dans le bon vieux temps, dit un chroniqueur, un certain baron qui, perché sur une tour de son manoir, situé dans les monts Karpathes, lâchait de découvrir les voyageurs qui passaient sur la route de Pologne. Quand il en apercevait un, il envoyait à sa rencontre cinq ou six hommes d'armes, avec ordre de l'emmener de gré ou de force. Le baron passait plusieurs jours à boire et à manger avec son hôte, et le laissait partir ensuite en le comblant de démonstrations d'amitié.

Aujourd’hui l'hospitalité hongroise s’exerce très-convenablement. La présence d’un élranger est bien une occasion de fête et de réjouissance, mais elle n’est nullement un prétexte pour faire des excès, ainsi que plusieurs voyageurs allemands l'ont publié. Les Hongrois ont conservé les antiques vertus de leurs pères, tandis qu'ils se sont dépouillés d’un grand nombre de leurs défauts.

L aes

Pr 0tE CN LUC RAR

* fes Pie y 3 ane Ÿ hr Le OA PR r CRE ne Na tel dUtt Huy de “ak Lu e nt à 5 u ‘# REhae si ELEC TA af “hat pra 4 re certe HAE CES 5 (ke CON A AS AT 0€ CINE je & re HE Vo mt mu à Fi Ma sq) ke APT RU Le hu pas prntu té Hs “ht FOUTU dir age at) }. sta # ART

‘STORE 48 frisés bsdife tt gite sinand nausnriu aire où pr 114077 sut ne Rieÿ perles noie “pute:

Haye Re ual isa ® ac ra

N'a . 4 ne CE Le V - F4 AAA Pre RTE E OR vh pe: LU LEE û

% Re DEV RE PES “ ‘ pet dent 4 $ F Ne - < . ke AREA ep AVAL ; Fe ÿ LES LÉ PLATE #% 4 v PR | W v S pes ‘ LA TN LE 5 k nee RE LAN ES 2] -x NY ' TA ‘

= pt mis

«JADE à, 2 ae 1 L Les CV pa : & æ er x PORN AE ne, TA, LT % A Dress DE AU RIRES:

LA PS AT k L j 0e À PvA Fa $ + PA ‘ | de EME. ÿ La j p VOS d É ‘ ue :

: gp î ’ à h ) l à Le 4 » Lu x L A L 4 12} “# or Ve à ks f 4 S …} A na (à , À °E 21, | J o # h Fa da dut Tu x 8 * (M { ’ LR 2 non (® h x \ HAL on 1 4 t s div, £ : 5 PLU Da" à x k | 100 Ur JF ! Éa du OPA + ANT : lits VAE NA \ dite. LA TN é È 1 D f ‘ : à 1 À, y nul RAA TANT TR DONC n UE A O7 RE à CONTE CE L' F2 de ñ Û - c ñ ll , 014 D eng < » à A 1 À ui : a + 1.8 AE à Lx 1 « ns + eu LES ASPECTS #4 0 € Fra mn ai î * "} L = L k s # À 3 TON 1% N en”:

1 ñ e na À Û ‘ Û ; x LE EL > G dr A * # 1 v th nf [ AL LEA LAR ÿ ) k 1% è 5 a" ". k ha 1 y k \: , ‘ ‘ ” n Au Re » w.

: k k TE je »

C' € " fe : ON 41 1 do D L ÿ , ï

Sr Pa PT A

Page 1