EUROPE. -— ÉTATS PRUSSIENS CONFÉDÉÈRES
pour les deux sexes; le roi est assisté dans l'exercice du pouvoir législatif par un conseil d'État composé de 51 membres; le chancelier de ce conseil a droit de contrôle sur tout ce qui concerne l'administration et l'exécution des ordonnances royales. Chaque province est administrée par un président supérieur; à la tête de chaque cercle, se trouve un collége de régence.
Le code général que suit la justice des Élats prussiens, est le landrecht publié en 1794; cependant, à la gauche du Rhin, on se sert, avec quelques modifications, du code français. Un tribunal suprême d'appel siége à Berlin. Les armes royales sont une aigle noire couronnée, portant le chiffre F. R. sur la poitrine. Le pavillon national est noir . et blanc, de manière que deux bandes noires sont séparées par une bande blanche. Le pavillon royal est blanc avec l'aigle royale au milieu et une croix de fer sur la partie supérieure gauche. Il y a six ordres honorifiques : l’Aigle noire, l’Aigle rouge, l’ordre pour le Mérite, l’ordre des Joanniles, l’ordre de la Croix de fer, et l’ordre des Louises. Le roi est le grand maitre de tous ces ordres, et il y admet à sa volonté. Berlin est la résidence royale; Konigsberg et Breslau jouissent aussi quelquefois de cet avantage. Les principaux châteaux du roi sont Sans-Souci, près de Potsdam, et Charlottenbourg.
Nous empruntons à la Géographie universelle le passage suivant, tiré de l'ouvrage allemand, Berlin, wie est ist : « Le roi de Prusse n’a point de liste civile : l'État lui fait une dotation. Ce souverain, le plus puissant de l'Allemagne après celui de l'Autriche, se plaît à éviter l'éclat qui entoure la plupart des têtes couronnées. Cette simplicité n’a point sa source dans une avare parcimonie, mais dans une sage économie et dans le caractère du prince, ennemi du faste et de la représentation. Le roi dine à une heure comme le simple citoyen, et tout excès est banni de sa table et de sa cour. Lorsqu'il sort, rien ne distingue sa voiture de celle d’un particulier. Elle est attelée de deux chevaux seulement; lui-même est ordinairement habillé d’une simple redingote, sans aucune marque de sa haute dignité, et il traverse le plus souvent les rues de Berlin sans se faire remarquer. Son exemple est suivi des princes de sa maison, qui, en général, se distinguent très-peu, à l'extérieur, des riches particuliers. Tout le personnel attaché aux princes du sang mariés se réduit à trois dames pour une princesse, et à trois grands officiers pour un prince. Mais cetle économie dans les équipages, dans le service domestique, dans la table, n'exclut point la bienfaisance. Jamais l’infortune ne s'adresse vainement à la munificence de la famille royale; le roi l’exerce surtout pour l’embellissement de la capitale.
» Les fêtes de la cour ne sont ni nombreuses ni brillantes; elles se bornent ordinairement à quelques bals donnés par le roi et les princes; mais dans les occasions extraordinaires, on a vu la cour de Prusse déployer une pompe vraiment royale : telles furent les cérémonies qui eurent lieu lors du mariage de la princesse Charlotte avec le grandduc Nicolas, aujourd’hui empereur de Russie.
» Dans des occasions solennelles, à l’arrivée de quelque prince étranger, aux fêtes publiques, il y a réunion générale de la cour. Ges cercles n’ont jamais lieu à la demeure du roi, dile le palais, mais au château. Tous les employés de l'administration et de l'armée, depuis le simple référendaire et le lieutenant, peuvent s’y montrer sans être invités, et le roi aime à les y voir affluer. Les dames doivent être présentées, mais sans avoir besoin de faire preuve de noblesse, Il y a en général peu de cérémonies, et l’ancienne étiquette est entièrement tombée en désuétude. Elle ne s’est conservée dans toute sa rigueur que pour les mariages de princes et princesses de famille royale. »
Il est cerlain que la Prusse offre, dans lous ses départements, les marques nombreuses de ce que l'on appelle communément un État bien administré. Son gouvernement est ce qu'on nomme le despolisme éclairé, c’est-à-dire qu’une certaine somme de
liberté de fait est accordée aux habitants. Les maisons des citoyens sont inviolables ; tous peuvent suivre la profession de leur choix; la police veille efficacement sur la vie et la bourse des personnes; les priviléges de la naissance n’existent plus, du moins en théorie, quoique nous ne prétendions pas dire que, dans la pratique, le noble né au sein de l’opulence n'ait, comme en Angleterre et partout ailleurs, de grands avantages sur le plébéien dont la fortune est à faire. — Rien ne saurait être plus pur, plus exempt de l’ombre même d’un soupçon, que l'administration de la justice, soit civile , soit criminelle. Parmi les juges et les magistrats provinciaux, on rencontrera peut-être parfois un manque d'intelligence; car ces juges sont élus par le peuple et ne restent en place que trois ans; mais quant à leur intégrité, on n’a jamais entendu formuler contre eux la plus légère plainte. A Berlin, vous trouverez dans les tribunaux la connaissance la plus parfaite des lois, avec l’inébranlable résolution de se laisser guider exclusivement par elles. Il est bien entendu qu’en faisant l'éloge des tribunaux prussiens nous ne parlons que de ceux qui ne s'occupent pas de causes politiques. Dans celles-ci il est à craindre qu’en Prusse, comme dans toutes les monarchies absolues, il n'y ait point de loi que l’on puisse suivre. Quiconque est soupçonné de comploter contre le gouvernement ou accusé de répandre des opinions dangereuses peul être arrôié sur le plus léger prétexte, et quand même les tribunaux le déclareraient innocent, sa liberté est encore à la discrétion du ministre.
L'organisation militaire est un point dont les Prussiens sont très-fiers aujourd’hui ; mais le moment n’est pas encore arrivé d'en connaitre le mérite. On sait qu'avant la la campagne d’Iéna, l’armée prussienne était recrutée et commandée d’après les errements établis par Frédéric le Grand. Ses officiers étaient tirés exclusivement de l’ordre de la noblesse, et ses rangs étaient remplis par une conscription à laquelle tous les habitants étaient soumis, excepté ceux de la classe privilégiée. La discipline y était sévère et même odieuse; les châtiments étaient cruels à l'excès, et le soldat une fois enrôlé servait, sans la moindre chance d'avancement, tant qu’il lui restait assez de force pour porter un fusil. Avant la réorganisation de l’armée prussienne en 1813, c'était un axiome dans les camps et dans les garnisons qu’il ne fallait jamais se fier à un soldat. Il ne lui était presque jamais permis de se promener hors du camp, et quand il en obtenait le privilége pour quelque motif pressant, il était toujours suivi d’un espion chargé par son capitaine de veiller sur tous ses mouvements, et cela sans qu'il pût deviner à qui cette commission était donnée. À dire vrai, chaque soldat était l'espion de son camarade. Faut-il s'étonner qu’une armée ainsi composée ait cédé à la valeur des Français? Ne faut-il pas plutôt s’émerveiller de ce qu’elle ait pu faire la moindre résistance ?
Aujourd’hui cet ordre de choses est complétement changé. L’avancement est ouvert à tous les sujets du roi, et tous sont également assujettis à la conscription. A l’exception du clergé, des maîtres d'école, des professeurs dans les universités, et des employés civils du gouvernement; tous les jeunes gens de dix-huit à vingt-six ans, doivent tirer, -et tous ceux qui tombent au sort sont tenus de servir. En attendant, la durée de l’engagement est fort courte : elle est de trois ans au plus. D’après les probabilités, elle ne passe guère deux ans, et souvent même on obtient son congé au bout d’un an. Pour l'artillerie seule, l'engagement est de cinq ans. Toutefois au sortir de l’armée, les jeunes gens ne deviennent pas entièrement libres; ils retombent dans la landwehr, espèce de milice qui s’assemble par régiments et par compagnies, dans des districts spécifiés, une fois tous les ans, et quand ils sont trop vieux pour la landwehr, ils font partie de la réserve.
Évidemment, l'effet de ce système est de faire de la Prusse une nation de soldats.
een EUROPE. -— ÉTATS PRUSSIENS CONFÉDÉRÉS.
Les avantages sont, que l’on trouve toujours une armée prête quand on en a besoin, et que l'état militaire jouit d’une faveur marquée parmi toutes les classes, Quoique la solde soit faible (moins de 30 centimes par Jour pour l'infanterie et 50 centimes pour la cavalerie), les arrangements secondaires sont tels que le soldat peut disposer de cette solde presque en entier. D’un autre côté, le mélange de personnes de toutes les classes a l'influence la plus avantageuse sur le ton et les manières du soldat. L’ivrognerie est un vice très-rare dans l’ârmée prussienne; le vol l’est plus encore, et partout où ne règnent ni le vol ni l’ivrognerie, la discipline peut se maintenir sans beaucoup de sévérité. Mais, pour balancer ces avantages, il y a un inconvénient grave et sérieux, qui paraît peu de chose en temps de paix, mais qui se ferait vivement sentir si la guerre venait à éclater. Quelque peine que se donnent les officiers, il est impossible de jamais obtenir une armée parfaitement exercée. Avant qu’une recrue connaisse bien son devoir, le terme de son service expire, et l'officier doit recommencer l'éducation de celui qui le remplace.
Le premier réntre dans un corps qui, ne se réunissant que pendant quinze jours tous les ans, ne peut lui fournir aucune occasion de faire des progrès. Tout ce que vous pouvez espérer de lui, c’est qu'il n'oublie pas ce qu’il a appris, tandis que l'officier, semblable à un maître d’école qui est sans cesse occupé à enseigner aux enfants l’alphabet, se dégoüte de sa profession, ou bien tombe dans l'erreur de croire que, faire faire l'exercice à un détachement, ou tout au plus de faire manœuvrer un bataillon, est Le nec plus ultrà de la science. Gela ne veut pas dire que les régiments prussiens ne produisent un fort bon effet quand ils se déploient en ligne ou marchent en colonne. [ls se composent de la fleur de la nation, et tous les soldats sont jeunes. Leur uniforme est à la fois le plus élégant et le plus commode de l’Europe, et ils ont une tenue de matamores que l’on fait bien d'encourager. Mais, en revanche, ils marchent mal; ils font le service à la manière des troupes irrégulières, et leurs manœuvres sont trèsimparfaites. En temps de guerre, il peut suflire d’une ou de deux campagnes pour changer des paysans en bons soldats ; mais tout le zèle du monde n’y parviendrait pas dans le même espace de temps, à l’aide des exercices qu'on leur fait faire pendant la paix.
Les efforts du gouvernement pour répandre l'instruction dans toutes les classes d'habitants sont dignes d’éloges. Le peuple est non-seulement invité, mais forcé d’envoyer ses enfants aux écoles, dont une existe dans chaque paroisse, et la sollicitude du gouvernement ne se borne pas aux branches élémentaires d'instruction; il a fondé des institutions dans lesquelles les jeunes gens sont initiés gratuitement aux principes de l’art ou du métier auquel ils dé‘irent se consacrer; et il en résulte qu’il y en a plusieurs qui ont atteint à Berlin une perfection que l’on ne rencontre nulle part ailleurs. Les professeurs sont traités partout avec le respect le plus encourageant. Il n’est pas besoin d'expliquer ici comment Wolff réussit à fixer le siégé de l’université dans la capitale, ni de rappeler la déférence qui lui est témoignée en loute occasion. Humboldt et Raumer sont les amis personnels du roi : le premier occupe un appartement dans le palais, et quitte rarement son royal patron. Savigny, Ritter, Passalaiqua, Müller, sont des noms universellement honorés. De même, l’académie militaire de Berlin peut soutenir la comparaison avec les institutions les plus célèbres de ce genre. Le seul défaut que l'observateur impartial y remarquera peut-être, c’est que les études y sont trop fortes; et que la discipline y est trop sévère; mais ces défauts ressemblent beaucoup à des qualités.
C’est, disons-nous, le bon plaisir du gouvernement prussien, que ses sujets reçoivent tous de l'éducation, et le bon plaisir du gouvernement prussien est une loi suprême.
L'éducation est donc aussi généralement répandue dans le pays que le peut désirer le plus ferme croyantdans la perfectibilité de la nature humaine. L'ouvrage de M. Cousin nous dispense d’entrerici dans le mécanisme à l’aide duquel on parvient à ce but; tout le monde n’est pas d'accord avec ce savant sur les conclusions qu’il en tire.
IL est évident que le gouvernement prussien prétend exercer une influence absolue el exclusive sur les facultés intellectuelles aussi bien que physiques du pays. En conséquence, l'éducation est en Prusse si complétement laïque, que l’on pourrait presque l'appeler militaire. C’est la loi qui détermine l’âge auquel les enfants doivent aller à l'école et celui auquel ils doivent la quitter; la loi désigne ce qui doit se faire à l’école jour par jour, heure par heure. La loi fait rentrer, sous l’escorte d’un agent de police, l'enfant qui fait l’école buissonnière et punit le père qui encourage sa paresse. La loi exerce la même surveillance perpétuelle sur les maîtres, par l'entremise des consistoires de paroisse, de commune et de province, placés eux-mêmes sous le contrôle du conseil central à Berlin, qui a pour chef le ministre de l'instruction publique. Ce conseil se divise en trois sections, celles des mœurs, de l'instruction et de la santé.
La Prusse tire ses principales richesses de son sol et surtout de l’agriculture. Ses houillères produisent annuellement près de 11,000,000 de francs.
L'industrie manufacturière est très-importante : Les étoffes de lin, de laine, de coton, de soie, et les ouvrages en fer, en sont les principaux objets. Le commerce d'expédition, de transport, de commission est considérable. Le commerce intérieur est favorisé par une belle navigation de cours d’eau et de canaux; mais les routes laissent encore à désirer beaucoup. Les principales places de commerce de l’intérieur sont : Berlin, Breslau, Magdebourg, Cologne, Naumbourg, Francfort sur l’Oder, Thorn, Posen, Erfurt, Nordhausen, Mulhausen, Minden, Munster, Dortmund, Dusseldorf, Aix-la-Chapelle, Coblentz, Elberfeld , etc.
Nous avons dit que la Prusse était partagée en huit provinces; nous jetterons un coup d’œil sur chacune d'elles.
La SiLÉSIE est une des provinces les plus industrieuses de la monarchie : les fabriques de toiles et de draps sont l’objet principal de l’industrie manufacturière; celles de cotonnades, de soieries, de cuir, ont aussi de l’importance. On fait beaucoup d’eau-devie et d’autres liqueurs.
Les trois régences de la Silésie sont FTP , Oppeln et Liegnitz.
Les SiLÉsrENs se font remarquer par leur bon caractèré, leur sobriété, leur probité ; mais ils sont crédules, peu éclairés, et d’un respect aveugle et ridicule pour l’aristocratie et les cérémonies de l'étiquette. La noblesse y est fort nombreuse. Il y a un peu plus de protestants que de catholiques. On compte environ 12,000 juifs. Depuis que la Prusse possède ce pays, l'éducation publique y a été très-améliorée; cependant il règne encore une grande ignorance dans la partie qui avoisine la Pologne.
Le BRANDEBOURG, quoique riche en produits naturels, ne fournit pas une récolte suffisante à la consommation des habitants; mais l’industrie y est considérable.
La population se compose d’Allemands, de Français , de Suisses; cependant, le carac- {ère national ne participe point du mélange de ces peuples. Les BRANDEBOURGEO!S des classes inférieures sont généralement lourds, pensifs, taciturnes; mais dans la haute société, on remarque quelque gaieté et une certaine vivacité dans le caractère.
Quoi qu'il en soit, ce peuple aime les arts et les sciences; il se distingue par son patriotisme et sa tolérance en matière de religion.
C’est dans la province de Brandebourg que se trouve la capitale des États prussiens.
L'entrée de BerziN, du côté de Charlottenbourg, est sans contredit la plus imposante qu’il soit possible de voir. Située dans une plaine parfaitement unie, la ville ne