PROVINGES. CHEFS-LIEUX, VILLES PRINCIPALES ET LIEUX REMARQUABLES
HOLLANDE SEPTENTRIONALE, Harlem , Ausrerpam, Hilversum, Amsteiveen, Naarden, Saardam | (Zaandam), Hoorn, Edam ; Medenblick, Enkhuyzen , Alkmaar, Helder, Willems-Ord, Niew-Diep : les îles Texel, Vlicland, Ter Schelling, et Wierengen. l HOLLANDE MÉRIDIONALE. . La Haye (S Gravenhage), Scheveningen, Katwyk, Leide, Rotter- |} dam, Vlaardingen, Delfshaven, Schiedam, Delft, Gouda, À Schoonhoven, Dordrecht, Gorkum (Gorinchem), la Brielle | (Briel), Hellevoetsluys (Helvoetsluys). ; JA 110 RS NPISRST RSS Middelbourg, Flessingue, (Vlissingen) et Westkapelle, sur l'ile |! Walcheren, l’Écluse (Sluis), Goes, sur Pile Sud -Beveland, Hulst, | Axel, Sas-de-Gand, Zirikzee, dans l’île Schouwen, Tholen, dans l’île Tholen. ; BRABANT SEPTENTRIONAL. . Bois-le-Duc (S Hertogenbosch), Ravenstein, Grave, Tilburg, Breda, | Oosterhout, Geertruidenberg, Moerdyk, Berg-op-Zoom, Eindho- |4 ven, Oirschot, Helmont.
Urrecur. . . . . . | Utrecht, Zeyst, Amersfoort, Soest, Veenendael. LU F4 SORTE Arnhem, Nieuwkerk, Harderwyk, Loo, Zutphen, Doesbourg, Ni- À équs (Nimwegen), Saint-André (San-Andries) , Thiel, Kuilen- |k ourg. ù OvERYSSEL Où OvEr-YssEr.. Zwol, 44. Ommersehans, Kampen, Zwarte-Sluys, Deventer, || Almelo, DRENTHE, . . . . . | Assen, Meppel, Coevorden, Frederiksoord. GRONINGUE . ne Groningue, Winschoten, Nieuwe Schanz (Langeacker), Appinga- | dam, Delfzyl. | Fais ln. res Leeuwaarden (Liewerden), Franeker, Harlingen, Dokkum. Les îles Ameland et Schiermonigkoog, Sneek (Snitz) , Bolsward, 3. | Herrenveen.
LIMBOURG, . . . . Maestricht (Maastricht), Galoppe (Gulpen), Sittard, Vaels, Stefan- À tp (Saint-Stevens-Waard), Ruremonde, (Roërmonde), Weerd, | enloo.
LUXEMBOURG. . . . . | Luxembourg, Diekireh, Echternach.
Le climat de la Hollande est humide, l’air froid, pesant et très-variable. Cependant l'hiver qui y règne pendant quatre mois de l’année et qui couvre la terre de frimas et de glace, le vent d'est qui souffle fréquemment dans cette saison, dissipent les
miasmes d'une atmosphère insalubre. Les étés sont assez agréables ; les plus grandes chaleurs se font sentir dans les mois de juillet et d'août ou après le solstice d'été.
Le sol est ingrat et peu fertile, mais l’industrie et l’activité des habitants de cette province en ont su lirer parti d’une manière étonnante.
L'éducation des bestiaux, la grande et la petite pêche, le cabotage, les voyages de long cours, constituent principalement l’active industrie qui règne dans la Hollande : elle a aussi beaucoup de briqueteries, des tuileries, des fabriques de cordages, de Loiles à voiles et de toiles fines renommées; des raffineries de sucre et de sel, des blanchisseries de cire et de toiles, des papeteries, des moulins à huile et à scier les bois, et des chantiers de construction.
Le commerce de cette province est considérable : les vaisseaux de la compagnie des Indes y importent des épiceries et d’autres denrées, qu’uné foule de navires font ensuite passer sur divers points de l'Europe, avec les produits des manufactures, une énorme quantité de fromages et de beurre, et des morues et harengs salés, séchés et fumés, qui ont fait de Lout temps une des principales branches du commerce de Ja Hollande; on exporte aussi des eaux-de-vie de grains, qui se débitent beaucoup en Angleterre et dans le Nord. Le commerce intérieur est singulièrement favorisé par les nombreux cours d’eau et les canaux qui entrecoupent ce pays dans tous les sens. Les places de commerce les plus importantes sont Amsterdam , Dordrecht, Harlem et Rotterdam; on y remarque Saardam, village considérable, célèbre par le séjour qu'y fit Pierre le Grand, et qui possède de vastes chantiers de construction.
Les grandes routes, mal entretenues autrefois, et souvent impraticables, sont maintenant très-bien soignées, et généralement bordées d’arbres.
Le gouvernement est constitutionnel. Le roi partage le pouvoir législatif avec les états généraux, divisés en deux chambres : la première chambre est composée de membres nommés à vie par le roi, parmi les personnes les plus distingués par leurs services, leur naissance ou leur fortune; la seconde chambre se compose des députés nommés par les provinces.
La constitution assure et garantit à tous les eitoyens les mêmes droits. Chaque province a ses étals particuliers, composés de membres élus par les trois ordres de l’état,
-qui sont la noblesse ou l’ordre équestre, l'ordre des villes et l'ordre des campagnes. Is s’assemblent au moins une fois l'an, et chaque fois qu'ils sont convoqués par le roi. Le gouvernement des colonies appartient exclusivement au roi.
Les habitants peuvent être partagés entre deux souches : la germanique à laquelle appartiennent les Hollandais qui forment la masse de la population des anciennes sept provinces; les Allemands qu’on ne rencontre que dans une partie de la province de Limbourg, dans le grand-duché de Luxembourg, et dans les grandes villes des autres provinces, les Frisons qui se trouvent dans la Frise et dans quelques iles qui en dépendent. La souche greco-latine d’où sont sortis les Wallons.
Tous les cultes sont librement professés en Hollande.
Le Hollandais est de sa nature réservé et taciturne ; son éducation, son esprit ne le portent pas à rechercher les dehors brillants, à s'exercer à cette joute vive et capricieuse qu'on appelle la conversation. Il aime son travail, ses affaires, l’intérieur de la maison, la vie de famille. La visite d’un étranger dérange nécessairement la régularité systématique de ses habitudes, et lui apporte de la surprise, du trouble. Avant de lintroduire dans un cercle domestique, le Hollandais veut voir son hôte en particulier; il est froid et contenu avec lui; puis une fois qu’il le connaît et l’apprécie, il l’accueille avec abandon et cordialité; car il traite les relations du monde avec la même prudence et les mêmes qualités honnêtes que les affaires. Qu'on aille proposer
une spéculation à un négociant hollandais, il ne se laissera pas surprendre de prime abord par tout ce qu’elle pourrait offrir de séduisant ; il voudra l’étudier à l'écart, la retourner sous toutes ses faces, l’approfondir; mais quand il aura promis de s'y hasarder, dût sa fortune s’y engloutir, il tiendra sa parole.
L'économie est une autre cause de l'extrême réserve avec laquelle les Hollandais ouvrent leur maison. Car on ne se réunit pas seulement dans ce pays pour se grouper autour d’une cheminée, pour causer et échanger les nouvelles du jour; dès qu’une demi-douzaine de personnes se trouvent ensemble, il faut que les dieux de l’abondance ‘y soient aussi. On comprend que moins la réunion est nombreuse, moins considérables en sont les frais.
Les enfants apprennent à respecter et à à pratiquer l’économie, dès leur plus bas âge. Chaque année, au lieu de leur donner le 1° janvier, de fragiles étrennes, leur père leur remet une petite somme d’argent qu'on leur reprend quelques jours après pour la mettre dans une caise d'épargne. Bientôt ils ont la joie d’administrer euxmêmes leur capital, d’en toucher les intérêts, de les replacer, et de voir ainsi de mois en mois leur trésor s’accroitre. Lorsque après avoir goûté pendant dix ou quinze ans ces joies du calcul, ils entrent dans les affaires, on peut croire Jun connaissent la valeur d’un florin.
Les calculs d'économie si chers aux Hollandais sont mis de côté dès qu’il s’agit d’une question d'utilité publique ou de charité. Il est peu de pays ou il y ait autant de beaux et vastes établissements de bienfaisance, de maisons de refuge pour les pauvres et les orphelins. La religion exerce à cet égard sur eux une grande influence. Le peuple hollandais est très-attaché à ses croyances, et il ne se contente pas de vénérer les maximes de la Bible et de l'Évangile, il les met en pratique,
Le Hollandais, n’est pas moins économe de ses gestes, de ses paroles, que de son argent. L’ouvrier s’en va à pas comptés à son travail; le négociant prend gravement le chemin de la bourse. Les oisifs s'asseyent gravement dans les cabarets sans chanter ni crier. Tout en Hollande est prévu , mesuré el soumis à une impulsion régulière. Tout se meut comme par les rouages d’une machine en bon état. Il y a du silence jusque dans le mouvement. Les bateaux chargés de marchandises suivent mollement les sinuosités du canal; les bateliers, assis au gouvernail, se laissent ainsi porter vers les vastes entrepôts de Rotterdam ou d'Amsterdam, en fumant leur pipe. Les enfants, qui reviennent de l’école, ont déjà un petit air grave et doctoral.
Lorsque l’on entre dans une ville hollandaise, on ne voit point de curieux dans les rues, point de gens affairés qui courent çà et là et se heurtent sur les trottoirs. La plupart des maisons sont gardées par une chaine en fer qui s'étend tout le long de la façade et arrête les passants à trois pieds de distance. Les portes, vernies et ornées d’un magnifique marteau de cuivre, sont herméliquement fermées, et les fenêtres voilées à l'intérieur par une pièce de toile blanche qui en occupe toute la largeur.
En Hollande la plupart des villes semblent bâties sur un même modèle, dont Amsterdam et Rotterdam sont les types; mais chacune d’elles a quelque particularité remarquable ou quelque souvenir historique qui la distingue.
La Hollande conserve un genre de luxe qu’on ne retrouve nulle part au même degré; ce sont les riches tapis, les laques et les vases de la Chine, les belles tasses en porcelaine que la maîtresse de la maison lave et essuie elle-même dès qu’on s'en est servi, de peur que la main maladroite d’une servante ne vienne à les briser. La maison de campagne est la joie, l’orgueil du négociant hollandais. C’est là que sa femme se relire en élé, et qu’il va chaque dimanche se reposer des travaux de la semaine. Sa journée se passe là comme à la ville au milieu des siens et quelquefois dans un très-
petit cercle d'amis. On ne connait pas en Hollande le besoin d’avoir sans cesse du monde autour du soi. A part la Haye, où les habitudes françaises ont un certain empire. La maison hollandaise n’est ouverte qu'aux parents, aux amis intimes, aux gens d’affaires. Deux ou trois fois l'hiver, le riche propriétaire, le banquier, donne un grand bal, ou un diner. Ce jour-là on ouvre les grands appartements, on étale toute les magnificences amassées depuis des siècles dans la maison, on prodigue aux convives les productions de l'Orient et les vins de toutes sortes. Puis le lendemain, la housse retombe sur les meubles de soie et de damas, les porcelaines et les cristaux sont remis dans l'armoire, le grand salon est fermé, la famille redescend dans ses petits appartements et rentre dans son repos.
Tout le jour les femmes sont occupées du soin de leur ménage, le soir elles restent ‘avec leurs enfants, et les hommes vont au elub. L'art, la science, l’industrie, l'opinion, sont représentés dans les clubs. À Amsterdam, par exemple, il y en a un où l’on amasse des livres, des tableaux, des sculptures, où l’on donne des concerts; un autre où l’on reçoit les journaux politiques et étrangers; un troisième où l’on trouve une ménagerie et un cabinet d'histoire naturelle; un quatrième qui s’est formé pour avoir seulement trois ou quatre bals et quatre soupers par hiver; un cinquième, c’est le club des patriciens où l’on trouve peu de journaux, mais plusieurs tables de jeu. Quelques-uns de ces clubs sont très-anciens et fort riches. Presque tous ont une maison à eux et un mobilier considérable. Chaque membre a le droit d'amener au bal ou au concert sa femme ou sa fille, et d’y introduire pour deux ou trois semaines un étranger. L'entrée en est absolument interdite aux habitants de la ville qui ne font pas partie du club.
Les personnes, qui n’ont pas le moyen de faire partie des clubs, s’en vont le soir avec leur femme et leurs enfants dans les établissements publics, où un orchestre presque aussi bruyant que celui de Musard, exécute avec une rare naïveté les nouveaux opéras, et où une troupe d'acteurs joue en hollandais les vaudevilles de Scribe. Toute la salle est pleine de chaises et de petites tables rangées symétriquement. D'un côté est le théâtre, et de l’autre on voit le buffet du restaurateur et du limonadier, la théière fumante, les larges tranches de veau ou de jambon, dont l’aspect seul amène sur les lèvres des Hollandais un indicible sourire de satisfaction. L’honnèête père de famille s’assied avec les siens à une table, prend comme un nabab, des mains de la servante, la longue pipe en terre qui se donne partout gratis dans les plus beaux cafés comme dans les dernières tavernes; puis il commence son souper, il regarde, ilécoute, il boit et il fume.
Dans les environs de Dordrecht, de Gorcum, de Schoonhoven, et le long dela til Meuse, les deux sexes sont, en are d’une taille moyenne et d’une santé robuste; il y en a même un assez grand nombre de haute taille. Les hommes y ont les épaules larges et les jambes bien fournies. Tous les habitants ont la peau blanche et belle, et quoiqu'il y ait, ainsi qu'ailleurs, des blondes parmi les femmes, on peut dire néanmoins que les brunes y sont en plus grand nombre. Elles ont aussi, en général, l'œil bleu tirant sur le brun, et leur taille est plutôt grande que petite. Le long de la Meuse, et de l’autre côté de cette rivière jusqu’à Rotterdam, les hommes sont d’une taille moyenne. Ils ont les yeux d’un gros bleu et enfoncés dans la tête, avec un regard assuré, quoique doux et modeste, qui ne laisse apercevoir aucun signe de haine, d’astuce ni d'envie, Leurs membres sont robustes et leurs jambes grosses , principalement celles des marins. Les femmes y sont gracieuses; elles ont les hanches larges, le sein assez gros, et un air de santé. Leur peau est blanche et de la plus belle carnation:
Les hommes du côté de la Gueldre et d'Utrecht ont les yeux bleus, mêlés de brun, vifs, brillants, et offrent un regard fier sous des paupières épaisses. Ils ont les lèvres
grosses, une grande bouche, des joues charnues, le nez bien fait, droit et rond du côté des narines, le front découvert et le contour du visage ovale. Leurs cheveux sont chà-. tains et bouclés; on en trouve aussi beaucoup de noirs. Ils sont taciturnes et d’une humeur querelleuse. Pour la moindre chose ils en viennent aux mains; et c’est dans ces cantons qu'on affectionne surtout le combat du couteau, particulièrement du côté de Woerden. Ils n'aiment pas les étrangers, et se méfient même des habitants des villes ; ils sont néanmoins affables entre eux, Impétueux dans leurs passions, quand ils aiment , ils s’abandonnent facilement à la jalousie, quoique d’ailleurs ils soient naturellement froids et indifférents. Les femmes ont la tête ronde et bien faite, les joues potelées ; leurs yeux d’un bleu foncé ont le regard fort doux. Leurs lèvres sont aussi un peu épaisses, mais vermeilles, et d'une forte agréable. La plupart sont blondes, ou d’un châtain clair, et ont le teint frais et brillant. Quoiqu'’elles allaitent leurs enfants, leur sein conserve néanmoins toute sa fermeté et toute son élasticité.
Dans la plupart des provinces de la Hollande, les mœurs sont restées ce qu’elles étaient jadis. Certaines coutumes sont trop curieuses pour que nous puissions nous abstenir d’en parler.
Le jeune homme qui a fixé son choix demande aux parents de la fille de la voir et de lui faire sa cour. Une réponse favorable à cette demande est ordinairement suivie, dans le sud, d’un mariage; ce qui n’a pas toujourslieu dans le nord. Les parents donnent un repas de famille, où l’on établit tous les articles du contrat. L'époque des fiançailles arrêtée, on le fait savoir aux parents et amis, soit par des billets, soit de vive voix. Au jour marqué, la fiancée, conduite par sa mère, et le fiancé, accompagné de son père, se rendent avec les plus proches parents à la maison de ville, où le magistrat fait aux futurs époux quelques questions d'usage, et les inscrit sur les registres des fiançailles.
Après cette cérémonie vient la publication des bans, qui pour les personnes de la religion dominante se font dans l’église, et pour celles des autres religions, au perron de l’hôtel de ville, pendant trois dimanches consécutifs.
Les fiancés se font mutuellement des présents; c’est ce qu’on appelle se donner promesse de mariage. Le premier dimanche de la publication, les jeunes habitants des deux sexes se rendent à la maison des fiancés, pour les complimenter; ils y sont régalés avec du thé et du vin ou de la bière. Ordinairement le fiancé fait aussi un présent en argent à cette assemblée, qui va le dépenser dans quelque cabaret voisin.
Pendant le temps de la publication des bans, les deux familles se donbns mutuellement des repas, auxquels on invite aussi les meilleurs amis. Ces repas sont accompagnés de certaines cérémonies et de certains honneurs qu’on rend aux fiancés; tels que des arcs de triomphe pour les personnes en place, et des couronnes nuptiales pour les particuliers, avec quelque emblème relatif au sujet. Mais lorsque l’un des futurs époux a eu quelque aventure galante, ou qu'il a eu un enfant naturel avant le mariage, on attache à leur porte des couronnes ou des poupées de paille ; de même que dans certaines villes , on jette devant la porte de ces personnes de la paille hachée, Si le fiancé ou la fiancée d’un village ont été enlevés à quelque autre personne qui l'aimait, on sème de l'herbe, du sable ou de la paille hachée depuis une maison jusqu’à l’autre.
Un jour ou deux avant celui du mariage, les paranymphes et les autres convives s’assemblent pour orner la table des noces avec des fleurs et des guirlandes de pervenches ou liseron, sur les feuilles duquel on a appliqué de l'or en feuilles et de la canetille; c'est ce qu’on appelle en hollandais nouer Le liseron.
Le jour de la célébration du mariage, la fiancée est habillée par ses paranymphes : elle porte au côté gauche un bouquet de fleurs, où les chiffres des futurs époux se trouvent entrelacés d’une manière ingénieuse. Les paranymphes la conduisent hors de
la maison jusqu ’au delà du perron, lequel se trouve jonché de fleurs et de liseron, dont on orne aussi quelquefois la porte. Un jeune homme et une jeune fille marchent devant
les fiancés, pendant quelques pas, en jetant des fleurs sur leur passage; après quoi la
fille renverse ordinairement le ‘panier par-dessus sa tête, pour suivre avec son cavalier
les fiancés à l’église. Cette même cérémonie se répète en rentrant dans la maison. :
Les gens de la campagne mettent encore beaucoup d'appareil dans leur marche à l'église, soit en barque, soit en voiture, suivant la situation du lieu. Si c’est par eau, le mât de la barque est orné d’une couronne de verdure et de banderolles de toutes couleurs; par terre, ils se servent de leurs cabriolets, dont les chevaux, ainsi que le fouet, sont ornés de rubans. En revenant, ils se rendent chez eux, après avoir fait quelques tours, et l’on ferme aussitôt les portes de la maison pour commencer la fête. Tout est de nouveau orné de rubans, jusqu’à la pipe du nouveau marié, qu'ordinairement il conserve précieusement toute sa vie. Après avoir passé une ou deux heures à famer et à boire du thé et du café, la compagnie va faire , à pied, une promenade dans le village. Ce sont presque toujours les nouveaux époux qui ouvrent la marche, et le reste de la compagnie les suit deux à deux : les hommes en fumant, et les femmes en tenant une branche de fleurs à la main. La promenade finie, on se rend dans la maison où doit se faire le repas de noce, qui est suivi d’un bal. Vers le milieu du bal, on enlève, comme par force, la mariée, qui n’est rendue à son époux qu'à COndUDR qu'il débi cr une seconde fête : c’est ce qu’on appelle vendre la mariée.
Celle-ci est ensuite conduite dans la chambre nuptiale, par les paranymphes, pendant que les jeunes gens font des efforts pour lui arracher quelque ruban ou sa jarretière même. Celui qui a ce bonheur est le roi du bal, et porte cette jarrelière autour de la jambe pendant le reste de la fête; mais s’il a une amie, il lui en fait présent, comme un heureux présage de leur prochaine union. Le reste de la compagnie prend des fleurs et du liseron pour s’en orner le chapeau ou l'habit.
Le lendemain matin, la mère de la mariée, accompagnée d’une domestique et de la paranymphe, se rend à la chambre à coucher. Lorsque l'épouse en a ouvert la porte, sa mère ct la paranymphe lui font quelque compliment; tandis que la servante offre au nouveau marié une cuvette avec de l’eau et une serviette; soin que celui-ci récompense par un cadeau : c’est ce qu’on nomme présenter l’eau du matin, et recevoir le don nuptial. Ensuite les époux reçoivent la visite des convives et leurs présents de noce. Dans certains endroits, l’on sert du vin ou de l’eau-de-vie, et l’on joint ordinairement aux présents une jatie de crème et du beurre frais.
Lorsqu'une femme mariée s'aperçoit qu’elle est enceinte, elle le déclare à son mari et à sa mère, et en leur absence, à une tante ou à quelque amie mariée, jusqu’à ce que les signes extérieurs rendent publique sa grossesse. Il est d'usage en Hollande qu'aux repas et assemblées on salue la femme enceinte en buvant à la santé de l’enfant qu’elle porte, ce qu’on appelle communément « boire à la santé du petit Jean de la cave » (Hansje in de kelder). On souscrit avec un empressement singulier à tous Les désirs que peuvent former les femmes pendant leur grossesse, et cette déférence générale pour celles qui se trouvent dans cet état, vient sans doute de l'amour que les Hollandais ont pour leurs enfants ; peut-être aussi doit-on l’attribuer à l’idée qu’on a qu’une envie qui n’a pas été satisfaite, peut influer, par la force de l'imagination de la mère, sur la conformation de l'enfant; idée qui est généralement admise par les habitans de ce pays. Les hommes portent cerespect fort loin, et c’est peut-être cette soumission à. ses volontés, qui, dégénérée en habitude, a fait dire aux étrangers qu’en Hollande c’est la femme qui porte les culottes, pour signifier qu’elle y est la maîtresse absolue.
C’est ordinairement au septième mois de la grossesse qu’on choisit des parrains pour
l'enfant à naître, et qu’on arrête la sage-femme et la garde auxquelles on donne des arrhes. Ce sont presque toujours les père et mère de l’époux que l’on choisit pour parrains du premier enfant. Aux secondes couches, la mère de l'enfant a le droit de nommer ses parents à cetle cérémonie , et pour les enfants qui viennent à naître ensuite on prend d’autres parents ou des amis pour parrains. Parmi les gens de la campagne , à la mort du père et de la mère, les parrains prennent de leur filleul le même soin que ceux-ci auraient pu en avoir eux-mêmes.
Dès que la mère est délivrée, on remet l'enfant entre les mains de sa grand-mère, ou de quelque autre proche parente, qui récompense cette attention par un présent. Ensuite les femmes présentes examinent attentivement si la couche a été bien faite et sans accident. Lorsque l’enfant a été emmailloté, la sage-femme le donne au père, qui lui fait également un présent, et montre à l'assemblée le nouveau-né, qu’il porte ensuite au lit de la mère, où les deux époux lui donnent conjointement leur bénédiction. Cet acte de piété accompli on fait entrer dans la chambre les autres enfants de la famille ,s’il y en a, pour leur présenter leur nouveau frère ou leur nouvelle sœur; et sur la demande ordinaire qu’ils font, d’où leur vient cette sœur ou ce frère, on leur répond que la mère a été la prendre sous un chou de quelque jardin potager, ou qu’elle a été le chercher avec un bateau.
Lorsque l’intérieur de la maison se trouve un peu rangé, le père du nouveau-né en fait savoir la naissance aux parents, "aux amis et aux voisins, qui pendant neuf jours ne manquent pas de s'informer de la santé de la mère et de l'enfant. Durant ce temps on a soin de faire envelopper la sonnette, ou le marteau de la porte, afin de prévenir le moindre bruit qui pourrait troubler le repos de l’accouchée.
Dans certains endroits de la Hollande, on attache aux portes des maisons où il y a une femme en couche, une petite planche couverte d’une pièce d’étoffe de soie, couleur de rose, par-dessus laquelle il y a une dentelle plissée aux quatre coins en forme d’éventail. On place sous cette dentelle un morceau de papier blanc, qui couvre à peu près la moitié de cette planche. Ce papier qu'on peut ôter à volonté, y reste quand le nouveau né est une fille; mais si c’est un garçon, on le retire de dessous la dentelle pour laisser voir en entier l’étoffe couleur de rose. Chez les pauvres on se contente d’envelopper d’un ruban blanc le loquet de la porte. |
En Hollande les délassements qui remplacent les premiers amusements de l'enfance, sont ceux de faire l'exercice, de tirer au blanc et à l’oiseau.
Les Hollandais ont encore d’autres jeux, entre autres celui qui consiste à pendre une oie, par les pattes, à une corde tendue sur un grand chemin. La tête de l'oiseau, qui est enduite de graisse et de savon, se trouve à une hauteur queles joueurs placés sur un chariot peuvent atteindre de la main. Lorsque les rangs sont marqués, un conducteur fait passer le chariot au grand galop dessous la corde à laquelle l’oie est suspendue. Alors le coureur tâche de saisir la tête de l'animal et de l’arracher; et tandis qu’il fait cet effort, le chariot s’élance de dessous lui; de sorte qu’il tombe souvent assez rudement par terre. Celui qui de cette manière parvient à se rendre maitre de la tête de l’oie, est déclaré vainqueur. Ce même exercice se fait sur l’eau avec des batelets conduits par des rameurs vigoureux et agiles.
L'art d’aller à patins est porté en Hollande, à un si haut degré de perfection, qu’il fait l’étonnement de tous les étrangers ; et, en effet, l’on ne peut qu'être surpris, de voir l’agilité et la hardiesse avec laquelle un patineur fait, en une heure de temps, trois ou quatres lieues de chemin. Les habitants de chaque canton ont une manière particulière d'aller à patins. Les Hollandais en général se dislinguent par l’aisance et la grâce avec lesquelles ils penchent leur corps en dehors, ee qui offre le spectacle le
plus singulier que puissent donner les lois de la pondération, On en voit qui, à chaque tour ou à chaque coup de patin, forment une portion de cercle de trois ou quatre toises; d’autres tracent toutes sortes de traits, de chiffres ou de caractères avec le derrière de leur patin. | |
IL nous reste à parler des jeux nautiques qui sont en usage en Hollande; il n’y a presque pas de village situé sur Le bord ou près de quelque lac ou rivière, où l’on ne s'amuse, au moins une fois par an, à se disputer l'honneur d’être le plus habile à conduire une barque à voile; à cet effet, on se sert de chaloupes légères. Au jour marqué, les concurrents se plaçent le long d’un quai, suivant le rang qui leur est échu par le sort. Au signal donné, il est permis à chacun de donner un coup de perche pour s'éloigner du rivage, et aussitôt on hisse la voile, et chacun cherche à prendre l’avantage du vent, sans qu’il soit permis d’user de ruse. Celui qui aborde le premier à l’endroit indiqué remporte le prix, qui consiste ordinairement en un pavillon que donne l'hôte de l'auberge, chez qui la compagnie s’assemble. Les habitants des bords du Zaau, du lac de Harlem, de l’Y et de la Meuse se distinguent, surtout par leur adresse, dans ces sortes de jeux. Dans d’autres endroits on se dispute le prix a force de rames.
La Frise est la province la plus curieuse de tout le royaume. Là il y a une langue à part; une poésie naïve et originale, des traditions anciennes et des mœurs qui ont un caractère primitif. Les hommes sont généralement grands et forts. Les femmes ont la taille élancée, les cheveux blonds et abondants, les yeux d’un bleu limpide. Elles sont renommées dans toute la Hollande pour leur beauté. Elles portent une courte mantille qui dessine élégamment leur taille; un léger bonnet couvre le sommet de leur tête, retombe sur leur col, et deux larges lames d’or leur ceignent les tempes. Les plus riches y ajoutent un diadème en perles ou en diamants. Il y a de simples paysannes qui, le dimanche, portent ainsi à l’église une parure de la valeur de 1,800 ou 2,000 francs. Les plus pauvres tiennent beaucoup à porter aussi cette parure. Elles font pendant plusieurs années des économies sur leurs gages dans le but d'acheter d’abord un bandeau en argent, et puis de l’échanger plus tard contre un bandeau en or. A voir toute cette belle race de la Frise, ces hommes à figure mâle, aux formes robustes, ces femmes avec leur démarche à la fois noble et gracieuse, et leur diadème au front, on comprend qu’il y ait en eux un profond sentiment d’orgueil national.
LEEUWARDEN, capitale de la Frise, est une ville de dix-huit mille âmes, elle est régulière, élégante et bien bâtie,
DRENTHE, est la province la plus triste, la plus aride de la Hollande, on n’y aperçoit que des bruyères incultes ou des marais. La tourbe et le produit de quelques bateaux, telles sont les ressources de cette malheureuse province, qui, du reste, est à peine peuplée. | |
ASsEN, qui en est la capitale, ressemble à un village, et de loin en loin on ne rencontre que de pauvres cabanes où l’on ne distingue même plus aucune trace de propreté hollandaise.
Nous nommerons les villes les plus importantes de la Hollande :
AuSTERDAM, est la cité principale de toute la monarchie ; elle a un port formé par l’Ye ou Y. L'Amstel, petite rivière, la divise en deux parties, entrecoupées par beaucoup de canaux, qui forment 90 îles communiquant entre elles par 290 ponts, les unsenpierre, les autres en bois. Les rues, presque toutes alignées au bord des canaux, sont bien payées, garnies de trottoirs,et la nuit, convenablement éclairées ; les deux plus belles appelées le Hecren-Gracht, et le Keisers-Gracht, au centre de la ville, sont magnifiques et d’une longueur cosidérable. Rien n’égale leur richesse ; mais ce ne sont pas, dit un écrivain élégant, comme dans les villes d'Italie, des palais qui en font l’ornement ; les maisons,
AR CCASISS
VI7IEAZ PAR