GUERRIER CAFRE
Le droit du plus fort ne règne pas chez les Cafres ; il n’est permis à personne d’être son propre juge; le cas excepté où un homme surprend sa femme en adultère. Malheureusement l'exemple de la corruption européenne exerce déjà une influence funeste sur les mœurs de ce peuple pasteur. L’arrogance des colons, les fraudes commises dans le trafic, l'abus de la force, joints aux instigations de quelques mauvais sujets de la colonie et à celles des Hottentots révoltés, ont amené des guerres désastreuses entre les Cafres et les colons; guerres qui ont laissé un ressentiment profond et funeste : cependant rien de plus facile que de traiter avec ces peuples, en invoquant leur équité naturelle.
Un sentiment universel de bienveillance unit tous les Cafres, et chaque individu considère le tort fait à un autre comme s’il était fait à lui-même; ils s’entr’aident dans le besoin avec un dévouement sans bornes. Quoique très-intéressés, ils mettent la plus grande bonne foi dans le commerce. L’hospitalité est à leurs yeux un devoir sacré qu’ils s’empressent de remplir avec la plus aimable prévenance : tout étranger est accueilli et fêté; on va, dit-on, jusqu’à lui donner une compagne pour la nuit.
Le costume des Cafres consiste en peaux d'animaux, préparées et tannées de manière à conserver le moelleux de la fourrure et sa souplesse. La peau d’un bœuf ou d’une vache, coupée dans une certaine forme consacrée, forme l'ingoubo ou carosse, manteau à la grecque qui flotte sur les épaules et que portent tous les Cafres. Les chefs et les princes ont des peaux de léopard et de panthère destinées au même usage; mais ils confient ordinairement ces belles dépouilles au soin d’un domestique qui porte à la main le manteau royal de son maître, dont les épaules sont simplement couvertes de l'ingoubo ordinaire. Autrefois on portait aussi, dans certaines occasions, quand il fallait jeter bas l’ingoubo, une espèce de petit tablier; mais cette coutume a été abandonnée comme trop féminine. Le Cafre pense qu’il doit se présenter debout et nu à son ennemi ; il n’attache aucune idée de décence ou d’indécence à la nudité entière ; il doit se montrer à son adversaire, sans voile, sans armure, sans défense. C’est une sorte d’héroïsme qui lui fait reléguer parmi les femmes jusqu'à ce petit tablier qu'ont eu soin de conserver cependant quelques tribus de l'Afrique intérieure.
L'aspect d’un Cafre dans son costume de guerre offre quelque chose de sauvage et de singulier; son carosse ou manteau est jeté de côté pour qu'il ne gêne pas ses mouvements. Son bouclier, formé d’un cuir très-fort et taillé en forme ovale, est suspendu à son bras gauche, tandis qu’il porte dans la main droite un faisceau de cinq zagaies. Deux plumes grises de grue, attachées par une lanière de cuir, lui ceignent la tête.
La vie du Cafre est une vie d’indolence parfaite ou d'exercice violent. La culture est abandonnée aux femmes, à qui l'entrée du kraal est expressément interdite. Les hommes seuls peuvent traire les bestiaux. Armés d’une seule zagaie, les Cafres attaquent l’éléphant et l'hippopotame; mais rien ne pourra les forcer à cet exercice; ils resteront des heures entières autour du feu, écoutant les fables de leurs conteurs.
L’habillement des femmes cafres est plus compliqué, plus modeste et plus gracieux que celui des hommes. Elles portent aussi l’ingoubo, dont le collet est enrichi par derrière d’une espèce de queue ou de basque, ornée de plusieurs rangées de boutons. Leur poitrine ést couverte de l’imbeka, espèce de gorgeret de cuir souple, que l'étiquette leur défend de déposer, excepté lorsqu'elles allaitent ou qu’elles sont malades. Un petit tablier de cuir, appelé kaïo, et l’ipouri, coiffure singulière, sont encore indispensables. L’ipouri est une espèce de casque ou de turban, formé avec la peau de l’antilope bleue, dont le nom est ipouri chez les indigènes. Des grains de verroterie blanche et bleue y sont disposés, non pas selon le caprice ou la fantaisie des femmes, mais bien d'après un modèle dont il n'est pas permis de s'éloigner. Les couleurs bleue et blanche dont ces bonnets sont nuancés s’harmonisent fort bien avec le teint bronzé de ces femmes.
Les femmes cafres sont traitées comme des esclaves; ce sont elles qui chargent les bœufs, Les attèlent, les nourrissent; ce sont encore elles qui font des paniers, des tapis et de la faïence grossière pour l’usage de la maison; qui cultivent la terre, qui béchent, qui hersent, qui défrichent, qui moissonnent; et cependant, malgré toutes ces diverses occupations, elles ont trouvé le moyen d’être encore coquettes à leur manière. Elles portent des bracelets d'ivoire, qui distinguent les femmes de la haute classe des femmes du peuple; des anneaux de cuivre et de fer pour le cou-de-pied et les bras ; des boucles d'oreilles de verre et de cuivre, des festons de petits coquillages; enfin des colliers de verroterie, dont le nombre est souvent considérable. C’est surtout du grand nombre de ces colliers que la femme cafre tire vanité; il n’est pas rare d’en trouver qui en portent jasqu’à cent cinquante. Tous les devoirs domestiques leur sont dévolus; et, comme nous l’avons dit, elles laissent aux hommes la chasse, la guerre et le soin des troupeaux.
Il règne beaucoup d'ordre dans les ménages. La pluralité des femmes est permise, mais il n’y a que les gens aisés qui en prennent deux, et rarement davantage. Les femmes en général sont très-fécondes; cependant on trouve le plus d'enfants chez celles qui ne partagent pas la possession de leur mari avec une autre, et la polygamie n’y favorise pas la population autant qu’on pourrait le croire. Le bétail tient lieu de tout au Cafre; il est, pour ainsi dire, l'unique objet de ses pensées et de ses affections. Ce sont les vrais Arcadiens de Théocrite. Quelquefois le beuglement particulier d'une vache a quelque chose de si flatteur pour l'oreille d’un Cafre, qu’il n’a pas de repos qu’il n’en ait fait l’acquisition, et que, pour l'avoir, il la paye beaucoup au-dessus de sa valeur. Aussi le chien le mieux dressé n’obéit-il pas plus ponctuellement à son maitre que les bêtes à cornes n’obéissent, chez les Cafres, à la voix de leur conducteur. Un coup de sifflet arrête soudain un nombreux troupeau de bœufs; un autre coup de sifflet suffit pour les remettre en mouvement.
Les Cafres habilent des espèces de huites qu’ils nomment inhbous; ce sont de véri- Lables tanières, moins bien construites que celles des autres tribus de l’intérieur, et particulièrement que les chaumières des Betjouanas. Des branches d'arbres sont plantées en terre par un bout; les extrémités supérieures se rapprochent à peu près comme le couronnement d’une ruche. Point de cheminée ni de fenêtre. Un homme un peu grand ne peut s’y tenir debout. Une douzaine de ces cabanes, dont les plus larges et les plus longues ont quinze pieds de profondeur, tandis que d’autres n’en ont que six, réunies et groupées forment un oumzi ou village. L'emplacement de cet oumzi est généralement choisi pour produire un effet pittoresque. La hutte des chefs ne diffère aucunement de celles des indigènes; seulement une queue d’éléphant est suspendue à l'entrée de son kraal, que quelques auteurs appellent oubouhlanti; c’est une espèce de place, de lieu de réunion, et destiné aussi à parquer les troupeaux. Le Cafre attache surtout beaucoup d'importance à la bonne situation et à la commodité de cet oubouhlanti. Vivant très-peu dans son intérieur, et ne se réfugiant dans ce trou, qu’il appelle sa hutte, que peudant la nuit et le mauvais temps, il préfère un beau soleil et un air pur et chaud qui l'appellent dans les vallées et dans les bois. C’est là qu’il soigne ses troupeaux qui font sa seule richesse.
La nourriture des Cafres est très-simple; ils font cailler du lait dans des sacs de cuir noirs et sales, que les Européens ne peuvent regarder sans dégoût, et qui soir et matin sont attachés au pis de la vache; cet aliment, qu’ils nomment amuraz, est leur grande ressource en tout temps; le lait, dans son état naturel, est réservé aux enfants. Ils mêlent au lait caillé la farine d’une espèce de millet ou blé de Guinée appelé amazimbre par les Gafres, et mabali (bouilli} par les Betjouanas. On sert ce mets dans de petits
paniers où chaque convive plonge ses doigts ; quelquefois on en fait une sorte de potage et on le détrempe avec du lait; d’autres fois aussi on le fait cuire sur des charbons à la manière des anciens Grecs, et on le sert sous la forme de gâteau. Le maïs et quelques légumes servent encore à la nourriture des Cafres, qui n’en font jamais provision, et qui se contentent de rôtir le maïs et de le manger tant qu’il est sur l’épi. Ils mêlent souvent à leur potage de millet une liqueur qu'ils tirent d’une espèce de canne à sucre nommée imfe, et dont le goût est fort agréable. Rarement ils mangent de la viande. Ce peuple, l’un des plus robustes de la terre, est très-sobre; il se contente d’un repas par jour, etny ajoute qu'une lasse de lait. Gomme les Arabes, ils ont leurs préjugés sur le choix des aliments; ils repoussent avec dégout le poisson, la volaille, les œufs et la chair de porc, qu'ils regardent comme immondes. Dans leurs jours de fête, ils boivent avec excès d’une boisson fermentée, qu'ils font avec du miel, quand les vaches ont beaucoup produit, et qui est la seule liqueur spiritueuse qu'ils fabriquent.
Les Cafres ne manquent pas d'adresse et d'habileté industrielle; ils ne savent pas fondre le fer; mais une fois qu'ils sont en possession de la matière première, ils la faconnent à leur gré avec un fragment de rocher pour enclume, et une pierre pour marteau. Ils fabriquent ainsi des bracelets, des chaînes, des haches, des épées et des fers de lance. |
Outre les zagaies dont nous avons parlé plus haut, et qu'ils lancent à soixante ou soixante et dix pas, en leur imprimant un mouvement de vibration qui en augmente la vélocité, les Cafres emploient encore à la guerre une massue courte et noueuse qui sert tantôt à repousser le trait que l'ennemi vient de lancer, tantôt à le frapper lui-même. Malgré ces armes, leurs guerres, en général, sont peu sanglantes; le vol d’une pièce de bétail peut être suivi de représailles ; mais après Le jet de quelques lances, une ou deux blessures peu graves terminent le combat. Pourtant quelques tribus, entre autres les Zoulous et les Mantaties, sont beaucoup plus féroces; elles se forment en bataillons serrés, et se précipitent, la zagaie et la massue à la main, sur le village condamné, en détruisant tout sur leur passage.
Pays Des BerIouanas. — Les BETIouANAS sont moins élancés que les Cafres, mais leurs formes sont plus élégantes. Ils sont bruns et ont quelque chose de la physionomie des Hottentots. Leur langue est sonore, riche et accentuée. Ils mangent la chair des animaux tués à la chasse, et ont le poisson en horreur.
Les Betjouanas sont avides d'instruction, ils accablent les étrangers de questions, et les importunent souvent par l’excès de leur curiosité. Pour mieux examiner, ils touchent à tout ce qui leur est nouveau, et, pour peu qu’un objet leur convienne, ils le demandent; mais un refus ne les offense pas. La facilité de leur mémoire se manifeste par la promptitude avec laquelle ils retiennent toutes les dénominations hollandaises, et même des phrases entières, qu’ils prononcent beaucoup mieux que les Hottentots nés dans la colonie. Beaucoup plus éloignés de l’état de nature que les Cafres, ils connaissent l'art de la dissimulation, et savent ménager avec adresse leurs intérêts personnels. Remuants et toujours actifs, même sans occupation déterminée, ils ne dorment jamais le jour; en temps de pleine lune, ils passent même souvent les nuits à danser et à chanter. Très-bornés dans leurs appétits, ils s’endurcissent à la fatigue, en courant des jours entiers sans prendre d’autre nourriture que celle qui s'offre sous leurs pas dans les plaines incultes et découvertes de quelques contrées arides. Chez eux, ils vivent communément de lait caillé. La cendre dans laquelle ils rôtissent les viandes remplace le sel, dont leur pays manque absolument. Ce n’est qu’au dernier besoin qu’ils boivent de l’eau ; ils ne s’en servent pas non plus pour se laver. Ils ignorent l’art que possèdent
les Cafres d'extraire des grains une boisson fermentée; mais le vin et l’eau-de-vie, présentés par les Européens, les ont sur-le-champ séduits. L’emploi de certaines herbes en fumée ou en poudre leur était familier longtemps avant l’arrivée des Européens; aussi ils ont conservé au tabac le nom particulier de montiouko, tandis que les tribus hottentotes, qui fument également des herbes sauvages, notamment du dakha (phlomus leonuris), ont adopté dans leur langue le mot estropié fwak.
Pour travailler l’ivoire, ils le mettent amollir dans du lait, et le taillent ensuite péniblement avec le couteau. Ils paraissent posséder l’art de faire du fil d’archal; car le fil fin de cuivre qu'ils entortillent très-ingénieusement autour d’une mèche de queue de girafe pour faire leurs bracelets, est d’un métal tout particulier, et cette sorte de marchandise n’entre point dans les objets d'échange qui composent les pacotilles des vaisseaux européens destinés au commerce d'Afrique.
La construction de leurs maisons et des enclos de leurs étables les distingue surtout avantageusement des autres peuples de l'Afrique méridionale; mais les femmes seules en ont le mérite. La forme de ces maisons est généralement circulaire; la distribution des parties paraît varier selon les localités et les saisons : l’intérieur en est clair, frais et bien aéré. La poterie forme un autre genre d'industrie réservé aux femmes : elles y emploient la même argile ferrugineuse mêlée de mica, qui leur sert pour s’enduire le corps. Les pots, d’une forme exactement hémisphérique et sans pieds, sont très-forts malgré leur peu d'épaisseur. Elles font aussi des cruches qui ont le cou très-étroit et dans lesquelles le lait se conserve longtemps frais. Les Betjouanas montrent encore beaucoup d'intelligence dans le métier de forgeron. Leurs instruments sont des marteaux et des tenäilles de la même forme que les nôtres, seulement un peu plus grossiers; une grande pierre leur sert d’enclume. Ils savent aussi tremper le fer. L'écorce de plusieurs arbres et les filaments de quelques espèces de joncs leur fournissent de quoi faire des ficelles très-fortes. L'art avec lequel ils taillent des figures sur les gaines de leurs couteaux, qu’ils portent au cou, sur leurs hassagaies, sur leurs cuillers et autres ustensiles de bois, prouve qu’ils ne manquent pas de dispositions pour la sculpture. |
Lorsqu'un jeune homme songe à s'établir, il achète une femme moyennant une douzaine de bœufs; celle-ci est obligée de bâtir elle-même une maison et une étable entourées d’un enclos. Ils peuvent avoir autant d’épouses qu'ils le désirent; ce sont elles qui, assistées d'esclaves pris dans la guerre, font tous les travaux agricoles.
Le vêtement des Betjouanas est fait de peaux d'animaux tannées; leurs ornements se composent d’anneaux de cuivre jaune, qu’ils suspendent à leurs oreilles; de bracelets de même métal, et de grands anneaux d'ivoire qu’ils mettent à la partie inférieure du bras.
Les Betjouanas ont pour armes une hassagaie qui diffère peu de celle des Cafres, et une massue. Depuis quelques années, ils se servent aussi contre les Boschismans des mêmes flèches empoisonnées qu’ils enlèvent à ces implacables brigands, car ils ne savent pas les faire. La population, au lieu de diminuer par les fréquentes guerres, s'accroît chez les tribus victorieuses du nombre des femmes ennemfes qu’on emmène prisonnières, ainsi que les enfants en bas âge. Sans avoir aucune connaissance de la traite des esclaves, les Betjouanas semblent déjà deviner les avantages qu’ils pourraient retirer de la vente de leurs prisonniers; et en plusieurs circonstances, ils ont offert aux voyageurs qui les ont visités, d'échanger des enfants de dix ans contre des moutons ou d’autres animaux domestiques.
Les Betjouanas se distinguent de tous les peuples situés dans leur voisinage, par la douceur de leur caractère, leur industrie et leur probité. Une constitution libre et
populaire leur garantit l'indépendance et la paix, et leur fournit, lorsque le besoin l'exige, le moyen de défendre leur liberté.
Les Borrolous, qui habitent au nord des Betjouanas, à dix journées de marche, ont de grandes villes; ils savent fondre le fer et le cuivre; ils sculptent avec art le bois et l’ivoire ; leur sol fertile est ombragé d’arbres et arrosé de rivières.
Les Machäous et les Maroutzis habitent probablement l’intérieur des terres aux derniers postes portugais du Monomotapa, car c’est d’après leurs relations avec eux que les autres Betjouanas ont eu la première connaissance d'hommes blancs.
Les Machäous mangent avec délices toute espèce d'animaux, même en putréfaction; ils divisent le temps par nuits et non par jours. Les Maroutzis se barbouillent le corps d'argile blanche, depuis les pieds jusqu’à la tête; ils se couvrent les épaules de peaux de panthère, et se coiffent d'un turban fait de peau de sanglier. Ce sont ces derniers qui fournissent aux autres tribus de Betjouanas les aiguilles, couteaux, bracelets de fer et de cuivre, et les boucles d’oreilles que les voyageurs ont été si étonnés de trouver chez ces indigènes. Ils tirent le métal d’une chaîne de montagnes qui les sépare des Moukhourouüzis, lesquels forment encore une des tribus du Betjouana.
Ces diverses peuplades sont soumises à des chefs particuliers qui se font souvent la guerre. Ils sont unis par les mœurs, les habitudes et le langage. Les Betjouanas sont grands voyageurs, ce qui fait qu’ils se connaissent très-bien. Les fils de famille, et particulièrement ceux des chefs qui prétendent à la succession, sont tenus de faire des courses lointaines pour former des liaisons d'amitié et des alliances utiles à leur tribu respective en cas de coalition avec les autres. |
Le Sofala était le nom d’un royaume situé près de la côte, et qui n'existe plus aujourd'hui. Le roi de Sofala se faisait précéder par quatre cents bourreaux, et quatre ministres parcouraient tous les ans le royaume, l’un représentant la personne du monarque, le second ses yeux, le troisième sa bouche, et le dernier ses oreilles.
Le nom de Sofala en hébreu et en arabe veut dire pays bas. Le sol de la tribu qui porte actuellement ce nom est fertile, le climat tolérable. De nombreux récifs et bancs de sable font redouter les approches de la côte. On prétend que parmi les habitants il y à une race d'une taille gigantesque, qui livre ses prisonniers à une nation de l’intérieur pour être dévorés. Les habitants de la côte ont adopté en partie la langue arabe et le mahométisme. Ils ne savent pas teindre les étoffes de coton qu'ils fabriquent.
Le Monomorapa se trouve derrière le Sofala ; il est, comme ce dernier, arrosé par le Z'ambèxe ou Couama, l'un des grands fleuves de l'Afrique, qui se jette dans la mer par quatre embouchures ou branches. Les naturels disent que cette grande rivière sort d'un vaste lac, et reçoit son nom d’un village peu éloigné de l'endroit où il prend sa source. Le Zambèze inonde le pays comme le Nil, mais c’est dans le mois d'avril. En naviguant sur ce fleuve, il ne faut plonger dans l’eau ni le pied ni le bras, car on n’est pas sûr de l'en retirer sain et sauf, à cause de l’innombrable quantité de crocodiles qui s’y trouve. Le Monomotapa abonde en riz, en maïs, en fruits et en bestiaux ; il est cultivé le long des fleuves; mais le reste du terrain , quoique inculte, parait fertile, puisqu'on y trouve de vastes forêts peuplées d’éléphants, de rhinocéros, de bœufs sauvages appelés mérous, de tigres assez forts pour emporter un veau, de zèbres, d'antilopes et desinges. Les hippopotames et les tortues y parviennent à une énorme grosseur. Les Portugais établis dans ces contrées y ont élevé un petit nombre de bêtes à cornes; mais les chevaux ne peuvent pas y réussir.
Les mines d’or du Monomotapa consistent principalement en dépôts de transports ou d’alluvion, entrainés par les eaux du haut des terrasses que forment les montagnes qui entourent ce pays. Ces dépôts consistent en sables aurifères mêlés à une terre rou-
geàtre, que l'on exploite par le lavage. L’or y est en lingots ou en paillettes. On trouve aussi de ces mines dans le pays de Manica; on en ramasse même dans les champs et dans le sable des rivières. Au delà de ce dernier pays, dans la direction du sud, on n’a encore jusqu’à ce jour trouvé aucune trace d'or; mais le fer s'y montre assez abondamment. |
Les habitants du Monomotapa savent très-bien le travailler; ils en font des haches fort tranchantes, des piques et autres instruments domestiques. |
Le nom de Monomotapa désigne, suivant quelques voyageurs, le roi de Motapa; d’autres l’écrivent Béno-Motapa, ce qui paraït signifier en arabe, d’après une observation ingénieuse : « Les peuples de soldats mercenaires, » et n’être par conséquent qu’un appellatif donné à ces nations par les Arabes qui ont conquis les côtes maritimes. Quoi qu’il en soit, le souverain, qualifié d’empereur par les Portugais, étendait autrefois sa domination sur un grand nombre de vassaux. Par suite de guerres civiles, l’empire se parlagea, en 1759, en plusieurs petits États rivaux, où dominent les chefs de plusieurs peuples cafres : les SES les Cazembes, les Morizu’s, les Maravi’s, les Mongas et les WMerapou«’s.
Les Bororos habitent la partie nord de l’ancien Monomotapa. On les représente comme assez avancés en civilisation.
Les Cazembes sont peu connus. Ils sont gouvernés par un roi qui paraît être un des princes les plus puissants de l’ancien empire. Les soldats sont bien disciplinés; ils manœuvrent au moyen de signes; ils sont armés de lances et de couteaux courts, de forme oblongue, fabriqués dans le pays. Ils se couvrent de boucliers légers faits en écorce d’ tte! La capitale de ce petit royaume est entourée d’un fossé profond et d’une haie épaisse. Le pouvoir du roi est tellement absolu qu’il fixe les heures de repos de son peuple et celles de ses divertissements.
Les Morizw’s, qui sont limitrophes des précédents et leurs tributaires, sont paisibles, industrieux et commerçants.
Les Märavis sont possesseurs de la plus grande des divisions de l’ancien territoire impérial. Ils sont gouvernés par un chef qui prend le titre de quitero ou quitere, et qui passe pour un des plus puissants de cette contrée de l'Afrique. Sa résidence est à Zimbaoé ou Zimbao, l'ancienne capitale de l'empire. Le pays des Maravi’s abonde en fer dont ils fabriquent les instruments nécessaires à l’agriculture.
Les Mongas habitent la rive droite du Zambèze: ils sont très-belliqueux et n’ont jamais pu être soumis à l’empereur du Monomotapa.
Les Merapoua’s sont les moins connus de tous les peuples que nous venons de décrire; cependant ils ne sont pas moins importants que les Mongas.
Les habitants du Monomotapa vont presque nus, comme ceux de la côte d'ouest; ils sont très-superstitieux et croient aux enchantements et à la magie.
Le Jambara et le Mocanda sont à peu près inconnus et n’offrent rien de bien intéressant. Au nord de ce dernier pays se trouve le Mouloua, État puissant-et populeux où la civilisation a fait plus de progrès que dans le reste de l'Afrique orientale. Les habitants emploient pour se vêtir des produits de manufactures européennes apportés des comptoirs portugais; ils livrent aux Cussanges, situés dans leur voisinage, le cuivre que ceux-ci vendent aux Portugais. La capitale est appelée aussi Mouloua ; elle € est grande et propre.
Au nord de ce pays se trouvent les Monjous ou Mondjous, qui sont plus doux que la plupart de leurs voisins; ils entretiennent des relations commerciales avec Mozambique. Les Monjous sont une des plus laides races nègres de toute l’Afrique. Ils ont les pommettes saillantes, les Jèvres grosses et pendantes, les cheveux courts, laineux et crépus,
et la peau très-noire. Leurs armes, qu’ils empoisonnent, sont l'arc, la flèche et une courte lance. Chaque Monjou porte toujours sur lui de quoi faire du feu; leur appareil se compose de deux morceaux de bois noir qu’ils savent frotter de manière à les mettre en combustion en très-peu de temps. Ge peuple habite la pente méridionale des montagnes de Tégla et de Dyre.
“La Côte de Mozambique présente partout des récifs dangereux entremêlés d'un grand nombre d’ilots. Les rivières, quoique très-larges à leur dDUcu er ne viennent pas de loin ; elles ont leurs sources aux pieds d’une longue et haute chaîne de montagnes, qui doit son nom portugais de Picos Fragosos, qu’elle porte, aux pics dont elle est hérissée.
L’insalubrité qui règne à Mozambique a engagé les habitants à bâtir, au fond de la baie, l’agréable et vaste bourg de Mesuril ou Mossoril. Le palais du gouverneur s’élève majestueusement au-dessus d’une forêt de cocotiers, de mangoustiers et de cachous.
La ville de Mozambique avec ses habitants présente un mélange bizarre d’ usages européens, indiens et arabes. Les habitants de cette ville se divisent en deux classes principales : les Portugais et les descendants des cultivateurs indigènes; leur nombre est évalué à 300 personnes. On y trouve aussi des descendants des anciens Arabes, qui sont presque tous marins, et des Banians, c'est-à-dire des artisans et des marchands indiens qui travaillent les métaux et font le petit trafic comme les juifs; ces deux autres classes forment environ 800 personnes. Le reste de la population se compose de noirs affranchis et de mercenaires indigènes.
La colonie de Mozambique est administrée par un gouverneur, dont le conseil se compose de trois personnes : l’évêque, le commandant des troupes et le ministre.
La vie déréglée que mènent les Européens dans cette colonie fait chez eux autant de ravages que l’insalubrité du climat. On peut admettre que sur cent soldats européens il n’en reste que sept après les cinq ans qu’ils doivent y séjourner; il en est de même des fonctionnaires civils. On peut juger par là du triste état dans lequel se trouve cette colonie.
La principale nation sur cetle côte est celle des Makouas où Macouanas, peuple dont la peau est très-noire, et dont les femmes ressemblent un peu aux Hottentotes. Les Makouas ont, comme les Monjous, les lèvres grosses et pendantes, et sont généralement très-laids. Les femmes ont l’épine dorsale très-courbée, et la partie postérieure saillante presque autant que chez les Hottentotes. Les Makouas sont très-féroces dans l’état sauvage; esclaves, ils sont, au contraire, très-soumis; fidèles et braves lorsqu'on les emploie comme soldats. Ils se passent des anneaux dans le nez, et se liment les dents de manière à les rendre aussi aiguës que de grosses dents de scie; enfin ils se défigurent par de fortes incisions sur le front, le menton et le nez.
Les Makouas sont aussi robustes que les Cafres; comme ces derniers aussi ils sont toujours prêts à faire des excursions sur les possessions des Portugais, contre lesquels ils nourrissent une implacable haine.
Ces peuples ont pour armes des lances et des javelots avec des pointes empoisonnées; pourtant ils commencent à acheter des Arabes et des Portugais des mousquets et autres armes à feu. Ils s’en sont même déjà servis pour attaquer les Portugais de la péninsule de Caboreiro, qui ne purent leur résister qu'avec le secours d’autres Makouas de la côte et des troupes portugaises de Mozambique.
Les autres tribus de Makouas habitent les côtes, et, soumises autrefois aux Arabes, forment à présent trois petits États nègres dans le voisinage de Mozambique, et qui portent les noms de Quintagona, Süint-Coul et Serecma. Is sont soumis à des chefs connus sous le titre arabe de chetk, et placés sous la surintendance des Portugais.