OU CAFRERIE, MONOMOTAPA ET MOZAMBIQUE
Cette vaste contrée est divisée en quatre parties : la Cafrerie propre, le pays des Betjouanas, celui des Barrolous, et le Monomotapa. Elle a 295 lieues de largeur sur une longueur de plus du double.
CAFRERIE PROPRE.— La taille des Cafres * est haute; leur corps robuste, leurs proportions sont belles. Par la forme de leur tête et par leur physionomie, ils se rapprochent bien plus des Européens que des Hottentots, ou des nègres de l'Afrique occidentale; une chevelure laineuse, crépue et noire, ombrage un visage de couleur brune, mais dont le teint cuivré ne manque pas de transparence. Chez eux, rien de cette défiance, - de cette perfidie et de cette férocité cachée qui caractérisent les nations non civilisées. Leur abord est franc; il y a de la gaieté dans leurs mœurs, et quelque chose de noble, de généreux, d’ouvert dans leurs relations sociales. Les femmes, moins bien douées de la nature que les hommes, sont petites, ont le système musculaire plus développé, la taille plus courte et ramassée, les membres forts, la physionomie en général peu régulière, mais agréable et bienveillante. Lorsqu'elle n’a pas atteint l’âge de la caducité ou qu’elle n’est pas malade, la femme du Cafre est vive, aimable, riante; et, en général, les femmes cafres, les plus laides même, ont de très-belles dents.
Toutes ces femmes ont le dos, les bras et le milieu de la poitrine sillonnés de lignes parallèles à égale distance. Ces incisions, qui, dans leur opinion, servent à relever la beauté, se font en introduisant un poinçon, en guise de bistouri, sous l’épiderme qui se déchire à mesure que l’on relève l'instrument.
Les Cafres sont très-braves, et s’ils étaient unis, ils pourraient devenir fort dangereux pour leurs voisins. C’est à la chasse et à la guerre qu’il faut les voir déployer leur énergie. Ils y vont par troupes nombreuses; les filles nubiles et les femmes assistent même quelquefois à ces parties, qui durent jusqu’à deux ou trois mois. Pour forcer un lion, ils commencent par former un cercle autour de lui, et se rapprochent peu à peu du centre. L'animal blessé ne manque pas de se précipiter sur l’un des chasseurs, qui l'évite en se jetant subitement à terre, et en se couvrant de son bouclier; alors les autres accourent et percent l'animal de leurs zagaies. Le vainqueur rentre en triomphe dans son hameau. La chasse des éléphants est la plus pénible. Rarement les Cafres parviennent à les percer assez profondément pour rendre la blessure mortelle.
Le sentiment religieux est peu développé chez ces peuples; ils professent le fétichisme.
1 Ils se donnent à eux-mêmes le nom de Koussas. AFRIQUE. 15-16
Ils croient à un mystérieux rapport entre un Être dont ils ont une idée bien imparfaite et qui exprime sa colère par le tonnerre ou par une famine venue à la suite de la sécheresse, et un monde peuplé d’esprits. Ils croient à la sorcellerie et à l’apparition de la mort. Ils rendent aussi un culte à un bon génie, Tiko, qui a été métamorphosé par les missionnaires en Outiko (bon génie tout-puissant), nom qu'ils donnent à ce dieu qu’on leur enseigne maintenant, et que dans leur ignorance ils regardent plutôt comme leur ancien génie que comme le Dieu des chrétiens. Tikaloski, démon bizarre et invisible, du genre des farfadets et des sylphes, est, disent-ils, le mauvais génie des femmes; c’est lui qui les porte à troubler la paix du ménage, à se mal conduire et à oublier leurs maris. Quand un de ceux-ci croit avoir à se plaindre de sa femme, ilréunit. ses amis, et tous ensemble attaquent une hutte vide dans laquelle le démon Tikaloski est supposé résider, et, lorsqu'ils ont remporté une victoire facile, ils poussent des cris de joie et de triomphe. Ils pratiquent beaucoup de cérémonies superstitieuses; entre autres, ils immolent une génisse aux mânes d’un ancêtre que l’on veut rendre propice au mariage d’une jeune vierge. La circoncision est généralement adoptée chez les Cafres, sans qu'elle se mêle à aucun vestige d’islamisme. Quand arrive l’âge de puberté, les jeunes gens sont séparés de leurs camarades, vivent isolés pendant trois mois, et sont ensuite réunis dans une grande cérémonie où la circoncision est pratiquée. Les circoncis portent des vêtements fantastiques, bizarres, prononcent certaines paroles, et sont admis au nombre des guerriers. Les femmes, lorsqu'elles deviennent nubiles, subissent une cérémonie analogue.
Le christianisme n'a civilisé qu’imparfaitement ces régions presque ignorées. Tous les cadavres du bas peuple sont abandonnés à la dent des hyènes; ceux des chefs et de leurs femmes sont enterrés dans l’oumzi ou village. Les Cafres pensent en général que la présence de la mort est contagieuse. Malgré les efforts des missionnaires, les magiciens ont conservé leur pouvoir sur la nation. Quand un magicien accuse un individu qui possède une grande quantité de bestiaux, aucune preuve n’est nécessaire, aucune protestation d’innocence admise; l’accusé est attaché à terre avec une courroie, traîné par les pieds et par les bras, qui sont liés à des pieux; des pierres brü- Jantes sont posées sur lui, et des nids brisés de grosses fourmis noires et venimeuses placés sur les parties écorchées de son corps. Dans ces tortures, il avoue tout ce qu'on exige de lui; alors on lui intime de se défaire du pouvoir par lequel il fait le mal; il donne quelque chose, quoi que ce soit, un filde grains ou tout autre ornement ; ensuite il est mis à mort, ou il est banni de la tribu, et devient mendiant et vagabond.
Le gouvernement des Cafres est patriarcal, et ressemble à celui de toutes les hordes primitives. Le chef est héréditaire; mais le père a le droit de choisir parmi ses enfants celui qu’il veut pour successeur. Dans tous les cas, ce ne peut être que l’un des fils de sa première femme, qui appartient ordinairement à une autre tribu. Les nobles, l'aristocratie s'appellent amagapati (vieillards, sénateurs) ; ce sont toujours eux que l’on consulte dans les occasions difficiles, et qui servent de contre-poids à l'autorité, d’ailleurs absolue, du chef.
Ces peuples si sauvages ne manquent pas d’une certaine politesse grave, apanage de la vie primitive, et qui préside à leurs discussions. Le Cafre parle peu, mais avec dignité, aplomb, et comme s’il s’acquittait d’une tâche importante. Les petits enfants eux-mêmes, lorsque la question la plus ordinaire leur est adressée, font un pas en avant, étendent la main, comme pour donner plus de poids à leurs paroles, et prononcent Le réponse d'un ton solennel. Le vol, l’adultère et le meurtre sont châtiés par une amende, qui, tantôt équivaut à la propriété totale de l'accusé, tantôt ne consiste qu'en quelques pièces de bétail. Rarement le criminel est puni de mort,
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