URUGUAY
La république de l’Uruguay est bornée au nord par le Brésil, au sud par l'océan Atlantique et le Rio de la Plata, à l'est par le petit territoire compris entre cet océan et la lagune de Mirim, à l’ouest par le cours de l'Uruguay.
Le gouvernement se compose d’un président et de deux chambres : celle des représentants, qui est de vingt-neuf membres, et celle des sénateurs, qui n’en a que neuf.
Les divisions administratives et la population de ce nouvel État sont encore trop imparfaitement connues pour que nous puissions en donner le détail; nous nous bornerons donc à dire qu'il est divisé en neuf départements ; que sa superficie est d'environ 1,500 lieues, et que sa population, qui a dû prendre de l’accroissement, n’était en 1826 que d'environ 70,000 habitants. On y compte trois villes, huit villages ou hameaux, et quinze bourgades ou villas.
La capitale de cette république est MonTevipeo, sur une petite péninsule qui forme un vaste port. Gette ville, bâtie sur une pente douce, a un bel aspect du côté du port : elle a une enceinte bastionnée et une citadelle vers l'extrémité orientale. Les rues sont droites, larges, ont des trottoirs étroits et sont pavées; les maisons, en pierres et en briques, ont rarement plus d'un étage. Sur la grande place s'élève la cathédrale, le plus bel édifice de la ville, et la prison. Montevideo manque de sources; elle tire l’eau d'environ une lieue. Le climat est humide : les orages y sont fréquents en été. Elle possède le meilleur port du Rio de la Plata, exporte du suifet des cuirs pour l'Angleterre, du bœuf salé pour le Brésil, et importe des articles des manufactures européennes, café, sucre, cuivre, thé, etc. Les environs sont fertiles en blé d’une belle qualité et fruits d'Europe. On y élève un nombre considérable de bestiaux et surtout de chevaux. Cette ville est le siége d’un évéché. |
Le territoire de l’Uruguay renferme une nation indigène dont nous devons parler : ce sont les CHARRUAS, race presque entièrement détruite aujourd’hui, et dont la férocité était telle qu’on en retrouve le cachet dans leurs usages les plus familiers.
Les femmes même se découpent la peau et les chairs des bras et des jambes en signe de deuil, ou par un inconcevable sentiment de coquetterie. A la mort d’un enfant, sa mère se coupe la première phalange du petit doigt, puis celle du second doigt quand celte perte se renouvelle, et ainsi de suite. Nus et sales, les Charruas ne se lavent jamais, et répandent autour d’eux une odeur nauséabonde. Couchés, le ventre en l'air, sur une peau de bœuf, ces truands de l'Amérique n’aiment que le repos, le soleil et la liberté ; ils ne connaissent ni société, ni musique, ni lois, ni religion. Que leur importent les arts de la vieille Europe? Ne faut-il pas en acheter la jouissance par le travail, et le travail n’est-il pas, pour un Charruas, ce qu’il y a de plus cruel au monde? La faim seule, l’inexorable faim, les force à sortir de cette douce apathie. Alors, le laço en main, ils courent après les chevaux sauvages, Les taureaux indomptés et les autruches agiles.
Leur adresse à manier le lacet est vraiment admirable : à l’aide de cette arme, on les a vus enlever, au milieu des cavaliers espagnols, Diego de Mendoza, le général Paz, et plusieurs autres adversaires non moins distingués. Depuis que les chevaux se sont si prodigieusement multipliés parmi eux, les Charruas sont devenus de très-habiles cavaliers. Nourrissant une haine implacable contre les Européens, ils vivent, depuis trois siècles, en état d’hostilité avec eux, et n’ont jamais voulu souscrire aux conditions de paix qui leur ont été proposées en plusieurs occasions; aussi leur voisinage était-il des plus incommodes pour Montevideo. Enfin, le président de la république orientale de la Plata, don Fructuoso Ribera, les a presque entièrement détruits en 1832. Parmi ceux qui ont échappé au vainqueur, trois hommes et une femme furent conduits en France l’année suivante, et amenés à Paris, où ils devinrent l’objet d’une curiosité si faligante, et en même temps si humiliante, que l’un d’eux, Sénaqué, dit le médecin, en mourut de désespoir. Prêt à rendre le dernier soupir, ce malheureux recueillit ses forces et s’écria, d’un ton si douloureux que tous les assistants en furent émus : Paris! Paris!
Vaïimacà-Pérou , dit le chef, Tacouabé le jeune guerrier, et sa compagne Guyunusa, ont été trainés de ville en ville, et livrés partout à l’insupportable indiscrétion de ces mêmes Européens chez lesquels ils comptaient trouver une franche et noble hospitalité. Un journal de Lyon annonçait, il y a quelques années (juillet 1834), que la jeune Guyunusa et un enfant à la mamelle avaient seuls survécu : ajoutons que ce serait un acte digne de la générosité française que de rendre ces malheureux à la terre qui les a vus naître. |