FEMME ET HOMME DE BOLIVIA
{ Amérique du Sud.)
n'était que l’apathie et l’indolence résultant de coutumes énervantes qui modifient nécessairement les instincts les plus énergiques.
Hospitaliers envers les étrangers, reconnaissants envers les personnes qui leur ont fait du bien, ils sont bons pères \dé famille, ouvriers adroits et laborieux. Ils conservent le ressentiment d’une offense; mais ils cherchent rarement l’occasion de se venger. La discrétion, la sobriété, la résignation doivent encore être mises au rang de leurs bonnes qualités.
Divers auteurs ont calomnié les Quichuas. Si nous pouvions entrer dans le récit de l'histoire du Pérou, nous trouverions mille témoignages de l'aptitude de ce peuple pour l’industrie, les arts et les sciences qui conduisent à la véritable civilisation : il a élevé des monuments somptueux et grandioses; il a montré une habileté remarquable dans les procédés d'agriculture; il savait fondre et travailler les métaux; il avait compris l’année solaire, était parvenu à déterminer les équinoxes et les solstices, avait inventé toutes les séries de nombres indispensables aux combinaisons de l’arithmétique ; enfin il avait déployé dans les voies de communication, et dans un grand nombre d'autres branches d'industrie, une intelligence et des connaissances qui réfutent victorieusement l'opinion de ses détracteurs.
M. d’Orbigny a décrit le costume des Quichuas qu’il a vus à Cauquisaca. Les hommes portent un casque à houppe rouge, des culottes noires d’où sortent des jambes toujours nues ; leurs sandales sont de cuir; et ils ont une espèce de surtout tricolore ou quadricolore, garni de franges rouges et jaunes, sous lequel est une veste.
Les femmes de distinction sont vêtues d’un jupon rond à petits plis, orné, vers le bas, d’une large garniture tranchant sur le fond, et surchargé d’une broderie en or; d’un corsage blanc, à manches larges et serrées au poignet, recouvert d’une sorte de chasuble richement brodée; leurs cheveux, réunis par un grand peigne d’or, sont enlacés de rang de perles, et pendent par derrière en plusieurs tresses.
Les femmes de la classe inférieure ont un costume moins coûteux, mais aussi brillant, aussi lourd, et dont le caractère distinctif est la variété, le bariolage des couleurs les plus tranchantes.
Les Aymaras, sous le rapport physique, semblent ne former qu'une seule et même nation avec les Quichuas. Mais ils méritent une attention particulière, car c’est la
nation aymara qui paraît avoir élé le berceau de la civilisation péruvienne.
On rapporte comme un fait certain que ce peuple avait jadis la coutume de s’aplatir la tête, et la pression avait lieu d'avant en arrière et encore circulairement; opération dont le but était de refouler en arrière le cerveau, et de donner un grand développement aux parties postérieures de la tête, au détriment des parties antérieures.
L’idiome aymara, de même que la langue quichua, est d’une grande richesse, et offre toutes les ressources possibles pour l’expression nette et précise des pensées les plus variées. Les sons gutturaux sont encore plus nombreux que chez les Quichuas; mais le caractère général de ce dialecte est poétique, et il a dans ses tournures une grande élégance, quoique la prononciation soit très-dure.
Nous devons encore signaler comme un point essentiel la différence qui existait entre l'architecture des Aymaras et celle des Quichuas. La plupart des monuments de ceux-ci sont dépourvus de toute sculpture, de tous reliefs plats, tandis que toutes les constructions des premiers en sont ornés; ce qui semblerait prouver que les Hit ont été les premiers et les plus civilisés des peuples péruviens.
Les Aracamas, dont les ancêtres étaient appelés Olipes ou Lipi, sont aussi semblables aux Quichuas sous les rapports physiques; mais leur langue n’a rien de commun’avec celle de leurs voisins. Ils sont pêcheurs et agriculteurs. |
Les Crancos forment une population d'environ 4,000 individus. Ils ont la taille un peu plus petite et le teint plus foncé que les Quichuas; leur nez n’est pas aquilin.
Une tente composée de quatre piquets et de peaux de phoques forme l'habitation d’une famille, dont tous les membres couchent pêle-mêle sur des peaux de moutons ou des algues sèches.
Les hommes ont pour unique industrie la pêche, à laquelle ils passent tout le jour. Leurs barques, sur lesquelles ils s’aventurent en mer, se composent de deux outres de peaux de phoques remplies d’air et liées ensemble. Ces canots, communs aux Aymaras, glissent au milieu des flots au moyen d’une rame à deux bouts, propre à pagayer des deux côtés. À genoux sur le devant de cette embarcation, le pêcheur va chasser le loup marin sur les rochers, et harponner le poisson en pleine mer. Ils sont aussi adroits qu'intrépides, et ils ne rentrent guère chez eux qu'avec un butin convenable.
Lorsqu'ils voyagent à travers les déserts situés entre la côte et l’intérieur du pays, ils font porter à leurs femmes les fardeaux les plus lourds; elles se servent pour cela d'une espèce de hotte qu’elles soutiennent au moyen d’une sangle portant sur le front. |
Les YURACARÈS ! forment une peuplade disséminée au pied des derniers contre-forts des Andes orientales, et principalement dans les forêts qui avoisinent les montagnes. Cette nation, qui ne compte pas 2,000 individus, s'étend sur une surface de vingt à trente lieues de largeur.
La taille de ces hommes est en moyenne? de 1 mètre 66 centimètres. Le corps proportionné à cette stature offre les apparences de la force et de l’agilité. Le fond du caractère des Yuracarès est la vanité, que trahit la fierté de leur démarche. — Les femmes ont également des formes qui annoncent une grande vigueur physique, sans être pour cela dépourvues de grâce et de souplesse.
Ils se rapprochent des Quichuas par les traits du visage; mais leur teint est presque blanc, ce qui parait résulter de leur séjour au milieu des forêts épaisses et humides à l'ombre desquelles ils vivent; et leur physionomie a une expression de vivacité qui pourrait passer pour de l’enjouement. Une particularité singulière, c’est que le corps et le visage d’un grand nombre sont couverts de larges taches d’une nuance plus claire que le reste de leur peau.
La langue est très-douce, sans accumulation de consonnes ni désinences trop dures.
Selon l'opinion de M. d’Orbigny, le caractère de ces sauvages présente une réunion monstrueuse des vices que détermine, chez l’homme superstitieux, une éducation qui n'admet ni les réprimandes ni même de simples conseils. Ils sont assez gais, ont de la pénétration, de la finesse, de l'esprit même; aussi se croient-ils supérieurs aux autres hommes, ce qui les rend insolents, hautains, hardis, entreprenants jusqu'à la témérité. |
Endurcis aux souffrances physiques, cruels pour eux-mêmes autant que pour les autres, ils témoignent une insensibilité extrême, qu'il faut attribuer sans doute à l’habitude où ils sont, dans les mille occasions qui naissent de superstitions sans nombre, de se couvrir de blessures et de martyriser leurs femmes et leurs enfants. Les liens de famille ne sont point appréciés par eux; on les voit souvent abandonner leurs parents, et immoler leurs enfants sans autre motif que celui de se soustraire à l'embarras de les élever. Ennemis de toute société, ils ne vivent que par familles, et encore dans celles-ci, on ne connaît ni égards ni subordination ; chez les mères elles-mêmes on ne
1, Nom qui signifie hommes blancs.
? Elle atteint quelquefois 4 mètre 76 centimètres.
rencontre pas toujours le sentiment maternel; mais ce qui est assez extraordinaire, c’est que, tout en immolant communément la moitié des enfants auxquels elles ont donné le jour, elles sont esclaves de ceux qu'elles ont conservés.
Ces sauvages n’ont aucune espèce de gouvernement, et vivent dans une indépendance que favorise leur dispersion dans les bois. |
Une orgie signale le mariage du Yuracarès. Aussitôt la cérémonie terminée, il se rend avec sa femme près d’un ruisseau, au sein de sombres forêts, où, aidé des siens qu’il a invités à se joindre à lui dans cette occasion, il abat des arbres, élève une vaste cabane qu’il recouvre de feuilles de palmier, ensemence un champ, et, en attendant la récolte, a recours, pour vivre, à la chasse et à la pêche. Il séjourne là quelques années, et quitte ensuite la place pour aller s'établir à peu de distance. La femme alors se charge de tout le bagage renfermé dans une espèce de filet, tandis que l’époux ne porte que ses armes.
Infatigables visiteurs, les Yuracarès préviennent toujours de loin, par des fanfares ou par des sifflements, les voisins chez lesquels ils se rendent. Dans ces entrevues, ils observent entre eux beaucoup de cérémonial, et durant leurs conférences fort longues, ils ne se regardent jamais. Ces réunions se terminent presque toujours par des orgies, des danses monotones, et jamais sans que chacun ait arrosé la terre du sang qui découle des blessures qu’ils se font aux bras et aux jambes; elles se renouvellent à différentes périodes de leur existence : par exemple, à la nubilité d’une jeune fille.
Dès qu’elles ressentent les douleurs de l’enfantement, les femmes se rendent au bord d'un ruisseau, dans les eaux duquel elles se baignent aussitôt après l'accouchement; elles retournent ensuite reprendre leurs travaux sans avoir pris d'autre repos. Souvent elles tuent immédiatement les malheureux qu’elles viennent de mettre au monde, soit parce qu’elles en ont un assez grand nombre, soit parce que les premiers qu’elles ont eus n’ont pas vécu.
IL n’est pas rare de voir les hommes se battre en duel à coup de flèches; ils mettent aussi le suicide en pratique. Ils se regardent comme de très-grands sraenré et parlent quelquefois des heures entières.
Dans leurs réunions, ils mangent ensemble, et leurs repas, de même que leur chasse et leur pêche, sont assujettis à une multitude de superstitions. Des cérémonies superstitieuses président aussi à la guérison des malades, qui sont communément traités au milieu des bois; quelquefois on emploie des saignées locales.
À la mort de l’un d’eux, tout ce qui appartenait au défunt est anéanti; sa cabane et son champ sont abandonnés ; mais on conserve son souvenir longtémps après que la terre a recouvert ses restes. |
Des arcs et des flèches, qu’ils confectionnent avec grand soin, composent surtout les armes des Yuracarès, qui s’en servent en guise de harpons lorsqu'ils vont à la pêche sur les rivières; ils sont très-adroits chasseurs. Ils ne couchent point dans des hamacs comme beaucoup de peuples américains.
Ils fabriquent des chemises avec l'écorce de certains arbres, sur laquelle ils impriment des dessins coloriés qui ne sont, à vrai dire, que des lignes droites et courbes, sans signification, même emblématique. Mais ce qui est assez remarquable, c’est que l'impression de ces dessins est faite au moyen de planches en bois sculptées. Toutefois, s'ils ont quelques notions de l'impression que les nations voisines ignorent quoique plus civilisées, ils n’ont en revanche aucune idée de l’art du tisserand.
La culture des terres, le soin de préparer les boissons fermentées et de fabriquer des poteries, sont du domaine des femmes, qui ne se livrent pas à ces Nsaates sn SU sans les accompagner de cérémonies superstitieuses: | |
La composition du costume des Yuracarès est assez originale : : ils ont pour vêtement principal une tunique sans manches, faite d’écorce de müriér ‘et. ornée de dessins rouges et violets assez élégants quoique bizarres. Les hommes portent les cheveux coupés carrément sur le fronts et laissent ceux de derrière tomber en forme de queue sur leurs épaules. Ils se peignent le visage de rouge, soit en partiessoit en totalité, mais plus fréquemment le nez et le front ; ils ont aussi la coutume de s’épiler les sourcils. A l’occasion des fêtes, et au moment de la danse, ils se couvrent la têle de plumes; lorsqu'ils vont en visite chez leurs voisins, ils mêlent à leur chevelure le duvet blanc de l'oiseau appelé grande harpie, et l'on ne voit pas sans surprise leur couteau suspendu à l’extrémité des cheveux. Ils portent aussi comme ornements des sifflets et quelques autres objets. |
Quant aux femmes, leur tunique n’est en aucune manière ornée; mais pour danser, elles se parent de bouquets de plumes variées qu’elles placent sur leurs épaules.
Les MocÉTÉNES : ont pour territoire les montagnes que sillonne le Rio Beni, entre 150.et 16° de latitude, et 69° et 71° de longitude à l’ouest du méridien de Paris: Ce peuple est divisé en petites tribus; et il doit à la position de ses villages, situés au sein des bois les plus sombres, les plus humides, un teint aussi blanc que celui des Yuracarès. Une portion de cette peuplade est encore à l’état sauvage; le reste, converti au christianisme, est organisé en missions, sous les noms de San-Miguel et de Santa-Anna. La population des deux fractions présente un chiffre de 2,500 individus.
Ces Indiens offrent, sous le rapport physique, plusieurs points de ressemblance avec les Quichuas et les Aymaras; mais ils en diffèrent par le nez qu'ils ont court et aplati, et par l'expression de leur physionomie tout à fait efféminée.
Le caractère de ces gens simples et naïfs est éminemment sociable ; leur vie paisible s'écoule à la chasse, à la pêche, ou au foyer domestique dans les joies de la famille. Ils sont enclins à la jalousie et défendent à leurs femmes loute course qui pourrait causer une absence prolongée. Il en résulte qu’elles ne quittent guère leurs pénates où l’habitude les retient autant que la volonté de leurs maris.
Ce peuple paraît avoir l'esprit du commerce : il échange contre des haches, des couteaux, et d’autres ustensiles provenant des provinces environnantes, les plumes aux couleurs éclatantes et les rares productions de son pays.
Quoique habitués à la navigation, les Mocéténès ne se servent, dans leurs courses sur les rivières et les torrents, que de troncs d'arbres réunis par des lianes pour former radeaux. |
La culture des terres, le tissage et la teinture des étoffes, et la fabrication des armes et des ornements de plumes, telles sont les branches d’industrie de ces Indiens.
Leur costume est semblable à celui des Yuracarès; toutefois ils ne s’épilent point les sourcils comme leurs voisins, et leur tunique est d’un tissu de coton assez fin et garnie d'une bordure rouge sur un fond violet. Ils se bariolent le visage de trois raies bleues : l’une tracée en arc d’une joue à l’autre, en passant par la lèvre supérieure; la seconde traversant l’espace compris entre la lèvre inférieure et le menton ; la troisième sur le nez.
Les Tacanas? habitent les profondeurs du versant occidental du Rio Beni. Cette tribu, en y comprenant les Indiens des missions d’Aten, d’Isiamos, de Carinas, de Tumupasa, de San-Jose, et les sauvages Toromonas, ne présentent pas une pOpRIAseR de plus de 3,600 individus.
1 Improprement appelés Chunchos par les Espagnols; les Yuracarès les appellent Maniquiés. * Les Espagnols les nomment Atenianos, Isiamos et Carinas.
Ces indigènes tiennent, pour la couleur de la peau, le milieu entre les Quichuas et les Yuracarès. Pleins de vanité, d’ignorance, d’irritabilité, ils se sont pourtant soumis sans répugnance au christianisme, à l'exception d’une certaine portion. Ils sont chasseurs, pêcheurs, agriculteurs, et vivent dans un pays dont les productions suffisent à leurs besoins. Il paraît qu’un homme serait déshonoré s’il ne construisait à lui seul la maison qu'il doit occuper plus tard avec sa femme et ses enfants.
Les Tacanas sauvages ne portent aucun vêtement, et se bornent, lorsqu'ils se livrent à leurs danses nationales, à orner leur tête de plumes. Ceux des missions vont tête nue; mais ils ont une tunique à manches larges. Les femmes ont pour parure des jarretières en or ou en argent, des bracelets et des colliers de verroterie.
Leur industrie est à peu près la même que celle des Mocéténès.
Les Maropas, réunis en mission, occupent la rive orientale du Rio Beni; ils comptent au plus 900 individus, et ressemblent beaucoup aux Tacanas, si ce n’est qu’ils sont plus doux et plus pacifiques.
Les APorisrAs ont pour territoire le bourg d’Apolobamba, situé sur le Rio d’Apolo, affluent du Rio Beni. Ils sont au nombre d'environ 2,700, et ils ont ceci de particulier qu'ils tiennent à la fois des peuplades répandues sur les plateaux élevés par leur teinte brune, leur petite taille et la vigueur de leurs formes, et des tribus disséminées dans les parties chaudes des montagnes, par leurs traits efféminés, leur nez court, et leur idiome euphonique.
IL y à encore quelques autres tribus dont on sail tout au plus le nom.
LCI TE j lei ti: % PUR, Le s FA LA