‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récents (volume 4)Chapitre 45 sur 83 · BRÉSIL · texte numérisé non relu

BRÉSIL

Les bornes de ce pays ont été et sont encore l’objet de contestations aussi bien sous le point de vue géographique que sous le rapport politique. Nous citerons à ce propos ce passage de la Géographie universelle :

« L'empire portugais en Amérique doit, en quelque sorte, son existence à une erreur de géographie. Lorsque les Portugais eurent fait leur première descente au Brésil, la cour d’Espagne, qui regardait avec raison Vincent Pinson et Améric Vespuce comme

les véritables auteurs de la découverte de ce pays, se plaignit vivement de cette invasion d’un continent sur lequel elle prétendait avoir Le droit de première découverte. Le pape essaya d’abord de concilier les deux parties en traçant, d'autorité, la fameuse ligne de démarcation à cent lieues à l’ouest des îles du Cap-Vert, ligne qui ne peut atteindre la vraie position du Brésil, quelque échelle qu’on adopte pour l'évaluation des lieues, soit qu'on veuille y voir des lieues castillanes de 26 au degré, soit qu’on en fasse des lieues marines de 20, ou même des lieues portugaises de 17 au degré. Mais le cosmographe don Pedro Nugnez et l’hydrographe Texeira portèrent, dans leurs cartes, le Brésil trop à l’est, l’un de 22 degrés, l’autre de 12 à 13. Moyennant celte erreur énorme, et peutêtre un peu volontaire, les Portugais faisaient entrer dans leur hémisphère une partie quelconque du Brésil. Cependant, mécontents de la décision pontificale, les Portugais profitèrent d’un moment favorable pour arracher à l'Espagne des concessions plus étendues. Le traité de Tordesillas, signé le 7 juin 4594, traça la ligne de démarcation définitive à 370 lieues à l’ouest de l’île la plus occidentale du cap Vert, mais également sans fixer la valeur de la lieue, car les diplomates ont de tout temps été fort habiles à tout embrouiller en géographie. Si l’on entend des lieues castillanes, la ligne n’atteint pas le vrai méridien de Bahia; si l’on veut parler des lieues marines, elle arrive jusqu’à celui de Rio-Janeiro ; si enfin, et c’est la supposition la plus favorable, on adopte les lieues portugaises, la ligne correspond à peu près au méridien de Saint-Paul, mais n’atteint pas seulement d’un degré près celui de Para ou l'embouchure de l’Amazone :.

» Ainsi les Espagnols accusaient avec raison les Portugais d’avoir, en temps de pleine paix envahi l'immense territoire de l’Amazone et une grande partie du Paraguay, au mépris des traités solennels. Enfin ces acquisitions illégitimes furent confirmées au Portugal par le traité de 1778; l'Espagne exigea la fixation d’une limite positive, et que désormais elle ne laisserait plus impunément violer. Les Portugais n’ont pas respecté cette limite ; ils se sont établis sur le territoire neutre du côté de Mérim; ils ont envahi sept villages des Guaranis, renfermant 12,200 habitants, entre les rivières Uruguay et Iguacu; ils ont passé à travers le territoire des Payaguas, et bâti les forts de

1 Memoria sobre la linea divisoria, etc., manuscrit accompagné d’une carte, et dressé pour le gouvernement d’Espagne, par le ministre M. de Lastarria.

Nouvelle-Coïmbre et d’Albuquerque sur le territoire des Chiquitos : voilà seulement quelques-unes des plaintes que les autorités locales adressaient au vice-roi de Buenos- Ayres, et que celui-ci transmettait à la cour de Madrid il y a une quarantaine d'années r. Depuis, les troubles de l'Amérique espagnole leur ont fourni une occasion favorable de s'étendre.

» La comparaison des cartes géographiques anciennes et modernes rend sensible cette constante invasion des Portugais. Sur les anciennes cartes, le nom de Brésil n’a été donné qu'aux côtes maritimes, depuis Para jusqu’à la grande rivière de San-Pedro. Les contrées situées sur les rivières des Amazones, de Madeira, de Xingu, portaient le nom de Pays des Amazones; elles sont à présent, pour la plus grande partie, comprises dans le gouvernement de Para. La dénomination de Paraguay, dans les cartes mêmes de la fin du dernier siècle, s'étend sur la plus grande partie du gouvernement de Mato- Grosso, sur la partie occidentale de celui de Saint-Paul : l’usage moderne et une ordonnance du souverain ont enfin consacré le nom d’empire du Brésil pour toutes les possessions portugaises en Amérique. Gette vaste contrée renferme probablement, à peu de chose près, les deux cinquièmes de la surface de l’Amérique méridionale, ou plus de dix fois l’étendue de la France. Mais la population, qui n’est un peu concentrée que sur les côtes et dans les districts des mines, s'élève tout au plus à cinq millions, dont un quart à peine est du sang européen. »

Le Brésil renferme 5,340,000 habitants, parmi lesquels on compte à peu près un cinquième de Portugais.

Le gouvernement est une monarchie constitutionnelle; le chef de l'État, qui prend le titre d’empereur, sanctionne ou rejette les lois, proroge ou dissout les chambres, et commande l’armée. De récentes modifications dans la constitution ont établi que les membres du sénat seront élus pour un temps fixé, et ceux de la chambre des députés pour deux ans par les provinces. Les impôts, le recrutement, le choix de la dynastie en cas d'extinction de la famille régnante, la mise en accusation des ministres, sont du ressort de la chambre élective. |

À l’exception des domestiques, des esclaves et des mendiants, tous les Brésiliens jouissent des mêmes droits civils et politiques. La liberté individuelle et religieuse, : le libre exercice de l’industrie, la liberté limitée de la presse sont consacrés par la conslitution. |

En 18922, le vœu général érigea la nation brésilienne en empire indépendant; don Pedro, chef constitutionnel de cet empire, soumit bientôt à l’acceptation de toutes les classes une constitution que, le 25 mars 1824, il fit serment de maintenir. Alors on ne prévoyait pas que, sept années plus tard, des ministres impopulaires compromettraient le trône de ce prince, et que ce dernier, après avoir abdiqué volontairement la couronne de Portugal, se verrait forcé d’abdiquer celle du Brésil, où du moins il avait eu la gloire de calmer les partis avant d'accepter la suprême dignité. Eh bien! aujourd'hui est-il déraisonnable de supposer que le Brésil verra tôt ou tard ses destinées remises en question? L'esprit des habitants de ce-pays ne sera-t-il pas naturellement influencé par l'exemple des trois républiques avec lesquelles il confine au sud, à l’ouest et au nord; et voudront-ils rester exposés à ce que leur jeune prince ait un jour, comme son père, la témérité de repousser le vœu public pour chercher un appui dans la force des baïonnettes ?.. Ce sont là des hypothèses que le Lemps seul peutrésoudre, mais que l’état des esprits dans l'Amérique espagnole ne permet pas de traiter d’invraisemblables. De même que les gouvernements constitutionnels semblent devoir s'établir

‘ Les manuscrits précités, et la carte manuscrite du Paraguay y annexée,

dans toute l’Europe, les institutions républicaines paraissent avoir choisi le nouveau monde pour domaine. |

Le Brésil est divisé en dix-huit provinces et vingt- quatre comarcas, subdivisions dans chacune desquelles existe un juge en deuxième instance (ou ouvidor), dont on appelle aux cours souveraines (relacoès).

Celles-ci sont au nombre de deux; l’une à Bahia à laquelle ressortissent Para, Maranhao, Pernambuco, Goyazes et Bahia ; l’autre à Rio-de-Janeiro, dont dépendent Minas-Geraes, Mato-Grosso et San-Paulo. Les gouverneurs de Rio-de-Janeiro et de Bahia sont les présidents de ces cours.

La résidence de l'archevêque primat du Brésil est Bahia; il a sous ses ordres six évêques qui habitent Belem dans le Para; Maranhao, Olinda, dans le Pernambuco; Rio-de-Janeiro, dans la province de San-Paulo; et Mariana, dans Minas-Geraes. En outre, il y a deux diocèses sans chapitres, qui sont appelés prelacias, administrés par des évêques in partibus : ce sont Guyazes et Cayaba. Le nombre des curés est insuffisant ; mais des particuliers entretiennent une foule de succursales.

R10-DE-JANEIRO, dans la province de ce nonr, est la capitale du Brésil; c’est une ville curopéenne où l’on trouve toutes les nations, excepté, peut-être, des Américains abo-

rigènes. La douceur des mœurs, la galanterie des femmes, la magnificence des RRMsoR sions font ressembler cette ville à celles de l’Europe Hentai du lel

Les habitants de la province de Rio GRANDE peuvent être comparés aux fermiers de la Beauce ’; cependant il y a plus de rapports encore avec le Bédouin et le Tatar. Ils sont bien faits et robustes. Ils ne sont heureux que lorsqu'ils se trouvent à cheval, lançant les boules ou le lacet contre une génisse sauvage, car alors il ne leur manque rien; ils emportent une nacelle pour traverser les fleuves, et ce qui leur est nécessaire pour se nourrir et disposer un lit au sein des déserts : s’ils veulent dormir, ils s'étendent sur le cuir écru qui, plié, formait la couverture de leur monture, et la selle étroite et légère, qu’ils appellent lombilho, leur sert d'oreiller ; le même cuir, attaché aux quatre coins, se transforme en pirogue; suspendus à la selle, le lacet et les boules sont employés à réduire les bestiaux dont ils se nourrissent; et ils ont pour broche un bâton pointu plus facile encore à transporter que lés autres instruments.

IL est peu agréable de voyager dans la province de San-PauLo; les issues en sont gardées avec soin par des soldats postés de distance en distance, et chargés de fouiller les voyageurs. Ces mesures sont prises à cause de l’or et dés diamants que l’on rencontre dans cette province, mais qui y sont moins abondants qu’autrefois.

Les maisons de la ville de Saint-Paul sont bâties.en pisé et peintes à fresques. Le luxe et la mollesse y ont de nombreux sectateurs. Dans tout le Brésil on vante la beauté,

l'amabilité, la noblesse des manières des dames de Saint-Paul. Les jésuites du Paraguay avaient répandu sur l’origine ignoble des PauzisrEes des récits mensongers complétement réfutés aujourd’hui; l’opinon qui attribue la fondation de la ville à une bande d’aventuriers espagnols, portugais, métis et mulâtres, est victorieusement combattue par un membre savant de l’Académie royale des sciences de Lisbonne ?. Après avoir établi péremptoirement que des Indiens de Piratininga et des jésuites s’y fixèrent les premiers, et que, dès sa fondation, Saint-Paul ne reconnut d'autre souveraineté que celle du Brésil, il nie que les Paulistes aient jamais vécu de brigandages. « L'élévation de leur caractère, dit-il, la délicatesse de leurs sentiments, leur susceptibilité sur le point d'honneur, leur probité, leur industrie, leur esprit public, ne sauraientiêtre un

1 Province de France.

? Nous voulons parler de Fr. Gaspar da Madre de Deos.

héritage transmis par des gens de rien et des vagabonds. Citons un fait. Il y a un siècle environ, l’un de leurs gouverneurs, noble de naissance, avait eu une intrigue avec la fille d’un artisan. La ville entière embrassa la cause de la jeune personne, et le gouverneur fut obligé de réparer son honneur en l’épousant.

» Sans doute, parmi tous les colons du Brésil, les Paulistes se sont signalés autrefois par leur esprit entreprenant, audacieux, infatigable, et par cette ardeur pour les découvertes qui distingua jadis les Portugais parmi les nations de l’Europe. Au lieu de cultiver paisiblement leur beau territoire, ils parcoururent le Brésil dans toutes les direc- Lions ; ils se frayèrent de nouvelles routes à travers des forêts impénétrables, en portant leurs provisions avec eux ; ils ne se laissèrent arrêter ni par les montagnes, ni par les rivières, ni par les déserts, ni par les naturels anthropophages qui partout leur disputaient le terrain. C’est à eux surtout qu'est due la découverte de toutes les mines les plus riches, qu’ils ne se laissèrent enlever qu’à regret, et pas toujours sans opposition, par le gouvernement. Aujourd’hui encore c’est sur leur énergie que repose la sûreté du Brésil occidental, et l’on sait que les troupes portugaises auraient joué un rôle assez trisie dans la guerre coloniale de 1770, :si elles n'avaient été secondées par les cavaliers paulistes, qui répandirent la terreur de leur nom depuis le Paraguay jusqu'au Pérou. »

La province d’EsprriTu-SANTO n’a rien qui puisse nous arrêter. Celle de Minas- GERAES est la plus peuplée et la plus importante par ses mines. Elle renferme le Cerro do Frio ou district des diamants; personne ne passe dans cette contrée sans subir un examen rigoureux. On rapporte qu’un muletier, qui se rendait avec des marchandises à Rio-de-Janeiro, fut arrêté par deux cavaliers qui lui demandèrent son fusil qu'il leur remit. Les cavaliers enfoncèrent une vrille dans la crosse, la trouvèrent creuse, en firent sauter la ferrure, et en retirèrent trois cents carats de diamants. L’infortuné mulelier eut beau protester de son innocence; il avait été trahi par un ami. Il fut arrêté, trainé en prison pour y être enfermé Le reste de ses jours, ou déporté dans un fort de la côte d'Afrique.

Les autres provinces ne nous offrant rien d’intéressant, nous passerons à la description des peuples indiens qui occupent le Brésil et le littoral environnant cette contrée.

Les YamEos habitent le district de HuarINAS, el forment une race paisible, docile et récemment civilisée. Ils sont nonchalants, mous, semblent redouter toute espèce de travail, et ne veulent s’adonner à rien qu’à la chasse et à la pêche. Ils sont gloutons si les vivres sont en abondance; mais ils supportent patiemment la disette. Ils ont pour armes une espèce de sarbacane, à l’aide de laquelle ils lancent des flèches empoisonnées; celles-ci sont en bois de palmier, et portent au bout un morceau de coton qui remplit exactement le tube. Ils manquent rarement le but qu’ils visent, même à quarante pas; et l'animal atteint succombe en peu de minutes tant est violent Le poison dont ils imprègnent leurs flèches.

La mission de PEpas est habitée par les Yacuas et les OriGones. Les premiers sont grands, bien faits, cuivrés, avec une figure belle, pleine d'expression, et la chevelure plus claire que celle des autres Indiens. Ils se parent les bras et les jambes de longues feuilles d’assas. Ils sont autochtones de cette contrée.

Les Origones sont plus noirs, plus petits, plus grêles, et n’ont pas la distinction de taille et de figure qui caractérise les Yaguas. Ils se sont acquis une grande réputation par la manière dont ils préparent un poison qui ne perd rien de sa force au bout de deux ans.

Deux peuplades, entre autres, sont établies aux environs de TABATINGA. La première est celle des MAxuRuNAS ou MaxourouNASs, sur les rives du Rio Yavari. Quelques-uns

Maxourounas.

| (Brésil)

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MOEURS, USAGES ET COSTUMES. Hoi: 487

sont complétement sauvages. Ils ont le nez, les oreilles et Les lèvres percés ; leur visage est garni de plumes et d’épines d'arbres; leur front rayé de noir et de rouge. Ils portent les cheveux longs et se teignent parfois le corps d’une couleur clairé. Des entailles profondes, qu’ils pratiquent comme indices et essais de leurs forces, sillonnent leurs bras. Leurs mœurs n’offrent pas moins de bizarreries que leur physionomie et leur accoutrement. Lorsqu'une femme est en couche, elle ne peut se nourrir que de hoccos; la viande du singe lui est interdite. La naissance d'un enfant n’occasionne aucune cérémonie; mais le percement des joues, des oreilles et des lèvres est un signal de fête pour toute une tribu. Cachés derrière un arbre, sur les bords de l'Ucayali et du Yavari, ces sauvages épient le passage des canots, et, lorsqu'ils sont à portée, ils percent d’abord le pilote d’une flèche, puis se précipitent sur l'équipage, qu'ils massacrent à coups de tamacunos ou massues.

La gravure que nous avons donnée représente un chef de Maxourounas; ses cheveux sont coupés de façon à laisser autour de la tête un cercle de la largeur d’un pouce; les joues et le front sont tatoués par des bandes transversales. Des morceaux de coquilles lui traversent les lobes des narines, les oreilles et la lèvre inférieure; plusieurs tiges de plantes sont comme fichées dans ses lèvres; et du coin de sa bouche sort une longue plume d’ara rouge.

La seconde peuplade est celle des Tecunas; ils sont moins farouches que les précédents. Lorsqu'une fête les appelle à Tabatinga, ils y accourent en grand nombre dans leurs pirogues. Ils sont nus, parés de bracelets aux bras et aux genoux, d'épaulettes et de coiffures en plumes, et d’une élégante ceinture faite d’écorces d'arbre. Ces fêtes durent jusqu’à trois jours consacrés à des danses et à de copieuses libations de chicha x. Une pratique atroce a lieu à cette occasion : elle consiste à arracher, en grande pompe, les cheveux d’un enfant qui meurt souvent au milieu d’horribles souffrances.

Dans les environs de San-Paulo de Olivença sont répandus, outre des Técunas, les Campivas, les Culinas et les Araycas.

Les Cawpivas vont nus et se peignent le corps de différentes manières. Ils ont une pratique curieuse : celle d'étendre les enfants dans un berceau en forme de pirogue, et d'y fixer leurs têtes entre de minces planchettes, pour leur donner, par la pression, à peu près la figure d’une miître. Ils lancent les flèches avec une sarbacane. Ils se montrent d’ailleurs pacifiques et loyaux entre eux, et les voyageurs n’ont qu’à se louer de leur hospitalité bienveillante.

Les Curxnas sont semblables aux Campivas. Leurs filles passent pour être, à la course, d’une remarquable agilité. Lorsqu’elles ont atteint l’âge de puberté, on les place dans un hamac, suspendu au sommet de la hutte; elles restent ainsi exposées à une fumée continuelle ; elles doivent jeüner alors jusqu’à l’exténuation.

Indépendamment des coutumes communes aux Campivas, les ARAYCAS en ont une qui leur est particulière. Chez eux, le jeune homme qui a une fiancée doit chasser pour elle et la mériter en nourrissant le père, en le défrayant en toute circonstance; en un mot, en l’entourant des mêmes soins que s’il était le propre auteur de ses jours.

Les CauxICuNAS, près de l'embouchure du Tocantin, ne portent point de vêtements. Ils ont le visage barbouillé de rouge et de noir, les bras et les genoux parés de cordons, d’écorces d’arbre et de plumes. Leurs huttes, faites de feuilles de palmier, ont une forme conique et une porte très-basse. Elles forment une pièce unique, basse, sombre, enfumée, où couchent sans distinction la famille et les chiens. Ces naturels mangent

1 Liqueur tirée de l’aïpori fermentée.

la chair du crocodille. Ceux de ces Indiens qui habitent le village de Malloca sont grands, bien faits, et ne pratiquent point le tatouage.

Inprens DE Marapr. — Ce sont des tribus de Passés, de Yuris, de COERANAS et de Yuwanas. Ils ont des arcs en bois rouge, un javelot (marneui) à une massue (cuidaraz), dont la forme et les ornements varient suivant les tribus, et un bouclier fait d’une peau de tapir tannée ou du dos d’un caïman. Les riches ont en outre une lame de couteau.

Spix et Martius, naturalistes allemands, ont visité ces indigènes. Un soir, en pénétrant dans une de leurs cases, ils reculèrent épouvantés à la vue d’un magnifique serpent aux écailles jaunes et vertes, long de quatre aunes, et se tenant debout au milieu de cette cabane, comme l’eût pu faire-un commensal familier et caressant. À la voix d'un vieil Indien, ce singulier hôte fit aux voyageurs des politesses à sa manière, et s'approcha d’eux en sautant, en dansant ; puis il se roula, se déroula en longs anneaux, Lantôt dans un sens, tantôt dans un autre; et enfin, après ces curieuses démonstrations, se retira dans un angle de la case, sur un tas de foin, d’où il ne bougea plus.

Il ne faut pas croire que chaque habitation ait un serpent. Ce sont les sorciers qui seuls apprivoisent ces reptiles, même les plus venimeux, en leur arrachant les crocs à poison. Ils s’en servent ensuile pour la cure des morsures, science qui leur permet d'exercer une grande domination sur les autres sauvages, dont la crédulité et la superslition forment le caractère principal.

Les Mirascras forment la tribu la plus puissante de tout le bassin du Yapura. Ce sont les femmes qui remplissent la plupart des fonciions des hommes. Lorsque ceux-ci se mettent en voyage, elles préparent la eassave et le béjur nécessaires à l’approvisionnement des pirogues. Elles cultivent le manioc et soignent des petites plantations:de cotonniers, filent au fuseau le duvet de cet arbre, et le teignent avec le-suc extrait de diverses plantes. Ensuite, elles broient la graine, et quand elle a été cuite dans l’eau, elles y ajoutent du piment, et en font une espèce de bouillie qui se mange. La volaille qui circule autour des habitations est élevée par les femmes. Les jeunes enfants parcourent les forêts voisines pour y ramasser des racines, des fruits, des larves d'insectes, des fourmis, de petits poissons, du frai de grenouilles; enfin, du tata potaba, espèce d'amadou. Elles font des chemises sans coutures, obtenues de l'écorce du turiri violemment battue à coups de maillet. Avec l'écorce du turiri brun, elles font aussi de petits coffres pour enfermer leurs parures et leurs plumes, et avec le turiri blanc, des ceintures qu'elles peignent en couleur de terre. Malgré cette activité industrielle, les femmes vont entièrement nues.

Non loin de l’embouchure du Yapura se trouÿe la Rate ville d'Égas, où se rencontrent en plus grand nombre les BrAncos, classe de métis qui font le commerce des esclaves, et, éludant la loi par laquelle les Indiens furent déclarés libres, poursuivent dans les comploirs de l’intérieur, le commerce de chair humaine. Lorsqu'un de ces individus a besoin d'Indiens pour le défrichement de ses terres ou pour les offrir à des planteurs qui en cherchent, il a soin de s’associer trois ou quatre de ses collègues, et demande, en leur nom et au sien, l'entrée des missions indiennes, c’est-à-dire la faculté de remonter le Yapura, sur les bords duquel a lieu le plus grand trafic d'esclaves. Dès que la licence est obtenue, les Brancos arment une petite flottille de pirogues, et s'embarquent sur le fleuve qu’ils suivent jusqu’à l'endroit où ils supposent que les forêts cachent une tribu. Là, ils quittent les pirogues, et vont la nuit surprendre les sauvages dans leurs hamacs. Cette sorte de guerre par guet-apens tient les diverses tribus dans des alarmes perpétuelles.

Les Muras, sur la rive droite du Solimoëès, sont hideux à voir avec leurs visages cou-

verts de rouge et de noir, et défigurés par trois dents de porc qui sortent par des trous pratiqués au-dessous des narines et de la lèvre inférieure. Les paroles qui accompagnent leurs danses ne sont pas moins bizarres que leurs physionomies : « Voici ton diable; qui veut m'épouser? » disent les hommes. « Tu es un joli diable; toutes les femmes veulent t’épouser, » répondent celles-ci, et tout le monde continue à cabrioler.

Les Manprucus peuplent la mission de Novo-Monre CARMEL DO CaNowA. Ce sont des hommes dont la taille est d’environ cinq pieds six pouces, la poitrine large, les membres musculeux, la teinte de la peau assez claire, les cheveux coupés courts au-dessus du front, les traits du visage communs, fortement accusés, mais débonnaires; enfin le corps bariolé de lignes étroites commençant au cou et ne se terminant qu’à l'extrémité des orteils. L’humeur de ce peuple est des plus belliqueuse, et la guerre est pour lui une habitude et un plaisir. Les huttes sont entourées de pieux garnis de têtes d’ennemis, lesquelles, ainsi qu'une multitude de squelettes de jaguars, de coatis, de pecaris, etc. , donnent à leurs villages l'aspect de véritables charniers. Vainqueur, le Mandrucu n’épargne aucun de ses antagonistes ; il le renverse, le saisit par les cheveux et détache la tête du tronc avec une dextérité merveilleuse à l’aide d’un couteau court, fait d’un morceau de roseau. Ce talent de décollation à valu au Mandrucu le surnom de coupe-tête (païquicè). Lorsqu'elles ont été préparées, ces têtes ne quittent plus l’individu qui s’en est fait un trophée; il le porte à la chasse comme à la guerre; ille place auprès de son hamac quand il se retire pour prendre du repos. On évalue les forces de ces peuplades à 40,000 naturels ; et ils poursuivent les tribus ennemies avec un tel acharnement que plusieurs d’entre elles ont été anéanties peu à peu.

Les Aronger-Crus et les MAcamA-Crus ont une source commune. On les nomme encore Caraonus. Ils sont établis dans les environs de Maranhäo. Ce sont de fort beaux hommes, à la taille élevée, aux membres vigoureux, au port hardi, à la démarche sûre, aux traits ouverts et agréables. Leur peau est cuivrée et luisante comme chez la plupart des Indiens. Les gens âgés sont défigurés par des trous dans la lèvre inférieure, et par le prolongement des lobes des oreilles qui ont jusqu’à trois pouces; les trous de la lèvre sont remplis par des cylindres de résine d’un jaune brillant ou d’un blanc d’albâtre, longs de deux à trois pouces et faciles à enlever. Ils ne se tatouent point; mais lorsque le soir, à la lueur des torches, ils se livrent à la danse, ils étendent sur leur visage une couche épaisse de rouge et de noir. Dans ces occasions, leur physionomie a une apparence de frénésie et de férocité. Pour inviler ses compagnons à la danse, l’un d'eux souffle dans un boré, grande trompette faite d'un roseau et qui rend un son bruyant, auquel un autre Indien répond par un hurlement monotone, bientôt répété par tous les assistants. Ces individus vont nus; mais les femmes, lorsqu'elles se montrent dans les postes espagnols, sont vêlues décemment.

Les TuprvamBas ou TopiNamBous s’étendaient autrefois depuis le Rio Muni jusqu’au Rio Para; aujourd'hui, ils sont restreints à quelques hordes éparses dans l'île de Maranhäo, et dans quelques autres localités ; on évalue leur nombre à 9,000 individus.

Les GAMELLAS ou AcoBas sont détestés de tous leurs voisins.

De même que ces derniers, les RADERDSES ainsi que les Cayacas, sont une fraction de la tribu des Bus.

Les CuriNxARos sont disséminés dans les solitudes sur la rive droite du Tocantin. Les Chebs (tribus septentrionales) sont chasseurs, pêcheurs, et quelque peu agriculteurs. Ils font preuve d’une adresse remarquable lorsqu'ils enlèvent des arbres les nids des abeilles sauvages, et séparent le miel de la cire; la récolte faite, ils viennent la vendre aux colons du voisinage. Chez eux, ils ne portent aucuns vêtements; m mais pour la danse et la guerre, ils se parent le corps et ornent leurs armes de plumes omnicolores, de cor-

dons, de dents d'animaux et des graines luisantes du seleria. Ils se font assez souvent la guerre entre eux. Pendant ces luttes, le plus habile a le commandement ; la paix faite, ce chef improvisé dépose son pouvoir, en même temps que sa hache de pierre à manche court, seule marque distinctive de sa qualité durant ses fonctions. Leur arme principale est une massue de bois très-pesante; toutefois l'usage des flèches empoisonnées ne leur est pas étranger. Dans leurs attaques, ils témoignent une certaine entente de la stratégie : ils calculent, préviennent, et mettent en pratique les fausses alertes et les diversions. Quoiqu’ils épargnent rarement leurs prisonniers, ils punissent sévèrement le meurtre ainsi que le vol; celui qui a dérobé est obligé à une réparation proportionnée à la valeur de l’objet du larcin ; le meurtrier est mis à mort par les parents de la victime : c’est la loi du talion pure et simple. Pleins d’effroi vis-à-vis des sorciers, ils paraissent médiocrement occupés de l’idée d’une puissance suprême. Ils calculent le temps par les phases de la lune; lorsque, dans la saison des pluies, elle se couvre de nuages, leur période se prolonge indéfiniment, sans qu'ils cherchent à obvier à cet inconvénient. La succession des nuits et des jours, des saisons sèches et humides, les éclairs, le tonnerre sont, à leurs yeux, des effets mécaniques dont les causes ne les inquiètent pas. Le temps de la récolte, la circonstance du mariage sont le signal de leurs divertissements, qui commencent au coucher du soleil, se continuent à la lueur des étoiles, et durent quelquefois jusqu'au jour. Ces Indiens, très-jaloux de la chasteté de leurs filles, sont d’une indifférence complète à l'égard de leurs femmes.

Les XERENTES ont pour résidence habituelle le territoire entre l’Araguaya et Île Tocantin. On les dit anthropophages, et l’on ajoute qu’ils tuent et mangent ceux de leurs parents trop vieux pour subvenir par eux-mêmes à leur subsistance.

Les Caporos vivent sur les bords du Tocantin et de l’Araguaya. Ce sont des Indiens de haute taille et de couleur très-claire. Courageux, robustes, ils n’attaquent leurs ennemis que de jour. Ils ont pour armes l'arc, des flèches longues de six pieds, et une massue de quatre pieds, dont la partie supérieure est aplatie en forme de rame. Afin de s'exercer au maniement de celte arme, ils ont des luttes de divers genres; on en cite, entre autres, une qui consiste à porter un bloc de bois de deux à trois quintaux, masse qu'ils agitent et lancent en courant. Le jeune homme qui ne peut y parvenir n’a pas le droit de se marier. Ces naturels veillent soigneusement à la chasteté des jeunes gens, el assurent ainsi celle des jeunes filles. Cependant ils permettent aux guerriers les plus hardis de s'approcher de leurs fiancées. L'infidélité des femmes encourt la peine de mort. |

Voisins de ceux-ci et leurs ennemis mortels, les CHAVANTES, moins fiers et moins insolents, deviendraient d’excellents ouvriers. Adroits dans les exercices du corps, nageurs intrépides, leurs manières sont empreintes d’un cachet de franchise et de dignité qui contraste avec la timidité incertaine des autres sauvages. La physionomie des femmes à surtout quelque chose d’ouvert et de gracieux.

Dans les forêts qui avoisinent Porto-dos-Angicos habitent les Borocupos:, la plus considérable des tribus qui descendent des Tapuyas. On dit qu'à une époque reculée ils furent contraints de se séparer des hommes de leur race, et s’enfoncèrent dans les montagnes, où ils prirent des mœurs plus féroces qu'aucune des autres peuplades indiennes. Les Botocudos vont complétement nus; ils ont les jambes et les cuisses menues quoique musculeuses ; les pieds petits, la poitrine et les épaules larges, le cou

! Ce nom de Botocudos leur vient de ce que le singulier ornement dont ils chargent leurs oreilles et leurs lèvres offre une grande ressemblance avec le tampon d’une barrique qui en portugais se nomme botoque, On les appelle encore Aimures ou Ambores.

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