BOTOCUDOS
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court, le nez épaté, l'os des joues élevé et saillant. Ils coupent leurs cheveux au-dessus des tempes de manière à ne laisser qu’une touffe ronde au sommet de la tête, exactement comme les capucins. Ils ont la physionomie assez ouverte, et le rire fait naître chez eux des rides extrêmement prononcées. On ne peut leur faire une injure plus grave que celle de leur dire qu’ils ont les jambes grosses et les yeux grands; et ils attachent à des jambes menues une telle idée de beauté qu’ils serrent avec des liens celles de leursenfants.
Ils ont la hideuse coutume, après s'être percé la lèvre inférieure et les lobes des oreilles, d'y introduire d'énormes rouelles ou disques en bois qu’ils agrandissent en avançant en âge. Ainsi agrandie peu à peu, l'oreille peut acquérir jusqu’à trois pouces de diamètre. Tant que celui du disque de bois introduit dans la lèvre ne dépasse pas un pouce, il n’entraine pas les chairs; mais lorsqu'il est plus fort, il fait pendre toute la lèvre et affecte lui-même une disposition horizontale. Dans cet état, si l'individu peut relever sa lèvre obliquement, il ne lui est pas possible, en revanche, de lappliquer contre ses dents, et encore ne la redresserait-il pas si le morceau de bois sur lequel elle s'appuie ne servait à la maintenir. Quoiqu'ils portent ce disque dès l'enfance, ils ne s’y habituent jamais entièrement. Les femmes se défigurent de la même manière; autrement elles seraient jolies et gracieuses.
Les deux sexes se peignent en rouge ou en noir ; la première se fait avec le roucou, l’autre avec le fruit du genipayer. Les femmes et les enfants affectent une sorte de symétrie dans le tatouage; les uns ont des mouches; les autres des plaques irrégulières ; quelques-uns des bandes qui courent en sens divers; enfin certains individus se peignent de roucou toute la partie supérieure du visage jusqu'au milieu des joues. Les Botocudos sont d’une agilité inconcevable, et vivent presque toujours à l’état nomade, tantôt émigrant par tribus, tantôt marchant par familles. Rien de plus curieux que de les voir portant tout avec eux, se frayant tantôt un chemin à travers les bois, tantôt s’engageant dans les gués d’une rivière, La tâche de l’homme se réduit, dans ces émigrations, à tenir d’une main ses armes, de l’autre le gibier qu'il a abattu, tandis que la femme non-seulement porte dans un large sac tout le mobilier de la famille, mais traîne encore avec elle, soit sur les épaules, soit par la main, tous les enfants en bas âge.
Ils sont excellents chasseurs, découvrent la piste de l'animal ou l’attirent en imitant son cri, et le manquent rarement quand il est arrivé à portée. La pêche se fait à coups de flèches, après que le poisson a été endormi à l’aide de racines vénéneuses.
Ces sauvages sont très-voraces; ils ont un appétit insatiable. Dès que le gibier tué à la chasse a été apporté au camp, on se contente de le flamber pour le dévorer ensuite à demi cru.
Dans leurs pèlerinages à travers les terres, les Botocudos cherchent à trouver un endroit où la nature leur offre des ressources abondantes. Nulle autorité régulière ne semble régner chez eux. Leur nation est divisée en tribus de cinquante à cent guerriers, non compris les femmes et les enfants. Ces tribus, indépendantes l’une de l’autre, ont chacune leur chef, dont la dignité est élective. Ces chefs ont un pouvoir presque absolu. Leur rôle est de diriger les marches, de conduire les hommes à la guerre, d’apaiser les différends survenant presque Loujours à l’occasion des femmes. En campagne, les chefs se distinguent par une manière particulière de se peindre le corps. En toute autre occasion, nul signe ne les fait reconnaître. Chacun de ces chefs a une certaine étendue de forêts où il peut, à l'exclusion de tout autre, chasser et cueillir des fruits. La violation de ce territoire de la part d’une tribu voisine équivaut à une déclaration de guerre. C’est le chef qui fait la part du gibier quand ils ont chassé.
Sitôt qu’une tribu est arrivée dans le lieu où elle veut s'arrêter, les femmes allument du feu à l’aide d’un morceau de bois tendre assez long, et offrant une cavité sur laquelle
on place perpendiculairement un autre morceau de bois plus dur, qu'on fait ensuite tourner avec rapidité entre les paumes des mains. La construction des cabanes ne coûte pas de grands travaux à ces peuples. Ils se contentent de planter sur le sol, les unes à côté des autres, de grandes tiges feuillées du cocotier, dont les sommités forment une espèce de voüte à deux pieds au-dessus. S'ils doivent faire un long séjour, ilsélèvent des cases d’une durée moins précaire, à l’aide de pieux fichés en terre, autour desquels ils entrelacent des feuillages, et qu’ils couronnent par une toiture de grandes feuilles de paltioba. Dans l’intérieur de ces cabanes, on ne retrouve plus le hamac des autres tribus indiennes; mais un lit d’estopa:, sur lequel le chef de famille reste constamment étendu, ne s’occupant de rien, hors la chasse et la pêche, et laissant aux femmes toute la fatigue des soins domestiques. A côté du maître du logis se voient ses armes et divers ustensiles, produits de son industrie, de petits pots grossièrement fabriqués, des calebasses pour conserver l’eau, une sorte de gobelet formé d’une tige de roseau fendue, des lignes à pêcher, faites avec les fibres du bromelia ou de l’embira; une hache en néphrite, qu'on enduit de cire et qu’on fixe entre deux morceaux de bois; des flûtes en roseau, un cornet fabriqué de la cuirasse d’un tatou; enfin un grand filet dans lequel la femme transporte en route le mobilier de la famille, et où s’entassent pêle-mêle, outre quelques bagatelles d'Europe, des pointes de flèches, des paqueis d’étoupe, du roucou et du genipapo?, des carapaces de tortue, de grosses boules de cire, objets d'échange avec les Portugais.
Les Botocudos sont fiers, hardis et courageux, et pardonnent rarement les injures. Ils aiment la guerre, et se la font presque constamment de tribu à tribu. Pour augmenter leurs troupes, les chefs s’enlèvent les uns aux autres des enfants et des femmes.
Ces sauvages ont des armes remarquables par leur forme et leur élégance. Les arcs, de six ou sept pieds, sont en bois de pao d’arco, bignonia d’une espèce très-haule, à belles fleurs jaunes, et fort commune sur les bord du Rio Belmonte. Les flèches, qui se fabriquent avec des roseaux, sont garnies des plumes du hocco, du jacutinga et du jacupenha. Ces flèches ont ordinairement six pieds; elles sont de deux espèces : les unes employées à la chasse et terminées par un morceau de bambou aigu; les autres, servant à la guerre et terminées par un morceau de bois empoisonné.
Couverts de sueur, ils se jettent dans l’eau la plus froide. Leur vie nomade et l'abus des femmes ne les laissent jamais parvenir à un âge avancé. Quand un Botocudo est malade, ses parents et ses amis entourent sa couche et le pleurent quand il a expiré. Les morts s’enterrent les bras pliés sur la poitrine et les cuisses pliées sur le ventre.
Les jeunes filles se marient avant l’âge de nubilité, mais on ne leur donne pour époux que des enfants impubères. Les fiançailles se font au milieu de danses et de fêtes. En cas de divorce, les enfants restent avec leur mère tant qu’ils sont en bas âge; mais, devenus grands, ils rejoignent leur père. Les Botocudos connaissent et respectent le lien de famille; mais ils ne sont pas très-scrupuleux sur la fidélité conjugale.
Ils chantent sur un rhythme lent et monotone, quand ils sont violemment émus. Leurs chants sont rauques, sourds, inarticulés; ils ne roulent que sur trois notes. Quand un Botocudo chante, il agite ses bras en sens divers, et les promène sur-sa tête.
Dans les grandes occasions, il prononce des harangues guerrières. Les chansons qui ont pu être comprises ne sont qu’une suite de mots sans liaison ou de la plus grande trivialité.
Les Botocudos ne sont pas aussi passionnés pour la danse que les autres Indiens. La
1 Étoupe faite avec l'écorce d’un arbre nommé en portugais pao d’estopa. ? Nom espagnol du fruit du genipayer.
seule qu’on leur connaisse consiste en un demi-cercle serré de femmes et d'hommes, dont chacun appuie le bras sur le cou de son voisin. Alors une vieille femme accroupie entonne, d’une voix lremblante, à laquelle la troupe joyeuse répond en dansant et en chantant tout à la fois. Les gambades ont lieu lourdement, presque sans plier les jambes. Les danseurs placés aux deux extrémités du demi-cercle n’ont qu’une jambe par terre; l’autre est passée dans la jambe du voisin, de manière que chacun des deux individus saute sur une jambe.
Les Macnacuzis habitent les environs de Tocayos, sur les bords du Jiquitinhonha et près de l’île aux Pins. Ils sont chasseurs, et préfèrent ce plaisir aux travaux de l’agriculture. Leurs villages sont très-petits et peu peuplés ; ils se composent de dix ou douze maisonnettes construites sans ordre, et semblables à celles des Macunis. Elles sont petites, carrées, couvertes de feuilles de palmier ou de morceaux d’écorces d’arbre. Quelques-unes sont bâties en terre, d’autres de feuilles de palmier passées entre des perches qui forment la charpente. Quoique ces peuples soient à demi civilisés, et qu'ils aient beaucoup de communications avec les Portugais, ils n’ont pas, comme les Macunis, l'habitude d’élever des poules et des cochons. Les Machaculis bornent leur culture à la plantation des patates, qu’ils font cuire aussitôt qu’elles sont extraites de la terre, et qui n’exigent pas les mêmes préparations que le manioc et le maïs. Ils ne les arrachent qu’au fur et à mesure de leurs besoins. Les femmes des Machaculis filent le coton en un cordonnet très-fin, dont elles se servent pour fabriquer des hamacs. En général, ces peuples sont faux, voleurs, perfides et intéressés; cependant ils ont quelques qualités qui compensent ces défauts. Les Machaculis parlent du gosier, et n'ont, dans leur prononciation, aucun des éclats de voix qui caractérisent les Botocudos.
Les femmes des Machaculis portent pour tout vêtement une simple jupe; le chef se couvre d’un caleçon ; le reste de la tribu est à peu près nu.
La tribu des Macunis, qui a beaucoup d’affinité avec celle des Machaculis, habite sur l’aldea d’Alto-dos-Boys (hauteur des bœufs). L’aldea se compose de cases séparées les unes des autres et dispersées çà et là. Basses, petites, presque carrées et sans fenêtres, elles sont couvertes de longues feuilles de palmier qui les rendent impénétrables à la pluie; c’est dans ces maisonnettes que logent les Macunis.
Ces Indiens ne diffèrent point, par leurs traits, des autres hommes de leur race. Comme ceux-ci, ils ont les cheveux noirs et bien fournis, rudes et plats, la tête grosse, les pommettes saillantes, le nez épaté, les épaules et la poitrine larges, les jambes et les cuisses menues, les pieds petits. Leur peau est jaune; seulement elle prend une teinte cuivrée quand ils vont nus. Les femmes, mal faites et sans grâce dans la démarche, ont quelques charmes dans la physionomie. La langue de ce peuple est facile, sauf ses composés qui se compliquent quelquefois de manière que l'intelligence en devient pénible.
Quoique unis par couples et mariés par un prêtre, les Macunis ont un faible respect pour la fidélité conjugale. Pour le moindre présent, les maris laissent partager leurs droits sur leurs femmes; et de leur côté, les femmes cèdent à la première avance. Ges peuples se livrent à un libertinage précoce. Des pères vendent souvent leurs filles, dès l’âge de huit ans, à des hommes faits qui leur donnent le titre d’épouses.
On a enseigné aux Macunis à travailler la terre, et ils la cultivent pour leur compte ou se louent chez les colons du voisinage; quelques-uns servent même comme soldats. Les hommes et les femmes sont fort adroits et industrieux , mais inconstants et paresseux. Ils mangent leur maïs avant qu’il soit mûr, et consomment souvent en un mois les provisions de l’année. Quand ils élèvent des poules, il leur arrive de les tuer (outes 9:
; Ja fois: ou bien, s’ils ont des cochons, ils n’attendent pas que la femelle ait mis bas; ils l’éventrent pour manger les petits.
Les Macunis sont d’habiles chasseurs; les enfants s’exercent dès le bas âge à tirer sur les rats, et se forment ainsi la main et le coup d’œil, Ils conservent un grand respect pour leurs ancêtres. Les hommes traitent les femmes comme des esclaves, et les punissent à la moindre faute. Ce sont ces dernières qui préparent la nourriture, et vont chercher le bois pour le feu; elles construisent même des huttes quand leurs maris vont dans de grandes chasses. Elles sont aussi chargées de la culture des patates, mais celle du maïs regarde les hommes. Les femmes portent leurs fardeaux sur la tête, à l’aide d’un cordon qui passe sur l'os frontal. Ce sont encore elles qui fabriquent des sacs tissus de coton et d’une espèce de cecropia, et la poterie dont ils se servent dans leur ménage. Un des grands plaisirs des femmes est de suivre leurs maris quand ils font de longues chasses. Les femmes ne font point leurs couches dans l’aldea même, mais dans les bois, où elles se rendent accompagnées des plus vieilles de la tribu. On laisse les enfants nus jusqu’à l’âge de puberté.
Ces Indiens se coupent les cheveux à la façon européenne, quoique quelques-uns d'entre eux, hommes ou femmes, les conservent longs comme autrefois, et partagés au sommet de la tête, Ils se peignent avec un morceau de bois mince et poli, pointu d’un côté, et terminé de l’autre en spatule. Les femmes se percent les oreilles et y font entrer un petit disque de bois. Ces sauvages ne mangent point indistinctement toute espèce de gibier. Ils méprisent plusieurs sortes de quadrupèdes, et entre autres le fourmilier. Le manioc, les patates et le produit de la chasse suffisent à leur nourriture. L'une de leurs passions les plus vives est celle de l’eau-de-vie, la danse l’un de leurs plus grands plaisirs. Elle n’est cependant chez eux qu’un sautillement monotone, accompagné de chants grossiers qui n'ont aucun sens. Quand ces Indiens sont malades, ils n’ont d’autres remèdes que l’ipécacuanha. Les parents entourent le lit du malade, sanglotent, mais ne lui apportent aucun secours.
L’ameublement des cabanes de ces Indiens se compose de pots de terre dispersés çà et là, de quelques canapés rustiques, d’arcs, de flèches, de plumes d’aras suspendues au plafond, et enfin d’une férule de bois destinée à corriger les femmes.
Le costume des Macunis se réduit à bien peu de chose; les hommes ont depuis peu appris à porter un caleçon, quelquefois une chemise; les femmes ont une jupe et une camisole; mais le plus ordinairement elles restent nues jusqu’à la ceinture.
Le territoire occupé par les MazaLis a pour chef-lieu Passanha. Ce sont des Indiens de petite taille, à la poitrine et aux épaules larges, aux cuisses et aux jambes menues, au cou peu allongé, à la tête grosse et ronde, aux cheveux noirs, plats et touffus, aux yeux grands, aux joues proéminentes, au nez épaté, à la bouche grande, avec les mâchoires avancées. a
La plupart d’entre eux ont reçu le baptême, et sont mariés par le curé de leur cheflieu. Cependant, s’ils remplissent exactement leurs devoirs religieux, c’est plulôt machinalement que par un mouvement de conviction sincère et raisonnée,
Quoique l’un de ces indigènes soit revêtu du titre de capitaine, il n’est que le trèshumble serviteur des Portugais, chefs véritables de cette peuplade. Dans les environs de l’aldea existe une maison du conseil qui appartient à la communauté et que personne n'habite. Les hommes les plus anciens et les plus considérés s’y rassemblent et y délibèrent sur les questions qui intéressent la tribu. C’est un de leurs anciens usages, le seul qui survive. Bien que les Malalis ne parlent pas d'autre langue que la leur, ils savent pourtant le portugais. |
Leurs habillements consistent en un caleçon de toile blanche, et en une chemise
qu'ils portent comme une blouse. Les femmes ont une jupe de toile et une simple chemisette sur le sein.
L'agriculture et la chasse forment la principale occupation de ces naturels; ils sont doux, timides et caressants. L’un des mets favoris de ces Indiens est un gros ver blanc : qui se trouve dans l’intérieur des bambous au moment où ils fleurissent. Les Indiens font cuire ces vers, et ils en retirent une espèce de graisse fine et délicate avec laquelle s'apprêtent les aliments. Les bichos dos taquaras, réduits en poudre, forment une espèce de panacée contre les blessures ; mais c’est encore un moyen d’obtenir un som- meil extatique qui dure plusieurs jours. M. Auguste Saint-Hilaire raconte que, lorsque l'amour cause des insomnies aux naturels, ils avalent de ces vers que l’on a fait sécher sans en ôter le tube intestinal, et tombent dans un assoupissement profond; à leur réveil, ils racontent des songes merveilleux, parlent des forêts brillantes qu'ils ont vues, des fruits exquis qu'ils ont goûtés. Toutefois, avant de manger le bicho do taquara, les naturels en enlèvent la tête regardée comme un poison dangereux.
Les CaAroPos, insulaires qui presque tous vont nus, ont pour pays l’aldea de Morro- Grande. Un petit nombre seulement font usage de ceinture; il en est qui ont au cou des colliers de rassades ou de graines rouges, et parfois des dents de singe. Les enfants sont Latoués de rouge et de bleu ; mais on peut aisément effacer ces peintures qui sont loin d’être indélébiles. ,
Les femmes ne paraissent pas avoir un attachement bien profond pour leurs époux. Elles suivent de préférence les nègres qui sont pour elles de véritables sigisbées, et ce, tandis que les Indiens n’ont pour les négresses que du mépris, tant ils se croient supérieurs à elles.
Hautes de quinze pieds, larges de trente, les huttes de cette peuplade sont construiles sur le sol, au moyen de quatre pieux. Les portes sont en feuilles de palmier. Chaque hutte à plusieurs foyers dont chacun parait destiné spécialement à une famille, et dont la fumée s'échappe ou par la porte ou par les claires-voies de la toiture. L’ameublement consiste en quelques pots de terre, paniers en feuilles de palmier et remplis de patates, de racines de manioc; on y voit aussi des cujas (vases à boire), des plats peints avec du genipayer, un tronc d’arbre creusé pour piler le maïs. Comme ornements et comme instruments, on remarque les armes des hommes appendues aux murs ; la maraca (morceau d’écaille qui, rempli de maïs, rend un son pareil à celui des castagnettes), des touffes, des bandeaux de plumes magnifiques de perroquet, puis des tortues et des singes qui, rôdant autour des cases, semblent en être des commensaux habituels. Un ornement particulier décore la cabane du chef : c’est une corne qui lui sert à faire entendre ses ordres dans la forêt, sonner une fête ou annoncer la présence d’un étranger.
Les Puris et les Coronos, qui paraissent avoir une souche commune avec les Caropos, sont, comme ceux-ci, carrés, trapus, souvent très-charnus. Leur tête est grosse et ronde, leur visage large; les pommettes de leurs joues sont proéminentes ; leurs yeux noirs, petits, obliques quelquefois; Le nez court et large; les-dents fort blanches. Leur peau, plus ou moins cuivrée, selon l’âge, est jaune chez les enfants comme parmi les mulâtres. La maladie donne à leur teint la couleur du safran. Les albinos sont rares chez eux. Un petit nombre de ces sauvages se distinguent par des traits plus prononcés que ceux des autres, par un nez recourbé, et des yeux d’une grande vivacité, agréables chez quelques-uns, sérieux, sombres et caves chez la plupart.
Tous vont dans un état complet de nudité, à l'exception d’une faible partie qui ont
1 Bicho dos taquara.
pu se procurer quelques lambeaux de toile, ou des culottes courtes dont les Portugais leur ont fait présent. Les uns ont la tête rasée; d’autres les cheveux coupés seulement au-dessus des yeux et de la nuque; un petit nombre ont la barbe et les sourcils ras. Leurs pigments en roucou sont tantôt sur le front et tantôt sur le corps. Ils ornent leur poitrine de colliers indistinctement composés de graines noires et dures, ou de dents canines de singes, de jaguars, de chats et d’autres animaux carnassiers. Les hommes ont quelquefois un morceau de peau du singe mono noué autour du front. Les jeunes filles font aussi parfois usage de bandeaux, et lés femmes portent ordinairement un cordon ou un lien d'écorce serré autour des poignets et des jointures, dans le but de rendre ces parties plus minces et de les orner.
Flegmatique et mou, le tempérament de ces sauvages les porte à n’estimer que les jouissances purement physiques. Retirés sous leurs couaris (huttes), étendus dans leur hamac, ils passent inoccupés la plus grande partie du jour. Le chef d’une famille daigne à peine sortir de cette apathique somnolence pour intervenir dans les querelles qui peuvent s'élever entre les autres membres. Il n’y a de préséance ni entre l’ainé et le cadet, ni même entre le père et l'enfant.
Les autres coutumes de ce peuple ne diffèrent guère de celles des autres Indiens, excepté celles qui ont rapport au culte :.
Leurs danses sont tout au plus une sorte de promenade qu’ils exécutent en marchant l'un devant l’autre, avec leurs enfants qui les tiennent enlacés et qui s’enlacent ensuite entre eux d'une manière divertissante. Ils décrivent ainsi un cercle presque perpétuel autour d'un vaste foyer allumé.
Les Paracxos et les CamACANS rappellent par leurs traits, leurs usages ou leur accoutrement les diverses tribus que nous avons déjà décrites.
1 Voyez notre Histoire el Cérémonies religieuses.
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GUVANES.
Le territoire compris sous la dénomination de Guyanes confine : à l’est, à l'océan Atlantique; au nord et au sud, à deux des plus grands fleuves du monde, l'Orénoque el Amazone; on n’a pu encore déterminer sa profondeur à l’ouest.
Cette contrée est partagée entre l'Angleterre, la Hollande et la France. Nous décrirons chacune de ces trois parties.
GUYANE ANGLAISE, la plus occidentale et la moins considérable; elle est arrosée par le Pouramoun, l'Esséquédo, le Démérari, sur les bords duquel est une colonie florissante, le Corentyn et le Berbice.
GEORGE-TOwN en est la capitale; elle est située dans le gouvernement d’Esséquébo- Démérari. Cette cité populeuse et marchande, bâtie sur une grève plate et stérile, a l'aspect d'une place affairée et active. Sa population est d'environ dix mille âmes. Ce pays offre un pêle-mêle de nations européennes : Hollandais, Anglais, Allemands, Prussiens, Russes, etc. Parmi les édifices publics, il faut citer la maison du gouvernement et une longue file de bâtiments qui servent à la fois de douane, d’entrepôt, de bourse et de tribunal de commerce.
Nulle part on n’accueille l'étranger avec autant de bienveillance et de grandeur. On se dispute presque les nouveaux venus; et, dès qu’ils ont mis le pied dans une maison, ils en sont les commensaux pour un temps illimité.
Les environs du fleuve Démérari sont couverts d'habitations riantes et produclives, presque toutes peuplées de Hollandais, les anciens maîtres du pays. Ces habita- Lions sont jolies, commodes et bien tenues. Les ponts, les portes, les fenêtres, les maisons, elc., tout y est peint en blanc, couleur favorite de cette nation. Les chemins plantés d'arbres rappellent les belles avenues de l’Europe.
Les Warrows sont établis près de l'embouchure du Masarouï; les CARAÏBES ! occupent les côtes; les ARROWAUKS campent presque tous auprès des rivières Esséquébo, Démérari et Berbice. Les Taïras, d’après Stedman, errent entre le Maranham et le Surinam; les PrAuNAcOTAUS ne quittent guère les solitudes de l’intérieur ; les MACOUSHIS habitent le pays de ce nom. |
Quoique plusieurs de ces tribus n’habitent pas le territoire de la Guyane anglaise, nous avons dû les nommer ici, parce qu’à part quelques dissemblances, toutes se rapprochent par le type général.
1 Les anciens Caraïbes se distingusient des autres Indiens par leur esprit guerrier et leur caractère féroce. La chasse et la guerre étaient leur principale occupation, et ils mangeaient leurs prisonniers. Leurs villages, composés de cabanes de forme circulaire, qui n'étaient couvertes que de feuilles de palmier, ressemblaient à des camps. Ces peuples montraient de l’adresse dans la fabrication de leurs paniers, de leurs nattes, de leurs arcs et de leurs flèches. Quoiqu'ils allassent absolument nus, Christophe Colomb observa qu'ils tissaient une espèce de toile de coton qu'ils savaient teindre en différentes couleurs, surtout en rouge, La polygamie était en usage parmi eux.
Tous ees Indiens : ont la poitrine élevée et pleine, le cou épais, les épaules carrées, les membres robustes et charnus. Leur visage, quoique souvent ingrat, n’est pas dépourvu d’une certaine régularité. Ils ont le nez aquilin, la bouche et les lèvres moyennes, les dents petites, blanches et bien rangées, le menton arrondi, les angles de la mâchoireinférieure assez marqués. Les deux sexes s’oignent le corps d’huile de caraba, dans le double but de rendre la peau souple et de la garantir contre les piqüres des insectes. Ils se teignent au moyen du roucou et zèbrent de lignes bleues leur corps et leur visage. — « Pourquoi vous barbouillez-vous ainsi? demandait un jour Stedman à un jeune Indien. — Parce que ma peau devient plus douce, et qu’elle est à l'abri des piqüres, répondit-il. Voilà, monsieur. Mais vous, pourquoi vous peignez-vous en blanc? Je ne vois pas pour quelle raison vous perdez ainsi votre farine, et pourquoi vous salissez vos habits. Est-ce pour paraître blanc avant l’âge?... » |
Quant au caractère de ces naturels, il est grave, réservé, plein de finesse et de ruse. Plusieurs tribus paraissent avoir la manie de l’empoisonnement. La construction de leurs carbets, hamacs, pirogues, et quelques défrichements bornent leurs occupations.
Leurs habitations ne sont autre chose que des carbets, construits en une heure sur quatre pieux fichés en terre, ouverts de tous côtés, excepté chez les Macoushis, qui les ferment en ne laissant qu’une large ouverture, et chez les Arrowauks, dont les cabanes sont plus spacieuses.
Ils font leur nourriture d’ignames, de plantain, de bananes, de racine de cassave et de manioc, de crabes, de poisson, de tortues de terre et de mer, et même de lézards. Ils mangent aussi la chair du singe qu’ils assaisonnent de poivre de Cayenne, après l'avoir fait bouillir. La liqueur de manioc fermentée est leur boisson ordinaire : on a soupconné d’anthropophagie quelques-unes de leurs tribus. Bancroft rapporte que « dans la dernière insurrection des esclaves de Berbice, les Caraïbes, auxiliaires des Anglais, tuèrent beaucoup de nègres et les mangèrent. » Le même auteur ajoute que les Caraïbes sont les seuls Indiens de la Guyane qui manifestent cet horrible goût.
Ces naturels pratiquent rarement la polygamie, quoiqu’eile leur soit permise. Ils n’ont pour l'ordinaire qu'une femme, à laquelle ils ne donnent de rivale que lorsqu'elle est trop vieille et trop repoussante. En général, les jeunes filles se marient dès qu’elles sont pubères. Les préliminaires ne sont pas longs; le futur offre à sa fiancée une certaine quantité de poisson et de gibier; si elle accepte, la cérémonie est célébrée par un festin.
L'enfantement n’est jamais accompagné d'accidents graves ni de souffrances laborieuses. La délivrance a lieu sans aucun secours étranger. Aussitôt que la parturition est accomplie, on plonge dans l’eau l'enfant et la mère qui le lendemain reprend son travail. Une coutume singulière qui résulte du témoignage de quelques voyageurs, c'est que, si la femme est valide à la suite de l'accouchement, son mari doit feindre une maladie. Cet usage est de rigueur : il doit se plaindre, et garder le hamac en observant un jeûne sévère, ce qui lui donne une ressemblance grotesque avec une accouchée européenne. Empréssés autour de lui, les voisins lui adressent sur son heureuse délivrance des félicitations qu'il reçoit comme s’il avait réellement ressenti les souffrances auxquelles on fait allusion. Après trente jours, on le fait descendre de son hamac pour le fouetter et lui appliquer sur les bras de grosses fourmis. Ceci a lieu dans son intérêt afin de le dégourdir après cette longue et complète inaction. Nous devons ajouter qu’un petit nombre de voyageurs ne font durer que trois jours cette comédie au moinsétrange.
: Il faut remarquer que les Caraïbes et les Arrowauks sont plus blancs que les Indiens des autres peuplades.
Ces peuples ont pour armes une massue ou casse-tête en bois de fer, l'arc et les flèches, ainsi qu'une espèce de sarbacane ou tube de bambou qui leur sert à lancer des flèches empoisonnées. Ces flèches se taillent dans les éclats de bois provenant de la première couche de l'arbre appelé cokarito; elles ont un pied de long et sont un peu plus grosses qu'une aiguille à tricoter. Bancroft dit que l’une des deux extrémités est imprégnée d'un poison tiré de la racine du woorara; l’autre est entourée d’un petit morceau de coton adapté à la cavité du tuyau. Les Indiens lancent jusqu’à une distance de cent pieds ce projectile dont la blessure est mortelle. Ge poison (wourali) est le plus actif et le plus violent de tous ceux employés par les Indiens. IL est infaillible, et, à peine a-t-il pénétré sous la peau, qu'il tue sans vicier la chair et sans que le sang subisse aucune altération.
Pour tout vêtement, ces hommes n’ont qu’un pagne fait d’écorce d'arbre ou avec les fibres du coco. Les femmes mettent parfois une pièce d’étoffe carrée formée de fils de coton et de rassades. Du reste, le contact européen a déjà modifié ce costume primitif. Les jours de fête, les hommes se coiffent de chapeaux surmontés de plumes brillantes, qui se dressent autour de leur tête, et sont retenues par un bandeau circulaire, large de deux pouces. Les femmes ont aux bras, au cou, aux genoux, au-dessus des chevilles des garnitures de rassades.
En cas de maladie, ou s’il est blessé, l’Indien fait appeler le pet (sorcier); celui-ci arrive à l'entrée de la nuit avec les instruments de sortilége, dont le principal est une grande calebasse garnie de cailloux blancs et de graines sèches, et traversée par un bâton qui, d’un côté, forme manche, et, de l’autre, est terminé par de très-belles plumes. Parvenu près du malade, le peii commence ses exorcismes, en imprimant à sa calebasse un mouvement circulaire, et entonnant une supplication à l’yawahou', et qui dure jusqu'à minuit. Cette heure arrivée, il simule une entrevue avec l'esprit et soutient un monologue dialogué. Au bout de deux séances de ce genre, le peii donne son avis sur l'affection morbide, et fait suivre cette consultation de l'emploi de quelques simples dont les vertus lui ont été révélées par le hasard.
La dignité du peii est fort enviée à cause de l'influence qu’elle donne sur les autres Indiens à celui qui en est revêlu; mais elle n’est due ni à l’audace ni au talent : elle est héréditaire. Elle passe du peii mort à son fils aîné, initié aux mystères de son ordre par une succession de cérémonies superstitieuses qui durent plusieurs semaines ?.
GUYANE HOLLANDAISE; placée entre la précédente et la française, sa superficie peut être évaluée à 490 milles géométriques carrés.
ParAMARIBO, dans le gouvernement de Surinam, est le chef-lieu de la Guyane hollandaise.
La population surinamoise se compose généralement de créoles et de nègres créoles, les premiers nés de parents européens, les seconds de parents africains. Ils montrent presque tous de la vivacité, de l’intelligence et des dispositions pour les sciences. Mais ils s’adonnent à la mollesse et à l’oisiveté, et ils ont peur de se livrer au moindre travail. Nous pourrions citer pour exemple un garçon perruquier, esclave lui-même, el qui, au lieu de profiter de l’excédant du salaire qu’il doit rapporter à son maitre, aime mieux louer un petit esclave dont il se fait suivre, et qüi porte les peignes, la boite à poudre et le fer à papillotes. On remarque même que ceux qui ont été le plus habitués ‘au travail en Europe, deviennent bientôt aussi mous et aussi indolents que les créoles. La cause de cette disposition est dans la température élevée du climat, et surtout dans
! Voyez notre Histoire et Cérémonies religieuses de tous les peuples. 2 Ibid.
la facilité qu'ont les habitants de se procurer tout ce moe est nécessaire aux besoins de la vie.
Les nègres libres et les créoles sont peu friands; ils mangent souvent et ordinairement dans le même plat. Quelquefois ils mangent seuls, couchés ou assis par terre, ayant devant eux une calebasse qui leur sert de plat. Leurs mets favoris sont le poisson salé ou morue, le touton et l’ouilpot.
Les viandes qu’on y mange sont tellement assaisonnées de piment, qu'il est d'abord presque impossible à un Européen de s’en nourrir, mais on finit par s’y habituer et par s’apercevoir que les épices deviennent, dans un climat si chaud, un moyen de conserver la santé.
Les Surinamois n’ignorent pas les délicatesses de la table. Les Européens et les créoles de la bonne société étalent un grand luxe dans leurs repas, qui commencent ordinairement vers cinq à six heures du soir, et durent jnsqu’à minuit et quelquefois jusqu’au matin, au moyen du jeu, de la danse et de la musique. On y trouve tout ce que l’Europe et l'Amérique peuvent produire de plus délicat et de plus recherché.
Dans ces sortes de réunions, on se plaît à étaler les modes nouvellement reçues d'Europe. On est parfaitement bien reçu dans la maison d’un planteur, et surtout avec une franche cordialité tout à fait ennemie de l'étiquette des grandes villes. Vous avez derrière, pour vous servir à table, une troupe de négresses qui vous présentent tout ce que vous désirez, au moindre signal de leur maitre. |
Ils sont aussi rusés et aussi habiles que les Européens pour le commerce; mais les Européens s’enrichissent plus rapidement, étant plus laborieux. Quoique les blancs et les créoles soient régis par les mêmes lois, on remarque cependant une grande antipathie entre eux. Mais la cause principale de cette désunion tient à ce que les derniers voient avec déplaisir les premiers occuper les emplois les plus importants de la colonie aussitôt qu'ils arrivent d'Europe.
Les habitants de Surinam paraissent généralement être d’un tempérament indolent, mais ils n’en sont pas moins dissolus, et consacrent à leurs plaisirs la plus grande partie de leur fortune. Grand nombre d’entre eux, foulant aux pieds les liens qui les attachent à une seule femme, prennent une ménagère qu’ils entretiennent. Elle porte le nom de missie.
Ces missies, et, en général, les femmes de Surinam, sortent rarement le jour, et vont ordinairement faire leurs visites le matin et le soir. Elles appartiennent principalement à la classe des esclaves affranchies, et même à celle des esclaves proprement dites, ce qui ne les empêche pas de se faire suivre des personnes de leur condition. Il y a dans leur marche beaucoup de nonchalance et d’affectation. Tantôt elles jettent leur châle ou mouchoir sur l’une ou l’autre épaule, tantôt elles relèvent leur pagne ou robe avec prétention. Presque toutes ont sur la tête un mouchoir qu'elles savent disposer de mille manières.
Leur teint est basané, leurs yeux sont vifs et noirs, ainsi que leurs cheveux, qu’ "elles ornent defleurs et qu’elles portent tantôt crépus, tantôt déroulés de toute leur longueur. Elles ont des dents très-blanches, et, en général, les formes du corps bien prises. Leurs épaules et leur poitrine”sont à moitié nues; l’usage ne le défend pas. Plusieurs portent des jupes ou des jaquettes ouvertes par devant; mais alors elles ont dessous une pièce d’étoffe ou de toile mélangée de couleurs vives, qu’elles nomment paigsen ou pagne. Ces paigsens font Le tour des reins et descendent jusqu’à la moitié des jambes qui sont ornées de bracelets de corail, ainsi que les pieds, les bras et le cou. Il ny a
que les affranchies qui aient le droit de porter des chaussures, les esclaves ont les pieds nus.
Les missies sont ordinairement assises chez elles sur un canapé, et très-légèrement vêlues, mâchant une branche d'orange amère. Quelquefois elles se réunissent deux ou trois dans un jardin donnant sur la rue, et là, dans un langage composé d’anglais, de hollandais et d’africain, elles font la conversation qu’elles appellent takie-tahie, ce qui est l'équivalent du mot commérage. Ce caquetage est un besoin pour la classe du bas peuple, et pour les nègres. Elles passent ainsi des heures entières sans changer de position.
Presque toutes les missies ont devant elles des paniers à ouvrages, dont elles font peu d'usage, à la vérité, car elles ne sont pas dans l'habitude de raccommoder leurs habillements, ni même d'en porter qui aient élé raccommodés. Un blanc, un créole ou un nègre qui porterait sur lui une partie d'habillement rapiécée, serait montré au doigt, et on l’appellerait poor man aben abie no pikien monie to baay n'joen kloosio, — pauvre homme qui n’a pas d'argent pour acheter un vêtement neuf. — Aussi l’on nest pas étonné de rencontrer un naturel du pays avec la moitié d’un habit, une partie de culotte, ou même dépouillé de tout vêtement, ayant sur la tête un chapeau de femme.
Les Surinamois prennent fréquemment des bains, et leurs habillements, quoique parfois déguenillés, sont lavés presque tous les jours.
Les femmes du peuple ont des mœurs déréglées, des entretiens et un langage qui révolleraient toute honnête femme en Europe. Leur impudeur est poussée si loin qu'elles paraissent flattées de ce qu’on regarde chez nous comme un odieux oulrage; elles voient dans une proposition infâme une sorte de préférence.
Malheur à l’homme qui a donné imprudemment dans le piége que lui ont tendu ces créatures; c'en est fait de sa fortune et même de sa santé; car elles sont insatiables de toilette et d’ornements, et elles aiment à se procurer, à quelque prix que ce soit, les mooi sanies (nouveautés).
GUYANE FRANÇAISE. — La partie des Guyanes qui appartient à la France est bornée au sud par la rivière Oyapoch et la baie de Vincent-Pinçon ; au sud par la partie hollandaise; ce qui lui donne une étendue de 120 lieues de côtes; quant à sa profondeur, elle est indéterminée. On évalue sa superficie à 2,700 milles géométriques carrés, el sa population à 23,000 habitants, dont 3,700 libres, et 19,300 esclaves :.
CAYENNE est la capitale des possessions françaises. C’est une petite ville de 2,000 à 5,000 habitants, dont les deux tiers sont des hommes de couleur. Elle renferme deux jardins botaniques de naturalisation, où l’on a importé des plantes utiles tirées des diverses parties du monde ancien.
Les Indiens de la Guyane française semblent descendre des Caraïbes. Ce sont des Galibis, des Arouas, des Palicoubs, des Pirious, des Cariacouyous, des Noragues, des Marawanes, des Oyampis, enfin des Coussanis et des Émerillons. Ils ont le teint qui varie du rouge cuivré au jaune brun, les cheveux gras, lisses, noirs, coupés ras sur le front; la barbe et les poils assez rares. Leurs traits, sans avoir rien de distingué, n’ont pas cette expression stupide qu’on leur a généralement attribuée. Ils aiment à se barbouiller de genipa et de roucou. Demi-nomades, demi-sédentaires, ces Indiens excellent à tirer l'arc, arme à la fois propre à leur pêche et à leur chasse. Toute leur industrie consiste dans la confection de leurs arcs, de leurs flèches et de leurs canots. Ces canots, légèrement construits, semblent doués d’une élasticité qui vaul mieux que la force. Se heurtant à chaque minute contre les roches à fleur d’eau qui barrent le cours des rivières, ils se briseraient cent fois, s'ils ne glissaient comme des poissons sur ces pointes aiguës.
© 4 Estimation faite en 1831.
Tous ces Indiens vont à peu près nus, soit par suite du manque de vêtements, soit par une sorte de préjugé. Toutefois, les hommes ont le calimbé, les femmes la camisa ou tout au moins un couyou, espèce de tablier triangulaire, tissu de grains de rassades. Les hommes ont parfois les joues percées de façon à pouvoir y introduire des plumes et différents ornements. Sans cette monomanie, commune à un grand nombre de tribus indiennes, leur visage offrirait assez de régularité. Sujettes à l'obésité, les femmes ont la physionomie douce et engageante, les formes gracieuses et bien proportionnées. Bien qu’elles aillent souvent dans un état complet de nudité, elles ne sont pas pour cela dépourvues de pudeur, et quoique leur corps barbouillé de genipa soit sale en apparence, nulles créatures ne sont plus jalouses d’une propreté continuelle. A peine sortis de leurs hamacs, les deux sexes courent à la rivière, et il est rare qu'ils ne prennent pas un second bain dans la journée.
Les hommes seuls s’occupent de chasse et de pêche. La confection de leurs canots, leur manœuvre et le gros du travail dans un abatis sont encore dans leurs attributions. Quant à la culture des terres, elle est du ressort des femmes. Quand celles-ci commettent une négligence punissable; le mari inflige sans éclat un châtiment que la coupable subit avec résignation. Autrement une aimable concorde règne dans le ménage. L'adultère est, aux yeux de ces naturels, un crime qu'aucune circonstance ne saurail atténuer. (
Le voyageur Lacordaire fut témoin de danses en grand costume. Les acteurs s’y préparèrent plusieurs jours à l'avance à cause de la confection des parures et des instruments de musique. La parure se compose d’une espèce de bonnet à poil, dont la carcasse en écorce d’arouna est ornée de plumes de diverses couleurs, surmontées de trois longues plumes d’oie. Une visière, également en plumes, dérobe une portion de la figure. Dans ces occasions, les Indiens sont barbouillés plus artistement que d'habitude; leur corps est zébré de dessins réguliers noirs et rouges; le calimbé est aussi plus long ; les deux bouts touchent le sol.
Les flûtes sont les seuls instruments de musique; elles sont faites avec la tige du bambousier. Chacune de ces flûtes donne une note, et les Indiens se contentent de trois notes pour leurs symphonies. Ils en fabriquent un grand nombre qui, lorsqu'on en joue à la fois, produisent l'effet le plus monotone et le plus discordant, Pour l’accompagnement de ces flütes, ils ont attaché au-dessus de la cheville, un collier de noyaux d’ahouaye.
Quand la nuit approche, Les danseurs arrivent précédés d’une jeune fille qui porte un bâton surmonté d’une sorte d’éventail trifide, composé de trois longues plumes d'oiseau. La danse de ces Indiens ne consiste ni en figures ni en gambades. C’est simplement uné promenade, où les danseurs, marchant à la file l’un de l’autre, ont chacun la main gauche posée sur l'épaule de celui qui précède ; la main droite soutient la flûte. Quant aux danseuses, elles enlacent le danseur avec leur bras droit. Les flûtes commencent, les grelots d’ahouaye marquent la mesure. Alors les danseurs s'ébranlent, se retournant à chaque pas comme s'ils saluaient. Ces danses doivent avoir une physionomie fantastique, exécutées à la lueur des torches.